ANNEXE AU CAHIER II
J'avais dit <Zans notre jeunesse que l'on verrait bien que les papiers que nous publions des Milliet étaient euxmêmes choisis dans un monceau de documents. Tirés d'un monceau de documents. On a bien l'impression en effet que ces papiers baignent pour ainsi dire dans un monceau de papiers du même ordre et de la même famille. Les choix que Von fait dans ces conditions sont forcément un peu arbitraires et on regrette toujours d'être forcé d'en laisser tomber. On me pardonnera d'avoir encore sauvé de l'oubli les quelques lettres suivantes qui devaient chronologiquement prendre place dans le deuxième cahier les adieux. M. Milliet ne me les avait montrées, non sans quelque regret, qu'après la fabrication de ce deuxième cahier. Je n'ai pu me résoudre à les laisser perdre et nous leur avons fait une place ici. On les remettra aisément par la pensée à la place qu'elles doivent occuper. Elles compléteront, elles n'achèveront pas cette impression de famille, d'intimité que ces deux premiers cahiers donnaient si directement. — Charles Péguy.
Félix Milliet à sa fille Alix
Genève, ij mai i852.
Ma chère petite Alix, j'habite une jolie ville, située dans un des plus beaux pays du monde, entourée de hautes et ravissantes montagnes, sur les bords d'un lac aux eaux bleues et transparentes. Dans cette charmante ville j'ai retrouvé d'anciens amis et fait de nouvelles connaissances...
annexe au cahier II
il semble que je devrais me trouver heureux, ou du moins content. Eh bien, non. Si lu ne devines pas pourquoi, demande-le à ta petite mère, je crois qu'elle te dira que les montagnes seraient bien ijlus belles, si nous les gravissions ensemble, que le lac serait d'un bleu plus pur, si je le sillonnais en bateau avec vous.
Je ne veux pas cependant que vous vous figuriez arriver dans un paradis; non. Genève est ime grande ville en miniature, ou mieux un bout de grande ville. En somme si ce n'est pas un pays de cocagne, c'est du moins un séjour agréable.
Je suis à la recherche d'un nid pour mes petits oiseaux et leur mère, je ne l'ai pas encore trouvé. — Je suis difficile. — Je désirerais pour eux de l'air pur, de la verdure, et puis la proximité de la ville, afin que mes gentils oiseaux ne dcAiennent pas des oisons. J'ai cherché, je chercherai encore et je finirai par trouver. Les cours du collège s'ouvrent en juillet. Dis à nos gars que les petits garçons de Genève sont moins diables que ceux du Mans; quant aux petites filles, ce sont toutes des perfections; avis à toi. Je te quitte pour causer avec ta mère et t'embrasse comme je t'aime.
J'ai été bien heureux hier, ma chère Louise, en recevant ta lettre. Je l'avais attendue tout le samedi et j'étais comme une àme en peine; mais sa vue seule m'a mis du baume dans le cœur, ma tristesse a disparu comme par enchantement. Tout me semblait beau et riant et j'ai fait avec des amis une charmante excursion pédestre, terminée par une promenade en canot. Je veux apprendre à ramer et à conduire un bateau pour vous promener sur ces belles eaux bleues.
Parlons d'affaires. — D'abord, j'approuve comme toujours tout ce que tu as fait...
Donne-moi tes instructions positives sur le choix d'une habitation. Je dois te dire que le climat de Genève est très variable, l'hiver est assez long et assez froid ; il ne faut donc pas s'éloigner à cause des enfants; on a d'ailleurs des omnibus et des voitures de toute espèce, en quantité.
J'ai loué une petite chambi'e de i5 francs et je donne 3 francs pour qu'on la fasse et qu'on cire mes bottes. — Je