Stiperbia. ort'oeil, fierté, insolenre. Is. XVI
L’homme conquiert ses résultats par oscillations. 11 oscille de liberté à servitude, mais de telle sorte que l’oscillation de servitude qui suit aille toujours moins loin que l’oscillation de liberté, en un mot qu’il y ait toujours conquête de liberté. Quelle manière pénible I Mais qu’y faire?
L’union de deux, le mariage est partout la condition de la fécondité. En zoologie et botanique, dans les procédés de l’esprit humain, mariage du subjectif et de l’objectif, du fait expérimental et du principe, nécessaire pour enfanter quelque chose, dans la littérature, mariage de deux esprits divers pour enfanter les grands siècles : Rome et la Grèce, la France et l’antiquité.
Que les littératures classiques sont les moins autochtones. Voir dissertations préparatoires à la licence. — Prédilection pour les anciens auteurs.
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Y rattacher mon point de vue du partage intellectuel entre les nations. Éclectisme.
J’ai je ne sais quelle manière toute singulière d’envisager la possibilité, la production de ces hommes extraordinaires qui, par certains côtés, sortiraient de l’homme, et auraient une vue immense. Non, l’homme n’est pas barré, et telle singulière circonstance, en apparence effet du hasard, circonstance d’éducation, par exemple, pourrait faire naître un de ces hommes uniques tels qu’il en naît chez les sauvages et les nations primitives, natures extraordinaires qui seraient sublimes si elles étaient chez nous, qui ne se tournent pas à la pensée, mais à une action tout extraordinaire, placées sur la limite de l’homme, voyant avec des principes presque différents des nôtres, ouvertes par conséquent à d’autres combinaisons.
Fait psychologique. — Il arrive souvent que nous nous ressouvenons de nos songes de la manière suivante. Nous les avions d’abord complè-
lement oubliés, el nous n’y aurions jamais pensé sans la circonstance suivante. Une pensée se présente à nous dans la veille, ayant un rapport avec l’une de celles du songe. A l’instant nous saisissons ce rapport, avant de saisir encore la pensée du songe; mais nous vo3’ons bien que ce n’est pas là une pensée isolée dans notre esprit, qu’elle se lie à quelque chose, que nous ne connaissons pas encore. C’est un P|i'tr ' comme di.sent les Hébreux, un branchage qui va en embrasser un autre. Cela nous met à la piste du rêve, nous cherchons, nous trouvons. Ainsi c’est un rap[X)rt perçu confusément de ce que nous percevons actuellement avec ce que nous avons jierçii qui nous fait souvenir du rêve : c’est dans la rigueur des mots une réniiniscence qui amène un soui'cinV. Remarquez aussi que, si nous déclarons que cette seconde perception est un rêve, c’est que ne trouvant pas à la placer dans la veille qui a précédé, nous déclarons qu’elle n’a pu avoir eu lieu que pendant le sommeil. Rap- |)rochez tout ceci de la théorie de Dugald Stewart sur les songes, et la manière dont on s’en souvient, qui l’embarrasse si fort. Pour lui, c'est
1. Ce niüt, surtout omploté au pluriel ; O'r'Ç' désigne les pensées qui assaillent l'esprit pendant la nuit. Job, IV, 13.
aussi parce qu'on ne peut pas la placer ailleurs, qu’on déclare aussi que la perception a été un songe.
On est plus heureux quand l’affection n’est pas partagée entre plusieurs, et qu’on se déverse tout simplement sur un seul. — Il y a embarras du choix, et tel serait plus heureux s'il n’avait qu’un à aimer. Faut-il souhaiter... O horreur! Égoïsme! Il serait plus heureux, mais aime-t-on pour être heureux ?
Il me revient par coups des élancements de c<cur au souvenir de ma chère Bretagne, au printemps surtout. Je songe aux petits chemins de derrière, aux bords du Guindy, le chemin de Saint- Yves, à la chapelle des Cinq-Plaies, aux trois pins sur la colline, au peuplier tout près de la fontaine, où maman m’arracha un livre de philosophie! Les endroits les moins riants même sont ceux qui me rient le plus. Le sec et l’aride se colorent par le regret. Et dire que c’est pour
toujours, que la cruelle opinion est là qui me tiendra à jamais exilé. Et pourtant jamais je ne m’attacherai à aucune autre terre. Allons, mon âme, attachons-nous au ciel. Songe que c’est pour la vertu et le devoir que tu as sacrifié ta Bretagne et ta mère. O Dieu, était-ce là ce que tu devais me demander? Ne me le rendras-tu pas?
Jésus, tu dois m’aimer.
•Mon Dieu! mon Dieu! quand j’envisage les mille mystères et les prodigieuses découvertes sur le seuil desquelles pose l’histoire naturelle, je suis tenté de tout quitter pour elle. — Oui, je persiste à croire que l’Océanie dans ses animaux bizarres, l’ornithorynque, l’aplérix, etc., nous offre encore un reste d’une création détruite, reste précieux d’un vieux monde. Là les races et les familles flottantes, syncrétisme des formes. L’analyse n’a pas encore été appliquée par la nature aux organes. Tout est confus. L’oiseau, le reptile, etc., mêlés. — Oui, oui, dans ces époques précédentes s’est faite la génération des espèces. Oui, ce qui maintenant nous paraît espèces jiurlapo.w.s- a été lié par filiation. Les es|>èces se sont
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engendrées à une époque où elles n’étaient pas encore déterminées (le système de ceux qui nient les classifications et les espèces est faux dans le présent, vrai dans le passé), où toutes étaient syncrétiquement confondues (toujours et partout les mêmes lois, pour l’esprit humain aussi : syncrétisme, analyse). Oui, oui, alors tous les êtres étaient frères. L’accouplement était bien plus large que maintenant, vu que les espèces étaient bien plus larges. De cet accouplement de dissemblables naissaient des dissemblables, un monde en chaos, des espèces mal limitées. Mon Dieu! que ne puis-je dire tout ce que j’ai sur le cœur, tout ce que j’entrevois sur ce point, l’histoire de la nature, la généalogie des êtres, tout s’engendrant, l’apparition et l’analyse des espèces, etc. ! Plût à Dieu que j’eusse dix vies pour en consacrer une à chacune des faces du monde! Mais il m’en faudrait plutôt mille, ou l’éternité! Or, que dis-je? je l’ai.
L’immense quantité d’espèces, que l’on découvre tous les jours, et qui semble réellement tout à fait indéfinie, semble bien donner quelque
apparence au système qui nie l’espèce et la classification. Mais cela n’attaque que le point de vue fau.x qu’on voudrait tirer de la classification, envisageant la nature comme composée de casiers nets et séparés par des lignes, mais non le point de vue qui l’envisage comme un tableau à masses de couleurs se fondant l’une dans l’autre par dégradation. Or, ces massoe de couleurs, ce sont les espèces.
Ce matin j’ai dû passer ma matinée à faire des vers latins pour cette malheureuse licence. Le sujet (qui a été proposé en concours) était d'exprimer les sentiments d’Andronicus, poète de Tarente, qui vivait, il y a à |jeu près deux mille ans. Bonté du ciell Se peut-il qu’on nous impose encore ces chaînes! Nous obliger, nous autres modernes, si pleins de pensées et de sentiments, du présent et du passé, tout pleins de choses, à exprimer des sentiments si loin de nous, dans une forme morte, et où de force nous devons être barbares. Car que sont nos meilleurs vers latins, jugés absolument, et qui d’ailleurs les jugera absolument? En vérité, je suis tenté d’être de
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l’avis de M. Souvestre, et de me demander s'ils peuvent se regarder sans rire.
. Fait curieux de l’histoire littéraire que la vraie fureur qui s’est emparée du goût de notre temps [H)ur les littératures non classiques. Non qu’on ne porte quelque intérêt aux littératures grecques, latines, françaises, mais c’est surtout aux époques anté-classiques et post-classiques qu’on les cultive. Cela seul a vogue; M. Patin, M. Gerusez, M. Nisard, etc. Il faut une dose toute spéciale dé constance pour oser aborder à plein les siècles dits grands et classiques. — Tout l’intérêt s’attache à ce qu’on appelle les origines et les décadences. C’eût été juste le contre-pied autrefois, et on eût regardé comme un grand courage celui qui eût osé aborder le moyen âge, par exemple.
On s’est trop accoutumé à n’envisager la science que pour l'enseignement. Cela tient toujours à ce misérable point de vue de l’utile. Ainsi il y a des gens qui ne conçoivent le savant qu'enseignant; les
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sciences, classiques et littéraires surtout, ne progres.sent qu’au profit du collège. Misère! La science est pour elle-même. Elle veut bien se prêter au collège et se rapetisser pour entrer par sa porte, mais c’est une grâce de sa part. La science est une partie du tout de l’homme fait : or il arrive, par accident, qu’elle a de plus une utilité secondaire : c’est de servir dans l’éducation. Eh bien! elle s’y prête : mais distinguez toujours cet emploi accessoire de son office principal, distinguez le professeur (qui n’est que professeur) et le livre élémentaire du savant et du livre de science.
La linguistique et l’histoire naturelle sont les deux sciences qui se ressemblent le plus pour la philosophie générale et la méthode. Elles provovoquent les mêmes problèmes de méthode sur la classification, etc. Pourtant peu de sciences diffèrent davantage pour l'ohjel. Au fait, toute science expérimentale, quel que soit l’objet, se ressemble un peu pour la méthode. Seulement les objets à grouper constituent une variété spéciale, qui entraîne classification, etc.
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Il y a ries gens médiocres, qui ont aussi une toute petite idée d’eux-mêmes, se laissent fouler, acceptent tout, ne se tiennent humiliés de rien. Ils sont estimables, mais ils se jugent bien. — Il y a des gens médiocres, qui font grand cas d’euxmêmes, se regardent comme gens de qualité, et prennent feu et flamme à la première otîense. Ils sont ridicules et coupables. — H y a des gens distingués qui sont fiers. Ils se sentent et se tueraient plutôt que de plier. Par exemple ils mourront de faim plutôt que d’accepter une jwsition vulgaire et en apparence humiliante qui leur donne du pain ; ou qui serve à les mener ultérieurement à leur fin. Ceux-là sont à plaindre, et n’ont pas atteint le summum philosophicum.
Ajoutez qu’ils sont sur la limite d’un suprême ridicule. Car s’ils ne sont pas en effet des génies, comme ils le croient (et qui les en assure, car combien d’autres l’ont cru comme eux sans l'être?) ils sont les plus sots, les plus ridicules, les plus insipides des fats, comme tous ces types à la Chatterton, ces jeunes gens de génie qui trouvent tout au-dessous d’eux, et fulminent contre la
CAIIIËKS UE JEUNESSE.
sociéU'i parce que la société ne leur fait pas un douaire convenable pour se livrer à leurs sublimes pensées (ô Dieu ! que ce type est horrible, et qu’il m’inspire une prodigieuse horreur! Ajoutez que ce .sont ordinairement des oisifs, qui se font gloire d’être peu travailleurs, et qui voudraient être nourris pour fumer et ne rien faire, et qui trouvent en cela du bon ton. Ah! si c'étaient de sérieux tiavailleurs, oui), et qui pour rien au monde n’accepteraient un de ces emplois vulgaires, humiliants, durs, mais non dé-shonorants, qui n’empêchent pas de penser et de .sentir, et de conduire son génie.
Enfin il y a les vrais génies, qui se sentent, s’estiment et sont intérieuromenl fiers. Mais extérieurement, ils ne tiennent à rien. La l’rovidence leur a-t-elle refusé la fortune nécessaire, ils souffrent, mais se plient sans rien dire, se font tout ce qu’on veut, souffrent tout ce qu’on veut, toutes injures, mépris, boutades, sans rien dire, mais en conservant toute leur dignité intérieure. Us ont fait le .sacrilice entier de ce qui n’est pas eux-mêmes. Us méprisent trop le caprice d’un maître et le maître lui-même pour y être sensibles. S’exaltant en euxmêmes, ils méprisent tout, et croiraient faire trop il’honneur à ces vulgaires en se tenant humiliés de
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leurs outrages. Ils se moquent de celui qu’ils servent, et lui sont par là supérieurs : mais ils ont bien soin de se taire et de ne pas faire comme le superficiel qui s’en tient blessé, et est assez l)on pour réagir contre ces misères. Ame faible, ne vois-tu pas que tu t’égales à lui, en lui faisant l’honneur de réagir contre lui? On s’égale à celui contre qui on s’irrite ou auquel on est sensible. On n’est pas sensible à l'injure du fou, parce qu’on SC sait trop sup«'-rieur. Il n’y a que les gens du peuple (fui soient sensibles aux injures des f)etits polissons, car ils sont leurs égaux. Assurément un homme d’esprit est moins choqué de l'injure qu’un crocheteur lui dit en passant que de l’injure d’un homme d’éducation. — Allons donc! fierté du sage toute intérieure : c’est là qu’il se [X)se supérieur à tout, au dehors il sert tout et tous, en se moquant d’eux tous.
Par là aussi il conduira bien sa vio, arrivera à ses fins, la modeste indéjiendance, et évitera l’horrible type des Chatterton-singes.
Mon ami Ernest, règle-loi .sur ces principes. Méprise ces hommes médiocres et positifs, qui passent par toute voie, toute humiliation dépressive pour de l’argent, par exemple celui-là, qui trouvait mauvais que tu cherchasses une place
qui te laissât beaucoup de temps pour penser et travailler, et qui se citait pour exemple, lui qui, disail-il, avait accepté dans sa jeunesse une place qui ne lui laissait qu’une heure libre par jour, et qui trouvait que c’était beaucoup. — Méprise aussi ces jeûnas écervelés qui se croient du génie parce qu’ils ne veulent rien faire, et qui te regarderaient en pitié, toi, pauvre pion de pension. Je suis sùr qu’ils feraient à ta vue, s’il leur venait à l’esprit de se comparer à toi, une éloquente protestation. Et s’ils connaissaient M. Crouzet, que ne diraient-ils pas? Ils te traiteraient de bas et d’avili, de souffrir tout cela sans rien dire. Et moi, je prétends que je serais un sot, si je disais quelque chose. Allons ! allons ! un jour viendra où les Chatterton ne seront rien, seront immoralement pauvres, obligés pour vivre d’avoir recours à l’immoral, pour n’avoir pas voulu employer le permis, où surtout ils ne seront rien dans l’estime et la science, et où toi tu seras dans les idéaux. 0 Dieu ! ô Dieu ! que de consolations tu réserves à ceux qui souffrent pour toi. Oui, c’est pour toi que je souffre. Ah! si j’avais voulu, je serais làbas aux Carmes, choyé, le premier en tout et partout, plein d’espérances. Eh bien non ! je suis ici au dernier degré de l’échelle sociale, tracassé
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par un vrai tyran, jouet de ses caprices, n’importe. C’est pour ma conscience. Dominiis pars hæredUaiis meœ et calick mei; tu es qui restitues hœreditatem meam mihi.
Quand nos modernes veulent se faire Ans, ils deviennent insaisissables. Toujours dans ces hommes l’intention d’être quelque chose, ils ne sont rien sans le savoir. Voyez Sainte-Beuve par exemple, il faut supposer en lui mille finesses et arrière-pensées. Ah! je ne puis exprimer ma pointe de pensée sur ce sujet. Oui, par exemple, on sent qu’il résulte de telle phrase tel effet qu’il a ou non voulu. Cet effet s’est peut-être présenté à son esprit, et il s’est dit : Cela résultera de la phrase, ce n’est pas ma manière ordinaire, ce n’est pas conforme à mes principes littéraires; laissons pourtant. Ah! que ne puis-je peindre le fait psychologique? C’est à ce néotrope (ce sera désormais mon mot reçu) qu’appartient le tour par lequel les écrivains de ce genre ne sont jamais à plein d’une conviction; ils la prennent toujours de côté et par forme, comme un chien un tapis qu’il traîne à terre. Scepticisme
au fond de tout cela. — Par exemple dans certains moments ils se donneront un bon ton de finesse en faisant des concessions immenses aux classiques, ils Jaisseront volontiers croire qu’ils le sont, comme pour dérouter leurs lecteurs, leur faire croire qu’eux-mêmes sont des hommes petits et médiocres à esprit partiel, qui s’étaient d’abord trompée grossièrement sur tel homme et qui sont obligés de réformer leur premier jugement. Cela n’est |)as : le lecteur a eu le bon esprit en portant ces deux jugements ; l’auteur seul n’a pas eu de caractère, ou s’en est joué. — Oui, ces auteurs aspirent à laisser croire au lecteur une foule de chos<-s. Ils le veulent, et sont contents, quand ils pensent que cela sera, serait-<xi contradictoire, n’importe ! L’homme à veines secrètes dans lequel les pensées se contrepèsent si bien qu’on ne sait trop ce qu’il est, voilà ce qu’ils veulent être.
AhI que je voudrais être accoutumé au mécanisme du vers pour faire une petite ode-élégie à l’hirondelle qui a son nid là-bas, en Bretagne, auprès de la fenêtre de maman, qui, en couvant
ses petits, voit ma mère triste de n’avoir pas les siens, qui est témoin de tout ce qu’elle se dit et de tout ce qu’elle fait! Ah! reste, reste, petit oiseau, ne quitte pas cette douce et tranquille demeure ! Ne viens pas à Paris. Oh! qu’il est joli d’être hirondelle! On s’accroche au monde, sans y rien entendre, on est en contubemium avec lui sans entrer dans ses fine.sses et ses ruses. Comme ces oiseaux qui ont les nids sous les toits et dans les cheminées des Tuileries. C’est [K>étique! Mais ma petite hirondelle est de la famille. Maman l’aimait si fort, s’intéressait à toutes les piirticularités du nid — qui sait si quelque petit méchant ne le lui aura pas enlevé? Ahl pauvre mère I
J’ai un certain tour réfléchi et de psychologue qui me recourt toujours et m’empêche d'être largement ou facilement poétique. 11 n’y a que la haute, ferme et grande poésie de l’homme, où je sois dans mon élément facile. Ailleurs mon tour habituel (acquis) d’esprit s’oppose à la manière tout extérieure de la poésie.
Cette poésie antique tout extérieure, toute répandue sur le monde, pouvait suffire à ces peuples anciens tout extérieurs, mais non à nous, nations p.sycholugi(]ues par excellence. Il nous faut l’àme partout.
Ce qui me console quand je vais pour désespérer de mes succès extérieurs en voyant combien je dilTère du monde intellectuel qui m’entoure, c’est que ce monde ne restera pas toujours le même. Combien de fois n’a-t-il pas changé depuis quarante ans! il est sùr qu’il changera tout autant dans les quarante ans qui vont suivre. Et peutêtre je serai de ceux qui font révolution. C’est pourquoi ne t’altère pas par système, laisse-toi aller et laisse le siècle venir à toi, sans aller vers lui.
Il est remarquable que ce sont assez souvent des jeunes gens qui, tout en se posant à leur entrée dans le siècle, en prenant position d’après leurs devanciers et leurs contemporains, ont mieux que la génération avancée le sentiment de
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l’avenir. Combien M. de Chateaubriand et M. Cousin dès leurs premiers coups d’œil n’étaient-ils pas plus avancés que toute la littérature et 1a philosophie de leur époque ! Cela se comprend très bien. Une vue d'avenir ne s’acquiert que par induction du présent et du passé. Les générations passées ont bien ces éléments sous les yeux : mais elles n’ont plus de mobilité, elles sont plantées à jamais, leur point de vue est fait, et elles ne le quitteront plus. Eb! mon Dieu! rien de plus simple, car chacun en s’attachant à un point de vue est obligé de s’y attacher d’une manière, absolue; autrement il ne s’y attacherait pas avec force et conviction, ce ne serait que plâtrage froid. Il faut qu’il croie très fermement et absolument. Or dès lors, il ne peut plus marcher à autre chose. Le jeune homme au contraire, qui arrive, et qui ne voit [pas] plus de raison pour s’attacher à tel système actuel, regardé comme absolu, qu’à tel autre qui a précédé, se met au point de vue pur inductif, il met tout à profit et en balance, même l’actuel que les autres sont obligés de regarder comme absolu, et que par conséquent ils ne contre-pèsent avec rien. De là leur liberté absolue pour marcher à l’avenir. — Mais eux-mêmes seront obligés de prendre en absolu le système
de choses auquel ils ai’rivcront, ils deviendront mûrs dans un absolu plus avancé que d’autres renverseront par le même procédé, pour avancer toujours.
îS'i.
Bizarrerie que cette vue d’affectation qui se môle à tout et qui fait ((ue nous ne sommes pas pleinement satisfaits d’un beau sentiment s’il n’est vu que de nous. Il y a pourtant en cela différence d’un beau et poétique sentiment et d’un bon sentiment. Celui-ci se suffit à lui-même. Je me suppose souvent seid dans un état où je serais sublime, mais ce qui me gêne, c’est comment je ferais pour le faire savoir, sans paraître avoir voulu le faire savoir, ce qui gâterait fout. Toujours donc être pour paraître. Néanmoins cela agrandi n’est pas si faux qu’on le pourrait croire. Non; il y a du vrai dans l’homme. — Évidemment ma pensée mue, elle ne sait plus parler : cela lui est déjà arrivé plusieurs fois; j)ériodes successives où j’exprime facilement ma pensée, ou bien où je ne peux l’exprimer. Par exemple au sortir de ma rhétorique, je savais dire tout à fait à mon gré ce que je voulais dire.
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HG.
La manièro de charger le tableau dans la satire, comme dans le Monde tel riu'il sent de M. Souvestrc, n’est pas mauvaise. Car les lignes dans la réalité sont si fines qu’on a peine à les voir, ou les faire sentir. 11 n’est pas mal de les grossir un {KiU.
Appliquez ma loi des rudimenls aux genres de littérature chez les différents peuples. Tous sont chez tous, seulement chez plusieurs en germes, par exenifile satire en plein chez les Romains, en germe chez les Créas (Cf. mon travail sur ce sujet).