‹ Cahiers de jeunesse, 1845-1846Chapitre 26 sur 42 · Église située près de Perros-Guirec, COtes-du-Nord · texte numérisé non relu

Église située près de Perros-Guirec, COtes-du-Nord

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L'épreuve de l'éloquence n'est pas littéraire; c'est un fait. A-t-elle entraîné où elle voulait? Les hommes les plus éloquents pour moi sont les prédicateurs des Croisades, quoique nous n'ayons pas un seul de leurs discours. Cela dut être,d'une incomparable spontanéité. Je songeais à une croisade de nos jours pour la Pologne; mais où trouver celui qui la prêcherait, sans songer à lui, entraîné tout entier par un idéal placé là-haut, hors de lui? Nous ne pouvons plus rien faire sans retomber à l'instant sur nous-mêmes.

Oh I la bizarre philosophie que cette philosophie du xvni° siècle, prenant une sorte de plaisir, que je ne sais par quelle épithète caractériser, à déprimer l'homme, à lui ôter toute force vive, toute création, à lui faire tout emprunter à la nature, la parole et le chant aux oiseaux ; en sorte que le merle aurait eu naturellement ce que l'homme fut réduit à lui emprunter. Merci.

9 bis.

Je veux que mon épitaphe soit :

y J'ai lotte des luttes de Dieu... même j*ai eu la victoire «J.

Cen.y XXX, 8^

Comme les nations se peignent bien par la couleur de leurs miracles ! Comparez les miracles de la mytholc^e grecque, fleuris et sensuels, ceux des Hébreux, grands et divins, ceux de l'Évangile, bienfaisants, ceux des rabbins, plats, communs, vulgaires, d'une couleur bizarre comme la leur, ceux des évangiles apocryphes du même genre, les miracles byzantins, ternes et sans poésie, ceux de TOccident chrétien, pleins de douceur et d'idéal. Les légendes des saints d'Irlande, etc. Psychologie. Comparez aussi la légende syriaque (vie de saint Ephrem, etc.); la légende des Pores du désert (couleur particulière);

1. Voir Renan, Souvenirs d'enfance et de Jeuneste, in -8", p. 303.

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la légende indienne. I^ légende espagnole :

sainte Thérèse, ses miracles.

Cruelle destinée que celle qui lie le penseur aux résultats acquis de son temps, et le force à conquérir à ses risques les données plus avancées. Par là la plus noble intelligence épuise souvent ses forces à conquérir une vérité, qui sera dans quelques siècles le domaine des enfants. Par exemple, si je critiquais le christianisme, dans cinq cents ans je serais en dehors du cercle, je n'aurais plus de valeur, car le problème sera résolu dans les données communes. Mais c'est toujours honorable. La statue reste, quand tout à Tentour a été balayé.

H n'y a que les enfants et les esprits vides de choses qui s'ennuient. L'intellectuel est toujours en activité.

Toute classification naturelle renferme pour moi une très riche part de vérité. Mais ce n'est

qu'à condition qu'on ne s'en tiendra pas à la lettre et à la forme matérielle, car celle-ci prise carrément est fausse. En effet tout est un dans la nature; le monde n'est pas un tout divisé par casiers à lignes de démarcation, c'est un tableau où toutes les couleurs se varient de cent façons et par nuances insensibles. Et remarquez que la même nuance, le même type peut être ramené plusieurs fois par diverses dégradations, de même que le cercle peut s'amener par les dégra- Note. dations d'une foule de courbes, par exemple, des sections de tous les corps ronds; par exemple, dans les sections coniques et annulaires, il est flls de courbes différentes. De même en histoire naturelle, et ailleurs : le cétacé par exemple. Là, la classification est évidemment en défaut, et son échelle, en exprimant la moitié de la vérité, est un défaut pour l'autre moitié, coupant des parentés pour en sauver d'autres. Des classifications multiples faites sous diverses faces, et se complétant suppléeraient seules à ce défaut. Ces multiplicités sont utiles. Du reste cette loi d'unité de la nature, ne formant qu'une série continue, un tableau sans lignes rigoureuses, mais pourtant réelles, quand on ne s'attache pas à la rigueur, lignes réelles pour le spectateur, mais non géométriques, cette

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loi, dis-je, règne dans tous les ordres. En histoire naturelle elle est la plus frappante (en zoologie et botanique) ; dans la minéralogie aussi, dégradation des formes des cristaux sur les angles (Cf. leçons de M. Delafosse). Dans la linguistique également (voyez mes diverses notes sur la dégradation des procédés linguistiques tout analogue à celle des organes physiologiques. Dans les courbes également. Aussi dans les classifications d'hommes (V. supra n® 6). Tout accuse un fonds unique.

La nature n'est pas réellement une ligne, mais un centre rayant, d'oii tout part en se croisant et décroisant, et souvent un seul naît de deux côtés, les classes ne s'ajoutent pas bout à bout, la transition se fait souvent par le milieu ou par le haut. La série n'est pas linéaire; elle est à embranchements. Mais il y a série en ce sens que tout est lié, et nait d'un précédent. Mais la filiation fondamentale n'est pas encore mise au jour, et d'ailleurs elle n'est pas unique.

La situation extérieure qui convient le mieux au penseur est décidément celle de simple particulier, ne dépendant d'aucune personne ni institution. En effet, qui prend un casier du monde, prend un moule, et force lui sera de se plier

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bras et jambes pour y entrer. Jugez comme c'est gênant. Et puis on s'y prépare d'avance, et on y est préparé, et on voit des parents qui font comme les saltimbanques qui brisent les os de ceux qu'ils veulent loger dans ces étroits réduits. — Ah ! que cela m'a fait souffrir aujourd'hui ! j'ai cru découvrir à un moment que j'avais perdu mon idéal supérieur, et que je ne pensais plus qu'à m'emparer d'un casier. Cela m'a fait horreur, et cette horreur même m'a rassuré.

La vie m'est apparue hideuse et sèche comme une cour poudreuse en été. Domifws pars hcereditatis meœ et calicis met!,.. Hœreditas mea placet mihi.

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