Mot à mol : le fils du toit
:H CAHIKIIS DK JKUXESSE.
qu’un. De même Dicere pacem (ieseiiius), parler bénévolement.
to.
L’idée de charité tendre pour les coreligionnaires et de répulsion pour les dissidents, si importante dans le monde moderne, nous est venue des Juifs. Cf. saint Paul qui en est empreint, les livres des Juifs, la réponse de Salanieli à M. de Sacy. Celui-ci lui avait dit: « .Min que notre manière de lire soit une comme notre cœur est un. » — Salameh répond : « Quant à ce que vous ajoutez en di.sant: Comme nos cœurs et vos ca-urs ne sont qu'un, sachez, mon frère, qu'un tel di.scours ne peut être tenu que par une personne qui observe notre loi, et qui ait la même croyance que nous. » Cela est très caractéristi(]ue.
Ihec est viiius Del quæ vocatur magna. C’est le Metatron, le grand qxsc que, selon Helaud, les Sadducéens et les Samaritains actuels entourent de certaines puissances de Dieu. Voir de Sacy, Mém. sur les Samaritains, des anges, etc.
MOISSON
Voici mon interprctalion du Scliilo: Nonrecedel xceplnwi (le Judil, ne hacidns legialatoriwi ex inter pede.s ejus donec venial populator ejm, cui subjicienlvr omnes (jeiiles. — 1“ Je soutiens que doit être considéré comme composé de et de l’affixe h. Ces terminaisons en h si fréquentes en ce morceau de Jacob et qui toutes sont des aflixes, forment une induction suftisante. Cela fiosé, comment entendre Sç*? Ce mot étant totalement inconnu, il faut en cliercher l’explication dans les racines voisines; or la racine de '?'ÿ‘ est h'p ou elle-même inusitée. La racine qui a le plus d’aflrinité avec ‘?îw est incontestablement par l’allinité des quiescens et défectifs de la médiante (^7Ç‘ a même cela de particulier qu’il se conjugue indiB'éremment comme venant de 77ç? ou de 7iü) ; il y a aussi atlinité avec et nbc' (V. Gesenius). Enfin, on trouve en Miellée, i, 8, le mot bb'Z' en clietliib jMJur 77‘w . Donc, je suis autorisé à identifier ces racines. D’après cela, h'p signifierait vnslalur, piipulator, un conquérant ; « Jusqu’à ce que vienne .son grand conquérant, le conquérant issu de sa race c, et auquel ^7i doit certainement s’en-
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tendre aussi pour un relatif. — J’entendrais alors ce passage de l’allente du règne messiani(iue qui préoccupait les esi)rits à l’époque probable de la rédaction de ce morceau (temps de David et de Salomon). Je ferai observer que cette interprétation est même indépendante du sens que je donne à C’est, pour la suite du sens et le fond de l’idée, celle de Cescnius, sauf qu’il rapporte ‘i’?'! à Juda, etc. Mais traiKfiillikis ne va [>as aussi bien en son sens. Du re.sie il faut poser en pianci{)C que Scbilo, de (juelque manière que ce soit, désigne le roi-Messie. Seulement nos théologiens sont absurdes.
Oui, le sauvage nous représente l’état primitif de l’humanité, ses rêves, le sommeil de sa raison, ses idées de merveilleux. Comparez les croyances de l’Océanie à celles des peuples primitifs dans la Cenèse, par exemple. De part et d’autre, c’est l’enfance. Oui, l’humanité est née et a été longtemps à l’état d’enfance, rêvant le miracle et la prophétie, voyant partout le surnaturel, sans raison. Puis la raison est née en Grèce, etc. Mais par une précieuse circonstance.
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cet état primitif est demeuré encore dans certains lieux : car l’humanité ne marche pas tout d’une pièce; il y a des peuplades qui sont aujourd’hui ce qu’elles étaient au premier jour de l’apparition de l’homme. Cela disparaîtra; qu’on se hâte donc d’étudier ce précieux état primitif qui peut seul résoudre le problème de l’origine de l’homme. 11 y a là une science à fonder, et certes ce ne sont pas les faits qui manquent.
Dans son enfance, l’homme et l’humanité ne conçoivent pas la loi de la nature. Il voit par- Noio 1 . tout une action surnaturelle. Dieu partout. De là les religions, les croyances fabuleuses, les génies, les apparitions, le merveilleux eu un mot. — Dans son second état, il remarque par l’observation et l’induction la loi, alors il chasse Dieu du monde ; car il croit n’en avoir plus besoin . — De là la philosophie athée; ses formes sont ; la nature substituée à Dieu, etc., néanmoins elle est plus avancée, quoiqu’elle se trompe plus. — Dans son troisième état, il conserve le résultat acquis dans le second, et qui est vrai; seulement il rattache les lois elles-mêmes à Dieu, cause
universelle, véritable effedeur. De là la vraie science, complète. Ses formes sont : L’être agissant suivant les lois les plus parfaites, et par conséquent suivant des lois constantes. — De bons esprits, quand l’esprit humain est parvenu au second état, consentent bien à rattadicr aux lois ce qu’ils voient assez clairement s’en déduire, mais les ditférenLs phénomènes qui, vu l’imperfection de la science, ne s'expliquent pas encore parfaitement de cette manière, ces bons esprits, par un secret attachement, qui en un sens leur fait lionneur, pour le premier concejtt, s’obsti- .\oif2. nent à les soustraire aux loin, et à les ap|ieler sunmlurcLs, parce qu’ils sont natinrllemrul nicoie ine.rplicables. Ainsi l’origine du langage, la création de l’homme, certains faits bistori(|ues singuliers, le christianisme, la conservation du peuple juif; M. de Donald, .M. de Maistre. — Cela est faux et petit: car enfin, si tout le reste s’explique bien par les lois, si à mesure que nous avançons, nous voyons se ranger sous les lois les faits qui auparavant y semblaient rebelles, c’est une invincible induction que les faits qui y échappent encore s’y soumettront, et que leur inexplicabilité n’est que subjective et un simple ell'et de notre ignorance. Cela est si vrai qu’on
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entrevoit de plus en plus la lueur de l’explication lépale.
Ce sont ces vieilles lies merveilleuses, sur lesquelles le lointain conservait le brouillard d’un beau mystérieux, qui se dissipe en s’en approchant, et ne laisse plus qu’un réel semblable à tout autre réel. — Oui, il faut bannir du monde le Dieu à fantaisies qu’avaient rôvé nos pères. Pardonnons-leur leur simplicité. Dieu, depuis qu’il a créé les êires et leurs lois, n’a pas révoqué une seule fois le tours de ces lois, n’a pas mis une seule fois la main à son œuvre :
ç’a été assez pour lui d’en avoir préalablement calculé le mécanisme; et c’est par là qu’il y fait tout ce qu’il veut, puisque ce qu’il vent est ce qu’il a voulu, et que ce qu’il a voulu a été la donnée qui a servi à résoudre le problème du monde. — Oui, le monde semble au premier coup d’œil, n’obéir qu’à des lois aveugles et l’observation avec la plus fine induction ne peut arriver à la notion d’un être qui le gouverne intentionnellement, tel que le donnait l’instinct premier. Il est remarquable que cet instinct n’esl pas faux; ce qui cadre bien avec nos idées sur le spontané et le rétlexe. Aussi les philosophes qui n’ont fait qu’observer et induire, tels qu’il faut qu’il y en
CAHIERS DR JKINESSE.
ait au second état de l’humanité, lequel est exclusif, ont nié Dieu. Pardonnons-leur, comme Dieu leur pardonne. Dieu ne peut sortir de l’expérience; il est une conclusion métaphysique tirée de la vraie notion de cause efficiente : aussi bien est-ce une conclusion de prime abord. Les bons esprits dont je parlais s’effraient et voudraient replacer Dieu sur son vieux trône anthropomorphique. Non, non; nous autres aussi, nous avons notre Dieu, raison, faisant tout par des lois qui sont la raison. C’est nous qui sommes les vrais théistes, et vous ôtes encore anthropomorphistes, par une crainte peu fondée d’être athées. Malebranche avait déjà vu cela. — L’instinct voit Dieu partout et la loi nulle part; l’observation voit la loi partout (de là son ton moqueur et fier) et Dieu nulle part. La vraie philosophie voit Dieu partout, agissant librement partout par des lois invariables, parce qu’elles sont parfaites. — Voilà la vraie providence, plus belle, plus vraie, moins poétique peut-être que celle de nos pères, mais plus rationnelle, et plus digne de Dieu; je dirai môme plus agissante et plus vaste. — Les anciens, occupant Dieu de l’homme et de certaines grandes choses, l’éliminaient au moins dans le concept grossier des petits faits, qui semblaient pouvoir
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bien se faire sans lui. Nous, nous le mettons partout. Il faut qu'il agisse dans le mouvement d’un atome. Agir! mot tout relatif.
1. — Ce premier état a duré jusqu'au xvi' siècle, le secorut a commencé là, et n’a acquis sa plénitude qu'au xviir. Sous y sommes; des individus peuvent avoir atteint le troisième, jnais les masses sont plongées dans le second et peut-être pour des siècles. Mais qui soutiendra l'humanité pemlanl ce temps? L’intérêt et la force. — Mais nos publicistes catholiques disent : Cela ne se peut, ces moyens ne sont pas moraux, logiques. Idiots! qu’importe? et ceux qu’elle avait auparavant, l’étaient-ils? L’humanité est condamnée dans sa marche à se nourrir d’illogicités, de contradictions, de misérables superficialités . — Mais elle se déchirera! Qu’importe? elle marchera tout de même. Qu’importe l'individu qui en est victime? oh! qu’il est peu de chose quand on voit l’ensemble des choses! — Il faut, dit-on, une doctrine qui donne un solide fondement à la vie humaine. Xon. L’humanité peut être condamnée à vaciller, à être sans logique et sans principes durant des siècles, car rien ne peut avancer une idée qui n’est pas encore mûre. Cela est dur, mais c’est une nécessité de fer. L'homme n’est rien, l’humanité est tout. Elle se trompe nécessairement à certaines époques.
i. — V. Dupanloup ; Conférences sur le peuple juif.
ÜO.
L’homme a conscience de sa personnalité. Or le corps organique n’est pas une personnalité.
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■Noir. Nul corps ne l’est : il n’y a qu’une subslancc matérielle, existant sous des itulividus ; mais l'individualité matérielle n’est (ju’iin mode, un fait (v. n“ 3o). A foidiori le corfis organique, (]ui n’est (|u’un agrégat transitoire d’atomes en passage. Nul n’appellera une ville, une maison une substance, on y aurait autant de droit qu'à appeler le corps humain une substance. — C'est un entonnoir, où passe de la matière. L’entonnoir [leut-il dire : cette eau est à moi, elle est de moi’.'’ J1 n'y a (pCune forme, là est l’unité, la personnalité; et cela ne peut être matière {ex (lirlis). Donc il y a une âme immatérielle. — Pourtant qui sait si la perception dt? l’individu, l'âme, n’est aussi qu’un fait sur une substance unique, résultant de l’organisation de la matière? Nous ne le comprenons pas ; mais on n'oserait dire qu’impossible. Au moins il faut admettre la Sf)iritualité de l’âme ou être jianthéistc. line substance sur la(|uelle l’individualité apparaît comme un fait. L'âme, si elle existe, serait donc cette forme, ([ui sert d’entonnoir à la matière.
U II a lie la sultxlancc lii-ilessniis; mai.s ce ii'esl pan cm: substance.
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Il est certain (ju’il y a cerlains devoirs, (jui ne sont pas suscepitibles d’une léfjilimation a |»iiori. Par exemple l’amour de la pairie, ljuand on envisat'C cela rationnellement, cela paraît un pur préjugé sans fondement, et même ridicule. Cela est vrai, il n’y a que le point de vue qui soit faux. Cela explique le ton railleur et superliciellement profond des philosophes du xviii* siècle là-dessus. Héritiers du faux de l'idée de Descartes, ils voulaient que tous nos devoirs cunscni raison; or cela est impossible à montrer de tous, et .dors ils les .sabraient. M. Guizot a beau dire, il y a plusieurs penchants en nous qui n’auront jamais raison, à moins qu’on ne dise que le seul fait de leur existence en nous est une rai.son suffisante, ce qui est le vrai. — Donc il y a des devoirs purement relatifs, fondés sur un simple fait [isychologique, et les Écossais ont rendu un immense service à la philosophie en ap|)renant cela au xviu' siècle. Ainsi l’amour de la patrie est un devoir et n’est j>as rationnel a [u-iori. — Mais n’y a-t-il pas d’autres devoirs en l’homme, susceptibles d’une légitimation a priori, par
CAIIIKIIS I1K JEUNESSE.
exemple l’équité, la véracité, les devoirs envers Dieu? Les Écossais, suivant leur idée, ont dit : Non. Ces devoirs comme. les premiers sont fondés sur un fait psychologique. La question est diffi cile, car je suis porté à croire qu’aucune déduction rationnelle ne peut fonder un devoir, il faut pour cela une faculté spéciale. Néanmoins peutêtre faudrait-il distinguer deux classes de devoirs en l’homme : 1® Devoirs relatifs, fondés sur un simple fait psychologique et non susceptibles d’autre légitimation rationnelle que celle-ci : Il faut obéir au fait psychologique; 2° Devoirs absolus, susceptibles d’une légitimation rationnelle a priori. — Les philosophes anciens voulaient tout faire rentrer dans la seconde classe; les Écossais ne reconnaissent que la première.
Rien ne montre mieux la manière dont l’homme primitif moulait le Non-Moi sur le Moi que l’application des genres masculins et féminins aux objets inanimés. 11 a voulu y voir aussi des sexes. Cette remarque est d’Adelung' {Introd.
1. Adolung (Johiinn Chrititoph), auteur d'un ouvragit intitulé : Milhridalei^ mltr allgemeine Spradtenkundey mil t/em « Vater unser * aU Sprachprobe in beynahc fùnfhunderi üprachen und A/undarUm. Berlin, Vos», 1800-1817.
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MOISSON
au Milhrid.) qui prétend qu’il a été déterminé à cela, selon que l’objet était agent ou patient.
Le mot en hébreu, tout comme se prend pour moi-méine, etc. Ainsi dans la langue (les Kalmouks, pour dire : loi, on dit : ton corps. (V. Milhrid. d’.\delung, 1, p. 513.) Ainsi encore en Talmud cïy et oïl; ainsi surtout qu ; '«çu pour moi-même.
Les Tahitiens, comme les Grecs modernes, les .Vrabes, les anciens de la Bible, improvisent souvent en vers. Voyez-cu un exemple en Milhrid. d’Adelung, I, p. 634. Ils ont la rime.
Je ne sais si l'on ne conçoit pas un être étendu, qui soit substance, être individuel. 11 est vrai qu’étant étendu, il est divisible ; mais cette divisibilité ne tombe que sur l’une de ses qualités, et se réduit à dire qu’une substance peut avoir du
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Af)
plus el du moins d;ins scs qualités, ce qui est ■Note, évident. — Voilà une molécule étendue et que Dieu a faite substance; Dieu ne la conçoit pas divisée el existante; ce serait une contradiction. Dieu la conçoit bien divisée, mais alors elle est anéantie. — Mais Dieu conçoit une autre substance, qui n'est que la moitié de son étendue. De même je conçois une mémoire double d’une autre, el pourtant 1e sujet de la mémoire est bi(m sin)ple. En un mot. Dieu conçoit la qualilé-étendue divisible et un autre être (pii n'en ail (]ue la moilié; mais il ne conçoit pas la substance restant substance divisée quant à son étendue. S’il la conçoit, il conçoit que [)ar là elle perdra .son litre de substance.
Je ne crois pas beaucoup à tout cela ; je viens même d’éprouver en moi un fait singulier, cl qui me caractérise bien ce que fait la dispute dans la recberche de la vérité. Je craignais de pous.ser trop loin mes idées, de jKîur de voir crouler mon château. C’est (pie j’ai eu la sottise de disputer là-dessus avec M. Le Hir, et le hasard m’a amené à soutenir ceci. 0 Dieu, tu sais que cela ne fait pas coutume en moi el que je resi^ecte le vrai.
Mais il suicrait de ce concept, ou que la substance est comme un être spirituel surajouté an corps, ce qui irait à
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tout composer de. corps et d'àme; ou que ce. n'esl qu'une abstraction cl alors tout ceci croule par le fond. Kit vérité, nous ne comprenons de substance individuelle que sous la condition d'être inétendue, ou il faut dire qu'il n'y a qu’une substance et alors toutes les substances individuelles ne sont que des phénomènes, des résultantes.
C’est une hypothèse singulière, mais séduisante, •Noie 1. que celledeStahl, adoptée et exposée par M. Hautain {Phil. moral., I, p. I lo). L’érne, cause organisatrice, agente de l’organisation du corps, sans en avoir conscience. A ce point de vue, la spiritualité de l’ilme ne me répugne plus ; car ce (]ui me blesse en cette doctrine, c'est l'union de ces deux substances; cela m’a l’air des hypothèses fautives où on suppose plus d’agents qu’il n’en faut, par ignorance. Mais ici ce n’est pas proprement une union; il n’y a qu’une substance en l’homme, c’est l’Ame ; mais cette âme se fait une forme, se symboli.se dans le monde, etc. Ajoutez que cela est parfaitement d’accord avec ce que je crois avoir démontré sur la substance en l’homme, qui en aucune façon ne saurait être le corps. (Cf. supra, n“‘ et SO.) Il n’y a pas alors un corps et une âme ; il y a un corps de l'âme (V. Hau-
Nolo 2.
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lain, I, p. 117.) Je viens de trouver ce que je cherchais depuis longtemps, et la spiritualité de l’àme (ou plutôt rcxislence de Tàme) a un sens pour moi. Mais je tiens toujours mon principe, auquel j’avais raison de tenir : il n’y a qu’une substance en l’homme. J’avais raison, mais je viens de découvrir que le corps n’est point une substance. C’est une forme transitoire, et en flux perpétuel de molécules qui s’échangent dans le moule où l’ùme les fait passer. — L’ûme informe le corps, ou plutôt assemble des molécules, qui ne lui appartiennent pas, mais dont elle se sert en [lassant, pour se faire une forme extérieure. La seule difficulté qui me reste, c’est sur la naissance. Car alors la conception d’une âme serait une création de substance, et non un simple fait matériel organique, comme on l’a toujours supposé. En effet on a toujours pensé que l’embryon commençait; puis qu’à un moment quelconque l’âme y venait. Cela m’a toujours paru absurde. Mais l’autre, la naissance de la substance est aussi bien bizarre. Celte hypothèse de Stahl, etc., entendue comme j’ai dit, supposerait, je crois, l’éternité des âmes, pour être bien satisfaisante.
Du reste, le but de cette formation du corps par l’âme, ne serait pas seulement de se manifester
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extérieurement, mais encore de développer sa vie, de se créer des moyens nécessaires d’action ; sans cela l’empire de fait qu’exerce l’organisme sur l’ilme serait inexplicable ? L’ilme se forme un corps, mais c’est qu'elle en a besoin, et, quand [ilj vient à lui manquer, tant pis pour elle. Elle pourra bien n’étre pas détruite pour cela, mais elle retombera dans l’état où elle était avant que son corps pùt encore la servir convenablement, c’est-à-dire perdra la conscience. Ainsi donc on pourrait induire de là, au moins négativement, l’immortalité de la substance de l’àme, mais non l’immortalité de sa conscience.
Pareille explication devrait s’appliquer à tout ce qui a vie, animaux, plantes. Tous réaliseraient par une forme extérieure l’idée de leur être; et en eux tous serait un principe actif. Ce serait là une explication générale de la vie, partant de l’idée divine, et se terminant aux manifestations réelles et extérieures, homme, animal, plante, etc. — Fidèle à sa théorie, M. Bautain voit dans les instincts et mouvements organiques, indépendants de la volonté, des actes de cÆtte force secrète de l’àme, qui agit sans conscience. Ainsi les besoins naturels ne sont que des expressions de ces instincts. Celte manière de voir est belle et sédui-
CAIlIKUS DK JEl’NESSK.
sanic. Du reste la preuve de cola dépend de la physiologie. C’est à elle à nous dire s’il y a dans la vie organique quelque fait auquel ne suffisent pas les simples lois mécaniques et chimiques de la matière. Dites-en autant des instincts conservateurs, médicateurs, de M. Daiitain (V. §33, etc.). De là aussi sa manière de placer toujours l’idec avant l’organisation dans la constitution morale de chaque être, en quoi il a raison (V. p. 133). — D'après cela, la définition de l’homme serait : Un être se manifesüint, agissant et se développant sous et j>ar une forme matérielle. Cet être ne peut être lui-même un corps ; autrement la question recommencerait; Je l’appelle donc un esprit.
/. — fAses tout le t; 2S de Bautain, c’est le plus remarquable du livre.
i. — .)/. Bautain le suppose lui-même page 122 au bas : mais c’est une grosse contradiction ou inadvertance; la vieille manière de parler l’a séduit et lui a fait oublier que cela n'avait plus de sens en son hypothèse.
M. Bautain a des idées lumineuses sur certaines branches de recherches à créer dans les .sciences. Voir par exemple page 121, page I i7, etc. Voyez
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surtout page KVl. Là il donne l’idée d’une vraie science nouvelle à créer, science dont j’avais aussi eu l'idée. C’est une pliysiipie générale, une physiologie du monde, s’occupant non de l’analyse des éléments, mais de leur synthèse dans le monde, qui serait à la physi(]ue et à la chimie telles qu’elles e.\istent ce que la physiologie est à l’anatomie. — C’éhiit le point de vue des anciens ; il les a conduits à faux, car il ne fallait pas commencer par là ; mais nous devrons maintenant finir par là. En un mol, il y a un rafiport du composé comme il y a un rapport du simple; la chimie étudie le rapport du simple; la ph}'sique les rapports des composés; mais celle dont je parle, parlerait de rapports des composés de composés.