Le chapitre X de la Genèse
du sensualisme, car c'en est l'exposition la plus conséquente et la plus pressée, de vigoureux Hobbes l'a mis au pressoir, il lui a fait suer tout son pus; dans d'autres, il est latent et caché sons un frais embonpoint. — Vivent les sévères raisonneurs! Ils rendent le plus grand service à la philosophie, en faisant crever la bourrique, en la poussant à bout. Tels autres au contraire sont si lents, que le vrai et le faux restent pour eux dans un éternel syncrétisme. Tant mieux, en un sens, car il vaut mieux que les hommes soient inconséquents que pervers. Tant pis en un autre sens, car s'ils poussaient ferme, l'horreur les convertirait.
Ce Hobbes est aussi type de la philosophie qui n'a pas l'idée d'une partie de l'homme, la faculté morale. Il faut alors tout construire sur la moitié de l'homme. Car il est remarquable que pour le philosophe, le plan de l'édifice est d'avance tout tracé. Il se dit d avance, quel qu'il soit, qu'il faut arriver à construire la morale, la société, l'État, à légitimer ce qui est, de manière ou d'autre. Nul ne pousse la méthode scientifique jusqu'à se dire : J'arriverai là-dessus où je pourrai. — Réduit donc à tout bâtir sur la moitié, on fait des ligatures par des fils d'araignée, et il faut que cela tienne.
Il y a bien encore un certain air; car au fond tout pose sur tout, et réellement la morale est liée à rintérét et pose bien aussi sur la déduction, mais non comme base naturelle. Alors la jonction s'opère par telle ou telle [pointe], par-ci par-là. Mais c'est une jonction linéaire et non une jonction à plein.
Voilà le vrai.
Puis le système partiel est comme ceci :
Et le lien qu'il établit est d'ordinaire vrai, mais futile, et il y en a un autre qui est le fondamental.
131 bis.
Coran, II, 234, 235, exemples des endroits où le Coran élargit la morale, donne comme précepte positif du laxatif. Befer alibi supra. Une loi religieuse pour permettrej lever un scrupule. Il y a dans tout ce livre un ton de morale fort rel&chée. C'est singulier. Ce n'est pas le pur moral de l'Évangile. Ici, croire à Mahomet est tout : il ne pense qu'à cela, et sur ce point-là il est d'une admirable éloquence.
Il faut décidément détruire Tanthropomorphisme psychologique : Providence par exemple, liberté en Dieu, expressions toutes humaines, qui n'ont plus de sens en Dieu. Est-il dans le temps ou non? même remarque : seulement, j'aime [mieux] dire qu'il n'y est pas : et même en se tenant dans ce négatif, on ne se trompe pas. Non que ces dogmes n'aient du vrai, mais leur forme est détestable; c'est comme si nous disions que la matière aime la matière : ce serait vrai quant au fait, car les choses se passent comme si elle aimait, mais ce serait faux quant à l'explication comme appliquant un fait psychologique à ce qui n'en est pas susceptible.
Tout est loi, rien que loi; une main libre, hors l'homme, ne s'est pas interposée dans le monde depuis sa création. Le gouvernement providentiel serait un miracle. On ne l'admet pas dans l'ordre physique, pourquoi dans l'ordre moral? et en vérité l'orlhodoxe est plus conséquent qui l'admet dans lès deux. — Et pourtant le fond du fait de la providence est vrai. Ce sont les mots providence, gouverner, etc., qui sont faux. Car le cons-
tituieur des lois agit par ses lois et dans ce sens Dieu fait tout. — ProTidence est vraie [soit] au sens moral, soit au sens physique; un jour on les réunira tous deux, et ce sera plus yrai. En attendant, soyons purs, moraux, et bons analystes.
Ressemblance de la forme des commentaires •arabes avec celle du Pirké-Aboth : Un td a dit: etc. {Cf., par exemple celui de Hariri, p. od4 ou 555.)
Il faut établir comme idiotisme des langues sémitiques l'usage de désigner les nations par un nom d'homme éponyme, réel ou fictif : Koréich — la tribu des Koréich, etc. Cela a eu lieu, même quand l'éponyme n'avait pas été réel :
ainsi ")?? étymologie donnée à ''1??. (Nombres, XXIV, 24.) Cela explique tout le chapitre X de la Genèse. C'est [un] stemma ethnographique, construit d'après cette locution. (Voir varia stipra, et in Gram. heb. Idiot.)
HEPHTHALI. 299
Le lieu commun^ qui caractérise Téloquence grecque, caractérise aussi éminemment leur poésie; elle est toute renfermée dans certains cycles reçus, Alcméonides, Labdacides, Tantalides, tout à cela. C'était toujours la même chose maniée et remaniée. Prodige qu'on ne s'en ennuyât pas plus que du lieu commun oratoire.
Les anciens disaient des morts : Ils sont descendants en bas ; nous disons : Ils sont là-haut. — La terre pour eux, c'était èvedSe, par opposition À âvb> et xàTH), ou même la terre était quelquefois avco (je n'en ai pourtant pas d'exemple) en haut, en commençant à compter à partir de l'enfer.
Pour nous, c'est ici-bas; c'est que nous partons du ciel. (Cf. Orest., Eurip.j vers 608 et not. de M. Rossignol.)
Mauvaise méthode de disputer avec Moïse, Jésus- Christ, ks religions, etc. Vous prétendez
que ceci est à vous. — Non, c'est à Platon. — Non, c'est aux Pères de TÊglise. Sottise. Laissez donc à chacun ce qui lui appartient. Tout est à nous. L'homme a tout fait : Moïse ou Platon.
Nom pour nom. — Jusqu'à quand donc répudierons-nous ces grands hommes, ces hommes de religion, parce que les religions disent : Us sont à nous? — Et à nous aussi. Tout est à nous ; il n'y a qu'un esprit humain. — Les religions naïves sont inexcusables de ce vilain tour : mais les philosophes ne le sont pas moins : car quelle bêtise, je vous demande, de se laisser prendre à la grosse idée de ces acritiques I M. Barthélemy- Saint-Hilaire, par exemple. Ils mettent de l'humeur à tout ôter à Moïse, etc., pour tout donner à Platon (et sont injustes), comme si Moïse n'était pas à eux, aussi bien qu'à Platon. Quelle honte de se laisser influencer et réactionner par ces idiots I — Soj'ez donc bons éclectiques, et prenez tout.
Voir «• 445.
Un peuple n'acquiert ses droits qu'après avoir existé quelque temps ; c'est comme la prescrip-
tion pour la propriété. Qui s'avise de réclamer contre la destruction du royaume des Bourguignons par les fils de Clovis ? et le démembrement de la Pologne est un crime. — D'ailleurs, il en est de ces droits, comme de tous ceux de Thomme.
Us vont se fondant. L'esclavage était de droit autrefois, car l'humanité n'était pas mûre encore pour l'affranchissement. (Cf. supra. Cf. la pensée d'Âristote.) De même chez les anciens, les droits des nations n'étaient pas à beaucoup près aussi sacrés qu'ils le sont devenus depuis l'exaltation de l'humanité.
Les facultés civiles sont l'exemple le plus frappant comment l'homme a acquis de nouvelles facultés, ou du moins comment des facultés anciennes en lui se sont développées en facultés nouvelles. Ces facultés, en effet, ne durent pas être primitives dans leurs formeSy puisque l'état civil n'est pas primitif. Mais ce fut la famille qui, en se développant, devint la tribu ou la cité. Les affections civiques ne sont donc qu'une transformation des affections de famille, placées dans des circonstances différentes. C'est en cela que l'homme n'est pas homogène aux diverses parties de son histoire.
30t CAHIERS DE JEUNESSE.
Car il est progressif; ii y a rhomme de telle éfkoqoe et de tdie époque, il se fait.
Ai^athonios, roi des Tartessiens. Si Tartesse était une colonie de Tyr, ce nom devrait avoir nne explication sémitique.
Un des plus curieux mythes poétiques est celui de Daphnis, personnification de la vie pastorale en Sicile, et sur lequel s'agglomèrent toutes sortes de traditions contradictoires, mais toutes relatives à ce genre de vie. Cette contradiction dans l'unité d'esprit du mythe est un de ses traits distinctifs.
Je viens de toucher l'immortalilé à un m<HDent où, vivement pénétré des pensées supérieures et du but supra-sensible (te l'homme, j'ai perçu que tout cela n'avait pas de sens sans l'immortalité. Là est ma preuve.
NBPHTMALI. ^03^
Tout étant eréé de Dieit, la matière et les petites choses comme tout le reste, le complet serait de donner du prix à tout, de Taimer et de le goûter. Le contraire renferme une sorte de manichéisme : car pourquoi réprouver la matière, si elle est IxMme? La solution chrétienne par la chute répond assez bioi à tout cela, mais elle est acritique. — Un jour l'homme complet aoohnissera tout cela ; mais maintenant, dans Tétat partiel où nous sommes, cela ne se peut, car l'un étoufferait l'autre, et réduit à choisir, il faut choisir le meilleur. L'antagonisme est fâcheux, mais c'est une condition imposée.
A l'état philosophiqiieetreligieuxoù je me trouve, je ne suis aucunement disposé à rendre un culte à quoi que ce soit. J'admire VadonUiony mais j'ai peine à y monter. J'admire, mais je ne puis me prosterner. Je me pose en quelque façon oomme partie de ce qui est admiré, j'en suis, moi, absolument comme le Français dans la France; il
admire la France, mais il ne Tadore pas ; car il en est. De même je suis là, debout dans le temple, écoutant de toutes parts. Ah! quand tomberai-je à genoux? Ce ne sera pas quand je le voudrai, mais quand je le ferai spontanément.
Énorme faute de cette malheureuse philosophie contemporaine de se priver par je ne sais quelle forme de respect factice de tout ce qu'il y a de plus beau et pur. On parle de Socrate et Platon, on se met sous leur patronage, on idéalise la mort du premier. Mais Jésus-Christ, ohl qu'il vaudrait bien mieux ! — Pourquoi donc laisse-t-on de côté cet incomparable? Voici, c'est qu'il n'était pas philosophe : c'est pour les théologiens. Dieu, quelle bêtise! Ohl quelle rage je conçois contre une telle absurdité ! J'imagine ce que dirait cet imbécile de Garnier, si on lui parlait de Jésus-Christ. Jésus, tu les dépasses tous, et je le montrerai. Pourquoi donc s'en priver ? Âh I il est à nous ; que si, pour être philosophe, il faut se priver de la moitié du vrai et du bien, ah ! je ne veux pas l'être : car j'ai droit à tout et je veux tout. Pauvre philosophie qui de propos délibéré se condamne à
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ne voler que d'une aile! On dit : mais c'est théologique. Imbéciles, qu'importe? Voilà le fin mot ; c'est que pour adopter Jésus-Christ, il faudrait l'introduire en philosophie, tout humaniser et naturaliser. Or ce serait briser la lance avec l'orthodoxie, et on ne le veut pas.
Moi, je serai plus hardi, je serai philosophe, mais Jésus-Christ néanmoins sera à moi, j'en userai et j'en parlerai. Quoil on entend un an ces hommes, Barthélemy-Saint-Hilaire, Garnier, et on n'entend pas le nom de Jésus, et celui de Socrate et de Platon, mille et mille fois. pauvre position de l'esprit humain! Tout est à nous, tout est à nous. Ah! petits esprits, que vous me révoltez. Quis dabit ut intelligar?...
Quelle fureur j'éprouve dans ces moments !
c'est comme une étinœlle électrique, mais qui passe vite, et une seconde après, je suis calme. Toute la faute en est à cette dure, sèche, sotte, revëche théologie, qui gène môme ceux qui la frondent et les met dans le faux.
Il y eut sous Napoléon et la Restauration une époque où les langues orientales furent cultivées
so
en France avec assez de goût, mais avec ane foodie singulièrement superficielle et une émdition étonnamment écolière, smtont pour rhâ>rea. Rapprochez Fabre d'Oliret, Yolney, Audran, etc. Quelles misères, et songez à ce qui se passait alors en Allemagne !
La loi de continuité (Y. supra), si sensible dans toute la nature, règnes, intérieur de règnes, langues, races, classifications psychologiques, etc., se retrouve dans les parties du discours; nul passage coupé de Tune à Fautre : toute une série une; verbe devient nom par le participe et l'infinitif; nom devient adjectif et participe, etc., -zh
TtâXau
Les vieux peuples (Juifs, etc.) confondaient le prédictif avec le causatif. Car ils se mettaient en colère contre les prophètes qui leur prédisaient malheur, et ils semblaient dire : s'il n'eût pas prédit, cela ne fût pas arrivé, Balaam de même. Voir l'Histoire des rois de Juda et d'Israël. C'est le perpétuel épisode des faux et vrais prophètes.
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Nous autres faisons de même pour la prescience de Dieu.
Deux manières de considérer le monde : de près à la loupe; alors singulière complication d'êtres et de faits : mais de loin, tout cela se fond en une belle couleur homogène. Selon donc qu'on se place à Tun des deux aspects, on peut dire que c'est ou que ce n'est pas un, et tous les deux ont raison.
Quand je vois les petitesses des littérateurs entre eux, leurs petites jalousies, ligues, cabales, etc., je serais tenté de maudire le mot littérature, n'y voyant qu'amour-propre, dans le genre des enfants du peuple qui émulent qui sera le plus fort. Mais je pense alors à la littérature primitive : Ossian, Homère, les poètes vraiment inspirés, transportés par l'idéal, pour qui tout cela n'était pas jeu et feinte. Ah I quel ciel de différence!
Un des plus grands ridicules de celte superficielle Université, et une des choses qui montrent le mieux sa manière de juger tout extérieure, toute réactive, toute fondée sur des considérations extrinsèques, c'est son engouement pour Porl- Royal. D'ailleurs je mets en fait que rien de plus antipathique à Tesprit général de l'Université : jamais héritage ne fut plus illégitime. Mais il y a communauté de haines et cela suffit. Il faut trouver contre le clergé et les Jésuites des ancêtres dans le passé; il y a les jansénistes et Port- Royal. Cela suffit; nous sommes frères. L'intrinsèque n'importe.
A ce deuxième point de vue même erreur. Port- Royal est un des exemples les plus frappants de la manière dont une énorme réputation se fonde, lorsque le hasard ou les circonstances rattachent à un parti. Les ouvrages de Port-Royal qu'on prône tant comme des prodiges de bon sens, de profondeur et de science, sont à mon sens tout ce qu'il y a de plus creux, de plus plat, de plus mat et de moins savant. Par exemple cette Grammaire géné^ raUy cette Logique... Ohl en vérité ceci est inimi-
table : des tètes creuses, des hommes à bluettes, Jules Janin, Sainte-Beuve (HisL de Port-Boyal, par Sainte-Beuve), etc., Garnier même qui se mettent de la partie, et tombent en pâmoison devant Port- Royal! Voilà des hommes, des travailleurs! Si ç*avaient été des Jésuites, ah 1 certes, quelle différence I On eût assombri les couleurs, c'eût été un repaire de rebelles, de fakirs, de sombres et moroses rigoristes, de savants sans zèle de la science (oui, oui), de froids écrivains. Mais ce furent les récalcitrants contre Rome et les Jésuites, cela suffit. Oh I que ne puis-je rendre la rage que je conçois contre ces idiots, ces bêtes, ces imbéciles, ces hommes du dehors, et la rage surtout que j'éprouve à ne pouvoir manifester la vérité que je vois sur ce point avec la force crue et dure avec laquelle je la souffre! Oui, ce Port- Royal me donne la nausée. Voyez par exemple cette préface de la Logique^ avec quel mépris, je vous prie, on fait ce qu'on fait, sans y tenir, c'est vanité. Science n'est rien, ils le répètent. Idiots 1 Ah I mon Dieu I je crierai sur ce point, et je montrerai que l'on radote. Et la sainte Épine, et sœur Angélique, et le directeur, ah I si c'étaient des Jésuites, qu'eût-on dit? et les convulsions, et les miracles I Je le répète, rien au monde ne me
semble si oefactéristique. Croyez-vous qoe jt préfère %iiaoe ? — Tton : 0e Ifatstre a raiaQD ooDtre Port-Royal, tort poor Ignace. Et je préfère eacore Ignace à Port-Royâi. O Dieu du ciel! je n'en reviens pas I On admire ces hommes dans rUniversiié et les journaux du xix* siècle. Et cet imbécile de Saint-Marc Girardin qui est bien r<étre le plus nauséabond (V. swpra o^ 18) qoe je connaisse, va nous Fexalter Fautre jour jusqu'aax nues, et crîar à la calomnie. Ah I Dieu, qui ne donnera de pouvoir me faire entendre, et de me déchirer avec eux ! Je ferai un ouvn^ sur Part- Royal et je renverserai cette idole, non au point lie vue partial de Maistre; celui-ci est tout aussi faux, parti -pris pour parti-pris; mais au point de vue critique, et surtout je ine moquerai de ces sois ouvrages, qu'on érige en chefs-d'œuvre, de cette sotte et plate science, petite érudition étiolée. Voyez par exemple cette Grammaire générale; quand il parle de l'hébreu, quelles sottises (p. 363, édit. Petitot), et ailleurs, petite érudition écolière fi^^ de savoir cinq ou six petites choses et qui les groupe en jouant.
Je rage contre eux tous.
Allemagne I Allemagne ! Herder, Gœthe, Kant.
Il faut souffleter cette creuse et pédante Uni-
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versilé, ces sots de Français qui ne savent ce qu'ils veulent ni ce qu'ils doivent dire, qui flottent au vent du moment pour savoir s'ils loueront ou blâmeront. La fortune du jansénisme et de Port-Royal en est l'exemple le plus frappant.
Et les superficiels, les enfants qui s'enthousiasment de ce qu'ils entendent corner à leur maître, assez forts pour saisir une raison extrinsèque, mais non une critique réelle, qui disent : ohl oh 1 Port-Royal!