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Les catholiques provoquent sans cesse les philosophes à lutter avec eux en bonnes œuvres, à aller visiter les pauvres, par exemple, etc. En vérité, étrange méprise. Le penseur ne rend-il pas un bien plus grand service à l'humanité par la découverte d'une vérité? Les soins et les besoins matériels sont-ils donc les premiers? Eux-mêmes se garderaient de le dire. (Cf. Discouts sur les rapports de la Foi et de la Jiaisony Daunou, pp. 32, 33.)
Oui, plus j'ayance, plus je suis frappé de la ressemblance des critiques des commentateurs du Coran avec celle des commentateurs de la Bible: même manière de distinguer l'obligatoire et l'abrogé (le conditionnel des nôtres), même manière de lever les contradictions.
Tout au monde est fait par les lois de l'homme ou du monde : il n'y a que deux sciences, psychologie et physique. L'histoire est psychologie, et c'est par elle qu'on arrive de la manière la plus vive à concevoir l'ordre psychologique ; car il est évident qu'il y a là un édifice tout à fait en dehors des corps. Il y a marche, causalité prise de l'esprit à l'esprit. Le physique au contraire dans l'état actuel n'édifie pas: il est toujours le même. Mais il a eu aussi son développement successif, et à la rigueur, quoique actuellement en équilibre, il se développe toujours. — Cet équilibre est-il établi, en sorte que notre système soit acquis désormais à l'univers, et que celui-ci
aille ainsi toujours s'enrichissant, ou bien y a-l-il vicissitude de formation et destruction? deux systèmes qui me paraissent Clément [probables].
Dans le premier, l'univers se perfectionnerait, dans le second, il serait stable, dans son universalité, bien que notre nébuleuse suivit sa route.
Je viens d'assister à une thèse de docteur*. Quel assaut d'érudition I MM. Le Clerc, Villemain, Guigniaut, Garnier, Damiron, Lacretelle, Ozanam ; vue là, l'Université impose; et puis, quel goût exquis, quel ton excellent I M. Villemain surtout m'a ravi ; M. Le Clerc est un rhéteur ; mais M. Villemain s'est élevé du premier coup au vrai et haut point de vue, il a placé l'éloquence dans la vérité^ non dans la vérité du fait, mais dans la vérité de l'homme (la conviction). Il a merveilleusement dépeint la couleur de ces rhéteurs grecs, artisans dans Part de la parole^ art infini de style. — Son idée sur la critique est aussi fort belle. La critique pour lui ne peut rien faire produire :
1. Il s^agit de la thèse de M. Ch. Benoît, soutenue en Sorbonne le 11 mars 1846, et intitulée: Essai historique sur les premiers manuels d'inverUion oratoire.
Notei. elle analyse. Il repousse en cela la théorie des Allemands (sans les nommer) qui croient qu'elle peut enfanter: le génie seul. On voit l'homme de goût exquis. Il blâme ces recherches purement d'érudition; aussitôt qu'au milieu du fatras scientifique, un trait esthétique parait, il s'écrie : c'est beau, celai il semblait dormir auparavant. Comme qui dirait: ceci est mon bien.
Excellente conception de l'éloquence : la rhétorique de Fénelon, La Bruyère, opposée à celle des rhéteurs anciens. — De l'improvisation: qu'elle ne s'exerce pas sur un cadre tracé d'avance ; trois plans d'actes dans les facultés de l'improvisateur, ce qu'il dit, ce qu'il dira, étude de l'auditoire. Étudiez-le dans la lettre de Cicéron, où il raconte ses luttes au Sénat...
Note î. Les autres, M. Le Clerc, M. Guigniaut, étaient plus scientifiques et [à] un certain point de vue, on aurait pu rire. Mais enfin je ne riais pas, par mes idées sur l'érudition. Mais M. Villemain est tombé dans ma veine, et à certains moments, nous consonnions merveilleusement. — C'était digne d'être vu ; le peu d'appareil extérieur contrastait avec la gravité et le sérieux, le haut ton de cet exercice. M. Ozanam paraissait dans une singulière solitude d'idées.
Voilà les D^?9* que j'ai recueillis au vol.
Ëcole littéraire hollandaise analogue à Técole allemande : grandes tiièses. — Sprengel, Te^vSv ouvaywYiî. — L'abbé Vatry, Gédoyn, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions. — M. Le Clerc. Belin de Ballu superficiel. Thèse de M. Gros.
Le traité De Officiis^ un des plus viraces au moyen âge. Quand le christianisme recueille la succession païenne, celui-ci en première ligne. Philosophes qui proposent de détruire les œuvres de Cicéron comme favorisant le christianisme.
De 0/ficm de Saint-Ambroise (Ministrorum) cadre de Cicéron, s'y astreint, pour les clercs; termine par magniûque morceau : s'il est permis de vendre vases sacrés pour racheter esclaves : qu'il est beau de voir ces rachetés du Christ. A l'époque des barbares, basiliques pleines des affranchis (Ozanam).
Platon entrevoit quelque part le gouvernement représentatif, la pondération des pouvoirs. Esclave : Platon en ses lois discute si permis d'en avoir: il doute. — Aristote dit que s'il y a des nations qui soient l'une vis-à-vis de l'autre ce que le
1. LcwS PiUim sont les morceaux, les fragmeats, frustum cibi. Cf. Lévit. 11, 6.
corps est vis-à-vis de l'âme, les premières doivent servir les secondes comme le corps l'âme. Mais \\ ne décide pas s'il y en u, ou s'il y en aura toujours. (Cf. ma note ad. Smec.y ÉpisL, 47.)
Progrès dans les mœurs romaines : par exemple dans la famille, lois s'adoucissent, autorité paternelle diminue; mariage de même ; d'abord femme vendue, puis dot. Que les modernes n'ont pas traité leurs esclaves révoltés autrement que les. anciens. — Je pense, dit M. Garnier, que si au lieu de pourchasser les sauvages du Nord de l'Amérique qui disparaissent par dix mille, on leur avait appliqué un vaste système de servage, on les eût conservés.
M. Saint-Marc ne dit que des sottises, en voulant faire le beau. — Il prétend que les Jansénistes avaient bien raison, que c'est une secte charmante, et qu'ils ont un fondement inébranlable dans l'Épître de saint Paul aux Romains. Ces hommes de l'Université sont bizarres vis-à-vis le christianisme. Us l'attaquent jusqu'au petit point où il serait tué : mais là ils s'arrêtent, n'y croient pas, veulent jouir du droit le plus large possible, et se soucient peu d'inconséquence. « Je suis catholique, mais je n'admets pas la bulle Unigenitus. » Mauvaise foi. — Le stoïcisme pour
M. Saint-Marc donnait aussi beaucoup de place au cœur.
Rhétorique à Alexandre. Lettre en tête : qu'il envoie deux ouvrages, l'un de lui, l'autre de Corax. — Note 3. Est-elle d'Aristote? M. Le Clerc fait grave difficulté contre : les exemples y sont inventés et non pris des auteurs plus anciens, ainsi qu'Aristote le fait en sa Rhétorique. Cet usage ne peut être d'Aristote, si bon observateur. C'était l'usage des sophistes.
Rhétorique à Hérennius, mise sous le nom de Cornificius à cause d'un passage de Quintilien.
Collection des rhéteurs latins, ne font souvent que traduire les Grecs.
Critias le tyran, rhéteur et poète (quelques-uns lui attribuent le Sisifphe d'Euripide) ; on trouve parmi les rhéteurs latins une traduction d'un traité de lui.
Division que M. Villemain voudrait introduire parmi ces rhéteurs : ceux qui ont précédé — ceux qui ont suivi les grands maîtres. Il en fait infiniment peu de cas. — Les Grecs jouant avec la parole. Il y a toujours un peu de sophistes chez les Attiques, Platon sophistise en combattant les sophistes. — Jeu de mots, synonymes, étymologies. Prodicus, Thucydide. On dirait
Thucydide rapproché des sophistes par ses jeux de synonymes, etc. Une leçon de grammaire.
Vague avec lequel Épictète parle de l'autre vie.
— Passage de Cicéron où il laisse percer un doule désolant. Dans un dialogue, l'interlocuteur paraît convaincu des preuves. Mais lui !...
Perte des dialogues d'Aristote.
Que nous avons peut-être peu de chose du style d'Aristote. Ce sont souvent ses notes pour ses leçons du soir ; souvent les rédactions de ses élèves, souvent les deux rédactions sont juxtaposées; de là, la répétition. Quand Ptolémée Philadelphe recueillit ses œuvres, il ne dut pas se montrer difficile, et y admit les écrits de Vécole.
Ainsi la Rhétorique à Alexandre est un écrit aristotélicien.
Fait curieux de palimpsestes. Un parchemin où était écrit la République de Cicéron, avait reçu en seconde couche les commentaires de saint Augustin sur les Psaumes. Au-dessus de cette phrase : Res publica, inquit Africanus, res est papuli
— on lisait celle-ci de saint Augustin : Omnia in Chrislo unum corpus. C'est le progrès.
On lui reproche de n'avoir pas assez fait ressortir en sa thèse le rôle d'Homère parmi les an-
ciens rhéteurs qui tous se rattachent à lui, et veulent le faire père de la rhétorique.
Procédés artificiels, par exemple, formules quand on excite des murmures, etc. La Rhétorique i Alexandre entre dans des détails, la grande Rhétorique, non. Hécaton, stoïcien, se demande si en famine, on peut laisser esclaves [mourir] : répond oui ; Cicéron n'en dit rien. — Et dans un naufrage, faut-il les jeter à la mer de préférence à un bon cheval? Oui, si le cheval est de prix. — Vers d'Agathon, que le candidat supposait tirés d'un poème épique en ïarabique, sont peut-être d'une tragédie. Les anciens, piqués de curiosité pour la critique, avaient cet usage : Euripide, par exemple.
Ménandre, poète mélancolique. — Rudem de Plante, charmante pièce. Que les anciens avaient de la critique littéraire plus qu'on ne pense : qu'ils n'adoptaient pas aveuglément tel ouvrage pour être de tel auteur. Le quae circumfertur de Quintilien a servi de texte pour douter d'une foule d'authenticités anciennes. — Qu'à Athènes le peuple eût volontiers consenti à entendre seulement des phrases harmonieuses, quand même peu de sens et pas au sujet. Phrases pour phrases. (Cf. la dernière note de la thèse impriméeL)
/. — // blâme Vcbjei de la thèse: Rhéteurs avant
ArktQte. M. Guigniaut au œntraire le loue, à un point de vue juste, comme recherche historique. M. VUlemain trouve le sujet mal choisi comme ne conférant eti rien à la vraie éloquence. — M. Guigniaut le trouve bien choisi comme objet d'éruditioîi, Cest très bien. Le candidat le remercie d'avoir rétabli le vrai point de vue de sa thèse.
2. — Belle réminiscence de M. Laine,,. Je m'en vais éteindre mxm âme...
3. — ly ailleurs il y est dit que la narration doit être courte : or, Aristote se moque de ceux qui le disent j en sa grande Rhétoi*ique, Car cela convient à toutes les parties, il rappelle ytXoiow, Donc se serait contredit (Cf, Thèse, p. 66).
Rien ne prouve mieux le syncrétisme primitif que le caractère des livres sacrés de tous les peuples, productions évidemment primitives.
Tout y est dans tout, psychologie, théodicée,
Note, morale, etc. Rien de mis à part, ce sont tous les
éléments de l'humanité en ébuUition, puis vient
la [chimie] qui sépare; c'est plus avancé, mais
ce n'est pas tout.
Il n'y a pas un chapitre de psychologie, de morale, etc., et pourtant il y a de la psychologie et de la morale.
Rien de plus sot qu'un écolier romantique ; se
battre les flancs romantiquement me donne la nausée.
Les esprits réfléchis, pénétrants et originaux ont une aptitude singulière à se mouler à toutes les formes de composition et à tout imiter. J'ai observé cela en moi ; je prends volontiers toutes les formes, antique, moderne, etc. Les Allemands ont cela aussi : Voss, etc. De là cette manière de leur littérature : un système de critique s'établit, une production d'ouvrages dans le même sens la suit toujours. Auteurs qui se moulent à la forme nouvelle. Goethe, par exemple, adopte indifféremment toutes les formes, grecque, etc. De même nos romantiques, orientaux, occidentaux, homériques, moyen âge, etc.
La dévotion islamique présente absolument la même couleur que la dévotion catholique. (Cf. Coran, II, ce qui concerne le pèlerinage, v. 190 et circa,) Que ces réunions religieuses sont puissantes pour élever l'enthousiasme religieux par le contact ! Le christianisme a connu cela. Ce
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débordement* de l'Arafat, etc., me représente trait pour trait une mission en Bretagne. J'espère le voir un jour : ce sera précieux.
Comparez à la forme du Pirké Aboth : Un tel dit; un tel dit, etc., la forme du livre chinois [de] Louen-Yu, ou entreliens philosophes, absolument la même.
Mahomet veut que les êtres chargés, en enfer, de tourmenter les damnés, soient des anges et non des hommes, afin qu'ils soient exempts de toute compassion. Magnifique expression d'un beau théorème psychologique. La sympathie ne s'exerce que de semblables à semblables. (Cf. Coran, LXXIY, V. 31, et la note de Kasimirski.)
Les êtres fantastiques comme Gog et Magog d'Ezéchiel et de l'Apocalypse se retrouvent dans le
1. Allusion aux foules qui descendaient de cette montagne. Coran, II, V. 194.
Coran ; par exemple Ad et Thémoud. (Coran, miL) Cela est oriental et sacré.
Il y a dans le Coran une certaine largeur de casuistique fort remarquable : il s'occupe souvent de résoudre des scrupules, d'adoucir sa morale, de leur dire : Ne soyez* pas si sévères. Il y a bien là quelque chose qui confirmerait le point de vue orthodoxe : car cela sentirait Thomme qui veut faire passer sa marchandise. Jésus -Christ, au contraire, charge et appesantit son fardeau. (Cf. Coran, II, V. 190, note de M. Reynaud.)
L'intolérance, j'entends l'intolérance de l'épée, est de l'essence, ou du moins la conséquence de l'essence des religions. La tentation, dit Mahomet, est pire que le carnage. (Coran, II, v. 187 et 214.) L'Évangile laisse la chose en germe, ou plutôt n'en dit rien; mais l'Église la dit. Avant tout et à tout prix sauver les âmes. Or les âmes ne se sauvent que chez nous. Donc, épée, inquisition, quand elles pourront contribuer à sauver. — Sin-
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gulière manière de sauver, dit l'esprit fort. — Vous ne comprenez pas l'orthodoxe, il ne veut pas sauver celui qu'il tue ; l'enfer à celui-ci. Mais il veut préserver les autres. J'entendais M. Gallais développer cette pensée très franchement et rondement. Et pour ma part, je crois que, si l'on est orthodoxe, il faut admettre cela, et même que cela ne peut pas faire difficulté à l'orthodoxe qui réfléchit et se pénètre de l'esprit de sa religion.
Injustice de l'esprit de parti qui pardonne tout à celui-ci et rien à celui-là I L'empereur de Russie est persécuteur; l'aristocratie catholique n'en parlera pas; si [Louis] Philippe en avait fait autant, tyran, Néron, Dèce. Loliis XIV a fait presque autant que Napoléon contre Rome, le premier est un grand roi qui a eu quelques torts; le second un persécuteur. — Te rappelles-tu ce salon des Roquefeuille*, où tu entendis un prêtre fonder tout l'espoir des bonnes causes sur l'empereur de Russie? L'Angleterre, au contraire, disaient-ils, n'y pourra rien, car elle est protestante, et le tzar, est- il donc catholique?