Lettré du xv« siècle ; son vrai nom était Bevilacqua
NEPIITHALI. 193
toire naturelle; ce serait une expression d'une foule de lois belles et profondes de l'histoire littéraire surtout. L'important et le difficile serait de trouver la base de classification, comme en histoire naturelle. Il faudrait prendre garde de forcer les choses en se tenant trop scrupuleusement à tel ou tel genre de coupe, à l'exclusion des autres; car chaque coupe a sa part de vérité. La chronologie ne devrait pas être la base ; mais la base devrait être telle que la chronologie fût respectée, car rien de plus significatif qu'une date; c'est la clef des faits. Je ferai ce travail pour moi, et ce sera fort compréhensif ; les autres blâmeraient peut-être, mais pour moi, cela me dira beaucoup. Du reste, inutile de remarquer que les transitions seraient ici également insensibles, et que certains métis, et ce seraient les plus grands hommes, uniraient toutes les familles. Là est le défaut de toute classification, si on la prend dans ses formes mathématiques et non comme partielle, ne disant qu'une partie du vrai.
C'est étonnant comme mon imagination me présente toujours le même point de vue rolative-
ment à la conception matérielle du monde des faits : action et réaction universelles, chaque homme englobé dans le tourbillon, tel fait se passant là-bas au fond de rAUemagne qui réagira sur moi, ce fait causé par exemple en première cause par le mouvement d'un atome, le mouvement de cet atome causé par exemple par tel fait passé en Amérique, et tout l'univers y intéressé; les révolutions anté-adamiques ; alors se décidèrent les plus grandes choses, mon sort eut dès là sa première donnée. Je serais prêtre, si je n'étais venu à Paris. — Je ne serais pas venu à Paris, si Henriette n'y était pas venue. — Henriette n'y serait pas venue sans ses rapports avec mademoiselle Brunot. Ses rapports avec mademoiselle Brunot dépendirent de telle petite circonstance; celle-ci d'une autre, etc. Tout est ainsi effet et cause; j'aime à me pavaner de cela, et j'énumère avec un orgueil comique les différentes causalités que j'ai pu exercer dans le monde : 1° au collège à Tréguier, j'avais grande influence, par mon type qui entraînait l'imitation, et portait à la vertu et à l'étude, et depuis mon départ, cette influence aura continué; 2° influence par mon départ ; 3^ influence à Issy par certaines directions; tels et tels me prenant pour type;
4^ à Saint-Sulpice plus encore, M. Cognât surtout, et lui pourra faire quelque chose ; li° ma classe d'hébreu; 6* ma sortie du séminaire; 7*» ce que je prépare... On verra.
Je me délecte dans cette imagination ; c'est mon plaisir; j'aime à me voir les bras étendus, comme le poulpe dans le monde, et agissant çà et là, et cela augmentant. — Et encore : je mange tel brin de confiture, les atomes en sont peut-être venus du fond de la France, et ces atomes, etc. ; telle goutte de vin, de môme, pour cela tel vigneron a travaillé pour moi et tant d'autres. Et cet habit... — De même pour mes contacts avec tel venu d'Amérique ou de Gibraltar, et ce point d'intersection engendrant des effets en nous deux; ainsi tout concourt à tout; et chacun peut dire sans orgueil qu'il aura concouru plus ou moins, à la fin de l'humanité, à la mener à son grand terme, môme l'idiot, qui n'a presque contribué qu'au mouvement atomique. Encore a-t-il contribué avec ses consorts à faire étudier la folie, et par là faire avancer la science de l'homme ; il a tenu une place dans une maison de fous; or ces maisons font comme le reste partie du tourbillon.
Ah! si j'étais là-bas, dans une cabane bâtie au
milieu de la lande, sur le bord de la mer, en pente, les rochers vis-à-vis, et des arbres au sommet morts sur le fossé, près de la Clarté * !
7 bis.
Les perceptions des songes ont souvent un air logique fort trompeur : j'ai cru par exemple y trouver souvent des démonstrations de mathématiques, des solutions de problèmes ou des idées nouvelles que je m'arrêtais pour reproduire quand je serais éveillé, puis éveillé, impossible de me rappeler autre chose que le sujet sur lequel elles roulaient, mais la série logique était nulle. L'adhésion qui les accompagnait durant le sommeil n'était pas sans doute le fait psychologique de la veille, résultant logiquement de la voie claire des prémisses, mais un simple fait volant comme tous les autres dans le vague du songe, et ramené par la roue à la suite des perceptions qu'il a coutume d'accompagner dans la veille.