L.-F. BÉRAT, L.-F. Bérat, M. Huart, François Duvivier
Jean Bardy, etc de Gaulle, Petit.
(34 signatures.)
Paraphé ne variatur, au désir de* notre dit procès- verbal de ce jourd'hui, 5 mars 1789.
{Paraphe de Petit, président.) (2)
repréienté par procuration à l'assemblée de la noblesse du bailliage de Chftlons. Mais il ne tarda pas a revenir dans ses terres où il vécut pendant la Révolution. Parent de Bouille, il fût en l'an II arrêté et conduit à Sézanne, mais il fot presqa'attssitôt remis en liberté ; les habitants de Baye avaient, comme ils le font dans le cahier, témoigné en sa faveur. Il mourut le 13 octobre 1815, au chftteau de Puisenx, près Paris. (Arcli. dt la Marne, C, 41, et dossiers de la période révolut, non elaêiée. — Baron Olivier de LAViOKaiR : Le château de Bàge^ Paris, imp. Péchoi, 1891, brochure in-S».)
(1) La dernière phrase devrait, il semble, être ainsi rétablie : « ... ils demandent qu'au lieu d*aller à Ghftlons et être assii^ettis d'y aller, que Séxanne, etc. »
A maintes reprises les habitants de Baye se plaignirent, au xviii* siècle, de eetle obligation de se rendre à Châlons, surtout en raison du mauvais état des routes et des abords difficiles, impraticables même du village vers le nord : voir correspondance de la commission intermédiaire provinciale (26 mars 1788 : Arek. de la Marne^ C, 28ii) ; — requêtes des seigneurs de Baye de 1765 à 1788 pour Texéention de travaux snr les routes, aux abords du village. (Ibid, C, i588,)
En 1787 et 1788 des travaux de construction de ponceaux et rampes sur les routes furent ordonnés et mis en a4]udication. {Ibid. C, i573» i588,)
(2) Cette mention est reproduite au bas de chacune des trois pages du eahler.
ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La communauté de Beaulieu-en- Argonne (1) était composée de 71 feux. -— L'avis pour la convocation des États généraux fut lu et publié le U^ mars 1789. — Le 8, les habitants se réunirent sous la présidence de Claude-Nicolas Husson, syndic. — Le procès-verbal ne donne pas les noms dés habitants qui assistèrent à cette réunion. Mais, au bas du document, on lit les signatures de Mailly, J.-B. Jeannin-Petitpas, N. Martin, J.-B. Denizet, Pierre Buisson, Nicolas, F. Denizet, N.-R. Dejean, Nicolas Bichon, J.-B. Maujean, Louis Bouquet, Jacques Pernet, J.-B. Jacquet, Gabriel Boudail, Louis Martin, R.-D. Mannequin, H. Ancement, Joseph Jeannin et Claude Jolly, et encore au cahier : J.-B. Ezeblin, Ezeblin, V. Martignon, Nicolas Oudinot, Claude Pruant, Pierre Oudinot, Nicolas Oudinot. — Les députés furent Claude-Nicolas Husson et Joseph Jeannin.
(1) Le cahier existe aux Arch. dép. de la Meuse, à Bar-le-Duc. — Le procèsverbal aux Arch. dép, de la Marne, ibid, {dossier b, pièce Î39),
Le premier registre des délibérations de la communauté de Beauliea contient, à la date du 31 août 1788, « la copie de l'arrêt da Conseil d'État dn Roi qui fixe au 1*' mai prochain la tenue des États généraux du royaume » ; — à celle du 8 mars la transcription du procès-verbal analysé ci-dessus. (Arch, de la commune de BeauUeu ; — communication de M. Biaise, instituteur.)
Bibliographie. — A. Lbmairb : Recherches historiques sur Vabbage et le comté de Beaulieu-en-Argonne (Bar-le-Duc : Contant- Laguerre, 1872, in-8o). — La terre et seigneurie du comté de Beaulieu comprenait vingt-deux villages et seigneuries qui reconnaissaient pour seigneurs les religieux, abbé et couvent de Beaulieu. Cette abbaye était dans son origine un état souverain, indépendant de tout autre, et, en cette qualité, les abbé et religieux ont Joui, pendant plusieurs siècles, de tous les droits en dépendant sans aucune obligation de foi et hommage ni assujettissement envers aucun autre souverain et sans être soumis à aucune inspection pour l'exploitation ou l'usage de leurs fiefs. Cette souveraineté a duré jusqu'à la paix de Munster de l'aa 1648, (Mémoire pour l'abbé et les religieux de cette abbaye contre le procureur du Roi en la réformation des rivières d'Aisne, d'Aire, bois de Beaulieu, etc., cité dans un dénombrement manuscrit de la province de Champagne de 1764.)
— Bcaulieu-en-Argonne appartenait à l'élection de Sainte -Ménehould. Aujourd'hui la commune fait partie du canton de Triaucourt, arrondissement de Bar-le-Duc (Meuse).
— Dénombrement de 1773 (comprenant également le hameau de Courupt): 86 feux roturiers et 15 ecclésiastique et nobles. — Population : 185 hommes, 175 femmes, 32 garçons et 30 filles, soit 422 habitants.
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CAHIER
L'an 1789, le 8 mars, nous, habitants de la paroisse de Beaulieu, assemblés en communauté par le sieur Husson, notre syndic, après avoir pris communication des lettres de convocation envoyées par le Roi aux grands baillis et sénéchaux de son royaume en date du 24 janvier 1789, et le règlement qui y est attaché, signifiées d'après l'ordonnance de M. le grand bailli de Châlons-sur-Marne, par exploit de Colson, huissier royal, audit Châlons, donné audit sieur Husson en sa qualité de syndic, le 26 février même année, déclarons que, sensibles à la bonté qu'a le Roi de vouloir connaître les besoins des pauvres de son royaume pour y pourvoir et leur donner du soulagement dans leurs misères, nous sommes pénétrés de la plus vive reconnaissance, et le désir de notre cœur serait de donner à Sa Majesté toutes les preuves possibles de notre respect, de notre amour et de notre gratitude ; il est donc vrai que le bon prince qui nous gouverne aujourd'hui, veut bien descendre de sa grandeur pour écouter les plaintes et les vœux de ses peuples, comparable en cela aux plus grands et aux meilleurs des rois qui aient gouverné la France. Rien n'est plus propre pour faire redoubler l'attachement des Français pour la maison de Bourbon qui nous a déjà donné de si grands princes.
Remerciements au Roi pour la ternie des États généraux. Retour successif des états. — Nous votons donc qu'il soit fait au Roi de très humbles remerciements en notre nom, et comme nous croyons, au nom de toute la nation, pour le grand bienfait qu'il veut bien accorder à ses peuples, en se plaçant au milieu d'eux pour les entendre, les soulager et leur donner une perspective consolante pour l'avenir. Car un Roi qui veut savoir la vérité la trouvera toujours mieux au milieu de sa nation assemblée que dans sa cour ordinaire ; mais, pour que la bonne volonté du Roi pour le peuple ait plus aisément un effet soutenu, nous croyons qu'il serait bon de demander au Roi qu'il veuille assurer la confiance que la nation a en sa bonté, en rappelant de temps en temps les états autour de lui, tous les cinq ans, par exemple, afin qu'à chaque révolution, la nation assemblée puisse connaître les besoins actuels de l'État, hausser ou diminuer les impôts, suivant qu'il sera nécessaire pour remplir les charges. On dit que les rois n'assemblent les États généraux
que lorsque le royaume est en souffrance, ou que les finances sont en désordre ; nous n'entendons rien en politique, mais il nous semble qu'il serait bon que les états assemblés de temps en temps prévinssent les embarras dans lesquels on pourrait se trouver ; il est plus facile de les prévenir que de les réparer ; d'ailleurs les états, connaissant à fonds les besoins du royaume» pourraient augmenter, pour un temps plus ou moins long, l'impôt auquel ils auraient cru devoir s'en tenir, après lequel temps limité, l'impôt tomberait de lui-même.
Égalité de la répartition. — On nous assure que beaucoup d'ecclésiastiques, même de ceux qui sont constitués en dignité, et beaucoup de seigneurs, même de ceux de la grande noblesse, ne refusent point de contribuer pour leur quote part au soulagement de l'État ; il serait bien à souhaiter que ces deux ordres y concourussent en entier ; nous le demandons ; le peuple est si fatigué d'impôts que, pour peu qu'il soit encore chargé, il tombera dans l'extrême misère, et l'État sera privé des secours qu'il pourrait en attendre ; la ruine du peuple est celle du prince.
Nature des impôts. — Les impôts sont tellement multipliés qu'à peine sait-on leurs noms.
On nous demande de l'argent sous tous les prétextes ; et encore dernièrement, on en demandait à quelques-uns de nous, pour la bienvenue de M. le premier chirurgien du Roi, par la raison qu'ils savent assez manier le rasoir pour écorcher leurs voisins (1). Ces prétextes ne finissent point que nous ne soyons ruinés. Détruire tous les impôts qui existent, ce serait faire une chose juste ; alors on en établirait qu'un, l'impôt sur les propriétés foncières, sans exemptions ni privilèges, ledit impôt haussant ou baissant, suivant le besoin. Quant à l'industrie, nous pensons que son impôt ne doit porter que sur ceux qui gagnent, sur les commerçants, sur ceux qui exercent des arts lucratifs et peut-être sur ceux qui exploitent une propriété qui n'est point la leur; mais l'industrie peser sur le journalier, sur le manouvrier : c'est se plaire à le voir dans la dernière misère ; c'est, nous osons le dire, se repaître de son sang ; il existe, dans la province, des cens perpétuels, des lods et ventes, restes
(1) Privilèges du premier chirurgien du Roi. (Franklin : Dict. hist, du arts, métiers et professions, page 450. — Arch. de la Marne, C, 140.)
malheureux de la servitude féodale ; qu'il soit permis de les racheter par un arrangement pris à Tamiable avec les seigneurs qui, devenus humains, ne le refuseront pas.
Reciilement des barrières, — La partie de la province dans laquelle nous sommes placés, est couverte et surchargée d'un grand nombre d'employés des fermes du Roi, qui empêchent que nous ne commercions avec le Barrois, le Verdunois, le Clermontois, et on nous assure qu'il y en a de même sur toute la frontière de Champagne, sur une longueur de soixante-quinze lieues ; le commerce avec les provinces voisines est tellement fermé que qui se hasarderait de passer seulement une pièce de toile sans avoir auparavant fait des déboursés, s'attirerait un procès, ou au moins perdrait sa toile ; il en est de même de toutes choses. Cependant les habitants de ces provinces sont français, sujets du Roi, nos voisins, nos amis, nos parents ; ils épousent nos filles, nous épousons les leurs, et nous ne pouvons leur rien porter sans être aussitôt assaillis par une troupe de gens armés qui verbalisent contre la sortie clandestine de France, et l'entrée frauduleuse de l'autre province. N'est-il pas singulier que ces Français aient toutes sortes de facilités de commerce avec les Allemands, les Hollandais et autres, et que ce soit pour eux un crime de commercer avec leurs compatriotes.
Nous désirons ardemment et nous demandons qu'il leur soit permis de commercer avec nous, et non avec les Allemands, et que toutes ces entraves soient renvoyées aux dernières frontières, si toutefois il est vrai qu'il y ait à gagner à lever des droits d'entrée et de sortie sur les marchandises étrangères ; ce n'est pas tout : il n'est pas même permis de commercer avec les villages champenois, si on n'est muni d'un acquit à caution, que l'on paie bien entendu ; sans ce papier mystérieux, tout est confiscable, il n'y a point d'oubli à prétexter, on ne pardonne rien qu'en payant (1).
(1) Limites de France et de Lon*aine ; frontière» du « département de Champagne » teUes qu'elles ont été fixées en exécution du traité de RysAvick de 1697 (21 Janvier 1718) ; contestations en matières d'aides, de foraines et de tailles ; saisies opérées par des commis de bureaux d'élection de Champagne sar des sujets lorrains en transit sur le sol français; réclamations ; « mémoires pour les marchands de Lorraine et du Barrois entre MM. les fermiers généraux de France au st^et de la perception des droits à la sortie du royaume ». — « État des postes du dedans du pays entre la rivière d'Aisne et la fort t de Vauhécourt » ; — etc. (Arc^. (fe la .Var/ir. C, '2^S, ^GO, 761. ^
La gabelle, — Le Roi a, dit-on, condamné la gabelle ; pourquoi donc y est-on encore assujetti ? Si ce prince savait combien ses peuples sont foulés à cet égard, elle ne subsisterait pas un instant; nos voisins en ont ce qu'ils en veulent, il est pur et peu coûteux; nous sommes imposés, notre sel est très impur et très coûteux. Nous demandons que le sel, denrée de première nécessité, qu'il soit vendu selon sa valeur intrinsèque, alors il sera infiniment moins coûteux, surtout s'il continue d'être tel qu'on nous le donne au grenier à sel où il est mêlé d'au moins un tiers de terre et d'ordures, que l'on paie cependant.
Les aides, - Les aides sont, contre nous, un autre genre de vexation ; nous avons peu de vignes ; le produit de ces vignes, rendu dans nos caves et vérifié par des employés des fermes, compté et examiné avec soin par les commis aux aides, alors on nous permet d'user d'une partie de notre bien, à la charge de n'avoir pas plus de soif que l'on ne nous en a permis, sous peine de débourser notre argent, à la charge de n'en point vendre en gros, sans avoir porté au bureau à peu près le cinquième du produit de la vente ; à la charge encore de n'en point vendre en détail sans avoir payé différents droits, ou sans encourir une amende. Ce vin, cependant, est notre propriété ; il est le produit de nos peines, de nos sueurs, de notre travail d'une année, et le profit est pour les aides. Nous voyons près de nous nos voisins, les Français extérieurs, faire ce qu'ils veulent de leur vin ; mais nous. Français intérieurs, cela ne peut nous être permis qu'en nous ruinant. Que cet impôt soit détruit ou réuni à l'impôt des propriétés foncières ; il est contraire à l'humanité et peut-être à la sûreté publique ; il faudrait un livre pour exprimer tous les griefs contre cet impôt, qui se reproduit sans cesse sous toutes sortes de formes et qui, encore une fois, n'existe que pour certains français et non pour d'autres, distinction odieuse entre les sujets d'un même prince.
Le contrôle. — Pour le contrôle, nous demandons un tarif fixe et invariable qui ne puisse être étendu au gré des préposés ; que ces commis n'inquiètent point sans cesse les pauvres gens (|ui ignorent quels droits on exige d'eux, et qui, par là, s'exposent à la contravention ; le contrôle est sans doute nécessaire pour fixer la date des actes ; que ce droit soit modéré, qu'on retranche ceux qui y sont annexés ; que, de temps en temps on affiche dans les paroisses à quoi chacun est obligé, à quels
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droits il est soumis, afîn qu*un oubli très involontaire ne soit point puni comme la fraude. Rien ne serait plus juste que la suppression du papier timbré; il est assez inutile après l'établissement du contrôle, vu surtout que Ton ne donne presque jamais sous le timbre que du mauvais papier, le moins propre à la conservation des actes importants.
Les milices. — Notre jeunesse est assujettie au sort de la milice ; c*est encore un impôt qui pèse uniquement sur nous ; oserons-nous demander pourquoi il y a tant d*exempts, même dans le Tiers état et dans les deux ordres, tant de domestiques surnuméraires, fainéants, inutiles à TÉtat, arrachés sans raison à la cultivation /sic) ; nous cesserons de gémir sur cet impôt quand il sera étendu comme il le doit être. D'ailleurs, on pourrait adopter une autre méthode ; le tirage au sort pèse sur une famille et ne produit que des soldats forcés ; que les communautés fournissent un homme ; l'impôt pèsera sur la communauté et on aura des soldats volontaires (1).
Les corvées (2). — Les corvées ne pèsent que sur le peuple. Les taillables, — nous espérons que ce nom odieux n'existera plus, — sont les seuls soumis à cet impôt; nous payons et cependant nos voyages ne fatiguent guère les grands chemins ; n'est-ce pas aux ordres de l'État qui ont de grands équipages, aux commerçants dont les grosses voitures creusent les routes, à les entretenir ? Ou bien ne pourrait-on pas, à chaque bureau de poste, percevoir l'impôt proportionnel de chaque voiture sans exception, et de chaque voyageur à cheval ; la province, bien mieux que nous, pourra en juger.
La justice. — L'administration de la justice est tropinipor-
(1) Les guerres de Louis XIV avaient amené la nécessité d'augmenter le nombre des soldats et, par un règlement du 29 novembre 1688 et une ordonnance du 17 janvier 1689 (Isambert : Recueil des anciennen lois, tome XX, pages 66 et 70), Louvois organisa les milices provinciales. Les paroisses des campagnes devaient fournir un contingent d'hommes tout équipés qui étaient désignés par les habitants et choisis parmi les célibataires et les veufs sans enfants de 16 à 40 ans. Par ordonnance du 23 décembre 1691 {ibid.t page 142), on établit le tirage au sort : on réunissait généralement plusieurs paroisses pour un soldat.— En 1777, dans la subdélégation de Châlons, 1,624 garçons prirent part au tirage. {Arch, de la Marne, C, 13At à 1360 : Ordonnances, règlements, instructions relatives à la milice de Champagne ; procès-verbaux de tirages annuels par subdélégation ; état des paroisses ; levées, état des exemptions, etc.)
(2) Voir le cahier d'AuInay-l'.Altre, page 53.
tante pour que nous n*y arrêtions pas nos regards. On nous dit que le parlement de Paris est infiniment respectable, que c'est un édifice antique qui tient à Torigine de la monarchie» représentatif de ces anciennes assemblées, où on dit que la nation se donnait des lois ; nous croyons tout cela, mais est-il possible que nous allions plaider à Paris ? Nous n*en avons pas le moyen et si, pour dernier effort, nous allons jusqu'au bailliage de Châlons,la sentence devient pour nous un arrêt, par l'impossibilité où nous sommes de suivre notre adversaire à Paris ; par là nous sommes exposés à perdre nos propriétés, pour peu qu'elles nous soient contestées par des gens plus puissants que nous, et c'est encore un moyen d'augmenter notre misère ; en conservant tout le respect dû au parlement de Paris nous désirons qu'il soit établi dans la province une cour supérieure qui, étant au milieu de nous, termine en dernier ressort nos divisions ; que l'on règle et abrège les procédures souvent interminables ; qu'on arrête la voracité de certains subalternes en justice, qu'on empêche l'abus révoltant des frais. Nous demandons qu'il n'y ait plus, dans la province, qu'une coutume, non pas une qu'on aurait choisie entre les autres, mais une composée de ce que les autres peuvent contenir de meilleur; que ce travail soit fait par des jurisconsultes éclairés et choisis pour cela ; qu'il n'y ait qu'une suite de tribunaux ordinaires, sans ces tribunaux d'exception dont les membres pourraient former de nouveaux bailliages dans des arrondissements autour des gros lieux, dans lesquels on ne renfermerait qu'un nombre de paroisses, guère au-dessus de cent cinquante, ce serait assez pour occuper des juges qui réuniraient toutes les juridictions ; point de justices seigneuriales, point de prévôtés, c'est la ruine des campagnes que ces petites justices. Pourquoi un degré de justice pour les campagnes plutôt que pour les villes ? Est-ce pour augmenter les frais? Cela ne produit d'autres effets. Qu'il y ait seulement, en chaque lieu, un juge de police à la nomination du seigneur, mais reçu au bailliage royal. Qu'un notaire dans chaque bailliage, c'est assez. Que les charges de judicature à créer pour remplir ces nouveaux tribunaux ne soient remplies (lue par ceux qui se seront distingués dans l'ordre des avocats. Que ces charges nouvelles soient inamovibles et non vénales ; (ju'il en soit de même de toutes celles qui tomberont aux parties casuelles. Que la cour souveraine soit établie à Châlons, comme
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la ville la pluB au centre de la province, et plus à portée que Reims ou Troyes qui sont aux extrémités. Que Ton supprime les huissiers-priseurs» nouveau genre de vexations, qui tire à soi la très grande partie du produit des ventes de meubles (1) ; qu*il en soit de même des greffiers-experts qui sont dans le même cas. Que Ton supprime ces charges qui donnent la noblesse et qui n'ont point de fonctions, que Ton peut acheter sous le nom d*un grand'père encore vivant, pour, du jour au lendemain, donner à rarrière-petit-fils une noblesse de quatre degrés.
Etats particuliers. — Nous croyons qu'il est de la dernière importance de demander au Roi, des états particuliers pour la province de Champagne, de la même forme et organisation que le Roi a données à la province du Dauphiné, à la réserve que réglise et la noblesse formeraient chacun la moitié d*un ordre ; que, dans les États provinciaux, les voix seraient comptées par tète ; que ces états fassent, dans la province, ce que les États généraux font dans le royaume, qu'ils veillent à la répartition juste de Timpôt unique, qu'ils en fassent un rôle commun pour les trois ordres ; bien entendu que Tordre du Clergé serait déchargé des décimes et que l'on prendrait des mesures pour payer ses dettes, en les unissant au corps des dettes de la nation, puisqu'elles ont été contractées pour la nation. On pourrait employer au remboursement de cette dette du Clergé, le produit des bénéfices à la collation de Sa Majesté, si elle permettait qu'on la priât de les laisser en économats pendant vingt ans, à mesure qu'ils viendraient à vaquer, et, pour y mettre l'ordre nécessaire, on ferait, sans rien cacher, un état exact du montant de la dette, et un autre du produit annuel de ces bénéfices hors des charges ; que les états veillent aux intérêts des communautés des paroisses, qu'ils les protègent gratuitement ; qu'ils veillent à ce qu'il ne se fasse, dans la province, aucun établissement qui ne lui soit avantageux et ils supplieront Sa Majesté qu'il n'en soit fait aucun, qu'après qu'elle aura eu la bonté de leur communiquer les projets et les entendre ; cela doit avoir lieu particulièrement pour les usines qui consomment les bois, qui montent à un prix exorbitant et aussi cher que dans les villes, quoique notre habitation tienne
(1) Voirjf cahier d'Athis, page 41.
à la forêt, mais, dans notre local, on a trop laissé multiplier ces usines, puisque cette forêt qui peut avoir deux lieux de diamètre, est environnée de dix-huit de ces usines, trois verreries à bouteilles, sept tuileries, trois faïenceries et cinq poteries, desquelles usines six sont dans le Clermontois qui n*est qu*à une portée de fusil de notre clocher (1). Nous pensons que les états devront se tenir tous les deux ans à Châlons ; à peu près
(1) La grande quantité de bois que produisait l'Argonne y favorisa rétablissement àt verreries à bouteilles. Dès Tannée 1518, il y en avait deux sur les frontières de la Champagne : l'une à Châtricc à Touest et aux confins de la forêt de Beaulieu vers Sainte-Ménetiould, l'autre au Bois-Japin près Triaucourt (voir cahier de Riaucourt). Des gentilshommes les faisaient valoir et y travaillaient eux-mêmes. Dans sa Notice sur V Abbaye et le Comté de Beaulieu-en- Argonne, M. Aug. I^maire attribue l'établissement du premier fourneau de verrerie sur les bords de la rivière de Biesme, à Guillaume de la Marck. abbé de Beaulieu. Cet abbé aurait accordé en 1555 à « de modestes gentilshommes résolus d'échapper à l'indigence par le travail », la concession, dans un endroit de la forêt qu'on nomme Courupt (CoUis nipia), k peu de distance au nord de Beaulieu, de vastes terrains qu'ils défrichèrent et où ils construisirent une usine à souffler le verre. L'étendue des terrains concédés pour la verrerie de Courupt n'était pas encore bien déterminée en 1775. A cette époque, cette verrerie était la propriété de Louis Dulioux dit le Baron, qui fut traduit par l'abbé de Beaulieu devant la maîtrise particulière des eaux et forêts de Sainte-Ménehould, pour avoir fait défricher des terrains et abattre des arbres ne lui appartenant pas ; ce procès se termina par une transaction. La verrerie de Courupt a fait, vers 1870, retour à l'État, par suite de l'expiration d'un bail emphytéotique ; elle a été abandonnée et démolie.
Les verreries de l'Argonne eurent de nombreuses contestations avec les différentes communautés d'habitants de cette région. Plusieurs durent même alors éteindre leurs feux, notamment celle de Bois-Japiu vers 1780. — Dom Nicolas Le Long, dans son Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon, publiée à Châlons en 1783, constate qu'il y avait à cette époque treize verreries dans la vallée de la Biesme; un « état des verreries existant dans la subdélégation de Sainte-Ménehould », dressé le 5 mars 1770 par le subdélégué Mathieu et conservé aux Archives de la Marne, en éuumcre douze : quatre en Champagne : Le Four de Paris, La Vignette, La Ruine et Courupt ou La Gorgette, la première de quatre ouvreaux, les trois autres de deux, — huit en Clermontois : La Hazarée (2 ouvreaux), La Chalade (2), Le Claon (4), Le Neufour (2), Les Senades (2), La ControUcrie ou Trois-Fontaines (2), Bclle-P'ontaine (4), et Lochères (4), « toutes connues sous le nom générique de Verreries des Vallées^ dit une c sentence de police de la ville de Paris concernant le commerce des bouteilles, cloches et autres marchandises de verrerie, du 8 février 1770 » rendue contre les acheteurs de bouteilles de l'Argonne, Berryer et Augot. (Arch, de la Marne, C, à66 : Déclarations du roi, arrêtés, règlements, mémoires, correspondance concernant les verreries de l'Argonne, la fabrication des bouteilles, les privilèges des gentilshommes verriers, etc. ; — Beaupré : Recherches sur l'industrie et les privilèges des verriers dans l'ancienne Lorraine : Nancv, Hinzelin 1846, in-S*^. — Prosper de Bigaixt : f^s Verriers
au centre la province. Sll ne faut qu*une coutume dans la province, il n*y faudrait non plus qu'un poids et une mesure, ce sera encore aux États provinciaux à procurer cette uniformité qui sera d*un grand avantage.
Un secours facile pour les campagnes. — Nous désirons que Sa Majesté soit humblement suppliée d'ordonner que tous Messieurs les évèques, abbés, prieurs titulaires et autres bénéficiers soient obligés de résider dans leurs bénéfices ou dans chacun d'eux pendant au moins un tiers de l'année, pour y dépenser une partie de leurs revenus et empêcher que les pauvres ne soient frustrés des secours qu'ils ont droit d'en espérer.
Pauvreté de Beaulieu. Il nous reste à représenter que la communauté de Beaulieu est peut-être une des plus pauvres du royaume, n'ayant pour toute propriété foncière qu'environ trente-six arpents, mesure de roi, tant en vignes et chènevières qu'en prés et jardins, sans autre fmage, non compris cependant les pauvres manoirs des habitants et les très étroits potagers qui y sont joints. Nous ne pouvons avoir l'ombre de commerce, à cause de notre situation à l'extrême frontière, et de la petitesse de nos moyens. Si la province de Champagne est en droit de représenter au Roi et aux États généraux qu'elle paie au-delà de la production de son sol, la paroisse de Beaulieu l'est encore plus, puisque la taille, le vingtième, les aides, les traites et tous les impôts de tous les genres possibles qui pèsent sur soixante-
de VArgonne, Revue de Champagne et de Brie, 12« vol., p. 5 et 115. — Buirette : Histoire de la ViUe de Sainte-Ménehould, p. 197.— A. Lemaire : op. cil,; — etc.). Dom Le Long et M. de fiigault ne parlent pas des verreries de La Ruine et de Lochéres ; mais, en plus, ils en signalent trois autres aux Islettes, à Châtrices au sud de Sainte-Ménehould, et à Boureilles prés Varcnnes-en-Argonne.
— Des briqueteries, des tuileries, des faïenceries étaient aussi installées dans les bois de Beaulieu au xviii« siècle ; ou trouve aux Arch, de la Marne, C, 46/, des dossiers sur l'établissement des fabriques de faïence au bois d*Epense. et dans le fief de Maugamy prés de Beaulieu, entre Rarécourt et Froidos, ainsi que les oppositions faites à leur installation.
L'énorme consommation de bois de ces usines, qui avait pour résultat d'eu faire hausser le prix, était surtout la cause, comme ledit le cahier de Beaulieu, des protestations des habitants de cette région contre les diverses industries qui s'établissaient a proximité des villages (Arch. de la Marne, C, 1Î35 ; — « État des forges, fourneaux, afiinerics et autres usines supprimées dans la généralité de Châlons, par ordonnance de M. le Grand maître des eaux et forêts du 18 août 1731 : quantité de bois rentrée dans le commerce au moyen desdites suppressions » : ibid, C, ^62.)
quinze ménages qui forment la communauté, absorbent bien au-delà du chétif produit de leurs minces propriétés (1).
Telles sont les représentations que croient devoir faire les habitants de la paroisse de Beaulieu, dans le bailliage de Châlons, dans l'espérance que le Roi, qui veut bien entendre les vœux de ses peuples, voudra bien aussi les couronner d'un heureux succès.