LE 4 SEPTEMBRE
Mon ami Léon C..., tout jeune garçon qui se préparait à entrer à l'École des Beaux-Arts, écrivait à madame Pape, sa mère adoptive, alors à Angers :
Que de changements depuis que nous nous sommes quittés ! Te serais-tu doutée que partant sous l'empire, tu reviendrais sous la République ? Cela s'est passé si vite et si bien que nous n'en revenons pas.
Le samedi soir, 3 septembre, des bruits de défaite circulaient : Mac-Mahon avait été complètement battu ; on en disait autant de Bazaine. D'autres racontaient que Mac- Mahon était tué, qu'il avait été trahi. La République seule pouvait nous sauver. Devant quelques petites manifestations, les agents de M. Piétri se mirent à charger et blessèrent plusieurs personnes; j'étais là. Je rentrai, le
GUERRE DE FRANCE
cœur gros, repassant dans ma tête tout ce que j'avais entendu dire. Il y avait eu trahison, cela était bien prouvé. Je n'ai pu dormir. Ma nuit s'est passée à faire des plans de campagne plus ou moins absurdes. J'employais surtout la cavalerie, je coupais des ailes droites, des ailes gauches, et finalement j'étais vainqueur.
Le lendemain, la nouvelle de la capitulation de Sedan était confirmée. La place de la Concorde était pleine de gens surexcités. Des gendarmes barraient le pont, ils tirent leurs sabres, puis, déconcertés, les remettent au fourreau. Aussitôt la foule se précipite et pénètre dans la salle de l'Assemblée. M. Delbrouck, avec sa fille, était au premier rang. Comme le peuple Acut entrer dans les tribunes désertées, un garde s'y oppose : « J'ai l'ordre de ne laisser entrer personne. » — Et M. Delbrouck de lui répondre : « Les valets de l'empire n'ont plus d'ordres à donner sous la République. » On va jeter le garde en bas des escaliers, il pâlit et balbutie : « Entrez donc ! Moi j'ai servi vingt ans et je ne connais que ma consigne. » Les journaux ont dû t'apprendre la suite des événements.
Des députés de la droite faisaient mine de protester, l'un d'eux marmotait à demi-voix : « La déchéance, oui, mais la République, non. » On se jette sur lui, on le bouscule. « Oui, s'écrie M. Delbrouck, nous voulons la République, et malheur à ceux qui essayeraient de s'y opposer !» — Le pauvre député, tout interloqjié, reprit iiumblement : « Mais moi aussi je veux la République. » Là-dessus, il fut relâché. Tu vois de quel côté est le courage et de quel côté la platitude. 48 allait recommencer, (i)
Alors la foule se divise, les uns vont à l'Hôtel de Ville et proclament la République. On perce d'un coup de
(i) Déjà en 1848, le i5 mai, alors que la foule venait d'envahir la Chambre des Députés, et que des furieux cherchaient Armand Barbés pour l'écharper, Delbrouck s'était avancé : « Me voici », avait-il dit, profitant d'une vague ressemblance avec celui qu'on poursuivait. On le prend pour Barbés auquel U donne ainsi le temps de s'évader, on le frappe, il est fait prisonnier et se donne 0 la joie qu'il rêve sans cesse de souffrir pour autrui ». (Emile Trélat)
39 guerre. — a.
guerre de France
X)aïoimetle un portrait de Napoléon III, on casse son buste en marbre; mais dans tout cela, pas un vol, pas une goutte de sang. Tous s'embrassent, se serrent les mains et oublient un instant le deuil de la France pour chanter la Marseillaise.
J'ai suivi le flot qui se rendait sous les fenêtres de Trochu. Celui-ci monte aussitôt à cheval et se dirige vers la Chambre, au milieu d'une foule compacte qui le presse. En route, il rencontre Jules Ferrj' qui lui annonce la proclamation de la République. Nous redescendons alors aux Tuileries : au pavillon de l'empereur, un gardien nous ouvre les portes : on enlève le drapeau laissé en place pour faire croire que l'impératrice était encore là, quoiqu'elle fût déjà partie depuis plusieurs heures. Les gardes nationaux font la haie, ainsi que les mobiles pour empêcher les maraudeurs de pénétrer dans les appartements. Partout, ordre parfait, partout on voit écrit : « Mort aux voleurs, vive la République! » (i)
Quelques sergents de ville ont été désarmés, rossés même, leurs tricornes foulés aux pieds ou jetés dans la Seine, leurs épées tordues; on en dépose quelques-unes aux pieds de la statue de Strasbourg.
Tous les soirs cette statue est illuminée, couronnée de lauriers, elle tient à la main un drapeau, les plis de sa robe sont couverts de fleurs. Hélas, les honneurs rendus à l'héroïque cité ne la déli\Teront pas.
Tout ce qui rappelle l'empire est brisé; on coupe la tête aux aigles de nos monuments, on efface les N et le mot impérial sur tous les théâtres. Les boutiquiers enlèvent leurs médailles et leurs titres de fournisseurs. Dimanche, dans les églises, on n'a pas chanté le Domine sali'um.
(i) Les appartements de rimpératrice Eugénie livraient le secret des extravagances et des contradictions de son intelligence. Dans sa bibliothèque, les œuvres de Proudhon qu'elle ne comprenait certes point, coudoyaient les petits romans badins tirés de la bibliothèque de Marie-Antoinette ou des ouvrages mystiques. Des os de saints, des reliques s'étalaient sur les murailles, au-dessous des plafonds, où voltigeaient des amours, dans le goût de Boucher. (Cl.vrktie, page 254)
GUERRE DE FRANCE
On dit que les Prussiens vont arriver dans Paris à marches forcées. Mais la France ne peut accepter une paix honteuse, elle ne traitera pas. Espérons encore. Paris n'est pas pris, et avec l'aide de notre chère République, nous triompherons.
Le gouvernement impérial ne fut pas renversé, il s'effondra. J'étais avec mon ami le sculpteur Alfred Lenoir devant la Chambre des Députés, au moment où la foule venait d'envahir la salle des séances. La droite s'enfuit sous les huées, et Gambelta proclama la République au milieu des acclamations enthousiastes : « Louis Napoléon Bonaparte et sa famille ont à jamais cessé de régner sur la France. »
Ministère, Sénat, tout disparut en un clin d'œil. Un soleil radieux illuminait la ville en fête, l'espérance emplissait tous les cœurs; nous suivîmes le flot du peuple jusque sur la place de l'Hôtel-de-Ville où la foule anxieuse s'entassait. Rochefort, le spirituel pamphlétaire, dont la Lanterne avait tant contribué à la chute de l'empire, était porté en triomphe. Bientôt nous fûmes témoins d'un bizarre spectacle : Du haut des fenêtres de l'Hôtel de Ville, on lançait une pluie de petits papiers portant la liste des membres du gouvernement provisoire. — Qui les avait nommés ? Personne n'en savait rien. Mais dans de pareils moments on passe par-dessus la légalité. La liste portait les noms des députés de Paris, auxquels on avait ajouté ceux de quelques fermes républicains ; elle répondait aux voeux des Parisiens, et ceux-ci savaient bien qu'ils étaient d'accord avec la majorité des Français, (i)
(i) La foule demandait cependant qu'on ajoutât les noms de Louis Blanc, Victor Hugo, Delescluze, Ledru-Rollin.
guerre de France
Madame Pape à madame Milliet
Angers, ii sept. i8jo.
Que d'événements, chère dame et amie ! Que de joie et quel deuil! Non, jamais notre pauvre France n'expia plus durement l'oubli d'elle-même. Gardons-la bien maintenant notre République ! Soyons toujours Français, mais devenons sérieux et modestes ! Quelle honte doivent éprouver aujourd'hui ces idiots qui soutenaient niaisement que nous partions pour la victoire. Ils disaient : la Prusse ; c'était l'Allemagne qu'il fallait dire.
Hier soir à 8 h. 1/2, il y avait 55 ans que je venais au monde, en pleine invasion. Trois jours après, les Prussiens partaient de la petite ville où je suis née. Puisse-t-il en être de même pour mon 55' jour de naissance.
Où ètes-vous, chère amie? Où ètes-vous tous et que faites-vous ? M. Paul est-il appelé ? Oui, sans doute. Et votre frère? Avez-vous de ses nouvelles? Recevez, chère amie, l'assurance de notre bien sincère amitié.
Thiers adressa ua rapport à nos ambassadeurs et son jugement sur le deuxième empire est resté celui de la postérité :
Le gouvernement qui vient de précipiter la France dans les abîmes d'une guerre décidée avec folie et conduite avec absurdité, a pour toujours terminé sa fatale existence et ne reste dans la nation française que comme un souvenir honteux et pénible... Il appartient maintenant aux puissances neutres de juger si une attention suffisante a été donnée à leur conseil. Nous les faisons juges entre les deu.v puissances belligérantes. Pour ma part, je les remercie de l'appui qu'elles m'ont accordé dans mes efforts pour rendre à mon pays les
GUERRE DE FRANCE
bienfaits de la paix, de la paix qu'il a perdue, non par sa faute, mais par celle d'un gouvernement dont l'existence a été la seule erreur de la France.
Peu d'exemples dans l'histoire montrent aussi clairement combien la morale est distincte de la religion. Voici Bismarck et le roi de Prusse, hommes supérieurs par l'intelligence et l'instruction, sincèrement pieux, religieux jusqu'au mysticisme, et pourtant le sens moral semble leur avoir fait défaut. Lorsque Bismarck a osé dire : « La force prime le droit », ce n'était point un mot à effet, une bravade, c'était le fond même de son âme vile qu'U étalait avec le cynisme de l'inconscience. Il était d'ailleurs approuvé par son roi. Gomme dit un proverbe oriental : « C'est par la tête que le poisson pourrit. » Ces imprévoyants ambitieux n'ont pas vu les conséquences que d'autres tireront bientôt de leur maxime, négation de toute civilisation et de tout ordre social. Ils ont abaissé pour longtemps le niveau des âmes, mais leur caste le paiera. Quand les classes dirigeantes enseignent de tels principes, elles oublient que la plèbe a pour elle le nombre et la force et qu'elle commence à s'en apercevoir. C'est au nom de cette belle doctrine qu'elle s'emparera des pouvoirs et des biens que détiennent injustement les privilégiés.
Voici quelques passages de la circulaire adressée dès le 6 septembre par Jules Favre à nos agents diplomatiques :
... Nous avons défendu énergiquement la politique de la paix. Nous y persévérons avec une conviction de plus en plus profonde... Notre cœur se brise au spectacle de ces massacres d'êtres humains dans lesquels
guerre de France
disparaît la fleur des deux nations, qu'avec un peu de bon sens et beaucoup de liberté on aurait préservées de ces effroyables catastrophes.
Nous avons hautement condamné la guerre, et, protestant de notre respect pour le droit des peuples, nous avons demandé qu'on laissât l'Allemagne maîtresse de ses destinées. Nous étions convaincus que les forces morales assureraient le maintien de la paix. Mais, comme sanction, nous réclamions une arme pour chaque citoyen, une organisation civique, des chefs élus ; alors nous demeurions inexpugnables sur notre sol.
Le gouvernement impérial, qui avait depuis longtemps séparé ses intérêts de ceux du pays, a repoussé cette politique. Nous la reprenons avec l'espoir qu'instruite par l'expérience, la France aura la sagesse de la pratiquer.
De son côté, le roi de Prusse a déclaré qu'il faisait la guerre, non à la France, mais à la dynastie impériale. La dynastie est à terre. La France libre se lève.
Le roi de Prmsse veut-il continuer une lutte impie qui lui sera au m.oins aussi fatale qu'à nous? Veut-il donner au monde du dix-neuvième siècle ce cruel spectacle de deux nations qui s'entre-détraisent, et qui, oublieuses de l'humanité, de la raison, de la science, accumulent les ruines et les cadavres ? Libre à lui : qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire! Si c'est un défi, nous l'acceptons.
Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses. Une pai.x honteuse serait une guerre d'extermination à courte échéance. Nous ne traiterons que pour une paix durable.
GUERRE DE FRANCE
Nous avons une armée résolue, des forts bienpourvus, une enceinte bien établie, mais surtout les poitrines de trois cent mille combattants décidés à tenir jusqu'au dernier.
Après les forts, les remparts, après les remparts, les barricades. Paris peut tenir trois mois et vaincre ; s'il succombait, la France, debout à son appel, le vengerait : elle continuerait la lutte et l'agresseur y périrait.
Les sentiments exprimés par Jules Favre étaient ceux des habitants de Paris. Ses illusions étaient les nôtres.
Les socialistes lancèrent alors cet appel au peuple allemand : (i)
Tu ne fais la guerre qu'à l'empereur, et point à la nation française, a dit et répété ton gouvernement.
L'homme qui a déchaîné cette lutte fratricide, qui n'a pas su mourir et que tu tiens entre tes mains, n'existe plus pour nous.
La France républicaine t'invite, au nom de la justice, à retirer tes armées. Repasse le Rhin.
Sur les deux rives du fleuve disputé, Allemagne et France, tendons-nous la main. Oublions les crimes militaires que les despotes nous ont fait commettre les uns contre les autres.
Proclamons la Liberté, l'Égalité, la Fraternité des peuples.
(i) Au nom des sociétés ouvrières et des sections françaises de l'Association internationale des travailleurs : Ch. Beslay, Briosne, Bachruch, Camélinat, Cliassin, Chemalé, Dupas, Hervé, Landeck, Leverdays, Longuet, Marchand, Perrachon, Tolain, Vaillant.
guerre de France
Par notre alliance fondons les États-Unis d'Europe. Vive la République universelle/
Laissons les hommes pratiques sourire de notre naïveté. Nous supposions, il est vrai, chez nos ennemis un respect de la justice qui dépassait leur mentalité de sauvages. Cette erreur, nous l'avons payée de nos milliards et de notre sang. La circulaire de Jules Favre et l'appel des socialistes n'en manifestent pas moins notre supériorité morale. Devant la postérité, au milieu de nos ruines, cet honneur nous reste : le droit était de notre côté. La sympathie des gens de cœur est aussi une force avec laquelle il faudra compter, et les lâches bombardeurs de Paris apprendront peut-être un jour que le mépris public est un lourd fardeau.
M, de Tiicé à sa sœur
Clermont-Ferrand, i;j sept. jo.
Ma chère amie, je ne sais si ma lettre te parviendra, car on dit que les chemins de fer de Lyon et d'Orléans sont coupés. — Ici nous nous refaisons. Je pense qu'il nous faudra encore une dizaine de jours pour être tout à fait en état, (i)
(i) Noie de M. de Tucé : « Arrivé le lo à Clermont-Ferrand, le régiment en repartit le 28 pour Rouen, où il eut pour mission de former les avant-postes dans la vallée de l'Andelle et la forêt de Lyons. Ce fut pendant que je commandais ce service que, le 29 octobre, je fus nommé Général de brigade commandant provisoirement la division de Rouen. J'y restai jusqu'au 18 novembre, où je fus envoyé à l'armée de la Loire pour prendre le commandement de la première brigade de Cavalerie légère. Je pris part à toutes les opérations de l'armée de la Loire, jusqu'au licenciement qui eut lieu le i3 mars. »
GUERRE DE FRANCE
Il est triste de voir les énormes ressources de notre pays si mal employées : c'est un nombre immense d'hommes que l'on met sur pied ; quant à nous, nous en avons beaucoup plus que nous ne pourrons en utiliser. On en dirige une partie sur différents dépôts du voisinage, où ils recevront une instruction plus rapide ; mais tout cela ne fera pas des soldats et n'aura guère de consistance. Il faut des cadres plus solides et l'habitude de la discipline. Si l'on eût levé tout ce monde dès que l'on a voulu faire la guerre, nous n'en serions pas réduits où nous en sommes.
Je n'ai de nouvelles ni de mes bagages, ni de mes chevaux. Je n'en espère pas et en ai fait le sacrifice, ainsi que de mon argent. C'est un peu raide, mais qu'y faire ?
Je m'ennuie pas mal à Glermont. Donne-moi des nouvelles de Paul. Il est probable qu'on ne les éloignera plus de Paris. — Je ne crois pas que les Prussiens attaquent directement Paris ; ils se borneront à couper ses communications et à le bloquer à une distance d'une dizaine de lieues. Ils laisseront faire les Parisiens, comptant bien qu'un parti les appellera pour mettre l'ordre, (i)
Adieu, tout cela est très triste.
Vinoy, par une retraite habilement conduite, parvint à ramener dans Paris dix mille hommes échappés à Sedan. Ducrot, fait prisonnier, trouva moyen de s'évader.
Après son éclatant triomphe, un ennemi généreux et habile aurait loyalement tendu la main au vaincu et proposé une paix honorable. Mais la campagne de France, longuement et savamment préparée, fut pour l'Allemagne une œuvre de jalousie, de cupidité et de haine.
(i) Comme la plupart des militaires de profession, M. de Tucé n'avait confiance que dans une armée régulière.
guerre. — 3
L'INVESTISSEMENT
ABANDON DES POSITIONS EXTÉRIEURES. — LA DÉFENSE. LE GÉNIE AUXILIAIRE. — VIOLLET-LE-DUC, DELBROUCK. CHATILLON. — LE BOURGET. — LE 3l OCTOBRE.
L'INVESTISSEMENT
Abandon des positions extérieures. — La défense. — Le Génie auxiliaire. — VioIlet-le-Duc, Delbrouck. — Chàtillon. — Le Bourget. — Le 3i Octobre.
Dans un remarquable mémoire, (i) VioUet-le-Duc a raconté ce qui fut fait pour la défense de Paris, et, sans récriminer jamais, il a cru néanmoins devoir dire ce qu'on aurait pu faire. Il faut nous souvenir de nos fautes, « les signaler avec la rigueur du chirurgien qui porte le fer dans la plaie gangrenée, connaître les causes qui ont fait commettre ces fautes, afin de les supprimer à jamais s'il est possible ».
Dès les premiers jours de septembre, les habitants des environ» de Paris se réfugièrent précipitamment dans la ville. Véhicules de toute sorte attelés ou traînés
(i) Mémoire sur la Défense de Paris. — A. Morel, éditeur, i8ji. Je compléterai le Journal du Siège par quelques renseignements empruntés au livre de l'amiral La Roncière le Noury, la Marine aa Siège de Paris, Pion, éditeur, i8;2.
le premier siège de Paris
à bras, charrettes pleines de sacs de blé, de légumes, de meubles, de femmes, d'enfants, de malades, se trouvèrent arrêtés aux barrières par des troupeaux de porcs, de vaches et de moutons. L'encombrement était indescriptible et lamentable. L'hospitalité fut généreusement offerte à ces malheureux fugitifs.
On regrette que, dans leur précipitation excessive, ils aient brûlé avant de partir des approvisionnements qui auraient pu prolonger la résistance de Paris assiégé.
Lorsque l'on a un but précis et la ferme volonté de l'atteindre, on ne se laisse pas arrêter par les obstacles, fussent-ils très grands. Les Prussiens ayant résolu de prendre Paris, n'hésitèrent pas à faire venir de lourdes pièces de marine. Si Trochu avait voulu empêcher l'investissemenf, il le pouvait.
L'axiome bien connu : « Toute ville investie et assiégée est prise si elle n'est pas secourue », était-il applicable à Paris ? Oui, certainement, si les défenseurs se renfermaient dans son enceinte et dans ses forts; non, peut-être, s'ils ne s'y fassent pas renfermés, (i)
Le plus vulgaire bon sens indiquait que les Allemands allaient chercher à rétrécir le cercle d'investissement ; les Français devaient faire tous leurs efforts pour l'élargir.
Mais le Gouverneur de Paris ne voyait que les difficultés de la situation :
« La place est mal armée, elle manque d'appro\'isionnements, de poudre, de munitions, de projec-
(I) VioUel-le-Duc.
L INVESTISSEMENT
tiles... (i) Quelques ou\Tages extérieurs ont bien été entrepris aux environs de la ville, mais j'ai eu tant à faire au point de vue politique et militaire, que je n'ai pu m'occuper de ces travaux. La plupart de ces ouvrages ont été négligés, quelques-uns même abandonnés. »
L'armée était pourtant assez nombreuse pour occuper Le Raincy, Avron, Villiers, Montmesly, Choisy, Le Moulin Saquet, Les Hautes-Bruyères, Sceaux, Fontenayaux-Roses, Glamart, Le Plessis-Picquet, Velizy, Meudon, Sèvres, Garches, etc.. Jamais l'armée allemande n'aurait pu investir complètement la place ainsi élargie.
Trochu semble avoir ignoré l'importance stratégique de ces positions. Plus énergique et plus intelligent, le général Ducrot vit bien qu'il fallait à tout prix trouver moyen de s'y maintenir.
Le i5 septembre, cinquante uhlans sont signalés à Glaye, d'autres vers les bois de Bondy, du Raincy et d' Avron.
Arrivés devant Paris, les Allemands n'eurent pas un instant d'hésitation. La place que devait occuper chaque troupe était marquée d'avance. Les positions les plus favorables avaient été choisies; on profitait d'un pli du terrain, de carrières abandonnées formant une défense naturelle et permettant de protéger chaque batterie avec un petit nombre d'hommes. Des rideaux d'arbres ou des murs de clôture rendaient les épaulements invisibles à nos forts.
De notre côté, Ducrot le reconnaît, (2) la plupart des
(i) Tout cela n'était pas exact ; Clément Duvernois avait déjà lait entrer ja.ooo tonnes de farine, 68.000 têtes de bétail, etc.. (a) La Défense de Paris (Dentu iS^S).
le premier siège de Paris
ouvrages entrepris étaient assez avancés au moment de l'arrivée des Prussiens, pour qu'il fût possible de les mettre promptement en état de défense.
Les forts d'issy, de Vanves, de Montrouge et de Bicêtre sont, il est vrai, beaucoup trop rapprochés de l'enceinte, et la redoute de Ghâtillon, n'étant pas reliée aux forts, pouvait être tournée. Elle fut abandonnée dès la première démonstration offensive et ce fut une faute grave.
Le i8 septembre, Trochu écrivait à Ducrot :
Si nous nous entêtons à garder la position que vous tenez, je devrai penser à assurer votre droite, et j'aurai l'obligation de faire passer le reste du i3^ corps à Meudon et Montretout. Nous aurions alors près de 60.000 hommes en ligne, et tous nos œufs seraient, comme on dit, dans le même panier.
Trochu ignorait-il qu'il pouvait déjà disposer de plus de 300.000 hommes? Il a vu ce qu'il fallait faire, mais il ne l'a pas fait, (i)
La lettre continue :
Il ne me paraît pas que nous puissions prétendre à tenir indéfiniment dans une position contre laquelle l'ennemi pourrait conduire, après sa concentration à Versailles, des masses considérables.
Cette lettre est caractéristique. Le Gouverneur, au lieu de défendre jusqu'au dernier moment ces positions importantes, les abandonne, sous prétexte qu'il ne pourra pas les garder indéfiniment.
(i) Voir plus loin page 4?) note 4-
L INVESTISSEMENT
Le même jour, à midi, nos derniers fils télégraphiques étaient coupés. « Plus de communications, plus de lettres, plus de dépêches, plus de nouvelles. La grande ville était investie. »
Le 19 septembre, au moment où le 17^ régiment s'avançait contre la Garenne de Villacoublay, de jeunes zouaves, engagés volontaires qui voyaient le feu pour la première fois, furent pris de panique. Le général Ducrot arrive au galop, se jette au milieu des fuyards, les interpelle, les menace ; les officiers de son état-major courent après ces hommes entassés comme un troupeau de moutons... On leur barre la route, on les ramène... mais à la vue de nouveaux obus, dont un blesse cinq d'entre eux, ils s'enfuient affolés à travers bois. La plupart rentrent à Paris, criant qu'on les a trahis.
Je les ai vus rentrer, essayant de faire bonne contenance, au milieu d'une foule indignée qui les insultait.
Ce malheureux combat de Ghâtillon eut des conséquences désastreuses ; la principale fut de confirmer Trochu dans sa défiance à l'égard de nos jeunes soldats. Il se trompait. Peu de jours suffirent à les aguerrir ; on verra bientôt ces mêmes zouaves se comporter vaillamment à la Malmaison et à Villiers.
Trochu n'a pas su deviner le plan très rationnel des Allemands. Il avait tout disposé pour une succession de combats contre un ennemi qui aurait forcé le rempart et chercherait à pénétrer dans la ville. La surface entière de Paris avait été divisée en neuf secteurs triangulaires, dont les sommets se réunissaient à la place Vendôme, leurs bases aboutissant à l'enceinte, et chacun d'eux formant un champ de
45 guerre. — 3.
bataille particulier. Or, toutes ces dispositions inutiles devinrent nuisibles.
Le 20 septembre, le général Trochu ordonna à toutes les troupes de se retirer à l'intérieur de Paris.
De cette première faute, énorme, dérivent tous nos désastres. « Il fallait disputer pied à pied les positions qui défendent Paris à ime distance de deux mille à quatre mille mètres, il fallait les fortifier par une suite de batteries et de redoutes s'appuyant réciproquement et reliées par des tranchées ; il fallait agir vite et d'après un plan d'ensemble. » (i)
Le i8 septembre, Jules Favre demanda à Bismarck une entrevue, dans l'espoir d'obtenir une transaction honorable qui eût mis fin à la guerre. Son rôle fut très beau en cette occasion et lui vaudra dans l'histoire l'estime de ceux qui ne sont pas les adorateurs aveugles du succès. Louis Veuillot, le virulent pamphlétaire catholique, conservait assez le sentiment de la justice pour accorder, cette fois, son approbation à un adversaire politique. Il écrivait après l'entrevue de Ferrières ;
« Dans la conception de la démarche, dans la vaillante résolution de l'accomplir sans la soumettre aux incertitudes du Conseil, dans la manière^de la raconter, dans l'art de l'exploiter contre l'ennemi, il y a de l'honnête homme, de l'homme de cœur, de l'homme de talent et de l'homme d'État... Une action si droite et si
(1) VioUet-le-Duc.
L INVESTISSEMENT
vigoureuse, une parole si simple, un art si loyal de mettre en évidence la majesté du vrai, un attendrissement si communicatif, pouvait-on attendre tant d'un tel vieux politique révolutionnaire, académicien et avocat?... Le roi de Prusse ne pouvait en rien nous favoriser autant que par l'étalage de sa brutalité. Il nous avait vaincus, c'était le sort des armes ; il a voulu se donner le plaisir de nous souffleter. Qu'il en écrive à sa reine tout ce qu'il voudra, il ne nous fera jamais croire que Dieu l'avait chargé de cette besogne, et le soufflet lui sera rendu. » (i)
Le 22 septembre, l'ennemi occupe Villejuif. A sept heures du soir, la division Maud'huy sort de Paris pour reprendre les Hautes-Bruyères. Une autre colonne occupe le Moulin-Saquet sans coup férir. (2) On commençait à reconnaître l'importance des positions que Trochu avait si malencontreusement abandonnées.
Au début du siège, le cordon d'investissement s'étendant sur une Ligne de plus de vingt lieues, était très mince, (3) et Paris avait trois armées. (4)
11 fallait jjrofîter de cette supériorité du nombre. L'artillerie de campagne des Allemands était insuffisante pour attaquer nos forts. On n'aurait pas dû permettre aux assiégeants d'installer tranquillement
(i) L. Veuillot. Paris pendant les deax sièges. L. Vives, éditeur, (a) La Roncière.
(3) Il était formé de 122.660 fantassins, 24.325 cavaliers et 622 canons. C'est seulement vers la fin d'octobre que l'armée allemande compta environ 25o.ooo hommes.
(4) Ducrot avec io.5.ooo hommes; Vinoy avec le i3' corps d'armée et 1 15.000 mobiles; Clément Thomas avec i3o.ooo gardes nationaux (ce nombre fut bientôt porté à 3oo.ooo). Enfin comme réserve l'amiral la Roncière le Noury avec l'infanterie de marine et 14.000 marins d'élite,
le premier siège de Paris
leurs pièces de gros calibre sur les hauteurs d'où ils allaient bientôt nous bombarder.
Cependant Trochu ne cessait de répéter que la défense de Paris n'était qu'une « héroïque folie ». Persuadé que nous ne résisterions pas quinze jours, il resta inactif. Son devoir eût été de remettre le commandement aux mains d'un chef plus résolu. L'un des premiers Flourens le comprit, il ne suffisait pas de stimuler ce chef découragé, il fallait le remplacer.
Une autre faute, incroyable chez des Français, contribua grandement à l'insuccès de toutes nos tentatives, aussi bien à Paris qu'à l'armée de la Loire, c'est la lenteur.
Quelques-ims des généraux étaient peut-être affaiblis par l'âge, (i) « Tout arrivait toujours trop tard, ordres, mesures, déterminations, mouvements. » L'armée perdit confiance dans des chefs évidemment incapables. Elle ne marchait plus qu'avec « la certitude de ne pas réussir ». (2)
La garde nationale manquait, il est vrai, de discipline, elle était insuffisamment exercée, mais elle ne demandait qu'à marcher à l'ennemi. Le grand tort de Trochu fut de dédaigner ces troupes improvisées, dont un chef plus hardi aurait su se servir utilement.
11 le reconnaît pourtant, le zèle était extrême. (( Partout, le jour, la nuit, on faisait l'exercice. » Plus de 50.000 hommes montaient la garde sur les remparts.
(i) « On a fourré à notre tête tous les podagres de l'annuaire. Ils ont accepté la responsabilité en s'arrachant les cheveux de terreur, et ont péri par leur propre impuissance beaucoup plus que par l'habileté de leurs adversaires. » Rossel, Papiers posthumes, page ji.
(a) Viollet-le-I)uc.
L INVESTISSEMENT
laissant aux généraux la libre disposition des troupes de l'armée active, postée en dehors de l'enceinte.
Ce fut pour répondre aux vœux unanimement exprimés par la garde nationale que l'on organisa des compagnies de guerre (266 bataillons),
La légion du Génie auxiliaire, dans laquelle je m'étais engagé, était composée d'ouvriers intelligents et courageux, depuis longtemps embrigadés pour les travaux ordinaires de la Aille de Paris : maçons, serruriers, charpentiers, menuisiers, couvreurs, etc.. Cette troupe d'élite était fortement encadrée par des architectes de grand talent et de haute valeur morale, ayant sous leurs ordres des jeunes gens pleins d'ardeur, sortis pour la plupart de l'École des Beaux-Arts.
Au lieu de nous faire monter la garde dans des casernes, n'aurait-on pas dû, dès le premier jour, nous faire travailler en dehors de Paris? Nous frémissions d'impatience dans l'inaction où Trochu nous laissait systématiquement, et je fus simplement l'interprète de mes camarades, lorsque je rédigeai une pétition demandant qu'on nous envoyât aux avant-postes. Cette pétition fut signée par les officiers et sous-officiers du Génie, mais ce fut seulement dans les derniers jours de novembre que l'on consentit enfin à faire droit à notre demande.
La légion du Génie travailla à la défense de Paris sous les ordres de VioUet-Ie-Duc, lieutenant-colonel, (i) Ce savant architecte, historien de génie, dont le « Dictionnaire » reste le plus beau monument élevé à l'art gothique, fut un très remarquable chef militaire. Tou-
(i) Alphand, notre colonel, ne s'occupait guère que de l'administration.
le premier siège de Paris
jours le preinier au danger, doué d'une grande sûreté de coup d'œil, il donnait les ordres nécessaii'es avec promptitude et précision. Nous l'aimions beaucoup, parce que nous sentions en lui une haute intelligence mise au service d'un ardent amour pour notre pays.
J'aurai plus d'une fois l'occasion de citer son « Mémoire sur la défense de Paris ». Immédiatement après la guerre, il a relevé avec soin notre humble travail de fourmis, et aussi les travaux de nos adversaires.
Je ne trouve à ce livre qu'un défaut : l'excessive modestie de l'auteur. Systématiquement, il ne donne aucun nom ; il ne parle jamais de lui, et ne laisse pas même soupçonner la part importante et parfois glorieuse qu'il a prise aux opérations militaires.
Les Allemands se gardaient bien d'attaquer, mais ils bloquaient Paris de plus en plus étroitement, dans l'espoir de le réduire par la famine. Le fameux plan de Trochu consistait à les laisser faire.
Avec les arbres abattus au Bois de Boulogne, nos architectes construisirent d'abord, au Point du Jour, des casemates, des abris blindés, où les soldats devaient trouver un refuge contre le bombardement. Ces baraquements pittoresques ne répondaient qu'imparfaitement à leur but. Il eût fallu les enfoncer dans le sol et les couvrir de masses énormes de terre, dans lesquelles les obus auraient pu éclater sans faire de grands ravages. Aucun chef ne semble s'être douté alors de la puissance des engins employés par l'artillerie moderne.
A côté de nous travaillaient des agents de police et des sergents de ville ; ce voisinage amenait des disputes et des rixes continuelles. Presque exclusivement recrutés en Corse, les policiers de l'empire étaient détestés de
L INVESTISSEMENT
la population parisienne qu'ils avaient tant de fois maltraitée avec brutalité. Nos officiers essayaient vainement de calmer les colères. Seul, le capitaine Delbrouck parvenait à se faire entendre. Ses opinions avancées, le soin extrême qu'il prenait des hommes placés sous ses ordres, sa bonté, sa justice, son courage, en avaient fait l'idole des soldats. Un jour, je le vis s'avancer au plus fort d'une bagarre ; il par-vint à réunir en cercle les hommes de sa compagnie, et, avant de prendre la parole, écouta leurs griefs exposés avec fureur ; « Vous avez raison, dit-il, de détester ces policiers de l'empire», et il les traita très durement, se conciliant ainsi les esprits; puis, par un magnifique mouvement d'éloquence, montrant à l'horizon, sur les hauteurs voisines, l'ennemi construisant ces batteries qui allaient réduire en poudre nos maisons, massacrer nos femmes et nos enfants : « Voilà ce qu'il faut voir, oubhez tout le reste. » Sa voix, faible pourtant, avait un tel accent de conviction, une telle force de sympathie, que la colère tomba comme par enchantement. Merveilleux effet de l'éloquence ! L'orateur avait amené ceux qui l'écoutaient à penser comme lui.
La Commission des barricades encombra de la façon la plus fâcheuse les voies par lesquelles nos troupes devaient passer : « Opposer des barricades à un ennemi qui vous envoie des obus de i8 centimètres à la distance de 7.500 mètres, cela serait risible, si dans cette lugubre histoire, il y avait place pour un sourire. » (i)
(I) Viollet-le-Duc.
le premier siège de Paris
Pendant toute la durée du siège, les matelots furent employés avec nous aux travaux du Génie ; nous avons pu apprécier leur discipline et leur courage. Six de nos forts, Romaln^^.lle, Noisy, Rosnv, Ivry, Bicêtre, Montrouge et les deux batteries de Saint-Ouen et de Montmartre furent, dès le principe, exclusivement confiés à la marine, (i)
Construites depuis longtemps, nos fortifications ne pouvaient résister à la puissance des nouveaux canons. Pour les renforcer, on y plaça des sacs à terre sur une épaisseur de trois mètres. Cent mille grands sacs avaient été achetés en Angleterre, avant l'investissement. Quatre wagons blindés, portant chacun deux canons, étaient armés par des marms.
Une flottille, primitivement destinée à opérer sur le Rhin, fut expédiée à Paris, dès que le contre-amiral Exelmans se trouva bloqué dans Strasbourg.
7 octobre. — A onze heures et demie du matin, Gambetta, accompagné de Spuller, quitte Paris par le ballon V Armand Barbes. Il arrive à Tours le surlendemain.
g octobre. — Le \'ice-amiral La Roncière félicite les troupes qui ont exécuté la veille une opération sur Bondy. Il exprime sa confiance dans le succès des entreprises destinées à élargir le cercle de notre action.
La ligne des forts de TEst est aujourd'hui reliée par des chemins couverts jusqu'au delà du fort de Nogent. « M. VioUet-le-Duc, à la tête d'ouvriers auxiliaires du Génie, a concouru très efficacement à ces travaux. »
(i) On avait fait venir des ports i83 canons de o m. i6 et a3 de o m. ig dont les portées vont jusqu'à 6.5oo et j.ooo mètres.
L INVESTISSEMENT
II octobre. — Chaque jour, l'enneini renouvelle ses tentatives d'espionnage. Aujourd'hui, à Auteuil, un poste de pompiers a arrêté pendant la nuit un homme déguisé en vieille mendiante. Cet homme s'est empoisonné en arrivant au poste du quartier général. Le -docteur Tardieu constate l'empoisonnement.
i3 octobre. — Bagneux est pris par nos mobiles qui s'y établissent solidement. « Vers onze heures, la lutte était partout à notre avantage, quand l'ordre de cesser le combat fut apporté. » (i)
Le Gouverneur, dans un ordre du jour, félicita les troupes qui toutes s'étaient comportées avec le plus grand entrain.
Pourquoi les positions conquises furent-elles abandonnées? Bien mieux que les Allemands nous pou\-ions envoyer constamment de nouveaux renforts à nos soldats épuisés.
Le 16 octobre, Trochu affirmait que l'enceinte de Paris était devenue inabordable ; il rendait hommage à l'ardeur des citoyens qui réclamaient le combat, mais il ajoutait avec un regrettable orgueil : « M'inspirant des devoirs et des responsabilités que personne ne partage avec moi, je suivrai jusqu'au bout le plan que je me suis tracé, sans le révéler. »
Ce fut seulement pour donner une apparente satisfaction à l'opinion publique qu'une sortie sans but fut tentée le 21 octobre. L'élan de nos soldats fut tel qu'il y eut un instant de panique à Versailles. Guillaume
(i) Ducrot, page 339.
te premier siège de Paris
l'avoue dans une dépêche à la reine Augusta. Pourquoi nos troupes ne furent-elles pas soutenues ? Pourquoi reçûmes-nous l'ordre de battre en retraite ?