Ami d'Ernest Renan, mort peu auparavant
Ici tout se confondit. Tout ce (]ui suivit pourtant .se refléta. Je voyais un monastère qui lui avait servi de prison, un festin funèbre de ses amis; moi seul, j’en étais exclu, ce qui m'afllifîfiait beaucoup. Puis je fus reçu, et on m’appela son ami, ce qui me ravit. Ayant eu occasion de passer devant un miroir, je me vis et je me trouvai d’une beauté angéli<|ue, depuis que je l’avais défendu. Enfin une foule de circonstances dont toutes étaient prodigieusement expressives du touchant et du pur. J’en suis embaumé, je ne rêve plus qu’idéaux dans ce genre, je rêve que l’occasion se présente de défendre quelque tyi* analogue, je suppose qu’on m’objecte <]u’il représente une forme arriérée puisqu’il est condamné par le présent: « Et les bourreaux de Jésus, représentaient-ils donc une forme plus avancée quand au nom de la superstition et de haines sacerdotales, ils immolèrent le plus pur des philosophes, le plus céleste des moralistes... » Ma péroraison : « O mon fils, je t’ai défendu. Mais je te souhaite de mourir. 11 ne manque plus (jue cela pour couronner ton idéal, va, complète ta beauté par ce dernier trait... Ahl (jue ne m'est-il donné de te suivre; mais ma vie n’est pas assez pure pour mériter une telle fin... » Enfin je continuai tout
MOI-.MÉMK.
éveillé le sentiment si fort et si persistant de mon rêve.
Une chose qui me perce le cmur, et à la(|uelle je ne lis hier presf|ue aucune attention. Je fus amené f>ar /« m'ressitéx de phr'oses de la conversation (car j’ai dit souvent que n’ayant pas l’habitude de la conversation solennelle bien familière, je suis souvent forcé pour ne pas me trouver embarrassé, de dire le contraire de ce ()ue je suis, et «ju’ainsi te cœur me fait mat, comme si j’avais renié mon idéal, et comme si je ne pouvais plus désormais professer ce que j’ai renié; j’ai d’ailleurs un invincible penchant à conformer ma pensée intérieure à ce que j’ai été amené à professer extérieurement, et souvent j’ai eu à lutter contre cela) à dire que j’avais lu le docteur Strauss, et un tour que je donnai malgré moi, avec l’intention de le corriger, laquelle m’échappa, sembla dire que j’adoptais sa critique. O Jésus, non, aurai.s-je pu te renier? Oh I mon «eiir en est navré. Il me faut (|ue tu aies vécu, et vécu dans l’idéal qu’on [nous] a laissé de toi. Cet idéal qui me ravit, ahi si ce n’était qu’un ty[>e! Non, il me faut, pour t’aimer, que tu aies été mon semblable, ayant comme moi un cœur de chair.
Oui, tu es mon frère, mon ami. Ah! qui aurais-je
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donc, si môme au delà de tes dix-huit siècles tu m’échappais? Où trouverais-je le pur désintéressé, l’amour chaste qui m’échappe en ce monde, qui par moments me semble un affreux désert de bète^ naturellement féroces, adoucies seulement par l’empire des conventions qu’ils acceptent? Oui, en ce moment, je respire un idéal tout pur, je voudrais ([uelqu’un à côté de moi pour l’aimer, Guyomar par exemple. Mon Dieu ! pauvre ami, où es-tu donc? rn’entends-tu, m’aimes-tu encore? Me pardonnes-tu? Oh! (|ue ton parfum est doux ! que ton visage pâle et languissant est aimable! Et toi, mon autre ami <|ui reposes là-bas sur cette jolie, colline, à l’ombre de la croix du cimetière et de l’église rustique. C’est la tombe du diacre. De là tu vois Tréguier et ces lieux que je no reverrai plus, et la maison de maman, et tous les dimanches, on va s’agenouiller sur la tombe! Mon Dieu ! tout cela est flétri pour moi ! ce monde n’est qu’un barbouillage de badigeonneur. Rien de vrai, rien de céleste. Oh! que je te remercie, loi qui envoies les songes, de m’avoir réveillé par celui-ci. Aulrefois on eût appelé cela une vision. Ah ! je veux bien accepter le mot.