‹ Cahiers de jeunesse, 1845-1846Chapitre 24 sur 42 · QUATRIÈME CAHIER NEPHTHALI · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CAHIER NEPHTHALI

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< J'ai lutté des luttes de Dieu. > (Genèse, XXX, 8.)

7 mars 1846.

Les nations sont naïves dans leur développement actuel; elles y vont avec bonne foi et conviction, croyant faire vrai. Mais en critiquant le passé, elles se moquent de sa naïveté, comme l'ayant dépassée. Elles devraient songer que l'avenir fera de môme à leur égard : mais cela décolorerait la vie et en ôterait le ressort, en brisant la spontanéité naïve : il est donc fort heureux qu'elles se fassent cette illusion. Par exemple, nos modernes qui s'enthousiasment pour le moyen âge, en réparent les ruines avec un soin religieux, raillent et blâment le siècle de Louis XIV ,

qui, lui, adorait l'antique. Les nôtres font cela avec naïveté et conviction, croyant réellement que le beau n'est que dans leur fétiche. Hais la plus simple induction ne devrait-elle pas leur faire conclure que, dans quelques années, on se moquera d'eux tout aussi bien, qu'ils seront objets de critique, jugés à un point de vue supérieur, et traités en arriérés ! Non, ils y vont bonnement, comme s'ils tenaient l'absolu d'une main ferme. C'est heureux; car cette relativité tue, et le philosophe qui l'a conçue est dans une défiance perpétuelle, craignant d'être le jouet d'une mécanique qui le fait tourner à sa façon sans qu'il s'en doute. Or rien n'est affreux comme de craindre d'être dupe. Il y a comme cela un certain esprit qui passe comme un vent sur un siècle, et emporte sans qu'on s'en doute, et sans qu'on croie que jamais cela deviendra ridi* cule.

Viendra un temps où on dira comme ceci :

athées, théistes à la façon ancienne, également tort. L'athée par réaction contre le théiste de travers; théiste de travers par réaction contre

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l'athée; tous deux faux et vrai. Et nous, nous avons raison.

Idée de la culpabilité du meurtre involontaire, chez les anciens. Cf. Œdipe, Pélée, Télamon, et même chez les Hébreux, mais adouci : mort du bœuf homicide.

La littérature est réellement tout image, toute parabole, et il faut dépasser la lettre, si on veut la comprendre. Par exemple, un poème militaire, son but est-il de louer la guerre ? Non ; la guerre n'est qu'une forme, un moule matériel. Son but est un idéal sous la guerre. Sans doute littérature serait bizarre, elle qui chante toujours ce qui n'est pas elle : comment cela serait-il supérieur à tout, qui n'a de prix qu'en prenant tout pour objet, et en s'y adjoignant comme appendice? J'attache une valeur à un poème militaire, ou anacréontique, quoique la guerre ou Tanacréontisme aient peu ou point de valeur. L'éloquence de même est-elle [de] faire des discours, même

beaux? Non, ce serait métier. L'éloquence est la science et Tart du beau dans le discours. Ainsi en une harangue de Démosthènes, son intérêt n'est pas la circonstance, mais le beau sous l'écorce. Il est vrai que ce beau n'a pu se produire qu'à condition qu'on n'y ait pas pensé et que la circonstance seule ait été voulue.

De même que le christianisme a été nécessaire pour faire l'éducation de l'humanité, il est nécessaire pour faire l'éducation de chaque homme, et celui-là ne sera jamais complet, qui n'a pas été chrétien dans son enfance. Dites-en autant des études classiques. L'esprit humain à la Renaissance a été à peu près deux siècles au collège, en classe de seconde et de rhétorique. Ce maigre diner leur suffisait, et ces hommes, Abstemius^ Muret, etc., s'en contentaient avec une rare bonhomie d'écoliers.

Il faudrait tenter une classification psychologique des hommes historiques, comme en his-

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