‹ Cahiers de doléances pour les États généraux de 1789Chapitre 201 sur 262 · Le reculement des barrières · texte numérisé non relu

Le reculement des barrières

(1) Le terroir comprenait 227 arpents de bois. (Dénombrement de 1773 : Arch. de la Marne, C, 430.)— « Pendant Thiver, les habitants se transforment en bûcherons et pendant Tété... ils transportent les bois à Châlons. Ces bois sont durs et préférables à la plupart de ceux de l'Argonnc ». (Chalettb : Préciê de la slatnliqne générale du département de la Marne^ ouv. cit., page 128.)

12. — Une diminution sur le sel et le tabac» au moins de moitié de prix ; Tun et Tautre vendus au même prix dans toutes les provinces ; les dépôts de sel placés, dans chaque canton, à la portée de tout le public, pour éviter les déplacements des gens de campagne, et ledit sel vendu au poids et non à la mesure ;

13. — Que les paroisses éloignées de plus de quatre lieues de la résidence du subdélégué de l'intendant de la province soient dispensées de se rendre au lieu de la subdélégation pour le tirage de la milice, et à l'elTet duquel tirage de milice, les officiers municipaux des petites villes, bourgs ou gros lieux seront commis, si mieux n*aime le subdélégué se porter lui-même dans lesdites petites villes, bourgs ou gros villages.

14. — La réforme des abus dans Tadministration de la justice ; la simplification des procédures d'instructions, surtout dans les cours souveraines ; la diminution de la taxe des frais de procédure ; la prescription (?) à tous huissiers et sergents de mettre à l'exécution dans le détroit (1) de la juridiction où ils sont établis, tous arrêts, sentences et jugements pour mettre fin aux vexations des huissiers.

15. — La suppression totale des jurés-priseurs créés pour les provinces, car, outre que ces charges ne servent à rien, c'est qu'elles sont une source d'abus et de vexations pour les pauvres, ces huissiers se faisant payer des vacations et des transports très chers, sans souvent sortir de chez eux et en faisant des procès et payer des amendes à ceux qui cherchent à [se] mettre à l'abri de leur fraude.

16. — Il est aussi nécessaire de faire la suppression d'un très grand nombre d'huissiers qui, en obtenant des provisions dans toutes sortes de juridictions, se répandent dans tout le royaume et molestent le pauvre peuple considérablement; les huissiers des bailliages et des justices seigneuriales étant d'ailleurs en nombre suffisant pour régir toutes les affaires de leur ressort.

17. — Il faut observer que les grandes routes sont multipliées à l'infini et qu'il serait nécessaire d'en supprimer à cause de la dépense énorme que leurs construction et entretien occasionnent, et qu'il est étonnant que ces frais soient à la charge du Tiers

(1) Sic : s'emploie pour « diiTicuIté, embarras », et aussi pour « district, étendue d'une juridiction, la juridiction mcMiie », et encore « sorte d'acte judiciaire ». (Voir des exemples dans le Dictionnaire de Godefroy.)

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état seul, tandis que ce sont les deux premiers ordres qui en tirent tout l'avantage; que la moindre justice que Ton pourrait faire à cet égard serait de faire supporter ces dépenses aux trois ordres ensemble et même sur tous les biens-fonds.

18. — S'il est à propos de représenter que s'il est nécessaire d'établir de nouveaux impôts, qu'ils ne doivent pas être à la charge du Tiers état, parce qu'il est déjà écrasé par ceux qu'il est obligé de payer ; est-il nécessaire de prouver que celui qui a pour vingt-cinq livres de biens-fonds, y compris sa maison, paie 65* au Roi et plus en y comprenant la taille personnelle et capitation, celle d'industrie, la corvée, les vingtièmes, le sel et le tabac, sans y comprendre ce qu'il paie encore lorsqu'il possède des vignes (1) ?

Les vignes de Soulières sont d'un petit rapport et ne rapportent que trois pièces l'arpent, année commune (2), et d'un prix bien modique, qui ne peut pas se charroyer, qu'il faut qu'il se consomme dans le pays parce que l'on ne trouve pas à le vendre ; si les pauvres personnes qui n'ont que leur vin et ne trouvent pas à le vendre, qui n'ont ni pain, ni beurre, ni sel, et qu'ils veulent s'exposer à en donner quelques bouteilles à l'auluze (3) pour avoir ce qui leur est nécessaire à la vie, les commis les surprennent et les voilà ruinées ; la seule raison pour rendre le vigneron plus libre, il faut taxer les vignes par arpents.

Lalire, Bauchet, p. Padoux, A. Godart, G. Laurent,

GoDART, Jean-Baptiste Oyance, etc

N. Mélinet, syndic.

(33 signatures.)

(1) Au rôle de 1781, la communauté de Soulières était portée pour 699 livres de taille et frais de collecte et 1,091 livres d'accessoires et capitation. {Arch, de la Marne, C, 9V2,) — Les habitants s'étaient paiiagés les quelques biens usagers qu'ils possédaient. (Ibid., C, 7/0.)

(2) Les vignes étaient plantées sur M arpents, mesure de Paris, et produisaient 92 muids, année commune. La récolte de 1773 n'avait donné que 73 muids. (Arch. de la Marne , C, ^30.)

(3) Sic, mis pour o/use, vente des vins en fraude, en cachette, et sans payer les droits d'aides. Le terme était très employé dans la région. (Tarbk : Recherches sur l'Histoire du langage ci des patois de Champagne, Reims, 1851. in-^o, t. H, page 97.)

« L'auteur d'un poème manuscrit sur le village de Vertus en Champagne.

SUIPPES

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [Le bourg de Suippes (1) était composé d'environ 500 feux.— L'avis pour la convocation des États généraux fut lu et publié le 1er mars 1789. — Le 8, les habitants se réunirent « en l'auditoire de la justice de Suippes i», sous la présidence de Jean-Baptiste Marguet, avocat en parlement, maire de Suippes, y demeurant

« — dit le Dictionnaire de Tréuoux, — grand partisan de Voluse, était si c content de ce terme qu'il a fait aussi oluseur pour dire qui vend en fraude :

€ Margouillat et Roguct, insignes oluseurs, « De l'olusc toujours seront les défenseurs ».

Dans une petite notice sur le village de Cormicy, près Reims (par A. Lkfèvre — Cormicy, 1879, in-12 — Biblioth. de Reims, C. jR. 471-06), on lit : « On n*est plus heurté à chaque coin de rue par ces habitués d*oluses qui € buvaient, durant toute une après-midi, assis sur les éviers des vignerons « fraudeurs » ; et l'auteur explique, en note, € qu'on donnait le nom d*oluses aux maisons qui débitaient leur vin sans payer de droits à la régie. Oluse viendrait du mot latin olla, plat creux dans lequel on servait le vin ».

(1) Arch. de la Marne, ibid. (procès- verbal, dossier b, pièce 259. Cahier, dossier c, pièce 63 : 9 pages cotées et paraphées en bas par Marguet ; fausse couverture ; — visa de Prieur sur la première page).

Sources noc. acc. — Arch, de la Marne, C, lit à 7iS : Administration de la communauté ; organisation du corps municipal ; usages : partage ; remparts ; comptes des syndics ; droits de ville ; ponts ; église ; caserne de maréchaussée; compagnie de fusiliers. — C, 3Î8 : Incendie de 1754.— — C, 364 : Épidémies.- C,àîO : Droits sur les grains.— C,472 à 477, 500, 502, 506 et 29&8 : Commerce et industrie de Suippes.— C, 9i2, 956 et 2356 : Impositions. — C, 1034 : Capitation. -- C, i050 : Vingtièmes. — C, U95 : Propriété des remparts. — C, Î236 : Étapes. — C, iSiî : Logement des gens de guerre. — C, 1340 et 290i : Caserne de maréchaussée. — C, 1606 : Cor\'ées. — C, Î689 : Ponts. — C, 1774, 1908 : Église et presbytère. — C, 1946 : Union de Thôpital de Suippes à THôtel-Dieu de Reims (1696). — C, 2693 : Nomination de la municipalité en 1788. — Arch. de Reims : fonds de V Archevêché, G, 284 : Visite de la paroisse; enquêtes de 1773-1774 ; — etc.

Bibliographie. — Denis (Auguste) : Recherches historiques sur la petite ville de Suippes. (Châlons- sur- Marne, J.-L. Le Roy, 1874, in-12 de 168 pages.) — Hubert : Topographie du canton de Suippes. (Annuaire de la Marne, 1813, pages 20 à 54.) — La ville de Suippes appartenait à l'élection de Reims ; aujourd'hui la commune est un chef-lieu de canton de Tarrondissement de Châlons-sur- Marne. — La véritable orthographe du nom du bourg, d'après les chartes du xi« et du xn« siècle, serait Suippe, sans 5 à la fin, comme la rivière (Denis, op. cit., page 12); mais il est universellement admis, aujourd'hui, que le bourg de Suippes prend un s, tandis que la rivière n'en doit point avoir (Longnon, Die-

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— Le procès-verbal constate la présence de Louis Thiéry, syndic (1), Jean-Baptiste Aabert, Jean-Baptiste Vitry-Varanne, Etienne Jaunet, Marguet, Oudin, Caquet, Oudart, Dupuy-Dupuy, Jullion-Senart, Pierre Devaranne Taîné, Lepage, François Jullion, Etienne Jaunet, Jacquinet, Nicolas Jaunet, C. Thiéry, J.-F. Janson, Jean-Baptiste Devaranne-Senart, Collin, Denis-Charles Meslier, J.-B. Senart, J.-B. Blavier, F. Janet, Nicolas Vitry, Pierre Jacquart, Jean-François Dez, Jean-Baptiste Morel, Pierre Jullion, F. Benoît, Nottret, Lesage fils, Mauclerc, Jean - Baptiste Delannery, Nicolas Janson, Hiblot, Claude Hémin, Claude Sasse, Laviarde, Chariot, N. Jullion, C.-F. Thiéry, Jullion. Godart, Jean-Baptiste Janson, Claude Masson, Jean-Baptiste Lambin, Benoît, Thiéry, échevin, Delannery, Desban.— Les cinq députés furent Claude Marguet, Jean-Baptiste Marguet, avocat, maire de Suippes, Louis Thiéry, syndic, Henrj' Benoit et Jean-Baptiste Aubert, demeurant tous à Suippes; — « et encore, ajoute le procès-verbal, Louis Oudart, bourgeois, demeurant à Suippes », désigné comme sixième député, sans doute pour suppléer les autres en cas d'empêchement (2).]

Le renouvellement des États généraux, les droits naturels rendus au Tiers état, sont des bienfaits dignes du Roi qui nous gouverne. Ce nouveau trait de bonté et de justice lui mériterait sans doute nos adorations, si Tamour des Français était susceptible d'accroissement pour leur souverain. Sûrs que ce bon Roi ne veut que le bonheur de ses sujets, les habitants de Suippes, pour satisfaire à ses ordres, verseront avec confiance dans son

tionnaire topographique, cit.). Du reste, M. Denis, malgré son observation, écrit toujours le nom de Ja commune avec un s au cours de sa brochure.

— Dénombrement de 1773 : 369 feux roturiers et 3 ecclésiastiques. — Population : 720 hommes, 757 femmes, 133 garçons et 144 filles, soit 1,754 habitants»

(1) L'administration municipale de Suippes avait été d'abord confiée, et « de temps immémorial j», à un syndic et à un échevin élus à la pluralité des voix le lundi de la Pentecôte. Une ordonnance de l'intendant Lcpeletier de Beaupré du 12 mai 1745, confirmée et augmentée par celle de Rouillé d*Orfeuil du 9 mai 1782, établit en outre un corps de 12 notables élus par toute la communauté et chargés seuls d'élire le syndic et l'échevin et de les assister dans les actes de leur administration. Eu cas de procès, ce corps se renforçait de 36 autres notables habitants.

Le conseil ordinaire des douze se recrutait par moitié dans deux classes de contribuables, dont les uns devaient payer plus de GO livres et les autres de 20 à 30 livres.

11 fut, depuis 1782, nommé pour trois ans et renouvelable annuellement par tiers dans chaque classe. (Arch. de la Marne ^ C, lît et ^2693,)

(2) Louis Oudart comparut à rassemblée du bailliage de Cliâlons avec les cinq premiers députés titulaires de Suippes.

sein paternel leurs doléances et lui exposeront sans détour les réformes qu*ils croient nécessaires au bien de la Nation.

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