‹ Cahiers de la quinzaine (volume 5)Chapitre 10 sur 33 · BERNARD-LAZARE · texte numérisé non relu

BERNARD-LAZARE

géographique Bernard-Lazare fut abandonné, pour les raisons que j'ai dites, par un énorme État-Major de politiciens également Juifs et chrétiens. Il ne fut abandonné ni par une poignée de Juifs mystiques ni par une certaine société de ce que je nommerais volontiers des Juifs sociaux, — des Juifs non pas mystiquement ni ethniquement mais socialement Juifs.

Il ne fut donc abandonné ni au premier degré par une poignée fervente, par une poignée mystique, ni au deuxième degré par une société sage, par une société sociale.

Que si ensuite M. Salomon Reinach revendique d'avoir été de cette société sage, de cette société sociale, et en ce sens de n'avoir point abandonné Bernard-Lazare et de lui avoir été fidèle jusqu'à la mort et depuis et après et toujours non seulement je le lui accorderai mais je suis assez renseigné pour être tenu de le mettre tout à fait à la tête de cette société. En ce deuxième sens nous savons tous que M. Salomon Reinach est resté socialement fidèle à Bernard-Lazare, qu'il est resté socialement très près du cœur et de la mémoire de Bernard-Lazare.

Mais que si M. Salomon Reinach voulait glisser, voulait se promouvoir de ce deuxième degré au premier, s'il voulait passer de cette société à cette poignée ardente, je serais à mon grand regret forcé de ne point le laisser passer. M. Salomon Reinach a été, constamment, est demeuré socialement fidèle à Bernard-Lazare, a été,

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constamment, est demeuré socialement très près de Bernard-Lazare, dans la préparation, dans la bataille, dans la victoire, dans la défaite. Mais il n'a jamais été de cette ardente poignée. Ni avant, ni après, ni dans la préparation, ni dans la bataille, ni dans la victoire ni dans la défaite il n'a jamais été ni au cœur ni à la pensée de Bernard-Lazare, parce qu'il n'a jamais été ni au cœur ni à la pensée de personne et de rien.

C'est ennuyeux, on ne peut pas causer, voilà déjà les gros mots qui viennent. J'en étais là de ma correspondance avec M. Salomon Reinach et je ne lui avais pas répondu, pour vingt raisons dont l'une était que justement je ne voulais pas lui dire des gros mots. Et puis je suis bien \ieux à présent pour dire le fond de ma pensée. Le fond de ma pensée, c'est que M. Salomon Reinach ne comprend rien. Allais-je révéler ce secret. Je ne pouvais m'y résoudre, quand enfin, partant le premier, M. Salomon Reinach se rappelle à ma bienveillante attention par cette lettre, par ce petit billet qu'il écrivait à Lotte aussitôt ayant lu le communiqué du Bulletin.

11 ne faut rien prendre au tragique. Si je prenais au sérieux ce petit billet du matin, il serait plein des plus grossières injures pour moi et des plus basses grossièretés et d'un ton absolument insupportable. M. Reinach (par exemple) commence par m'y appeler l'ami Péguy. Je n'aime pas, qu'on m'appelle l'ami Péguy. Vous non plus. Je me méfie. Je me demande ce que j'ai commis pour mériter cette familiarité. Et puis en français l'ami Péguy ne veut généralement pas dire

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