DES TROIS ORDRES DE L ETAT AUX CHARGES DU ROYAUME
On distingue trois ordres dans l'État, celui du Clergé, celui de la Noblesse, et enfin celui du Tiers état qui comprend une multitude de classes d'hommes. Ces trois ordres distincts entre eux, quant aux fonctions différentes qu'ils ont à remplir et qui leur sont propres, ne forment cependant tous qu'un seul et unique peuple également soumis à un seul et unique monarque. Le premier ordre, le Clergé, prie et fait prier pour le souverain et ses sujets ; le second, la Noblesse, l'assiste dans les guerres, défend les limites de ses États ; et le troisième, dont les services n'intéressent pas peu le royaume, en affrontant les mers et les
(1) M. le Dr Langlet, dans son ouvrage sur la Population de Vitry-U-François et de son arrondissement, signale cette profession dont le nom conservé dans le pays, ne se retrouve pas dans les dictionnaires modernes. Il y en avait, dit-il, neuf à Vitry dont une femme, et trente-huit à Sermaize ; et il ajoute : « Nous en avons recherché le sens dans le Dictionnaire « de Vancienne langue française de Godefroy qui dit qu'en Champagne, « ce mot a le sens de coquetier ; qu'à Troyes, en particulier, il s'applique « aux marchands de menues denrées, et qu'en Suisse ce mot désigne des « marchands de blé, des gens qui vont de maisons en maisons acheter des « grains et des légumes. Or, nous inclinons à croire que c'est ce dernier « sens qui doit être adopté pour nos cossons de Sermaize. En effet, ce pays « ne fournissait autrefois que peu de céréales ; au contraire, les haricots (( et les oignons faisaient, avec les fruits et les légumes, l'objet d'un commerce « important. Chose curieuse en vue de ce commerce, les haricots, légumes à « cosse^ n'y payaient point la dîme. Cette protection locale avait vraisembla- « blement favorisé le développement de ces cultures qui ont, depuis, cédé la « place à la betterave, et que les nombreux cossons achetaient pour les HL revendre dans les régions voisines ».
« Dans la nomenclature de la statistique des professions du Ministère du Commerce, dit en note M. Langlet, le mot cossonier est indiqué comme l'équivalent de coquetier, mais nous ne savons pas dans quelle région. »
(2; Cette phrase incorrecte est textuelle. Le mot c support », mis pour « pharges », est employé parfois dans les cahiers de cette région. (Voir plus ThA&, dans ce même cahier, pages 101, 102, 105, etc.)
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écueils, nous rend propres et comme crues sur notre sol, une infinité de denrées de presque première nécessité qu*il tire de Fétranger, nous approvisionne de tout, revêt notre corps, le nourrit, le guérit, bande ses plaies, fait régner Tordre, veille à la sûreté publique, promulgue la loi du prince, en empêche la moindre infraction, réprime le crime et le punit ; il juge les différends de tous, s*oppose à toutes vexations. Que dire de toutes ces diverses et utiles usines placées çà et là dans le royaume, de cette si grande et merveilleuse variété de manufactures qui prêtent à vivre à plusieurs et dont nous viennent une infinité d'ouvrages qui attirent Tattention de tout connaisseur ? Quels autres que ceux du Tiers état exercent et perfectionnent à Tenvie cette admirable multitude d*arts qui intéressent et ornent TÉtat ? Et distinguons entre tous, le laboureur, ce vigilant et infatigable cultivateur, qui défriche nos terres, les sillonne et fertilise ; frugal dans son ordre, simple dans ses mœurs, il sème, recette (1) et comble nos greniers ; il est bien digne de la bienfaisance de son prince ; qui Taima jamais plus que le Tiers état, ce qu*on appelle le peuple ? Sa Majesté se plait-elle à se faire voir à ses sujets en public, n*est-ce pas toujours ce peuple qui commence et excite ces cris répétés de joie et d*amour : « Vive le Roi I Vive Louis XVI ! »
Concluons de tout ceci que chaque individu de ces trois ordres confusément pris tels qu'ils doivent l'être et indispensablement obligés de concourir ensemble selon leurs fonctions au bien universel de l'État, sont respectivement et à raison de leur concours, d'une égale nécessité et utilité pour le royaume ; tous sont également ses sujets ; pourquoi tous ne concourent-ils pas également à ces charges ?