Monseigneur Âffre, archevêque de Paris depuis
et le diamètre soient incommensurables. (Cf.
Cirodde, Géom.) Je n'ai pas le temps de presser plus pour le moment.
Le passage du Coran (III, v. 30-43) est des plus remarquables pour les rapports du christianisme et de l'islamisme, et la manière dont Mahomet puisa aux traditions de l'Orient. Les commentaires musulmans et spécialement celui d'Abderrahman Souyouti sur ce passage sont aussi fort curieux. Ce dernier indique la conception immaculée avec une netteté qui ferait bondir de joie Torthodoxe. Le vers, 37 aussi est frappant : c'était lui sans doute que nous avait cité M. Le Hir. — La tradition de l'épreuve des prétendants relativement au mariage de la Sainte Vierge se retrouve singulièrement métamorphosée. Ce sont les docteurs qui jettent leur plume dans le Jourdain. Pourtant un léger changement dans la traduction, adopté par Kasimirski, rendrait ce récit absolument conforme à la tradition chrétienne. La valeur critique de tout ceci est évidemment celle de traditions qui avaient cours en Orient. M. Caussin suppose que Mahomet aurait imaginé
tout cela de pleine tète. Mais c'est inadmissible, bien que le vers. 39 semble Tinduire, puisque ces faits y sont qualifiés de mystères inconnus à tous. — Cf. sur ces versets les notes fort curieuses, avec citations des commentaires, que j'ai recueillies au cours de M. Caussin. Quant aux rapports avec rËvangile, ils sont patents. L'Évangile de VEnfonce existe en effet en arabe ; et c'est probablement à cette source que Mahomet a puisé, mais je ne sais si l'original est arabe. Le vers. 43 rapporte un trait des Évangiles apocryphes : l'oiseau de boue^ Il paraîtrait que Mahomet aurait surtout connu le christianisme par ces Évangiles, et en effet, il n'y a pas plus de différence de ses récits aux autres, que d'un texte évangélique à un [autre] texte. Les idées sur la présentation de la Sainte Vierge, et sa claustration, qui sont, comme on sait, d'origine byzantine, sont aussi très frappantes en ce morceau, spécialement aux versets 31, 32.
Fait bizarre et qui se retrouve dans toutes les
1. AUusion aax miracles de Jésus enfant, faisant des oiseaux et leur enjoignant de Toler (Les Evangiles apocryphes^ trad. G. Brunet, 2- éd., Paris, 1863, p. 87), et au passage correspondant du Coran, UI, 43.
critiques anciennes et orientales, c'est que nous autres Occidentaux, pour qui ces langues sont mortes, trouvons à redire de bon droit aux critiques indigènes : par exemple, nos hébraîsants d'Allemagne font la leçon aux rabbins de plusieurs siècles avant Jésus-Christ qui parlaient jyresque Thébreu ; nos arabisants rejettent sans scrupule telle explication du Coran par les commentateurs musulmans. Et nos hellénistes critiquent sans pitié les scoliastes qui parlaient grec. Rien ne prouve mieux l'àxpima de ces peuples.
Comme le peuple a l'esprit traditionnel et national ! Pendant que nos lettrés méprisaient leurs pères pour aller comme l'Homunculus de Gœthe courir en Grèce, nos bonnes gens s'occupaient encore de leurs vieilles légendes, et on en riait. Tant mieux que maintenant on rie aussi des autres. — J'aime beaucoup ce naïf attachement du peuple pour ses vieux pères, ses saints, par exemple, saint Patrice en Irlande, saint Ëloi, etc. Il les couronne de ses mythes, ce sont ses consolateurs, il leur rend ce qu'il en reçoit. De même ses vieux rois, il les mythise. Charlemagne, Clovis, voyez
les beaux vers du poème de Witikind sur la dignité du roi de France. Dieu sacra le premier roi de France au chant des anges, etc. — Il est vrai que ces rois en France étaient proprement siens, et qu'il s'y appuyait contre ses tyrans aristocratiques.
Fait de songes. — Cette nuit, un bruit subit m'a réveillé, au moment où mon sommeil n'était pas encore profond. En me réveillant, il m'a été complètement impossible de dire si ce bruit s'était passé réellement à côté de înoi, ou si je l'avais rêvé. Il m'est en effet arrivé quelquefois d'en entendre de pareils dans mes rêves, surtout au moment du réveil, sans nulle réalité extérieure.
Le français, dans sa formation, s'est donné une extrême licence relativement au sens intrinsèque des mots, ne faisant pas diflBculté de faire violence absolue à ce sens, suivant le besoin, considérant à la rigueur les mots comme des signes videsy je prends le mot au sens scolastique. Par
exemple : je me suis présenté. La logique voudrait : je m'ai présenté = j'ai présenté moi; mais l'euphonie ne s'en arrangeait pas; on a mis : je me suis; quoiqu'on soi, ce soit une étrange absurdité; mais on s'était mis à ce point de vue que être et avoir sont des auxiliaires, des serviteurs, dont l'un supplée à l'autre, et qui conservent à peine un reste d'individualité. De même dans mon âme = ma âme, etc., etc. Le premier fait est fort remarquable et aboutit à cette loi de l'assi* milation réciproque des verbes auxiliaires, en tant qu'ils ne sont qu'auxiliaires.
Fait curieux que cette adoption que fit Rome de tout le polythéisme grec, lorsqu'elle se grécisa pour l'esprit. Il est sûr qu'avant son contact avec la Grèce, son culte était plus indigène, quoique les idées premières fussent communes d'origine. Mais ensuite les deux peuples s'embrassèrent. Voir, par exemple, dans les odes religieuses d'Horace, comme le culte grec et romain, les lieux consacrés dans les deux pays se confondent; par exemple livre I, ode 21. Du reste, Rome fit de
même pour les autres dieux, en les baptisant de ses noms. Elle ne comprenait pas Tintolérance, tout dieu était dieu pour elle. Ce qu'il y a de plus frappant, c'est que les Romains consentent à faire naître leurs dieux en Grèce; Apollon à Délos. Il est évident que c'est là un dieu transplanté.