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Le vieux français est aussi riche que le latin en inversions. C’est dans le travail postérieur et artificiel de la langue qu’elle a perdu cette projiriété. 11 serait donc possible de la lui rendre. Tout ce que l’homme a fait, il peut le défaire.
Les épithètes homériques, ce que nous appelons le pur remplissage est de l’essence de tout poème
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épique. Nos poèmes du moyen âge en sont pleins. Il en faut dire autant des répétitions pléonastiques si fréquentes en Homère : Il fit et ne désobéit pas. Il reconnut et ne méconnut pas. Dis-lemoi, afin que je le sache et que je ne l’ignore pas. — Cf. ce vers de Guillaume de Hautcourné' :
L’âme s’en va, n’y peut plus tlemeurcr.
C’est une licence poétique pour remplir les mesures, comme des épithètes. Toutes les poésies à rythme sévère sont comme cela. Par exemple, le nom de Dieu porte sans cesse l’appendice : Qui oncques ne mentit. C’est le vsçsXïirepîTj quant à la manière. Les polis seuls, Virgile, etc., s’en font scrupule.
Les combats singuliers sont de règle dans tous les poèmes du moyen âge et les poètes y excellent dans leur description. Le Tasse aussi.
1. C'est Guillaume « au court nez • (Guiüuuinc d’Orange), qui est ici désigmS. Renan avait en vue un passage de la chanson d’Aliscans, où renfant Vivien meurt sur le cliamp de bataille entre les bras de son oncle, Guillaume au court nez. V. le texte, d'après l’èdil. P. Guessaixl et A. do .Monlaiglcn (18*0), vers S60 et suiv. (Note de .M. lîèdicr.j
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oi.
Que celle manière de concevoir le traité purement moral telle qu'elle se retrouve dans Sénèque est froide ! Gomment un homme a-t-il le cœur de déclamer dans tout un livre sur la colère ou la clémence! Qui supporterait cela aujourd’hui ? Cela ne se retrouve guère que dans quelques moralistes français de la famille de Port- Royal, Abbadie, par exemple. Comparez à cela comme bien supérieur le genre moraliste des Allemands, bien plus profond et plus impressionnant. Des ouvrages de la première sorte, il ne me reste rien ; c’est de l’eau tiède.
Rapports singuliers des légendes bretonnes et de celles de l’Irlande (Petite Rrelagnc). ville d’Ys ensevelie, les clochers à la surface, les îles préservées de serpents (Ile Saint-Maudé), tout cela se retrouve de part et d’autre. Ajoutez un tour tout analogue de fiction. — Leur enfer se ressemble fort. L’enfer de ce prédicateur de SainliXicolas qui le comparait à une chaudière où le
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sang, les os, etc., faisaient le bouillon, se retrouve presque littéralement dans les poèmes irlandais de voyages à l’autre vie. .\joutez encon^ la communauté de saints, saint Patrice fort honoré en Bretagne, etc., et 1a ressemblance du caractère. Saint Brandan aussi fort populaire en Bretagne.
ritj.
Par exemple, l’Irlande ne sait pas prendre le ton épique; ses poèmes du cycle de saint Patrice et de saint Brandan sont de pures fictions idéales, sans contexture, ni action suivie. Ce .sont des épisodes. Et puis, comme leurs lignes sont mal définies! Je ne blâme pas ceci, mais je dis ce qui est, et je trouve que c’est fort beau, quand c’est naturel. — Ces moines blancs, cette terre de promission, ce voyage après l'autre monde, ah! mon Dieu ! que cela me transporte ! Je pense à ma belle mer de Bretagne, à mes rochers de Bréhat, et j’ai presque envie de pleurer. Ah ! que je conçois bien que ces lieux aient inspiré ces conceptions vagues, tristes, contemplatives, pleines d’espérance pour l’avenir d’au delà. — La mer produit cet effet : on se demande : « Qu’y a-t-il
là-bas ? » üh ! les reverrai-je, ces côtes où sont attachées mes plus belles pensées, ce rocher là-bas, que je vois, cette charmante baie, et Tréguier, son beau clocher, et celte belle cathédrale où j’ai porté l’habit blanc? On rira de moi. Ah ! les méchants, ou plutôt les sots !
Mais aussi, quelle folie tl’avoir cru si longtemps que ces peuples n’avaient pas de littérature ! On se ligure que cela seul est monument littéraire qui est écrit en tel ou tel nombre de vers. Mais les vraies productions littéraires des peuples enfants ne sont pas des comiiosilions, mais des idées mythiques courant sur le peuple, constituant pour eux Vidéal placé là-haut, Dieu qu’ils se sont fait à leur guise, sur leur idée, et qu’ils suivent, ne consistant que dans l’idée, la forme dépendant de chacun et n’ayant pas de valeur. Ainsi, Achille et les héros pour les Grecs, Roustem pour les Perses, le chevalier pour la France du moyen âge, les légendes mystérieuses d’oulre-tombe pour l'Irlande, les chants lyriques pour la Bretagne et l’Orient, etc. Par exemple, ma Bretagne, on serait tenté de croire (lu’elle n’a pas de littérature, parce qu’il lui serait ditl’icde de fournir un catalogue étendu de livres réellement anciens et originaux. Mais n’importe ; les
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idées non écrites, courant le peu|)le, voil;ï une littérature réelle, Iraditionnelle. Ceci me semble important. Oui, il y a une littérature traditionnelle, la plus curieuse peut-être à étudier; celle-là est dans les légendes miraculeuses, dans les contes, dans les poèmes flottants çà et là. .Mais, chose remarquable! aussitôt que la littérature réfléchie, écrite, polie, se fonde, la spontanée dis- [>araît, s’avilit. Ainsi notre littérature traditionnelle française est devenue la dégoûtante biblio- Ihkjiip bleue,, au lieu qu’en Bretagne, elle est encore pure. C’est que son vi,s-à-vis ne l’a pjis encanaillée, ne l'a pas l’éduite à la banalité des villages.
Du reste, ce fait tient bien plus à la vultjarisalion de la vie simple chez nous, qu’à un fait littéraire. Dans les environs de Paris, la vie du paysan m’inspire le plus horrible dégoût; elle me fait mal au cœur ; un mélange ignoble de grossièreté, de prétention, de banalité. Au contraire, le simple et grossier paysan breton me ravit. Comparez, par exemple, les fêtes patronales des environs de Paris aux pardons de la Bretagne. Kh bien 1 une telle atmosphère vulgarise aussi la littérature Iraditionnelle; l’autre, au contraire, la conserve pure et belle. — Il est aussi acquis pour moi que le siècle de Louis XIV n’a pas tout
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réuni, el qu’en montrant dans un beau jour une face de Thumanité, il est sec, peu intéressant, car le spontané n’y est pas, rien de traditionnel, ou tout le traditionnel est roide, systématique, dogmatique, pire que le neuf. J’aime mieux encore le siècle hardi qui méprise le passé el marche à la découverte ; mais le pur est de tenir au passé, et de se pousser néanmoins en avant.
Vraiment, M. Ozanam nous a fait aujourd’hui une incomparable leçon sur cette délicieuse littérature irlandaise, toute, pure, vague, blanche. — Le christianisme éteint les vieux bardes guerriers, mais jette une teinte toute poétique et douce; mœurs monacales, regard pur vers en haut, et un matérialisme tout spirituel. Ah! que je n’aime pas les hommes positifs et durs qui ne comprennent pas cela : M. Barlhélemy-Saint- Hiiaire, par exemple, quoique d’ailleurs si philosophe; je suis sûr qu’il ne se complairait pas entièrement en cela. M. Ozanam a justement touché ma corde.
Oui, sûrement, Homère ressemble cent fois
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plus qu’on ne le pense à nos vieux [loètes romantiques et légendaires. Surtout son Odyssée, le lotus, Scylla et Charybde, et tout cela se retrouve identiquement dans le voyage de saint Brandan. Tout cela également mythique, fables primitives, de même couleur, sauf la différence de climat. — Je parie que M. Le Clerc est en fureur de ce que les deux cours, peut-être les plus brillants et les plus suivis de la Faculté, ne s’occupent que de ces primitivités dont il doit faire fort peu de cas. Et M. Saint-Marc Girardin, ah ! ce diable de spirituel, je ne l’aime pas. 11 rit, il veut faire 1e lin; ah ! la sotte engeance, que celle de ces gens à demi-mot, qui ne prennent jamais la vie à plein, parce qu’ils ne sont ni assez forts, ni assez vrais.
Zalmoxis, civilisateur, fondateur de religion, prophète, sorte de Dieu des Gètes, sorte de Mahomet ; chaque nation a ainsi le sien.
bO.
Oui, la littérature entendue comme les frivoles est vanité, affaire de goût et de salon, qui passe
il2 CAllIKIlS DK JEl’NESSK.
comme une mode, et (jui devient ridicule (luand elle est pasiiée. Il est de règle que les littérateurs immédiatement précédents soient méprisés, jusqu’à ce que leur antiquité leur donne de Vinlérèt. Misérable cercle ! Ce sont absolument les modes. Que faire pour l’éviter? tout philosophiser, rattacher tout à la vie, placer l’homme et sa perfection en tout cela, et du sérieux. — La preuve la plus forte du point de vue ci-dessus, c’est la manière dont les critiques de nos jours traitent la chose : ils avouent, avec une naïveté extrême, la relativité de leur alîaire.
(il.
L’épisode deGlaucus et de Diomède {IL, VL livre) est la preuve la plus fra|)pante de la com]X)sition de rilia<le par sutures. — Tous ou presque tous l’expliquent par tran.‘^position; ce mot, si on se l’explique, n'a pas de sens pour un poème qui n’était pas encore délimité à une forme. Ce .sont exactement les sutures du premier chapitre de la Genèse.
L:i ci>nséi ration spéciale à un Dieu que les Grecs exprimaient par Smpoî. ii'iowso;, ’AzoXXoSwpoç,
UTILK A BEAÜCÜÜI* DE CHOSES.
etc., était exprimée par les Orientaux par -:i*. Encore aujourd’hui en arabe, ils se consacrent de la sorte non plus à un Dieu spécial, puisqu’ils n’en ont qu’un, mais à un attribut de Dieu :
Abd-el-Kader, Abd-el-Raliman, etc. Cf. l’inscription phénicienne bilinfçue d’Athènes. (Kopp, [/’«l(K‘ 0 (jraphi(i] t. I, sub finein, et Gescnius, dans .l/omm. fhœnic.).
La terminaison mim dans Armoricuin est purement finale, comme le prouve et l’étymologie Ar-mor, et le nom encore conservé d’.l nnor dans une petite partie de la Dretagne. Il ne faut pas y voir le diminutif Ar-moric.
Plusieurs des noms propres de villes qui ensuite devinrent pluriels, sont encore singuliers dans Homère, par exemple (IL, vi, 39" et 410). Ceci confirme l’hypothèse de ceux qui expliquent ces pluriels par des agrandissements successifs, et comme par multiplication de la ville première. (Cf. not. de M. Rossignol, ad Oresl. sub nid.)
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tM.
Ce qui anime les hommes el surtout les savants, les uns contre les autres, ce n’est pas précisément d’être d’avis opposé sur tel ou tel point : voici deux psychologues en dissentiment sur tel |(oint, ils ne s’en donneront [tas moins des éloges à tour de bras. Mais ce qui exaspère, c’est d’être d’une nature d’esprit dilTércnte et de faire fi de la marchandise les uns des autres. Alors ces hommes sont ennemis sans s’être jamais vus, et écument l’un contre l’autre. Car ils poussent le monde en sens contraire. Par exemple un théologien et un psychologue, un orientaliste et un homme à la Souvcslre. Ceux-là parlent des langues différentes, et pourtant toutes les langues disent vrai. Il faudrait voir qu’il est ridicule de se disputer parce que l’un parle français, l’autre grec, l’autre hébreu.
CHÎ.
Je déteste souverainement tous les artifices d’é-ducation et surtout ceux de la mnémotechnie. C’est surcharger l’esprit de double bagage, dont
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l’un est insignifiant, et ne sert que de passeport à l’autre. C’est construire une maison pour servir d’échafaudage à une autre maison, et ce qu’il y a de [)is, c'est que la véritable maison ne pourra subsister sans son échafaudage. Donnez-moi des procédés pour apprendre; par exemple, ditesmoi : lisez peu, et ne le quittez pas que vous ne le sachiez, etc., fort bien ; alors vous n’introduisez rien d’hétérogène; mais ne me faites |ias apprendre A |)Our retenir H, quand même A serait plus facile que D à apprendre. Car l’échafaudage, filt-il de petit bois, dépare l’édifice; c’est de la scorie que vous mettez là dans l’esprit. Et puis cela désintelleclualise et mécanise tout. M. E. Souvestre a fort bien fait sentir ce travers dans le Monde tel qu'il sera.
iu.
Il n’y a pas au monde de rapports plus singuliers que ceux que les institutions catholiques font intercéder entre le prêtre et la religieuse. Le sexe féminin s’imagine avoir le monopole de la dévotion, et se rengorge à la vue du peu qui peut re.ster de viril dans le directeur. Aussi est-il l’objet d’une critique sévère et fine s’il en fut