EAUX ET FORÊTS
lO*» La réforme des abus et malversations de tous genres qui se commettent par les officiers de toutes les maîtrises des eaux et forêts de France.
Depuis longtemps, cette partie intéressante des revenus de rÉtat est dans le plus grand désordre; l'administration en a été confiée à des officiers qui, faute d'avoir pu être surveillés d'assez près, ont été séduits par leur cupidité et, loin de tenir la main à Texécution de l'ordonnance de 1669 (1) qui leur était confiée, se sont eux-mêmes prêtés aux contraventions les plus blâmables aux sages dispositions de cette loi, en favorisant les coupes des futaies de réserve, qu'ils sont dans l'usage de se charger euxmêmes de solliciter pour les communautés tant séculières que régulières, sous les plus légers prétextes, le plus souvent sans nécessité, leur intérêt personnel étant de multiplier les martelages, assiettes, adjudications, recollements et congés de cour; il n'est pas rare de les voir, même dans les martelages de ces futaies, faire des réserves d'arbres en si grand nombre, qu'après une première exploitation il devient nécessaire de demander un et quelquefois deux éclaircissements successifs dont ils facilitent également l'obtention à cause des émoluments qui leur en reviennent, sans ménagement pour des jeunes tailles de trois, quatre, cinq, six et sept ans.
Rien n'est plus ordinaire encore que de voir les communautés religieuses, par le canal et à l'instigation des maîtrises, obtenir sans nécessité et sous des prétextes imaginaires, par anticipation, les coupes réglées de leurs taillis, et une grande partie des seigneurs propriétaires de forêts suivent aujourd'hui ce dangereux exemple et ne sont point surveillés sur les réserves d'arbres ; aussi les forêts, surtout dans la Champagne, sont-elles dans une telle dégradation que l'on n'y trouve plus de bois propres à la bâtisse ni à la marine.
Il serait, par les raisons ci-dessus et une infinité d'autres que l'on ne peut placer ici, très instant de donner aux officiers des maîtrises, des surveillants qui ne fussent point intéressés à la coupe des futaies, ou de confier aux juges ordinaires la police et
(1) Edit d*août Î669 portant règlement général pour les eaux et forêts (voir le cahier de TouIod, page 721).
conservation des forêts, avec des contrôleurs et inspecteurs ambulants des bois, commis et gagés par le gouvernement ;