ICO CAHIERS DE JEUNESSE
avoir une idée complète des lois de la nature? C’est là leur merveilleuse acquisition. — Auparavant on voyait tout le monde fortuit et intentionnel ; c’est là le premier point de vue grossier; puis on conçoit du stable, mais on admet des dérogations fréquentes. C’est moins grossier, mais c’est grossier. Puis on atteint la loi de constance absolue. Quelle est, direz-vous, l’expérience physique qui la prouve? Aucune. Mais c’est le résultat de toutes, leur esprit, leur induction forcée.
Chacun chez soi ! Les traditions grecques étaient merveilleuses chez les Grecs. Mais leur imitation est sotte et insupportable chez nous. A quoi bon, je vous demande, ces tragédies d’Électre et d’Atrée, chez nous qui n’avons nul intérêt à ces personnages? Ce ne sont pas nos pères. Et n’avons-nous donc pas de traditions? Sommes-nous sans aïeux? — On dira: c’est localiser le beau. Non: il y a deux choses en toute œuvre littéraire, le fond esthétique et moral, c’est l’homme; ainsi l’homme souffrant et la vertu, la lutte en l’homme, Dieu là-haut, etc. Voilà le fonds éternel, le môme chez nous qu’en Grèce. Puis il y a une forme tradi-
UTILE A BEAUCOUP DE CHOSES
lionnelle, le mythe, ceux-ci doivent varier; chaque peuple doit avoir les siens et laisser les siens aux autres. Ainsi en Grèce, Electre, Œdipe, Oreste sont à leur place; chez nous, ils n’y sont pas.
Mais ce qui est partout à sa place, c’est la peinture de la fatalité, de la passion, de la vertu, du remords. Je ne veux pas dire pourtant que toutes ces sources mythiques, toutes cæs formes soient également belles. Non, il y aurait lieu à comparaison, non seulement {)Our les différences de manière, mais encore pour la valeur esthétique. Mais une pauvre chanson informe de Roland sera plus poétique et plus intéressante en France, qu’une tragédie d’Ajax ou d’Œdipe. Et ceci n’empécherait pas d’admirer les littératures les uns des autres, toutes auraient leur valeur; on s’imiterait même; mais pour le fonds commun, et non pour la forme mythique spéciale à chaque région. Imiter Homère n’est pas parler d’Achille ou d’Hector, c’est peindre l’homme comme lui. Alors on saisit le vrai absolu de l’art. — Bizarrerie que quelques hommes s’imaginent qu’il est essentiel au beau de s’attacher au nom d’Achille, d’Œdipe ou de Priam.
i:àHIERS de JEl'XESSK.
Le merveilleux est de fort peu d'emploi dans nos poèmes du moyen ilge. Autant il est prodigué dans les légendes miraculeuses, autant ici son rôle est chétif. L’intervention divine s’opère toujours par le ministère des anges; le christianisme avait trop éloigné de l’anthropomorphisme païen pour permettre les apparitions personnelles. — Et ces anges ont des rôles fort secondaires. Us n’entrent jamais dans le nœud principal de l’action, comme dans Homère et Virgile; ce n’est que dans les détails; ainsi dans Gérard de Vienne, pour mettre lin au duel de Roland et d’Olivier, qu’il fallait terminer honorablement pour les deux ; dans Ogier, pour sauver le Cls de Cliarlemagne, au moment critique où Ogier va le tuer ; dans Roland, à la mort des guerriers et spécialement de Roland. Les poésies germaniques et bretonnes ont aussi peu de merveilleux comme l’entendaient les Grecs, et c’est sans doute pour cela que nos modernes ont tant de répugnance à y recourir et y sont si maladroils.
UTILE A BEAUCOUP DE CHOSES
Les poésies françaises du moyen âge ont un vrai caractère dassi(pie, si on les compare aux œuvres de la môme époque chez les Allemands (Niebelungen) et en Bretagne, Irlande, etc. Cellesci sont vagues, indéterminées, sans arrangement, on dirait un crayon de barbares d’une horrible grossièreté ; les nôtres, au contraire, c’est une belle figure gothique, qui a ses défauts au point de vue gi'*ométrique de l’art, mais absolument belle à un autre point de vue.
Voir «" 50.
Il y aurait un ouvrage à faire tout expérimental sur la psychologie de l’enfant depuis sa naissance jusqu’à sa pleine connaissance. Ce serait substituer l’histoire au roman dans la genèse de nos facultés. Pour cela, il faudrait avoir plusieurs enfants sous les yeux, et les arpérimen/cr et observer sans cesse.
Tous les caractères de ces vieux pca rnes se ressemblent, sans qu’on puisse supposer la moindre imitation. C’est la nature épique toujours la même. Ainsi Achille, A'estor, Ajax, Agamemnon se retrouvent merveilleusement dans nos vieilles épopées romantiques. Et aussi dans les Niebelungen. Dans Ogier, Agamemnon, c’est Charlemagne, obligé de descendre aux prières auprès d’Achille, dont l’absence est un fléau, néces.«aire pour le salut commun. Dans les Niebelungen, l’Achille, c’est Siegfried, etc.