‹ Cahiers de jeunesse, 1845-1846Chapitre 3 sur 42 · PREMIER CAHIER MOISSON · texte numérisé non relu

PREMIER CAHIER MOISSON

Je craindrais d'exagérer une idée vraie, en disant que la plupart des discours rapportés dans les premiers chapitres de la Genèse, jusque vers le temps d'Abraham et au delà, sont en vers, ou du moins dans ce style qu'on appelle parabolique ou sentencieux, et qui constitue la poésie hébraïque. Par exemple, les paroles d'Adam à la Note 1. vue d'Eve (Gen., n, 23), n'ofifrent-elles pas le parallélisme le plus frappant, au moins dans la première phrase? Ils ont de plus le tour mystérieux de toutes les poésies anciennes. — Autres traces analogues dans les discours de Dieu à Gain {Gen.j iv, 7). Nul doute pour le discours

de Lamech (Gen.y iv, 23), non plus que pour les bénédictions de Noé {Gen.^ ix, 26). De plus, tout le récit de la tour de Babel, même ce qui n'est pas mis dans la bouche des travailleurs, est empreint de cette couleur. Autres vestiges plus vagues dans le discours d'Abraham à Lot {Gen., xni, 8). Quant aux vers isolés, rien de plus fréquent. Ce sont ces fréquents proverbes dont il est fait mention, par exemple celui de Nemrod (Gen., X, 9), et tous les vers prononcés à la naissance Note 2. des enfants, et qui font allusion à leurs noms. On y trouve au moins le jeu de mot, qui parait élément essentiel de cette poésie (Y. Gen.j iv, i, et surtout Gen. y xxi, 6, et alibi multaties). Donc le genre humain a d'abord parlé en vers.

Page 1