Points diacritiques en hébreu
UTILE A BEAUCOUP DE CHOSES
Fait de la critique hellénistique tout analogue à un autre tout semblable de la philologie grecque. C’est le recueil de gnomiques, vers sentencieux, extraits de grands poètes, tragiques surtout, et auxquels on faisait quelques petites variantes, qui s’introduisent ensuite dans le texte premier. Rapprochez cela du fait tout semblable des citations liturgiques des versets de la Bible, qui a introduit bien des variantes. Par exemple, dans les bénédictions de Moïse, regnavii n li<jno, etc. Cf. note M. Rossignol ad Oresiem, Eurip., vers 28‘i et 309, etc.
M. Gerusez vient d’expliquer merveilleusement en sa séance d’aujourd’hui, par de nombreux Note, exemples, mes idées des numéros 1 , 4, etc. ; comment dans nos vieilles légendes héroïques étaient les germes d’une vraie poésie nationale, par suite négligés et restés dans le domaine du vulgaire, qui, lui, n’abjure jamais sa nationalité, mais qui
CAHIERS DK JEUNESSE.
décolore et trivialise ce qu’on lui laisse. Ainsi les quatre fils d’Aymon, Ogier devenu le valet de caries, tombant dans la bibliothèque bleue, tandis que les grands esprits vont chercher leur inspiration dans la mythologie païenne. Oui, ce fut malheureu.x, mais ce fut nécessaire ! (Voir supra n'” 1, 4, etc.)
hrons sur le poème de Gérard de Vienne, Emerij de \a /'bonne et ies f/nal/'e fils d’.Upnon. Cf. h:i'c.
Rien ne prouve mieux combien les chrétiens au moyen ûge sentaient la supériorité des Sarrasins pour la civilisation matérielle que les récits merveilleux qu’ils en faisaient, et les travaux qu’ils leur attribuaient. Voyez par exemple la mise en scène du poème d’Emery de Narbonne, les choses fantastiques qu'on leur attribue. Il y a là vingt mille Turcs, c’est tout dire, on les suppose presque invulnérables. Puis trois souterrains qui vont jusqu’à Saragosse et Orange, etc. On ne craint pas de leur attribuer les choses les plus merveilleuses, car on les croit capables de tout. 11 est vrai que l’éloignement et la vague connaissance, joints aux récits grossissants de ceux qui faisaient
UTIU: A UKAUCOL'I* DE CHOSES.
le voyage d’Orient et qui devaient forcément rapporter de l’extraordinaire, purent contribuer à cette opinion, autant peut-être que la réalité. Il y a dans cette question historique, un nœud psychologique fort délicat, et c’est un exemple de la nécessité pour l’histoire de la fine psychologie.
Je repousse entièrement ce point de vue qui blême comme oisifs tous ceux qui ne se mêlent pas à la vie active, ne fou! rien, comme on dit, pourvu (|u’ils spéculent et contemplent. On reproche par exemple aux ordres monastiques de favoriser l'indolence et la paresse. Il faut s’entendre. Embrasser une vie tranquille pour ne rien faire, ou jK)ur faire des choses qui ne sont pas travail est honteux sans doute. Mais mépriser le travail pour s’élever aux choses d’en haut, pour contempler, c’est s’ennoblir. A bas les manœuvres 1 Soyez, il est vrai, plutôt maçon, si c’est votre talent. Mais c’est triste tout de même d’être maçon. Or tous ceux-là sont maçons qui ne contemplent pas, banquiez’s, mécaniciens, industriels, etc., tous en un mot excepté les -savants, les philosophes, les poètes, les fzenseurs, et l’homme
moral et pur, qui sent. Car un beau sentiment vaut une belle pensée. Revenons donc aux moines. L’institution fut sublime, et la philosophie la désirera toujours. Saint Benoît à ses yeux est bien au-dessus de tous les industriels modernes, qui appellent cela mort de la société. Pour la pensée, saint Benoît est au ciel, et l’industriel dans la boue. Après cela, vinrent les hommes; des paresseux, pour bien dormir et bien manger, s’en mêlèrent, et ne firent rien, et ne spéculèrent pas. Oh ! ceux-là sont dégoûtants, mais que me font-ils? Ils ne sont pas de ma casle. — Tous ceux-là sont de ma caste qui ont creusé le supérieur, sous quelque forme que ce soit. On est .sot aujourd’hui : on n’apprécie ces institutions que par leurs services matériels, leurs défrichements, par exemple. Idiot, ne vois -tu pas que ceci pour eux n’était rien, ils faisaient cela accidentellement, sans l’avoir [lour but, parce qu’il fallait faire quelque chose; et d'ailleurs en soi, c’est peu de chose.
Un des traits caractéristiques de La Fontaine, qui le distinguent et lui font un rôle tout à part
Digilizia bxCîpogle
ITILE A BEAUCOUP DE CHOSES
dans la littérature du siècle de Louis XIV, c’est que lui se rattache aux vieux auteurs français, il est fils des conteurs et pour le fond et pour le style. Voyez sa sédulité à recueillir les vieux mots et vieux proverbes, provinciaux, gascons, picards. Il n’est pas, lui, exclusivement de la cour, comme Racine, etc. Il est Champenois, vieux provincial, il regrette les vieux mots français, comme eugeigner, etc. 11 se rattache à la vraie tradition de la littérature française, tandis que les autres vont se fourvoyer en Grèce ou à Rome. C’est le fils du vieux Renard.
Aussi il est remarquable qu’il n’obtint rien de Louis XIV, et que Boileau n'en a pas fait une seule fois mention. Il n’était pas de leur espèce.
11 y a, il faut l’avouer, dans nos vieilles épopées romantiques, des choses qui font rire, qui ne paraissent pas dignes, des épithètes de remplissage, etc. Mais en vérité, Homère en a bien plus, voyez ses choses risibles, ses grossièretés, ses formules de remplissage aussi. — Pourquoi pardonner tout d’un côté, et ne rien pardonner de l’autre? Mais en vérité, il n’y a rien à par-
CAHIERS UE JEL'XESSE.
donner d’aucun côté, car ce ne sont pas des fautes, et Dieu nous garde de les regretter. (>e sont [des] empreintes de a vraie et spontanée nature qui rendent le tableau vrai et original. Par e.Nomple, l’épisode du mannequin d’Ogior, cpii se retrouve textuellement dans la légend(! de Carcassonne. (Cf. Iliiil. (IrsCmiii. roui re les Albi(j., par le P. Langlois.) C’est de l’Arioste. Mais l’histoire d’üuTi; ressemble-l-elle moins à un conte pour rire? Ces vieux simples aiment un certain rire. Voir les contes arabes. (Cf. n” .'18. )
Celte Méditerranée a eu un singulier rôle dans le monde, et quand tout le monde .sera en jeu, on en parlera avec beaucoup d’intérôt. Placée là, entre toutes les nations vivantes du monde antique, sillonnée jiar leurs vaisseaux qui ne croyaient pas sortir de chez eux, tant qu’ils ne franchissaient pas ses limites, c’était une espèce de lac au milieu du monde d’alors; ajoutez que par .ses nombreuses découpures, scs lies variées, elle semblait faite exprès pour délimiter les nationalités et mouler le monde si découpé d’alors. — Comment un fait purement matériel
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peut avoir influence sur tout un développement de l’esprit. Que de choses ont tenu à l’existence de cette mer, et l’existence de cette mer n’a peut-être tenu qu’à tel petit fait de telle période géologique, perdu dans la nuit des âges O cunabula mundi ! Quel sujet de réflexion que ces époques reculées où sourdement et sans témoin se préparaient les destinées de l’humanité avant qu’elle existât ! Les faits les plus importants de son histoire se sont passés alors.
Le christianisme, en s’introduisant chez tes peuples celtiques, éprouva peu de persécutions, mais il eut à lutter contre la mauvaise humeur des bardes, des guerriers, des prêtres, des hommes durs de l’ancien système qui réagissaient vivement contre ces chanteurs de psaumes doux et humbles. Ce fait se peint merveilleusement dans les chants des anciens bardes, dans les colloques de Merlin et de Colomban, d’Ossian et de saint Patrice. Les deux conversations avec saint Patrice sont très caractéristiques. 11 se passa alors un fait tout analogue à celui que j’ai toujours vu le christianisme dévot produire sur les esprits forts, les
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hommes durs : ils croient y voir du féminin, ces moines piir leur pliant froissent leur raideur, cet habit blanc, cet air simple et calme les exaspère; et pourtant ils voudraient bien, mais ils craignent le féminin.
Le XIX' siècle peut réellement être considéré comme la réaction du xviii', mais en trois sens divers, que les réagisseurs se sont partagés ; car nul n’a réagi dans tous les sens à la fois. 1“ Réaction philosophique, Royer-Collard, Maine de Biran, JoulTroy, Cousin; — 2" Réaction religieuse : de Maistre, de Ronald, de Lamennais; — 3“ littéraire ; madame de Staël, Chateaubriand.
On aura beau faire, les conceptions matérielles de notre poésie seront toujours moins belles que celles des Grecs, et cela tient même à notre climat, qui fait grelotter, qui fait rester chez soi. Ceci s’applique surtout à l’Allemagne. Ainsi quand Goethe dans Faunt a voulu lutter de conception (Cf. la scène d’Homunculus), il a été obligé
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de se jeter dans le laid, qui, il est vrai, ne manque pas de beauté, mais qui enfin est le laid. Méphistophélès et ce qu’il aime sont tout germaniques. — >'on, ne luttons pas avec eux sur ce point; nous n’en avons pas besoin; nous avons l’intérieur, le cœur, l’âme, l’esprit, la science, la philosophie, la vraie science de l’intérieur. Je parle surtout de la Germanie. Gar elle seule est originale. La France est ou germanique ou grecijue; et en tant que germanique, elle vaut peu.
11 ne faut pas confondre la littérature sponlanèr primitive, dont je jiarlais dans plusieurs numéros précédents, avec la littérature populaire, qui s’implante bien sur celle-là, mais qui lui est postérieure, et suppose toujours comme contre-partie une grande littérature réfléchie. Ainsi les quatre lils d’Ajmon appartiennent d’abord à la littérature primitive, et sont ensuite tombés dans la littérature populaire. Celle-ci tient ferme aux vieilles traditions : car là elle trouve son semblable. Les quatre fils d’Aymon, sous leur forme populaire, délecteront les villages bien plus que \'An(lroma(pie de Racine. Exemple de cette littérature populaire,
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nos canli(|ucs de Marseille, nos chansons populaires. Ce n’esl plus le primitif. Roland était bien populaire, mais il était héroïque, et maintenant le populaire n’est plus héroïque. Gela ne veut pas dire que la littérature populaire elle-même soit sans valeur. Non, elle hérite de plusieurs parcelles des beautés du primitif.
« Dans le cas où je ne pouvais être de leur avis, dit Herder, fai élé du mien. » Inimitable naïveté. (Préf. de la Porsie des Ilébreuj-, p. G, édit. Carlowitz.)
Nulle part on ne sent mieux l'opposition des deux faces de l’esprit humain : science et esthétique, que dans leur manière d’envisager et de chercher leurobjet dans le corps humain. L'esthéticien (artiste ou poète) le considérant dans son tout, dans sa vie avec ses couleurs, et y cherchant le beau sous le sensible. — Le savant le prenant hideux, puant, le découpant et cherchant le vrai dans ses muscles et ses tendons. Le sensible est
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ici hideux, mais il y a du vrai, donc du beau; il cherche le beau sous le vrai, beau plus caché, mais réel. Voyez aussi l’opposition de deux méthodes, synthétique du premier point de vue, et analytique du second. Von qu’il n’y ait aussi un beau scientifique synthétique, mais on s’en est occupé trop peu. Il y aurait une science du corps humain en général, du monde en général, mais on ne s’en occupe pas.
Cf. Sénè(]., Epist., oS. — Vous y trouverez expliquées avec une merveilleuse clarté, comme en citation de Platon, mes idées sur la substantialité des corps. En vérité, je croyais n’ètre que de l’avis de Leibnitz, et voilà que je suis de celui de Platon. — Je comprends maintenant ces axiomes, que ce qui passe ne mérite pas le nom d’être, etc. Cela est vrai, si on entend par là la substance, car toute substance est éternelle et identique. Ce sont mes principes. — Voici en somme comme je conçois le monde. .Assimilons la substance universelle foncière à l’espace, supposons l’espace découpé par de petites cloisons qui y forment d’innombrables petits espaces
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cubiques remplis tous par celle substance, ou si vous vcjulez, assimiicz-la à la mer, et supposez ces compartiments pleins d’eau; alors il n’y aura qu'un espace et qu’une mer, et pourtant il y aura indiridtix, limitant une jjartie de la substance générale, le déterminant, et lui faisant dire : Moi. — r.’est l’idée de Spinoza, la bouteille dans la mer. On pourrait aussi admettre que ces délimitations renfermeraient plus ou moins d’étres, .qu’elles seraient jilus ou moins délimitées, et qu’enlin certaines parties seraient comme c.rf/mvjijanlcs, en dehors des limites, entre leur contour extérieur et n’ayant d'autres limites que celles des êtres environnants, comme les vides compris dans les piles de boulets. Ce .serait la substance ayant à peine conscience d’elle-mème, la matière par exenq)le. Car les compartiments seraient de formes diverses, et par ces formes diverses de propriétés dilTérentes, ainsi l’être étant réparti symétriquement, dans un moule sphérique, ce devra être un être calme et équilibré; dans un moule pyramidal, au contraire, l'équilibre ne sera j>as aussi parfait : ce sera un être à activité inquiète, l’homme par exemple.
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3ij.
11 semble que les poésies primitives des deux souches indo- germaniques et sémitiques aient pris à part comme deux formes difl'érentes, et il faut avouer que la distinction de langue et la communauté de langue dans l’intérieur du groupe n’est pas leur seul trait spécifiant : le tour de leur littérature n’est pas moins distinct. Les Sémites ne conçoivent pas la forme épique, leurs premiers chants sont sans action, sans récits; leur forme est la lyrique. Tous les Indo-Germains, au contraire, ont chanté par des faits, non seulement nos Occidentaux, mais les Orientaux. Les poèmes épiques de l’Inde, le Mahabharata, etc., le poème épique des Persans, Homère, les Niebelungcn, Roland et nos anciens poèmes, etc. Ce n’est donc pas là une spécification d’Orient et d’Occident, mais une spécification de race. Tout est ainsi fait au monde des causes qui se croisent; il faut suivre le fil de chacune.
M. Sainte-Beuve, au commencement de son
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portrait littéraire de Molière, a parfaitement senti selon moi le caractère de la littérature latine, toute d’emprunt, d’imitation; rien d’original, de national; c’est la littérature classique Française. Elle est type pour moi de la littérature réflécliie, c’est une vraie litlérature, et ses auteurs sont des littérateurs, littérateurs dégoût et d’étude, comme dit M. Sainte-Beuve; on dira de tous les littérateurs latins qu’ils ont du goût, et on ne songera pas à le dire d’Homère, non qu’il n’ait pas de goût, mais il a bien autre chose. C’est, comme disent les théologiens, la nature divine qui efface tellement la nature humaine, (ju’il n’en est plus question, quoiqu’elle existe dans l’homme- Dieu.
Comme ces vieux magnifiques symbolismes se déforment en passant à nos ûges où ils ne sont plus de .saison en tant (ju’ohjets de conviction littérale 1 Par exemple, ces vieilles lois d’abstinence d’animaux assommés, de sang, etc., c’est fort beau, très moral ; c’est l’éducation humaine de l’humanité, il ne faut pas s’en moquer, et maintenant quel est le résultat de ces institutions mer-
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veilleuses jadis ? C’est de faire qu’il faudra pour telle classe un boucher particulier, qui tue d’une certaine façon. Voilà comme la plus belle conception devient dans la conception matérialisante, pétrifiante des religionnaires, une pure affaire d’abattoir ou de cuisine.
Babrius, fable 1 1 ; une idée toute analogue à la circonstance des renards dans lemythedeSamson.
Dans l’état actuel de la société, le public possède, et souvent loue aux individus. En pou.ssant cette conception, j’arrive à concevoir comme possible un état où le public posséderait tout, et où les individus ne seraient que locataires. La richesse serait possible, ce ne serait pas la communauté absolue, mais le public aurait l’arbitrage. Cet état est possible non seulement en lui -même, mais encore quant à son établissement. Car le public étant plus riche que tous les particuliers, arriverait facilement, au jour où fantaisie lui en prendrait, à déposséder graduellement et sans violence les particuliers.
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loi
Les Iravuuj; d'Horcule me sembleiil le myllie le plus significatif de fantiquité. Et d’abord cette forme démonstrative de travaux est inimitablement cai'actéristique, outre que leur contenu est très diaphane, i>ar exemple la corne arrachée à Achéloüs devient la corne d’abondance, d’où sortent fruits et fleurs. Rien ne jjeint mieux que ces douze travaux la lutte primitive de l’humanité contre la nature, hydres, marais, oiseaux du lac Stymphale, sanglier de Galydon, ours de Némée, etc., et le mérite qu’elle attachait à ses premières victoires ; c'est elle qui est Hercule, avec ses forces et ses faiblesses, pleurant auprès d'une femme, grandissant par les peines; un Dieu ennemi l’y expose, elle en profite pour se grandir et se fortifier. Elle étouffe les serpents qui doivent la piquer à mort.
Comme les partis politiques et religieux font commettre de singulières contradictions et plier à tous sens une chose qui est en effet pliable à tous sens! Par exemple, les Jésuites seraient les
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plus libéraux d’opinion, leur cause s’identifierait avec la liberté qu’on les détesterait. Le clergé de même. On plaidera contre eux la cause de la force et de la répression. On criera au scandale, à la révolte, à l’infraction des lois de l’État. Et demain ce scandalisé se révoltera. Et que dirait-on, s’ils s’avisaient de prêcher la soumission aveugle? On sera scandalisé qu'ils attaquent M. Dupin, l’Université, et demain on fera un libelle contre ceux-ci. Au fond, il y a bien une certaine logique dirigeante en tout cela; on hait le système, mais on hait encore plus le jésuitisme, et on se laisse alors [aller] comme enfants à ces deux tendances, qu’on n’est pas a.ssez fort pour gouverner. Les petits esprits qui se tourmentent de politique .sont comme cela, dupes d’eux-mêmes, croyant se gouverner par raison, quand ils sont jouets d'une perpétuelle piperic. Pauvres gens ! qu’ils sont bêles ! Je ne parle pas de ceux qui sont en haut de la roue; car ceux-là font aussi marcher le monde. Cf. en spécimen les brochures publiées contre M. Cormenin en LSi-'i.
Grave erreur qu'a commise aujourd’hui M. Bar-
Uiélemy-Saint-Hilaire, de prétendre qu’il y a des sciences qui n'ont pour but que de contenter la curiosité et l’utilité. Non, il n’y en a pas de telles; toutes sont philosophiques, l’esprit philosophique ne saurait marcher sans toutes, toutes révèlent une face du monde. Et sans cela, il ne faudrait pas les étudier. S’il y en a une qui ne soit que rnrieuxe et ulilr, je déclare que je ne l’étudierai pas. Mais heureusement il n’y en a pas, pas même le blason. En quoi telle dissertation sur tel mot grec importe-t-elle à la philosophie'? Voici : la connaissance exacte des mots grecs est nécessaire pour la connaissance du grec; la connaissance du grec, qui niera qu’elle importe à la philosophie'? — Et une dissertation sur tel mot thibétain? La connaissance du thibétain est utile et pour nous faire connaître les productions littéraires de cette nation, une des facettes du monde, et puis pour la linguistique générale. Or la .science des langues ne peut s’établir que jiar des détails. A bas les à-peu-près ! Le philosophe ne dérogera jias à .sa dignité en lisant un tel mémoire, je le fais et je le ferai.
Voir 11° f.ï.
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On dit souvent (M. Barthélemy Saint-Hilaire et M. Garnier entre autres) : Spinoza a défini la substance de telle manière, il était libre, Leibnitz, de môme. Seulement leurs conséquences ne seront qu’hypothétiques à leur définition de mots. C’est faux; ce n’est pas là un objet de définitions de mots. Nous avons ^l’idée réelle, déterminée, que nous ne faisons pas, que nous décrivons, des substances; nos définitions, et nos grands hommes l’entendaient, vont à dire ce qu’est cette idée, à la représenter, et non à donner une appellation à tel produit artificiel de notre intelligence. Ne dites donc pas avec M. Garnier qu’on peut appeler substance ce qu’on veut. Non ; appelez substance ce que vous concevez comme substance, puis approfondissez la notion, et là trompez-vous ou ne vous trompez pas.
Spinoza s’est trompé, Leibnitz non ; mais il y avait matière à se tromper.
La critique de notre siècle a un ton singulièrement niais, en voulant jeter sur ses personnages
CAHIEItS DE JEUNESSE.
cti vernis bàtaid d’intérèl, qui fait croire le critique un tin et habile personnage, qui ne s’y laisse pas prendre, et qui est bien supérieur à celui cju’il critique. Voyez par exemple M. Sainte- Beuve, qui pourtant est si délicat. — Ce qu'il y a de pis, c’est que cela a passé en philosophie, et c’est le tour qui domine beaucoup de nos jeunes tètes philosophiques. Dans ces Vies, par exetrqile, qui doivent de ri^gle précéder les éditions. J’en excepte M.M. Damiron, Barthélemy-Sainl- Hilairc, tîarnier, vraiment gi’aves. — Et voyez comme les époques diverses prêtent diversement à cet intérêt. L;i en est la vanité; c’est de l’arbitraire, de la mode, de la sensation. Ah ! sérieux, sérieux ! La vie n’est pas de l’inlérêt, c’est du sérieux, de la morale, de la science. Oui, la littérature est vanité, si elle n'est que littérature. Mais elle est le bras droit du philosophe; alors elle n’est plus littérature, mais science et esthétique. .M. Sainte-Beuve me peint merveilleusement ce type de frivolité spirituelle, qui me fait passer une sorte de frisson amer par la poitrine. Il faut alors que je jtense à Socrate, et Jésus- Christ. Il y a en ces hommes un fonds de scepticisme. V’o^'ez par exemple le portrait de l^éonard fPorlraits lill., t. 11, p. d27), la dernière page, on
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serait tenté de ne plus croire, et [de] regarder la vie d’une manière mondaine, la littérature aussi comme la vie, qui a sa verdeur, puis n’est plus bonne à rien. M. Sainte-Beuve fait même (juelque part la comparaison. Ah ! ce serait all'reux alors : à bas les littérateurs de salon, fades, imphilosophes ! — L’éternel seul a du prix. Et quelle est la ün |X)ur ces hommes? C’est ce que je cherche toujours avec anxiété. L’argent — la floraison — la gloriole, dont on sent la vanité, dont ils se moquent? Et quand ils prennent ce petit ton narquois, ne pensent-ils pas que dans vingt [ans] on dira bien pis d’eux? Et s’ils pensent à cela, comment [jeuvent-ils écrire? Ah! c’est pour le jour d'aujourd’hui. Célébrité de quelques années. Je fleurirai huit ans, puis adieu. Et quelle induction plus sûre à tirer du passé? Et on croit cela, et on vil! Ah! quelle vanité! Ces hommes en sont pétris. Non, si l’éternel vrai n’était pas là, je renoncerais à la culture intellectuelle, j’embrasserais la morale et le cœur, je me ferais bon et simple paysan. Deux ! Deux meiix I
Quel esprit, par exemple, peut être complet sans l’étude de la physique? l’eut-on sans cela