AULNAY-L'AITRE
ANALYSE DU PROCES -VERBAL. |La communauté d'Aulnayl'Aître (1) était composée de 35 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié le U^ mars 1789. — Le même jour, les habitants se réunirent sous la présidence de Claude-F'rançois Mklaut, lieutenant de la justice. D'riutres réunions eurent lieu pour la rédaction du cahier, la dernière le 11 mars, ainsi que le porte le cahier. — Le procès-
(1) Arch, dép, de la Marne, ibid. (procès-verbal, dossier b, pièce îSk. Cahier, dossier c, pièce 108 : 4 feuillets cotés en haut et paraphés en haut et en bas par le lieutenant de la justice François Mélaut ; la mention « vu et lu » est revêtue du paraphe « T » qui est vraisemblablement celui de Thomas (Regnault-Nicolas-Georges), avocat, un des commissaires du Tiers état du bailliage de Châlons).
Sources accessoires documentaires. — Arch. de la Marne, C, 53Î : Administration de la communauté ; états des revenus et charges. — C, 8Î7 et %1 : Rôles des impositions, décharges. — C» 2981 : Police, etc.
— La communauté d'Aulnay-rÂîtrc appartenait à l'élection de Vitry-le- Frauçois. (Arch. de la Marne, ibid. — Lononon : ibid.). Aujourd'hui elle fait partie du canton et de l'arrondissement de Vitry-le-François.
— M. le D^ Langiet a relevé 28 feux en 1692, et d'après les recensements plus précis, en 1773, le village était composé de 165 habitants (36 feux rotu-
AULNAY-L*A1THK 49
verbal constate la présence de Nicolas-Pierre Houx, syndic, comme assistant le président, Jean -François Adam, Jacques Périnet, Nicolas Périnet, Pierre Melaut, Amand-François Adam, Jérôme Dupuis, Claude - Isidore Adam , Pierre Oudinot , Jérôme Melaut , Pierre Champagne, Claude Mathieu, Nicolas Bourgeois, Jacques Mignoquet, Jacques Bourgeois, Jérôme Adam, François Gobilliard, Claude Melaut, Jean-Baptiste Nolin, Jean-Pierre Vauthier, Jacques Dupuis, Noël Guillemin, et encore, d'après les signatures, Honoré Comeny^ Jean-Pierre Périnet, J. Mathieu. — Les députés furent Jean-François Adam et Jacques Périnet (1).)
CAHIER
Cahier de doléances, plaintes et remontrances des halùtants et communauté dAulnay-VAitref coté et paraphé par nous, officiers municipaux soussignés au bas d*icelui par premier et dernier feuillets.
Aujourd'hui, P** mars 1789, à rassemblée des habitants dudit lieu convoqués au son de la cloche à la manière accoutumée, lesquels étant assemblés pour faire leurs plaintes et doléances ci-après expliquées en ce qu'il suit :
1. — Lesdits habitants ont l'honneur de représenter à l'assemblée générale qui se tiendra par devant M. le grand bailli du bailliage de Châlons ou son lieutenant général, un état exact de la qualité et sol de leurs terroirs, de la décadence de leurs bestiaux, qu'ils ont aperçu être beaucoup diminués depuis environ vingt ans, ce qu'ils vont faire connaître par des faits très certains ;
2. — La première remarque qu'ils ont fait de leur terroir est qu'il est très montagneux, et son sol, qui est d'une terre fort légère et remplie de craie dont la plupart sont incultes ; ce qui en est en partie la cause, ce sont des orages qui ont survenu depuis environ vingt ans, si considérables par la quantité de leurs eaux qu'elles ont enlevé une partie de ces terres légères et rempli les collines de craie, surtout en 1774, au commencement
riers et ecclésiastique. — Population : 73 hommes, 72 femmes, 14 garçons et 6 filles), et de 161 eu 1787 (op, cit., pages 23, 27, 72, voir cahier d'Ablancourt). Ce même dénombrement de 1787 nous apprend que sur les 161 habitants il y avait : 1 recteur d'école, 16 laboureurs, 2 vignerons, 17 manouvriers, 3 mendiants et 3 veuves.
(1) Le document des Arch. dép. n*est qu'une copie du procès-verbal délivré et signé par le greffier J. Périnet.
de leurs moissons où il y a tombé de la grêle si considérable qu*ils ont perdu les trois quarts de leurs récoltes ; ils ont été obligés, par la perte de leur fourrage, de vendre la plupart de leurs bestiaux, n'ayant même aucune ressource pour se nourrir que par la commisération d*autrui, ce qui a été vérifié par les officiers de Télection de la ville de Vitry-le-François et dont il leur a été impossible, depuis ce temps-là, de réparer toutes ces pertes (1) ;
3. — Ce qu'il peut y avoir de bonne terre dans les platesformes de leurs terroirs et les bois-broussailles appartient presque tous à leurs seigneurs et au clergé. Les habitants n'en possèdent pas la dixième partie (2).
4. — Etablissement du droit de parcours. — Le droit de parcours ayant été aboli a fait aussi un tort considérable aux habitants (3) ; leur terroir étant d'une très petite étendue ils ont été obligés de vendre la plus grande partie de leurs bêtes à laine, qui était leur plus fort nourri (4), parce qu'auparavant ils profitaient du droit de parcours aux extrémités des terroirs de Coulmier-La Chaussée et Saint-Amand, qui sont très grands et que, d'ailleurs, il n'y a jamais eu aucune troupe en bête à laine dans la communauté de Coulmier-La Chaussée. Il peut y avoir encore, sans doute, beaucoup d'autres communautés qui peuvent être dans le même cas, ce que l'on ne peut apercevoir que depuis l'abolition du parcours; ce nourri est beaucoup diminué, plusieurs troupes ont été supprimées, de sorte qu'aujourd'hui les bestiaux ainsi que leur laine sont beaucoup augmentés de prix et l'agriculture qui en souffre par la perte de leur fumier qui est, sans contredire, le meilleur
(1) Procès- verbal de visite et de constat des dégâts causés par cette grêle. (Arch. de la Marne. C, 2470,)
(2) Ibid., C, 8i7 : Relevé des terres, prés et autres héritages de la paroisse d'Aulnay-l'Altre et du montant de leur location pour par\'enir à une estimation générale desdites terres. La communauté payait en taille et frais de collecte : 441 livres 16 sols ; en accessoires et capitation : 714 livres (rôle de i;79).
(3) Édit du Roi de mars 1769, portant règlement pour la clôture des terres^ prés, champs et héritages situés dans la province de Champagne avec abolition du droit de parcours de village à village, registre au parlement le 21 avril 1769. (Ibid., C, 452, imp. in-S» de 4 pages, chez Jeunehommt, imprimeur du Roi à Reims, 1769 : Bibliot. de Reims, N. 2806-7.)
(4) Voir le glossaire.
ACLNAY-L AITHK ;)1
de tous pour l'engrais des terres» et Ton ne peut réparer cet incident par d'autre nourri, le manque de prairies est cause que l'on ne peut nourrir que très peu de bètes à cornes, cela est trop dispendieux où il n'y a point de prairies. Il faut des personnes journellement occupées pour alimenter ces sortes de bestiaux.
5. — Lesdits habitants ont encore un sujet de plaintes contre leur seigneur sur l'admodiation des grosses dimes, lequel a loué des décimateurs sous le nom d'un particulier qu'ils tiennent ensemble, fait valoir la portion lui-même, fait voiturer et conduire lesdites dimes chez lui par ses domestiques, ce qui fait un tort aux habitants que plusieurs auraient pu faire valoir, ainsi qu'ils faisaient auparavant et auraient profité des fourrages qu'ils produisent pour l'augmentation de leurs nourris et des fumiers pour l'engrais de leurs terres.
6. — Les habitants possèdent en propre quelque peu de vignes ; mais leurs vignobles étant très petits (1) et le tout en grosse nature appelé « gouet » (2), ces vins sont acres et ne sont pas de débit et les droits de vente de ces mauvais vins se perçoivent de même qu'aux bons, et que, d'ailleurs, il y a un abus sur la consommation que l'on accorde aux laboureurs et vignerons, de sorte qu'un homme ou garçon ou une fille tenant ménage seule, on lui accorde quatre pièces et demi muids Champagne pour sa consommation, et l'on n'en accorde que la même quantité pour un laboureur qui n'occupe pas une charrue pleine et aux vignerons manouvriers qui occupent des ménages pleins ayant
(1) Aulnay-rAître possédait, en 1773, 11 hectares 6 arcs de vignes, aujourd'hnl il n'en existe plus. {Arch. de la Marne, C, 426. — D' Langlet, op, cit., page 39.)
(2) Gouet qu*on écrit aussi gouais, gouas, goii ou goes, espèce de gros raisin l>lanc produisant du vin de qualité inférieure ; il vient souvent, dit le Dictionnaire de Trévoux (t. IV, page 546), sur des treilles et on rappelle alors du « verjus mûr ». — « C'était un plant de vigne répandu autrefois dans les départements de TAisne, TAube et le Loir-et-Cher ; il s'en trouve encore quelques rares ceps dans la Marne, car on l'a détruit. Son raisin est gros et donne un vin commun ; il est généralement blanc ; mais on trouve des variétés à raisin noir. Le vin qu'il donne est acide. «Il n'est guère désiré », disait Etienne Charles en 1570 ; « il donne un vin fade et peu généreux », ajoutaient Bosc et Ollivier de Serre (1539-1619). Jullien, au xix« siècle, nous apprend que les vignerons l'appellent c Marmot » et n'emploient son fruit que pour les vins de leur consommation ; ils ne le vendent pas pour ne pas compromettre l'honneur de leur crû. Bosc indique un Gouais de Mardeuil, mais depuis longtemps ce cépage a disparu pour faire place, en Champagne, au Meunier et au Vert doré. » (Communication de M. Raoul Chandon.)
feinine et enfants, domestiques ou servantes ; ainsi il est certain que cette consommation n'est pas suffisante pour un ménage qui a plusieurs personnes à nourrir, surtout dans les vignobles où ils ont des travaux durs et pénibles ; cela est onéreux de leur iaire payer le gros manquant du surplus de cette consommation qu'ils sont obligés de faire ; il devrait y avoir une compensation suivant la quantité de personnes que chaque ménage est obligé de nourrir et la quantité de terre que chaque laboureur cultive.
Réflexions que les habitants ont faites sur les questions proposées au Tiers état auxquels ils ont choisi les numéros qu^ils ont jugé à propos d'être demandés pour servir de base à leur cahier (1).
I. — Il faudra remercier Sa Majesté d'avoir accordé au Tiers état une députation choisie dans son ordre en nombre égal à celle des deux premiers ordres réunis, ainsi que d'avoir rappelé dans son conseil un ministre digne de sa confiance et de celle de ses sujets ;
10. — Demander la suppression des jurés-priseurs comme donnant lieu à des procès et vexations effrayants et étant une surcharge incalculable pour le peuple et ainsi que des greffiersexperts ;
II. — Demander des états provinciaux pour la Champagne formés et composés comme des États généraux, c'est-à-dire que les ecclésiastiques et les nobles ou anoblis formeront un ordre et le tiers l'autre ordre pour l'autre moitié, et que chaque ordre nommera ses députés dans son ordre ;
12. — Demander que, dans les États provinciaux comme dans les généraux, les délibérations soient formées sur les suffrages comptés par tête, par la raison que la représentation de moitié accordée aux tiers deviendrait illusoire si les délibérations se formaient par ordre ;
13. — Demander que, pour veiller à l'égale répartition des impôts et empêcher que leur durée n'excède le terme consenti par les États généraux et nécessaire d'après le vu des besoins de l'État, il soit établi des étals intermédiaires pendant les vacances
(1) 11 est certain que les aiiicles de ce chapitre sont le résumé de ceux d*uH modèle de cahier envoyé à la communauté ; les habitants en ont extrait, on le voit, quelques-uns de ces articles dont ils ont conservé les numéros.
aulnay-l'aitre 53
des États généraux. Dans ce cas, les États provinciaux demandés et désirés pourraient en tenir lieu ;
15. — Nommer deux députés surnuméraires pour les Etats généraux afin de remplacer, en cas de maladie, etc., ceux qui auront droit ;
16. — Demander que la capitation de la noblesse et du tiers compose un seul et même rôle et que, le clergé étant dispensé des dons gratuits, supporte les mêmes impositions que la noblesse et le tiers ;
17. — Demander que moitié du revenu des abbayes et prieurés que Sa Majesté nommera à Tavenir soit par lui retenue pour en rembourser les dettes du clergé et être employée aux aumônes que TÉtat fait pour les travaux de charité et autres objets de bienfaisance dans les calamités ;
18. — Demander que MM. les évêques, abbés et prieurs, etc., soient tenus de résider dans les lieux d*où ils reçoivent leurs revenus afin d'entretenir le numéraire dans les provinces ;
25. — Demander que Timpôt représentatif de la corvée (1) soit calculé à raison de la valeur des fonds et payée dans la même proportion par tous les ordres, spécialement par un droit ajouté par cheval de poste ;