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Mille faces du monde, mille points de vue, mille tours de science, également vrais, mais non également beaux. — Le jx)int de vue ancien, non analyti(pie, voyait l’ensemble du monde, le point de vue scientifique moderne voit tout sons forme de loi. C’est exact et scientifique ; mais non beau. Le fait, dit-elle, est tout. Pur exemple, dans le corps, il y a l’étendue; cela suffit. Mais qu’est-ce? Ouel est le sens de ce mot? Qu’y a-t-il d’étre làde.ssous? qu’importe? le fait seul importe. En un
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sens, notre science est un peu subjective. — Les molécules s’attirent : fait. Mais, qu’est-ce qui est cause de ce fait? Qu’importe? — Il est vrai que ces questions ultérieures sont transcendantes, c’està-dire non résolubles par l’expérience. Néanmoins, elles sont abordables. De là deux sciences, ou plutôt deux faces de la science unique, celle du monde; science des faits, science des causes et des substances. Celle-ci est la philosophie au sens restreint, ou la métaphysique.
Il me semble que, pour discuter la possibilité de l’amour pur, il faut distinguer deux sortes de motifs à l'amour : i“ Je suis un être aimant, et il Note, y a des raisons en moi pour que je le sois; ainsi, motifs de l’existence en moi de la faculté d’aimer. — 2° J’aime telle ou telle personne, et j’ai des vwtifs de l’aimer. Ainsi, il y a les raisons pour lesquelles j’aime en général, et les raisons pour lesquelles j’aime telle ou telle personne, ou telle ou telle idée, chose, etc. — Les seconds motifs jicuvent, je crois, être désintéressés, en tant que motifs ; car le moi trouvera toujours sa part dans l’amour, mais sa place peut n’ôtre pas dans le motif. Les premières raisons ne le sont pas. Ce
qui fait que je suis aimant, c'est le besoin de ma nature, cherchant à s’assimiler ce qui lui manque, à se compléter. (V. Hautain, Phil. mor. t. I, § (>9, iiiUio.) En un mot, cette faculté a une cause finale dans le moi. Si l’homme avait été fait par suite d’une volonté spéciale et séparée du tout, je conçois qu’on pourrait trouver en lui des facultés isolées, n’ayant d’autre cause finale qu’ellesmèmes. Mais il n’en est pas ainsi. L’homme s’est fait par le développement des lois du tout ; dès lors, toutes ses facultés sont une résultante du reste de sa constitution. Voilà une veine de recherches immenses qui s’ouvre ; tout consiste dans le progrès philosophique à ouvrir de ces veines nouvelles : tant qu’on reste au même point île vue, on ne voit rien de nouveau à trouver. Mais il faut changer de point de vue (Écossais, l>hilosopliie allemamle moderne), découvrir dans le reste de la constitution humaine la cause finale de chaque faculté spéciale. — Dans le cas actuel, je le répète, la cause finale est intéressée, en sorte que si j’aime, je suis spontanément intéressé (ex ilicti.s) ; mais ce qui m’engage à aimer telle ou telle personne peut être désintéressé.
f>juivoque de raison et molil’, la penxée est bonne néanmoins.
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Bonne analyse d'un fait psychologique négligé.
On donne comme propre aux affections bienveillantes un sentiment agréable qui les accompagne, — et aux affections malveillantes un sentiment désagréable. Il semble pourtant au premier coup d’œil, qu’il y ait aussi des affections malveillantes qui soient accompagnées d’un sentiment agréable. Par exemple, on se plaît à la lecture d’un discours, qui excite la haine, l'indignation. C’est là un des motifs des plaisirs du théâtre. Il m’est arrivé souvent d’être préoccupé! d’une pensée d’antipathie, de haine, d’indignation contre telle personne ou chose, et de ne pouvoir m’en débarrasser quand je le voulais, et cela parce que j’y trouvais du plaisir, j’y trouvais du goût, j’en étais comme friand. J’explique pourtant ce plaisir, non par l’affection malveillante elle-même, qui avait bien quelque chose de désagréable, mais par le sentiment de justice, sur lequel cette affection malveillante s’appuyait, en sorte qu’il y avait là, dans la racine, comme une contrepartie bienveillante, qui produisait le sentiment agréable. Ainsi, dans l’indignation contre un
tyran, il y a l’affection malveillante avec son sentiment désagréable; mais le motif de cette indignation est l’amour de la justice, le zèle pour l’opprimé, etc., affection bienveillante, accompagnée du sentiment agréable. De plus, il y a le plaisir de se trouver généreux, qui, au fond, se confond avec le sentiment agréable susdit, et en est, en tout cas, la racine.
Voici comment j’explique le plaisir qui accompagne le .sentiment de la pitié. Les Écossais se contenteraient du fait; mais il a sa raison, et le psychologue ne doit pas se contenter de poser des faits les uns à côté des autres, il doit, autant que possible, les dériver les uns des autres. — Dans la pitié, je me mets à 1a place de celui qui souffre, je crois soulTrir comme lui. Puis par un retour expérimental, qui suit immédiatement le premier fait (et en effet si l’on s’arrêtait à ce premier fait, il n'y auraitque du pénible dans la pitié), je reconnais l’illusion, et j’éprouve la même chose que dans le passage du malheur au bonheur, c’est-à-dire un sentiment des plus doux. Tu as un analogue parfait dans le réveil d’un
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songe pénible. Alors le principe de ce sentiment agréable de la pitié serait le même que celui par lequel le passage du malaise au bien-être est doux, combiné avec une illusion sympathique. Alors aussi ce sentiment serait tout intéressé, un pur retour sur le moi ; une congratulation sur soimême. — Je crois pourtant qu’il y a quelque chose de plus, savoir la joie de se trouver bien fait, généreux, etc., et autre chose encore. Oui, tous ces faits ne sont pas de simples juxtapositions faites par le créateur, comme les Écossais l’ont envisagé. En fait, cela est vrai ; cela n’est pas arbitraire quant à la cause, comme iis ont semblé le penser. Ils ont bien senti et bien développé la cause finale, mais, outre la cause finale, il y a la cause d’existence, et celle-là est encore en l’homme (voir n“ 17). — Ils ont eu tort, s’ils ont cru qu’elle n’existait pas; ils ont eu raison, si en attendant que la science y amène, ils se sont arrêtés au fait, attendant qu’il engendrât l’hypothèse, et s’ils ont eu horreur des causes insuffisantes (comme cellesque j’énumérais) qu’on cherche à assigner. On peut dans ces cas-là assigner telle ou telle cause; mais le mal est de dire : voilà tout. La machine de l’esprit humain est trop compliquée pour qu’on puisse parler ainsi.
Cela est bien, disent les Écossais, qui est en la nature. Or, les affections malveillantes, la haine, la colère, etc., sont tout aussi naturelles, aussi psychologiques que les affections bienveillantes, l’amour des parents, par exemple. — Donc cela est bon ; les Écossais sont forcés de l’admettre, et de chercher à montrer, en effet, comment le mal ne naît que de l’abus. — Au moins cela est important à signaler comme fait : d’après le système éco.ssais, la colère, la haine est tout aussi bonne que l’amour. Le christianisme seul a détruit cette haine naturelle, qui semble licite. En cela sa doctrine morale a dépassé la nature. — Los anciens, en effet, ne blûmaient pas la vengeance, plusieurs la regardaient comme une vertu. Les peuples primitifs, sauvages, anciens Germains, etc., de même. Faire du bien à qui fait du bien; faire du mal à qui fait du mal, voilà Véqniié, la morale naturelle, psychologique, l’égoïsme pur. (Voir Bautain, Phil. mor., t. I, § 81 et § 82, p. iVr).)
Le ridicule seul ne prouve rien. Car ou il naît
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de l’opposition de son objet au sens commun, ou au sens particulier. (Voir Bautain, Phil. mor., t. I, p. 4o8.) — Dans le second cas, la chose est évidente; dans le premier il faut prouver que celte opposition existe, et pour cela entrer dans l’intrinsèque de la question, sans s’en tenir à l’écorce extérieure du ridicule. Avec d’autres preuves, il vaudra ; seul il ne dit rien. Donc, quand le ridicule n’est que dans la forme, c’està-dire quand des preuves réelles sont traitées sous forme de ridicule, elles valent, mais non par le ridicule. — Les catholiques protestaient d’abord contre le ridicule (xviii' siècle), car ils ne savaient pas en faire. Maintenant on a trouvé le fin mol, on sait que cette arme est pliable en tout sens, et ils y appellent. De là le ton ridicule de ces jeunes superficiels.
La connaissance spontanée a pour objet le positif. Puis, par la vue antithétique du négatif, on passe au réflexe, qui ne consiste qu’en cela. J’ai vu d’abord l’infini, mais obscurément, car spontanément. — Puis j’ai vu le fini, et par là j’ai connu clairement l’infini. — Les empiristes triom-
CAHIERS DE lEDNESSE.
phent à montrer que ceci est primitif. Ils ont raison; car ils ne parlent que de la connaissance claire ou réflexe. Mais le spontané a précédé. (Voir Bautain, Phil. mor., I, p. 472.) Pourtant il y a certaines idées où les deux termes antithétiques ont toujours été et seront toujours en antithèse, sans progrès, par exemple cause et effet ; substance et phénomène.
Chose bizarre que Dieu ne puisse ressortir de la psychologie. J’ai des facultés pour mes semblables, pour les idées supérieures, etc., mais je n’en ai pas pour Dieu. (Voir tamm Bautain, p. 500.) — Dieu est métaphysique, et ne peut ressortir de la pure expérience. — De là résulte ou le panthéisme auquel même ceci donnerait une sorte de vérification psychologique, qu’il n’a guère encore, ou la nécessité d’une révélation ; car, en vérité, la simple nature ne dit rien, et la métaphysique, ah ! qui y croit?
23 bix.
Logiquement et psychologiquement parlant,
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nous ne pouvons être que reconmissanl’i envers Dieu (et par conséquent pas d’amour pur) à raison de ses bienfaits. Repassez tous les motifs d’amour de Dieu, ce ne sont que des motifs de reconnaissance. On naime réellement que ses semblables. De là la nécessité de V Homificalion de Dieu, supposé qu’il voulût se faire aimer. — L’excellence de la personne (que fait si fort valoir Fénelon pour l’amour pur, et qui en effet serait en dehors de la reconnaissance) n’est pas vraiment un motif d’amour, mais d’admiration.
Très imporlanl, vraie découverte, je croLi.
Explication de la différence intrinsèque des corps et surtout de la cristallisation dans le système dynamique. — Il faut supposer une polarisation de la force dynamique, comme dans la lumière. Elle acquiert des pôles, par exemple.
Noie, s’exercera suivant un hexagone ; les atomes s'orientent entre eux. — Le rayon a des côtés, disait M. Arago. — Alors deux sortes d’atomes : ceux qui ne polarisent pas, ce sont ceux qui forment les corps ordinaires, qui ne cristallisent pas, et ceux qui polarisent, et forment les corps cris-
tallisants. — La cristallisation est alors un résultat de la polarisalinn des forces dynamiques, et non de l’atome.
Voir II" 2(i.
Celle polarisation serait un fait primitif du em-ps, résultat de ses perccptions-voidions; deminw qu’il y a des ftres qui se développent en arbres de telle sorte, de même eeux-là se dévelopjient en telle forme. Ils tirent dans ee sens-là, par leur instinct secret.
Pourrait-on rapprocher ([lâle) de (de syr. désirer), comme en '1?? sens de pâleur et de désir; car on pâlit de désir.
Suite du n" 21.
Tu diras : cela suppose des côtls dans l’atome inétendu; donc de l’étendue. — Non; les divers diamètres d’un cercle ont bien une position relativement au centre, et pourtant le centre n’est pas étendu. — L’atome n’est pas étendu; mais ses effets, sa force se développant dans l’espace sera obligée d’avoir des positions par rapport à lui.
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puisque lui-mème a une position dans l’espace. Du reste je n’admets pas cette polarisation comme constante dans les corps pas plus que dans la lumière; seulement elle peut s’y manifester sous l’empire des circonstances. Seulement plus facilement en tel corps qu’en tel autre. Car la cristallisation est un fait accidentel de tous les corps (du plus au moins), et non un fait essentiel de la constitution de certains corps.
Dans le système de l’atome dynamique, l’action de l’homme (je dis l’homme et non l’ùme, car cela est mieux), sur le corps, se conçoit sans plus de difficultés que l’action de deux atomes l’un sur l’autre. Deux atomes en présence s’attirent par leur force. De même l’âme, étant force, meut la matière.
Difficulté contre la spiritualité de l’âme, ou l’existence de l’âme. — L’analogie de l’univers montre que l’homme est un simple produit de ses lois se développant dans le temps. Il apparut, quand le monde en fut mûr. Or, en cette hypo-
thèse, ce serait son corps qui aurait été ainsi formé, avec sa vie végétative et peut-être animale. Mais s’il y a une autre substance qui préside à la vie intellectuelle, et qui [soit] jointe au corps, cette substance n’existait donc pas auparavant; elle a été créée alors. Or cela répugne aux analogies du monde. Il faut admettre que l’homme fut le résultat des lois du monde, sous des causes occasionnelles singulières, et que la pensée, etc., est aussi un résultat de ces lois. 11 n’y a pas de milieu entre ces deux systèmes: Note, ou admettre la création de l’homme avec son âme longtemps après celle de l’univers, ce qui répugne au système des lois, — ou admettre ce système, et expliquer l’origine de l’homme par la simple physique. — Cela dégrade l’homme, dit-on. — Non, je vous le jure; les faits n’en sont pas moins distincts.