‹ Cahiers de doléances pour les États généraux de 1789Chapitre 184 sur 262 · SAINT-JEAN-SUR-MOIVRE · texte numérisé non relu

SAINT-JEAN-SUR-MOIVRE

7. — La maréchaussée est rétribuée par l'État pour porter aux paroisses des campagnes ]es différents arrêts et ordonnances émanés du trône et des tribunaux ordinaires : les pauvres paroisses sont cependant obligées de payer les frais de cet apport ;

Que désormais elles soient déchargées de ces dépenses ; c*est une justice qu'on leur fera.

8. — Le sel est à un taux exorbitant ; plusieurs pauvres familles ne peuvent fournir aux frais nécessaires pour se le procurer.

Qu'on le rende marchand dans tout le royaume et que l'on nous délivre de cette Cayenne (sic) importune, établie par l'abus pour veiller au commerce de cette denrée nécessaire à la vie ; on peut, sans inconvénient, transporter ces espèces de commis sur les frontières du royaume : par là on nous rendrait la liberté dont nous avons droit de jouir.

9. — Le vin n'est pas moins nécessaire à la vie, surtout dans les maladies et autres choses qui affligent la faible humanité ; plusieurs provinces du royaume ne peuvent se le procurer qu'à grands frais ; le débitant ne peut le vendre à un prix convenable à tous les individus qui en ont besoin, parce que la commission des aides ruine les vignerons et celui qui paie entre ses mains cette première nécessité. Que l'on supprime encore cette commission et autre ; il y aura plus de bonne foi et de probité dans le commerce et le malheureux recevra le soulagement qu'il désire et sollicite depuis si longtemps.

10. — La Champagne est un terrain infécond et stérile (1) ; une partie, surtout sur la Moivre, ne se cultive qu'à force de sueurs et de peines ; encore si le laboureur recevait le fruit de ses travaux ; mais non I le sol est ingrat, il, est sujet à toutes sortes de dangers; l'inclémence des saisons ruine presque toujours ses espérances ; les inondations, les ravins creusés dans toute la campagne par ces fléaux trop multipliés les plongent très souvent dans l'indigence et la pauvreté (2) ;

(1) Pour 979 arpents de terres labourables, le terroir de Saint-Jean-sur- Moivre en possédait 1,0S9 de terres incultes. Le seigle et le froment (1,750 boisseaux année commune), l'avoine (2,447 boisseaux), le froment (251 boisseaux), ne produisaient guère que la semence. L'orge et le sarrasin donnaient le double, mais les quantités récoltées étaient bien faibles, 412 et 370 boisseaux. (Dénombrement de 1773 : Arch. de la Marne, C, 430.)

(2) On a vu, au cahier de Marson, communauté voisine (page 440), que la vallée de la Moivre était sujette à de fréquents orages et que les inondations

11. — Que dans les impositions des deniers royaux on ait égard à ces infortunés et qu*on ne les impose que pour un quart de leurs fonds (1).

12. — Les dîmes changées. — Les églises sont encore à notre charge pour les plus grands frais : les décimateurs qui jouissent de revenus considérables et qu'ils ne tiennent que de nous, ne devraient-ils pas fournir à toutes les dépenses de ce genre (2) ?

Qu'ils en soient donc chargés à Tavenir ou que Ton nous laisse des fonds pour y suffire ; nos temples en seront plus décents et le culte divin plus honoré et plus respecté.

13. — Dans les temps malheureux, le commerce languit partout ; le pauvre, qui ne vit que de son industrie et du travail de ses mains, manque d'ouvrage. Cependant, il faut vivre et payer sa cote d'industrie qui se porte à 9 livres, c'est une sentence énorme et insupportable pour ces malheureux (3) ;

Que l'on supprime cette sorte d'imposition et qu'on la remplace par une autre qui ne porte point à faux.

14. — Grands chemins, — Le laboureur, c'est le père nourricier de la patrie : souvent il n'a aucun fonds ; s'il profite de la commodité des routes, ce n'est que pour aller payer ce qu'il doit à ses maîtres ; pourquoi contribue-t-il aux frais de l'entretien des grands chemins ? Son maitre porte et doit porter l'imposition des vingtièmes ; il serait, ce semble, aussi raisonnable de le charger encore de cet impôt arbitraire ;

Que le gouvernement ôte aux cultivateurs cette contribution et qu'on la transporte sur le riche propriétaire.

15. — Suppression des haras. — L'intendant de notre province a obtenu depuis longtemps un établissement qui fournit des abus : c'est l'établissement des haras.

Dans plusieurs cantons de cette province il n'y a aucun pâturage pour nourrir les poulains ; le garde étalon a cependant des privilèges et des exemptions considérables qui retombent sur les particuliers ;

produites par les crues rapides des eaux ravinaient les chemins et les terres de cette région.

(1) Au rôle de 1790, Saint-Jean-sur-Moivre était porté pour 473 livres d'imposition principale et frais de collecte, 800 livres d'accessoires et capitation, et 217 livres de prestation des ctiemins. (Arch, de la Marne, C, 905.)

(2) Voir la note ci-dessus, page 564.

(3) Voir le cahier d'Aulnay-aux-Planches, page 46.

SAINT-MAKD-LÈS-llOUP^V 36Ï

Que Ton supprime cet établissement, et si on veut le conserver» que ce ne soit que dans les cantons où il prouve des avantages réels et très prouvés (1).

Tout homme a droit à la bienfaisance de son prince ; il règne sur le pauvre comme sur le riche ; le pauvre a donc droit de porter aux pieds de son trône ses vœux et ses doléances ; le monarque, d'ailleurs, Texige de tous ; pour obéir à ses ordres, nous soussignés, officiers municipaux et autres liabitants de Saint-Jean-sur-Moivre, tous réunis et assemblés, avons rédigé le présent cahier et, pour faire le présenter et faire valoir, avons choisi pour nos députés à l'assemblée des trois États, tenue à ChAlons, les habitants ci-dénommés, Jean-Baptiste Folliet et Louis Hermant, lesquels ont accepté et ont signé avec nous, habitants, le 10 mars 1789.

J. Caillot, Louis Hermant, syndic, L. Liébeaut, adjoint, Nicolas OuDiNOT, N. Benoist, J.-B. Folliet.

(6 signatures.)

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