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DOLÉANCES PARTICULIÈRES DU BOURG DE SUIPPES

Ce bourg est composé d'environ 500 ménages ou demiménages ; quoiqu'il ne soit point clos, quoiqu'il n'ait même aucune barrière, quoiqu'enfin il ne jouisse d'aucune immunité des villes (1), il est cependant à leur instar pour la perception de différents impôts.

Il paie un don gratuit considérable, les entrées sur les vins et sur les bestiaux destinés à l'abat de ses boucheries ; il est assujetti aux inspecteurs aux boissons, aux inspecteurs aux boucheries ainsi qu'à la marque des cuirs ; ces impôts réunis produisent annuellement douze à treize mille livres.

Les vingtièmes, les tailles, capitations et accessoires (2), com-

(1) La ville de Suippes ne jouissait d'aucun des privilèges d'octroi ou autres qu'on avait attribués à des communautés de son importance, tels que Vertus par exemple. Elle avait eu autrefois un droit de péage, de passage, sur le pont de Suippcs, dit « droit de pontenage », qui ne rapportait guère que 14 livres (compte de 1723). (Arch. de la Marne, C, 7iî.)

Ce droit, que les habitants avaient obtenu par lettres patentes du 5 août 1603, consistait « en quatre deniers par chariot et deux deniers par charette sur les marchands, voituriers et autres forains seulement passant et repassant au bourg de Suippes et dans ses confins » ; le produit était employé à l'entretien des terres, murailles, fossés, portes, ponts, pavés, chemins et avenues dudit bourg. Un arrêt du Conseil d'État du Roi du 31 janvier 1730 supprima ce droit. {Bibliolhèque de Reims : fonds Denllin, Paris, imprimerie royale, s. d., in-4o de 4 pages ) La ville avait eu aussi le tiers du produit du droit de minage perçu par le seigneur sur le marché. Une ordonnance de Rouillé d*Orfeuil suspendit l'exercice de ce droit sur les grains. (Arch. de la Marne,» C, 410.)

La communauté possédait 1,826 arpents de terres d'usage. (Ibid., C, ^30.) — Une ordonnance de l'intendant du 18 février 1770 décida que ces terres se partageraient pour une durée de dix ans entre un nombre d'habitants au marc la livre de leur taille, à charge par les tenanciers de ces terres d'en mettre une partie en prairies artificielles « afin de tenir lieu des gros pâturages qui manquaient », et ce, afin de développer la race des bestiaux nécessaires au commerce de la contrée ; déchéance devait être prononcée contre ceux qui s'y refuseraient. Le procès- verbal de partage du 21 novembre 1779 nous apprend que la division des terres fut faite en 21 lots (le 21* lot loué à part), composés chacun de 142 jours 1/2, et que « la totalité de la taille des habitants qui participèrent au partage, fut de 2,129 livres 17 sols, ce qui faisait, division faite de cette somme en 20 poiiions égales, pour chaque portion, la somme de 106 livres 10 sols, et la quantité d'un jour deux quartels par livre, etc.. ■ (Ibid., C, 7iî.)

(2) Les taille, capitation et impôts accessoires avaient, depuis le commencement du siècle, suivi une progression constante : de 2,549 livres 11 sols en

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pris riinpôt représentatif des corvées, montent de douze à treize mille livres. Voilà donc, pour ces seuls objets, plus de vingt-six mille livres à la charge de ce bourg qui, réparties sur les cinq cents ménages ou demi-ménages, sont une charge pour chacun d'eux, du fort au faible, de cinquante-deux livres, somme exorbitante sans doute pour les habitants d*un village dont les trois quarts ne sont que des ouvriers en laine, la plupart réduits à la mendicité.

Si on ajoute à cela la marque des étoffes, qui d'un sol est portée à trois par chaque serge de Suippes, depuis environ deux ans (1), le tirage de la milice, le sel, les contrôles, le centième denier, les droits de franc-fief, etc., Timpôt double nécessairement.

Mais le logement des troupes, qui passent de la Lorraine en

1704, ces impositions s'étaient élevées à 4,058 livres 17 sols 6 deniers en 1750, 8,478 livres 12 sols en 1775, pour atteindre plus de 12,000 livres en 1789. Au rôle de 1790, les chiffres baissèrent : 2,281 livres 12 sols d'imposition principale et frais de collecte, 3,859 livres 5 sols 4 deniers d'accessoires et capitation, 1,049 livres 1 sol 3 deniers de prestation des chemins, et 19 livres de rejet, soit 7,208 livres 19 sols 7 deniers. (Arch. de la Marne, C, 912 et 2336.)

(1) Arch, de la Marne, C, 472 à 477 : Établissement et organisation de bureaux de marque et de contrôle dans les villes de Reims, Troyes, Chftlons, Rethel et Suippes, pour les étoffes de laines ; tarif et règlement de perception des droits de marque ; état des recettes et dépenses de ces bureaux.

Ces bureaux avaient été réformés en 1781 (lettres patentes du 5 mai 1779 et arrêt du Conseil d'État du 17 septembre 1780); de nouveaux avaient été créés à Chaumont, Joinville, Vaucouleurs et Wassy. Pour la première année 1781, le produit des droits de marque sur 1ms étoffes, dans toute la généralité, avait été de 1,735 livres 6 sols 6 deniers ; en 1787, de 23,453 livres 18 sols 11 deniers ; en 1789, de 13,954 livres 14 sols 4 deniers. Pour les huit années, de 1781 à 1787, les recettes donnèrent 70,021 livres 4 sols 3 deniers, déduction faite des dépenses. Pour le bureau de Suippes, la marque produisit en 1781 : 202 livres ; mais elle baissa aussitôt : en 1782, à 38 livres ; en 1783, à 76 livres 3 sols ; en 1784, à 70 livres 18 sols ; en 1785, elle atteignit 144 livres 2 sols; en 1786, 111 livres 5 sols ; mais, comme le dit ci*dessu8 le cahier, le tarif ayant été augmenté en 1787, le produit du droit monta cette année à 436 livres 18 sols, en 1788 à 423 livres 15 sols et en 1789 à 373 livres 5 sols.

Parmi les dépenses, le garde-juré de Suippes signala qu'il avait prélevé sur la caisse de service, en 1784, « 500 livres pour être employées au rétablissement d'une partie des métiers détruits par la dernière inondation dans la plupart des villages bordant la rivière de Suippe ». Une somme de 5,000 livres avait été déjà prélevée sur les fonds de la généralité pour le même objet.

L'intendant Rouillé d'Orfeuii avait affecté une partie des fonds provenant du droit de marque au paiement des réparations faites au dépôt de mendicité de Châlons ; cet emploi fut jugé irrégulier par le contrôleur général des finances, qui rappela à l'intendant que ces fonds étaient < destinés exclusivement aux besoins du commerce ».

Flandre et des frontières en Bourgogne, ou qui repassent de ces pays dans la Lorraine ou la frontière, augmentent encore singulièrement les impôts (1) ; cette surcharge est d'autant plus dure que la majeure partie des habitants n*étant, comme nous venons de le dire, que de simples ouvriers en laine, manquent souvent des choses qu'ils doivent fournir aux soldats, tels que bois, sel, légumes, paille et linges ; mais, ce qui la rend bien plus gênante encore, c'est que la plupart des habitants sont si étroitement logés qu'ils ne possèdent qu'une ou deux petites places dans lesquelles ils font leur potage et leur travail ; ces places servent aussi à les coucher, eux et leurs enfants ; on y trouve même encore souvent un porc, une chèvre ou des volailles; de sorte que leur fortune et, qui pire est, leurs femmes et leurs filles, sont pour ainsi dire à la merci des soldats, dans la chambre desquels elles sont forcées de coucher.

Mais ce qui met le comble à leur misère, c'est que la fabrique de Suippes, qui occupe les trois quarts et demi des habitants, est dans la plus grande détresse par la rareté et la cherté des matières qu'on y emploie : elle est telle que ces matières, depuis quelques années, sont doublées de prix, tandis que celui des serges est baissé (2).

(1) Logement des gens de guerre de 1705 à 1788. (Arc/i. de la Marne, C, Î3ÎÎ.) — Une caserne pour la brigade de maréchaussée en garnison à Suippes fut construite en 1774. (Ibid,, C, 713, Î3M et 2901 : Dossiers de 1773 à 1789.)

(2) Les trois quarts des habitants de Suippes étaient ouvriers en laine ; les autres étaient marchands ; on comptait au»i quelques laboureurs (&i à une charrue, d'après le dénombrement de 1773. — Arch, de la Marne, C, A30).

Les tisseurs de Suippes travaillaient, à cette époque, les rebuts des triages de laine des manufactures de Reims et de Châlons qui, sans ce débouché, « leur seraient à charge », disait Tinspecteur Vauthier ; on voyait alors ces ouvriers, bornés dans leurs moyens, mettre iudustrieusement à profit les débris les plus vils et les plus grossiers pour en former un tissu épais, dit « Enversins, façon de Suippes », des étoffes grossières, à la vérité, mais solides et à très bas prix, en un mot des vêtements pour le peuple laborieux des campagnes. Cette industrie particulière a aujourd'hui disparu pour faire place à l'industrie manufacturière de la laine fine elle-même, aux filatures de laines peignées et cardées, au commerce des étoffes qui, dès 1790, se sont transformés et ont pris une extension considérable (création ou développement, sous la Révolution, des usines et ateliers Jeanson-Lelarge, Jullion, Arnould-Âubert, Etienne Déroche, Nottret). Le rapport de l'inspecteur du commerce, constatait que, dès 1734, la fabrique de Suippes était importante ; il énumérait ses produits annuels en raz, étamines, et surtout en serges drapées à peu près semblables à celles de Troyes, dites «c façon de Saint- Nicolas », mais moins fines. (Ibid., C, 506 et 472. — Notices et géographies d'Hubert, de Chalette, etc.) ~ « Le bourg de Suippes, situé à cinq lieues de Chàlons,

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Cette circonstance fâcheuse est destructive de cette manufacture» et conséquemment de ce bourg» car, d*un côté, une forte partie des ouvriers et surtout les pères de nombreuses familles,

c — disait le rapport présenté à l'assemblée provinciale de Champagne c du 20 novembre 1787, — méritera de fixer quelques instants votre attenc tion. Vous y verrez 2,000 habitants presque tous occupés à fabriquer des « serges drapées communes, qui se portent en blanc à Troyes, à Reims, à « Amiens, ou étant teintes et apprêtées, elles servent ensuite à habiller la c classe la plus indigente des citoyens. Cette manufacture est précieuse en ce « qu'elle n'emploie que des matières de rebut dans les autres manufactures, c singulièrement tout ce qui a été rejeté dans le triage des laines travaillées à c Reims ou à Chftlons. Le bourg de Suippes fabrique, année commune, 4,500 « pièces qui, réduites au prix moyen, produisent une somme de 807,800 livres c dont les deux tiers sont le produit du travail de l'ouvrier. . . » (ProcèÊ-oerbal des séances de l'Assemblée provinciale de Champagne, ouv. cit., page 60.) — Outre la ville de Suippes, 18 à 20 villages des environs, et surtout de la vallée de la Suippe, travaillaient soit pour leur propre compte, soit surtout pour les négociants de Reims. Cette industrie spéciale comptait en 1787, pour toute la région de la Suippe, 915 métiers appartenant à 547 fabricants et rapportant 1,499,340 livres.

Les états semestriels de la manufacture de Suippes (à laquelle on rattache Somme-Suippe), de 17S2 à 1770, existant aux Archives départementales (Areh, de la Marne, C, 472), montrent que le nombre des maîtres fabricants du bourg, étaient de 36 à 50, utilisant à peu près le même nombre de métiers, travaillant eux-mêmes et faisant travailler pour eux. La valeur de la matière première était de 12 à 14 sols la livre. — Le prix de l'aune qui, en 1733, monta à 39 sols, ne valait plus que de 30 à 32 sols en 1770. ~ La pièce d'étoffe se vendait en moyenne de 50 à 52 livres. — En 1732, le nombre de pièces d'étoffe fabriquées ftat de 960, pour le premier semestre, d'une valeur de 57,600 livres et 1,150 pour le deuxième semestre ; en 1733 il fût de 2,055 pièces. De 1764 à 1770, les états donnent ce relevé :

1764.— l^^sem. : 1,610 pièces d'une valeur de 78,729 >

2* sem. : 1,562 - - 76,538

1766.- l*rsem. : 1,540 - — 65,845

2* sem. : 1,719 - - 84,231

1766.— l*rsem. : 1,554 — — 89,355

2* sem. : 1,510 - — 78,520

1767.- l«sem. : 1,960 — — 101,920

2* sem. : 1,129 — — 58,708

1768.- l"sem. : 1,603 - — 84,157» 50»

2* sem. : 1,006 — — 52,260

1769.- l«r sem. : 1.601 - - 84,863

2» sem. : 956 — - 49,712

1770.— l«rsem. : 1,495 — - 76,618» 16»

2* sem. : 882 — - 45,864

La largeur des étoffes était de 36 à 37 sur 2/3 de largeur. — On voit qu'à cette époque la fabrique décroissait plutôt ; d'après le procès-verbal ci-dessus le produit aurait augmenté vers 1789, mais le prix des serges aurait baissé.

Les gardes-Jurés du lieu demandèrent à être dispensés d'établir un bureau de visite et de marque, à cause « de l'indigence des maîtres qui les obligeait

sont, depuis plus de trois mois, sans ouvrage ; d'un autre côté, ceux qui en ont, ne gagnent pas même leur pain : cela est si vrai qu'ils n'ont au plus que dix à douze livres pour la main-d'œuvre

tous à travailler eux-mêmes pour vivre j». On juge d'après cela ce que devait être la situation des simples ouvriers. Du reste, dans la région, les ouvriers en laine avaient une tendance générale à quitter les villes et à é migrer à l'étranger, surtout en Espagne. L'intendant Rouillé d'Orfeuil essaya d'enrayer ce mouvement : en 1784, il donna à ses subdélégués des ordres très sévères prescrivant même « l'emprisonnement provisoire des ouvriers et débauclieurs qui seraient dénoncés comme ayant formé le projet de partir ou exciter à le faire. » (Correspondance à ce sujet : novembre 1784. — Ibid., C, 472.)

Un projet de règlement pour la manufacture de Suippes avait été soumis en 1733, au contrôleur général Orry ; les gardes-jurés des fabricants représenaient que leur manufacture d'étoffes de laine appelées « enversins » et « serges drapées » se trouvait placée heureusement à égale distance de Reims et de Ctiâlons et était d'un grand secours aux fabriques de ces deux villes qui, ne pouvant faire usage des laines appelées « peignons », trouvaient dans la fabrique de Suippes le débouche de cette matière. Mais le contrôleur général refusa son approbation, € attendu que la manufacture de Suippes, n'employant que des laines très grossières, les étoffes qui s'y fabriquent ne méritaient pas un règlement particulier » (lettre du 27 février 1733). L'inspecteur Vauthter se contenta de rendre, le 10 mai 1736, pour la fabrique de Suippes, une ordonnance particulière. Elle resta, d'ailleurs, soumise au règlement général de 1669 et plus tard à celui du 29 octobre 1747, très dur et très vexatoire, et dont les moindres infractions entraînaient des pénalités graves et la saisie des étoffes : des pièces furent saisies en 1766 sur le marché de Suippes pour ne pas avoir été trouvées absolument conformes au modèle édicté par le règlement, le fabricant ayant trop imité la serge de Saint-Nicolas qui se fabriquait à Troyes et qui, seule, devait être revêtue de liserets bleus. (Ordonnance de l'intendant du 3 août 1766, placard imp.). — Les articles adoptés par le règlement général concernant Suippes disaient : Art. l^* : « Les serges qui seront fabriquées à « l'avenir à Suippes et dans les lieux composant le bureau d'arrondissement « dudit lieu, seront montées à 30 portées de 30 fils chacune passés dans des <( rots ou peignes d'une aune de Paris de largeur sans fils de lisières, sinon <K d'un liteau de la grosseur d'un tuyau de plume et de la couleur de la « chaîne. Les chaînes desdites serges seront ourdies à 42 aunes pour avoir « lesdites serges en toile environ cette longueur et revenir, au retour du foulon, « à 35 à 36 aunes au plus et à 2/3 de largeur ; le tout à peine de confiscation « et de 20 livres d'amende. » — Art. 3 : « Les serges sur étain qui seront fabri- «. quées dans ledit lieu y seront montées en chaînes à 40 portées de 30 fils « chacune, autrement à 1,200 fils passés dans des rots ou peignes d'une aune <c de largeur sans fil ni lisières, sinon d'un liteau blanc comme il est dit cic dessus. Les chaînes desdites serges seront ourdies à la longueur des précé. « dentés pour revenir foulées aux mêmes longueurs et largeurs, et ce sous les « peines portées aux précédents articles ». {Arch. de la Marne, C, 506 et ^968.)

Cependant, afin de venir en aide à la manufacture de Suippes, un arrêt du Conseil d'État du 22 janvier 1737, avait, malgi*é les protestations de M"* de Houfiflers, abbesse d'Avenay, seigneur de Suippes, supprimé un droit d'auuage et de poids de 4 sols par pièce qui était perçu au profit de l'abbaye sur les étoffes achetées et vendues à Suippes et à Somme -Suippe. {Ihid., C, 506.)

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d*une serge qui ne peut être fabriquée à moins de dix-sept jours par trois bons ouvriers.

On ne voit pas trop d'où peut provenir cette hausse et la rareté extraordinaire de ces matières, puisque la récolte des laines a été assez abondante depuis quelques années (1) ; les

La population ouvrière de Suippes était donc fort instable. Le curé Grédaine le constatait, en 1773, dans sa réponse au questionnaire de l'archevêque : « Le nombre des communiants varie, disait-il ; quand la manufacture de draps va bien, il augmente et peut aller à 16 ou 1,700 ; mais depuis 4 ans, il est diminué ; actuellement, on compte 1,400 communiants ». (Arch. de Reimt^ G, 284).

Les catastrophes de toute nature rendaient encore plus terrible la situation, la misère de ces ouvriers tisseurs : dans la nuit du 5 au 6 mai 1754, un violent incendie détruisit plus de cinquante de leurs habitations. {Arch. de la Marner C, Si8), — En 1769, une épidémie de flèvre putride vermineuse, « qui répandit l'alarme Jusqu'au-delà du royaume », les décima : en 8 mois, 1,150 ouvriers furent atteints et 80 moururent. (Ibid,, C, 364.) c Plus de cent personnes, dit c M. Denis, furent victimes du fléau appelé peste noire ; un drapeau noir était c arboré sur le clocher pour avertir le voyageur de la contagion, et de grands c feux étaient allumés dans les rues ; les remparts élevés au temps de la Ligue c furent rasés par mesure sanitaire. Le docteur Thomas, médecin de Suippes, < périt du fléau, victime de son dévouement ». Â la suite de cette épidémie, en effet, les remparts de Suippes furent aplanis, car on reconnut que le défaut de circulation de l'air, arrêté par ces remparts, avait été la cause du fléau (l'frfcf., CjTÎÎ.— Plan des remparts et contour de Suippes, dressé par l'ingénieur H urault de Sorbée); cependant, en 1775, la même maladie fit de nouveau son apparition, accompagnée de dyssenterie, c sévissant surtout sur les pauvres ouvriers de l'industrie lainière. » (Ibid,, C, 364.) — Le dégel de 1784 causa également la niine de beaucoup de maisons sises prés de la rivière ; à Suippes et à Somme- Suippe, les dégâts furent considérables ; sur la Suippe, en aval, 144 fabricants et 315 métiers, d'une valeur totale de 19,699 livres, furent détruits. {Ibid., C, 1980.)— On a vu, plus haut, qu'une somme de 5,000 livres avait été prélevée, sur les fonds provenant des droits de marque, pour le rétablissement d'une partie des métiers. {Ibid., C, 472.)

(1) c La cause de cette augmentation, avait dit l'inspecteur Vauthier dans son rapport de 1765, provient de la mortalité qu'a éprouvé l'Espagne l'hiver dernier, d'un quart de ses bêtes à laine et aussi de l'enlèvement considérable qu'ont fait les Anglais de cette matière à la dernière tonte, ce qui n'a pas peu contribué à enchérir les nôtres, particulièrement les plus fines de Berry que la fabrique de ce département était obligée de substituer dans la fabrication de certaines étoff'es dans laquelle ils n'employaient ordinairement que de celles d'Espagne. » {Arch. de la Marne, C, 472.)

L'inspecteur général des manufactures et du commerce de France, le rémois Clicquot-Blervache, avait déjà constaté cette difficulté qu'éprouvaient les fabricants de la région de se procurer des laines propres à leur industrie et des prix exorbitants que cette matière première avait atteints dans une contrée qui nourrissait pourtant plus de 700,000 moutons et qui était obligée cependant de recourir à l'étranger, au Portugal, à l'Espagne et à l'Italie, pour se procurer de la laine. Il crut qu'il était possible, en améliorant « la qualité des laines de la province de Champagne », de rendre aux fabriques leur ancienne prospérité ; il exposa, dans une petite plaquette qu'il lut en 1787 à la

habitants de Suippes ne peuvent rattribuer qu*au traité de commerce fait avec l'Anglais, à la faveur duquel il accapare une partie des laines de France (1) : ce qui autorise cette croyance, c*est que la hausse et la rareté dont ils se plaignent ne remontent qu'à répoque de ce traité.

Tout cela, la cherté des grains (2) survenue tout à coup (peut-être pour la même raison), a réduit moitié de Suippes à la mendicité. Cela est si vrai que les habitants aisés de Suippes ont distribué, depuis le commencement de l'hiver, et distribuent encore à leurs malheureux concitoyens 720 livres de pain chaque semaine et que, cependant, chaque individu n'en reçoit que deux livres, tant est considérable le nombre des pauvres.

Le Roi est supplié de tendre une main secourable à cette malheureuse partie de ses sujets, à qui leurs concitoyens ne sont point en état de continuer les faibles secours qu'ils leur ont donnés jusqu'alors. Il est supplié de remédier aux abus qui ruinent cet infortuné pays et qui influent visiblement sur le commerce national en général.

Société royale d'agriculture de Paris et qu'il fit imprimer à Reims, les expériences qu'il tenta dans son domaine du hameau de Belloy, paroisse d'Écueil, en suivant les conseils donnés par Daubenton sur l'éducaUon des moutons. (Mémoire, imp. Jcunehomme père et fils, à Reims, 1787, in-8*. — BiblMhèque de Reims, C. R. t. II, 463.)

(1) Le traité de navigation et de commerce entre la France et la Grande" Bretagne du 26 septembre 1786 et la Convention additionnelle et explicative de ce traité du 15 Janvier 1787 (Isambert : Recueil des anc. lois, t. XXVIII, pages 248 et 309), avaient pour objet « d'adopter un système de commerce qui eût pour fondement la réciprocité et la convenance mutuelle et qui, en faisant cesser l'état de prohibition et les droits prohibitifs qui avaient existé depuis près d'un siècle entre les deux nations, procurât de part et d'autre les avantages les plus solides aux productions et à l'industrie nationales, et détruisit la contrebande, qui est aussi nuisible au revenu public qu'au commerce légitime, qui seul mérite d'être protégé ». C'est contre cette politique libre-échangiste, qui permettait aux Anglais d'acheter et d'importer dans leur pays les laines de France, de les travailler chez eux et de les revendre, moyennant un droit de 12 pour 100 de la valeur des lainages, sur les marchés français, que les tisseurs de Suippes protestent, comme l'avaient déjà fait, en termes si saisissants, l'assemblée provinciale de Champagne et les habitants d'Isse dans leur cahier (voir pages 345-346).

(2) Le terroir de Suippes contenait 3,759 arpents de terres labourables produisant 1,265 boisseaux de froment (2 pour 1); 21,638 de seigle (2 pour 1); 1,462 d'orge (2 pour 1) ; 18,000 d'avoine (1 1/2 pour 1) et 1,961 de sarrasin (4 pour 1) (Dénombrement de 1773 : Arch, de la Marne, C, 450). Mais la production avait baissé pendant les années qui précédèrent 1789.

Les laboureurs de Suippes possédaient 162 chevaux et 28 bêtes à cornes pour leur culture; Ils élevaient 1,360 moutons.

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