MALADES INDIGENTS
La quantité de malades qui périssent dans les campagnes, faute de secours que leur indigence et leur éloignement des villes ne leur permettent pas de se procurer, forme un tableau affligeant pour Thumanité. Que de sujets utiles, de citoyens précieux enlevés à la patrie, que la visite d'un médecin ou d*un chirurgien habile eût conservés ? Les pasteurs eux-mêmes, dans un état souvent peu au-dessus de Tindigence, n*ont à leur offrir que les secours spirituels. Il est à présumer que le Gouvernement, uniquement occupé du bonheur des peuples, daignera remédier à cette cause si commune de la dépopulation des campagnes. Mais, en attendant Texécution d*un projet si intéressant pour rhumanité, la communauté de Jalons se croit fondée à réclamer, en faveur de ses pauvres, des secours qui sont à sa portée et auxquels elle a des droits. L'hôpital de Châlons a, sur le terroir de Jalons, une propriété considérable (2). Ces biens, qui formaient autrefois le patrimoine de nos ancêtres, n'ont sans doute été donnés que dans la vue de procurer les secours
(1) La communauté de Jalons avait supporté, à maintes reprises, les frais de réparations et de reconstruction de l'église, du presbytère et du cimetière : en 1741, réparations au presbytère adjugées 980 livres ; en 1756, réparations à la nef, au clocher, au parvis, et au mur du cimetière, 825 livres ; en 1767, au presbytère, adjugées 1,450 livres ; en 1786, entreprise de la reconstruction de ce presbytère ; le devis qui s'élevait à 5,589 livres fût dépassé ; on a vu qu'en 1789 la communauté devait, de ce chef, plus de 7,000 livres. {Arch, de la Marne, C, 1855, — Arch. de la cornm^^ : !•«• reg, de délibérations.)
Le chapitre de la cathédrale de Châlons, seigneur du lieu, était décimateur du lieu et abandonnait une partie des dîmes au curé ; un procès, entrepris et soutenu contre lui par les habitants de Jalons, se termina le 6 avril 1788 par une transaction. (Arch. de la comm^* de Jalons, ibid. — Arch. de la Marne, G, 606 à 613.)
(2) En 1215, Adam, seigneur de Livry, et Gui, son flls, chevalier, avaient laissé les habitants de Thibie, Champigneul et Jalons, ainsi que l'Hôpital Saint-Étienne de Châlons, en paisible possession des aisances et pâturages, marais, cours d'eau et autres choses dont ils jouissaient déjà auparavant. (Arch. de la Marne, G, 5.^1.) — Depuis, l'Hôtel-Dieu de Châlons avait acquis des biens sur le terroir de Jalons.— En 1789 il possédait 138 journels de terre et 33 fauchées de prés, loués à Claude Hénault, Jacques Leboucq, Joseph Chauvet, Pierre Leboucq, Louis Chauvet, Remy Leboucq, Cousinat et le syndic Camiat, le tout formant une masse de revenus nets imposés de 528 1' 10. — Le même établissement avait en outre 9 journels de terre sur Champigneul, ^oués aux mêmes cultivateurs. (IbitL^ CU 868 : cote n» 140.)
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nécessaires aux malades indigents de la paroisse. Ils doivent, naturellement, servir au bien de la communauté où ils sont situés. Et, cependant, l'entrée de Thôpital est interdite aux pauvres de Jalons, sous prétexte qu'ils ne sont pas de la ville.
La communauté de Jalons demande que ses pauvres soient admis à Thôpital de la ville de Châlons, sur un certificat signé de M. le curé et des principaux habitants, qui constate qu'ils sont entièrement hors d'état de se procurer les secours nécessaires dans leurs maladies.
Quant aux autres moyens qui peuvent intéresser la prospérité générale du royaume, le bien de tous et un chacun les sujets du Roi, les habitants, corps et communauté de Jalons s'en rapportent à la sagesse et à la prudence des États généraux, et offrent de contribuer autant qu'il est en eux aux charges publiques.
Fait et arrêté en l'assemblée générale desdits habitants les jour et an que dessus, et avons signé :
Camiat, Séjourné, Langlois, Doutine, Éphrem Barthélémy, P. Leboucq, etc
Delacour.
(2«5 signatures.)
JOCHES
ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. (La paroisse de Joches (1) était composée de 20 feux. — L'avis pour la convocation des États généraux fut lu et publié le l»"* mars 1789. — Le 4, les habitants se réunirent sous la présidence de Louis Férat, procureur fiscal. — Le procès-
(1) Arch. de la Marne, ibid. (procès-verbal, dossier b, pièce 193, Cahier, dossier c, pièce 7 : 3 pages cotées et paraphées par le syndic Louis Férat ou par le greffier municipal Pierre Forjot ; visa : « vu et lu » d'un commissaire de l'assemblée du Tiers état du bailliage, sans paraphe).
Sources doc. acc. — Arch, de la Marne, C, 6i3 : Administration de la communauté ; usages ; comptes des syndics. — C, H69 et 945 : Impositions. — C, 1855 : Église et presbytère. — C, 2992 : Procès avec le comte de Lantage au 8i:get des usages dans les marais de Saint-Gond. — E, 918 : Actes tabellionés du comté de Vertus ; vente de la ferme de Joches au curé de Coizard en 1699. — G, 103, 12à, 397 : EgUse, cure ; -- etc.
— Joches appartenait à l'élection de Chàlons ; la commune ftit réunie,
verbal constate la présence de Louis Ferai le jeune, syndic, Michel Givrouille, Antoine Clément, officiers municipaux, Pierre Foijot, greffier municipal, Pierre Truffant, Jean Périnat, Louis Dufour, adjoints, Marc Petit, Louis Machault, Jean-François Forjot. — Le seul député désigné fut Louis Férat, syndic municipal.]
Au procès-verbal est annexée la pièce suivante :
« Nous soussignés, syndic municipal, membres et adjoints de la « municipalité de Joches, certifions que le nommé Louis Férat, notre « député, ne peut se rendre à l'assemblée générale du bailliage de « Châlons-sur-Marne, par rapport à un accident des plus fâcheux qui « vient de lui arriver depuis la séance de ladite assemblée ; nous (( avons, à ce sujet, recueilli les voix en la manière accoutumée ; la « pluralité des suff'rages s*est réunie en faveur du sieur Pierre Forjot « qui a accepté ladite commission et promis de s'en acquitter fidèlece ment en remplacement de la personne de Louis Férat, notre député. <r A Joches, ce 21 mars 1789,
« Louis Férat, syndic m»ï, Pierre Truffaut, ad., « Michel Givrouille, m«i, Antoine Clément, m>L»
Note au bas, d'une autre écriture : « Nouveau nommé en remplacement, après avoir prêté serment. »
CAHIER (1
Cahier de remontrances, plaintes et doléances des habitants contribuables de la paroisse de Joches, diocèse et élection de Châlons-sur-Marne,
Tous et unanimement votants en rassemblée tenue le dimanche 1**" mars présent mois, pour se conformer et obéissant à la lettre de Sa Majesté de la convocation des États généraux donnée à Versailles le 24 janvier dernier, ensemble de l'ordonnance de M. le grand bailli d'épée de Chàlons-sur-Marne, eu date du 17 février dernier, et signification faite auxdits habitants, le 26 février dernier, pour être, ledit cahier, représenté par leur député en rassemblée du bailliage de Chàlons indiquée au 12 du présent mois, à quoi nous, contribuables, nous désirons qu'il
par ordonnance du 30 mai 1847, à celle de Coizard, canton de Montmort, arrondissement d'Épernay.
— Dénombrement de 1773 : 16 feux roturiers. — Population : 35 hommes, 30 femmes, 2 garçons et 7 filles, soit 74 habitants.
(1) Les articles de ce cahier sont évidemment inspirés par ceux du cahier de la paroisse de Courjeonnet, dont la communauté de Joches était l'annexe ; on retrouve même parfois les mêmes phrases dans l'un et l'autre de ces deux cahiers.
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plaise aux États d'y avoir égard, donnons tous pouvoirs à notre député de par nous préposer (sic) notre avis ainsi qu'il suit :
1. — Que les charges et impôts publics soient supportés par les trois ordres.
2. — Une répartition égale en raison de la fortune de sujets pour payer la dette nationale [et] à l'avenir les charges de l'État, de façon que celui qui aura plus de biens paiera plus et celui qui en aura moins en paiera moins.
3. — Supprimer tous les impôts qui écrasent le tiers des campagnes comme la corvée, les aides, les hommes de garnison ; diminution du sel ; à l'exception de la milice, parce que nous naissons et sommes tous nés soldats, laquelle milice soit désignée pour le tirage à trois lieues d'arrondissement au plus de chaque paroisse ;
4. — Que tout banqueroutier démontré frauduleux soit frappé de la tache d'infamie.
5. — Suppression de toutes les charges, emplois, pensions onéreuses à l'État que paie, d'une façon ou d'une autre, l'habitant des campagnes.
6. — Établissement dans nos paroisses d'une caisse municipale dans laquelle sera déposée la contribution de chaque habitant ; cette municipalité des paroisses portera ses fonds à la caisse municipale du bailliage, laquelle voiturera le tout au grand colTre royal de Sa Majesté.
7. — Pour remplir cette caisse municipale de la paroisse à plein, chaque habitant paiera à raison de son revenu et de son commerce ; la municipalité fera la répartition en ne gagnant que ses journées.
8. — Suppression actuelle des exercices des huissiers-priseurs, comme la ruine des malheureux habitants des campagnes.
9. — Obliger le seigneur des marais de se conformer aux édits et arrêts du Conseil, pour le dessèchement et entretien desdits marais, suivant la concession qui lui en a été faite par le Roi.
10. — L'obliger à ne pas troubler les malheureux habitants dans leur juste possession qu'ils ne peuvent défendre faute de fortune.
11. — Nous jouissons d'une partie de notre portion de marais en pâturage, mais, faute d'entretien des ponts et chaussées qui y
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conduisent, nous ne pouvons pas en profiter, risque à faire périr le bétail, et même, il y en déjà péri.
12. — Suppression entière des pigeons, par rapport au tort considérable que font cesdits oiseaux dans les temps de semailles et de moissons, ainsi que tout autre gibier.
13. — Nous demandons qu'il nous soit permis de jouir du pâturage dans les prés, marais, dudit seigneur des marais, après que la récolte en aura été faite (1).
Fait et arrêté par moi, greffier de la municipalité, en présence
du syndic municipal, des membres et adjoints de la paroisse.
A Joches, cejourd'hui dimanche 8 mars 1789.
Louis Férat, syndic municipal, L. Dufour, a., Pierre
FoRJOT, greffier m»S Antoine Clément, m., L. Ma-
CHAULT, Michel Givrouille, m., Pierre Truffaut (2).
(7 signatures.)
JONCHERY-SUR-SUIPPE
ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La communauté de Joncherysur-Suippe (3) était composée de 110 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié le loi- mars 1789. — Le 8, les habitants se réunirent
(1) Au cahier de Courjeonnet, page 231, on trouvera un exposé succinct de la question des marais de Saint-Gond et des démêlés des communautés voisines avec les seigneurs pour la libre jouissance ou la possession de ces marais. La communauté de Joches, en particulier, avait, en 1777, réclamé contre le comte de Lantage, seigneur engagiste des marais, et lui avait même intenté un procès pour avoir usurpé 112 arpents d*usages dont les habitants prétendaient avoir la propriété. Un dossier important, contenant même la copie des titres dont il est question dans la note du cahier de Couijeonnet, a été constitué par le fondé de pouvoirs de la communauté, l'avocat Fleury, en vue de ce procès qui traîna jusqu'à la Révolution. (Arch. de la Marne , C, 6Î3 et 2992.)— Consulter aussi le « Mémoire pour messire Claude François Poncher, conseiller du roi, etc.. et le sieur Pierre Llieureux^ seigneur de Coizard en partie, étant aux droits du donataire de la moitié des marais de Saint-Gond; — contre les seigneurs et communautés voisines desdits marais, donataires de Vautre moitié n, imprimé en 1730 et montrant les tentatives infructueuses faites avant 1670 par l'Intendant CaumarUn, et depuis par les héritiers du comte de Romécourt, pour dessécher ces marais et les rendre accessibles. (Annuaire de la Marne, an. 1827, p. 41.;
(2) Les signataires font suivre leur nom d'un « m. » ou d'un « a. », selon qu'ils sont officiers municipaux ou adjoints.
(3) Arch, de la Marne, ibid. (procès-verbal, dossier b, pièce 194. Cahier,
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SOUS la présidence de Jean Bablot, syndic municipal de la communauté. — Le procès-verbal constate la présence de Nicolas Dez, Fiacre Horque, Jean-François Aubert, François Galichet, Nicolas Fer, Médard Âubert, Jean-Nicolas Lorin, Jacques Boucher, André Bureau et encore, d'après les signatures : P. Dez, J.-P. Delaunay. — Les députés forent Fiacre Horque et Jean-François Aubert.]
CAHIER