‹ Cahiers de la quinzaine (volume 5)Chapitre 7 sur 33 · VII. — 1869-1870 III · texte numérisé non relu

VII. — 1869-1870 III

CORRESPONDANCE DE J. NICOLE AV'EC PAUL M

Table de ce cahier 127

Nous avons donné le bon à tirer après corrections pour dix-huit cents exemplaires de ce premier cahier et pour quatorze exemplaires sur whatman le mardi premier août igii.

Le gérant : Charles Péguy Ce cahier a été composé et tiré par des ouvriers syndiqués Julien Crémieu, imprinieui-, n et i5, rue Pierre-Dupont, Suresnes. — 5954

Landct. — i

un nouoeau théologien

M. Fernanû Lauclet

Le Bulletin des professeurs catholiques de l'Université,/)a6/jcaiion mensuelle, première année, abonnement six francs par an, Joseph Lotte, professeur au Lycée, I, rue Daniel, Coutances, Manche, dans son numéro y, du 20 juillet igii, a publié le communiqué suivant. Nous le reproduisons intégralement. Nous changeons seulement les numéros des paragraphes, pour les faire entrer dans notre comptabilité générale. Nous avons rétabli quelques paragraphes et fragments de paragraphes supprimés du Bulletin au dernier moment pour obéir aux nécessités de la mise en page.

Laudet, — i.

Contances, le jeudi 20 juillet igii.

Les quelques catholiques égarés à la Revue hebdomadaire ont lu avec stupeur l'article que M. Fernand Laudet. le directeur de celte revue, a fait paraître, dans son numéro 24, du 17 juin 191 1, contre les vérités essentielles de notre foi.

Cet article est signé François le Grix. Il nous a été impossible à Coutances de savoir si ce nom, totalement inconnu dans les lettres françaises, est un pseudonyme de M. Laudet ou s'il ne s'agirait pas de quelque comparse qui existerait en réalité dans les bureaux de cette Revue. Dans le doute nous continuerons à le nommer M. le Grix.

L'article est dirigé apparemment contre le Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc. Il vise en réalité les propositions les plus fermes de notre théologie.

Ce sera l'honneur de Péguy que l'on ne pourra jamais entreprendre de ruiner son mystère sans se condamner par là-même à entreprendre de ruiner, dans son œuvre , les fondements mêmes de notre foi . M. Laudet, ou M. le Grix, nous en sera un nouvel exemple. Nous n'aurions pas retenu cet exemple s'il ne %'agissadt cette fois-ci d'une revue qui prétend depuis

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quelques années se faire une clientèle dans le monde catholique.

On sait assez que dans les termes mêmes M. Péguy n'emploie pas une expression qui ne soit prise dans le sens le plus rigoureusement et pour ainsi dire le plus techniquement théologique. On n'en saurait dire autant de M. Laudet. L'inexpérience incroyable de son langage aussitôt qu'il s'agit des vérités de la foi rend souvent malaisément saisissables les hérésies dont son article est bourré. Elles n'en sont que plus dangereuses et nous essaierons de les mettre en français.

§ 86. — ... « après le rationalisme blasphématoire de Thalamas, écrit M. Laudet, après les pieuses et laïques exégèses d'Anatole France » ... — Ainsi pour M. Laudet la Vie de Jeanne d'Ai^c de M. Anatole France est une pieuse et laïque exégèse.

Que l'œuvre, ou plutôt que le livre, ou plutôt que les deux volumes de M, Anatole France soient l'œuvre d'un laïque, nul ne le conteste. M. Anatole France n'a jamais émis la prétention d'être un clerc. Qu'est-ce que c'est là-dessus qu'une exégèse laïque, M. Laudet serait peut-être bien en peine de nous l'expliquer. On avait cru jusqu'ici qu'il n'y avait qu'une exégèse, et qu'elle était, ou qu'elle prétendait être scientifique. Et surtout qu'est-ce que c'est qu'une laïque e.xégèse. Et enfin qu'est-ce qu'une exégèse. On nomme généralement exégèse l'établissement et l'interprétation d'un texte sacré. Particulièrement d'un texte sacré antique. Ni des textes en forme de procès-verbaux et d'actes notariés de deux procès ecclésiastiques du commencement ou

M. FERXAXD LAUDET

enfin du premier tiers et du milieu du quinzième siècle ne sont des textes sacrés, ni ils ne sont des textes antiques. L'établissement, la lecture et l'édition de ces textes ne constitue pas proprement une exégèse. Enfin, cher monsieur Laudet, ce n'est point M. Anatole France qui nous a donné les textes des Procès. Michelet les avait lus et Quicherat en a fait du premier coup une édition que l'on peut dire éternelle. Tout ce que l'on peut lui reprocher, quand on travaille dessus, est peutêtre que sa table analytique des matières n'est pas complète.

Mais ne querellons point M. Laudet sur des fautes de français. La propriété des termes n'est évidemment point son fort. Non seulement il trouve que M. Anatole France a fait une exégèse. Mais il trouve qu"il a fait une pieuse exégèse. Nous avons dit souvent que les attaques les plus violentes, les persécutions les plus brutales contre notre foi étaient infiniment moins dangereuses que les tentatives d'insinuation doucereuses. Ou plutôt les attaques violentes, les persécutions brutales ne sont point dangereuses pour notre foi. Elles ne font que de la ranimer. Seules les insinuations, les tentatives de pénétration doucereuses peuvent la corrompre. Dans ce cas particulier nous avons toujours pensé que les diatribes de M. Thalamas étaient infiniment moins dangereuses pour le culte que nous rendons à Jeanne d'Arc et au fond infiniment moins impies que les insinuations précautionneuses de M. Anatole France. Et les insinuations précautionneuses de M. Anatole France elles-mêmes, quand elles nous étaient présentées brutalement par les combistes elles n'étaient pas

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dangereuses. Elles peuvent l'être infiniment quand elles nous sont hj'pocritement présentées comme des piétés par un homme comme M. Laudet, dans une Revue comme la Revue hebdomadaire. Mais ce n'est pas seulement ici une question de quantité, une question de degré. C'est une question de foi.

M. Anatole France est un athée. Nous prenons ici ce mot sans aucune arrière-pensée, sans aucune intention d'injure. Nous ne le prenons que dans son sens propre et pour ainsi dire technique et métaphysique. Le livre de M. Anatole France est le livre d'un athée. La Jeanne d'Arc de M. Anatole France est tout ce que l'on voudra, excepté une sainte et une chrétienne. Et non seulement la Jeanne d'Arc, mais tout le monde qui dans le livre de M. Anatole France entoure cette grande sainte est tout ce que l'on voudra, excepté un monde chrétien.

M. Anatole France est athée et profondément inchrétien. Il a fait un livre athée et profondément inchrétien. Rien à dire à cela. Au moins il est constant avec luimême. Mais qu'ensuite un homme comme M. Laudet, une Revue comme la Revue hebdomadaire endosse pour ainsi dire cette attitude de M. Anatole France et essaye de faire croire à sa clientèle catholique et généralement chrétienne que de l'athéisme et de l'impiété constitue une pieuse exégèse, là est la tentative de détournement des consciences fldèles que nous surveillerons désormais. On essayerait en vain d'excuser un tel abus des mots par l'incapacité d'écrire ou par un excès de flagornerie littéraire. Tout ceci dépasse infiniment la critique littéraire et même la flagornerie politique et littéraire. Il ^ a là un plan que nous ne nous lasserons point da

M. FERNAXD LAUDET

dénoncer. Ce plan éclate dans les autres propositions de M. Laudet.

§ 87. — ce Péguy en arrive à ceci de nous restituer, dit-il, ...la Jeanne d'Arc de notre populaire histoire de France, la Jeanne d'Arc de cf quand nous étions petits », la surnaturelle Jeanne d'Arc, enfin sainte Jeanne d'Arc.

cf Qu'on entende surtout bien que ce n'est pas ici une entreprise historique. Péguy ne raconte pas Jeanne d'Arc. Il ne s'est pas entouré de documents. A-t-il lu seulement les histoires, les pièces du procès ? Je n'en sais rien. Il la représente ; il la ranime, présente au milieu de nous une seconde fois. La légende lui suffit; il ne la critique pas ; il la regarde avec des yeux clairs de Français, et aussi cette vivante empreinte, ce sillon lumineux que Jeanne d'Arc a tracé et qui se lit encore sur tout le pays de France. »

Laissons de côté cette métaphore imbécile de la fin, ce sillon lumineux qui veut se hausser au grand style. Remettons en forme la proposition centrale. Nous disons que cette proposition centrale est tout ce qu'il y a de plus injurieux pour les principes essentiels de notre foi.

Laissons de côté la mauvaise foi avec laquelle M. Laudet attaque l'œuvre de M. Péguy. Si M. Péguy consent de se détourner quelques semaines d'écrire le deuxième Mystère de Jeanne d'Arc, il pourra peut-être engager avec M. Laudet une conversation intéressante. La proposition centrale de M. Laudet est la suivante ;

A' — Il y a l'histoire et il y a la légende, I6

B. — Restituer :

la Jeanne d'Arc de notre populaire histoire de France ; la Jeanne d'Arc de « quand nous étions petits » ; la surnaturelle Jeanne d'Arc :

enfin sainte Jeanne d'Arc ;

ce n'est pas une entreprise historique ; la légende suffit.

en d'autres termes :

C. — Il y a l'histoire et il y a la légende. La légende comprend :

la Jeanne d'Arc de notre populaire histoire de France ; la Jeanne d'Arc de « quand nous étions petits » ; la surnaturelle Jeanne d'Arc ; enfin sainte Jeanne d'Arc.

L'histoire comprend le reste.

§ 88. — Cette proposition centrale de M. Laudet comprend on pourrait presque dire une grosse hérésie historique, et on doit certainement dire la plus grave et la plus injurieuse hérésie en matière de foi.

D. — Hérésie historique. — M. Laudet retire de l'histoire et met dans la légende la Jeanne d'Arc de notre populaire histoire de France. Or M, Laudet nous permettra de le lui dire, il n'y a qu'une Jeanne d'Arc au monde qui soit historique, et c'est la Jeanne d'Arc de notre populaire histoire de France. Et il n'y a qu'une Jeanne d'Arc, ou enfin si je puis dire une catégorie de Jeanne d'Arc au monde qui soient légendaires, et ce

M. FERNAXD LAUDET

sont précisément celles qui sont nées dans les imaginations du Parti Intellectuel, notamment dans la pauvre imagination de M. Fernand Laudet. Nulle Jeanne d'Arc n'est historique, nulle Jeanne d'Arc n'est dans le tissu de la réalité de l'histoire qu'une Jeanne d'Arc profondément et éternellement peuple. A moins que M. Laudet ne croie que ces admirables histoires, la levée du siège d'Orléans, le sacre de Reims, la campagne de France ne soient des événements pour populaire histoire de France.

E. — Infiniment plus grave est l'hérésie en matière de foi. Pour M. Laudet la surnaturelle Jeanne d'Arc, enfin sainte Jeanne d'Arc ne sont pas de l'histoire et sont de la légende. Pour nous chrétiens, disons-le hautement, le surnaturel et la sainteté, c'est cela qui est l'histoire, la seule histoire peut-être qui nous intéresse, la seule histoire profonde et profondément réelle et nous accorderions plutôt que c'est tout le reste qui serait de la légende. Cette hérésie centrale de M. Laudet et de la Revue hebdomadaire que le surnaturel et le saint ne seraient pas de l'histoire et seraient de la légende, (notamment le surnaturel et le saint de l'histoire de Jeanne d'Arc), cette hérésie centrale est tellement monstrueuse que l'on peut dire qu'elle est historiquement la plus grave et qu'elle commande et enferme historiquement toutes les autres. De ces autres, qui sont innombrables, car l'erreur est multiple, nous trouverons quelques-unes éparses, (mais l'une tout particulièrement et comme éminemment scandaleuse), dans l'article de M. Laudet.

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^ 89. — ... la Jeanne d'Arc de « quand nous étions petits »... M. Laudet a l'air de croire que la Jeanne d'Arc de « quand nous étions petits » était particulièrement méprisable. Il faudrait d'abord savoir si M. Laudet est devenu grand. M. Laudet n'a pas l'air de se douter un seul instant que nous devons entendre dans son sens le plus rigoureux et le plus littéral cette parole de Jésus, comme toutes les paroles de Jésus : « Et il dit : « En vérité je vous le dis, si vans ne vous convertissez- point, et ne vous faites point comme ces petits, vous n'entrerez pas dans le royaume des deux. » Matthieu, XVIII, 3 : Et dixit : Amen dico vobis, nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum. Ses disciples venaient de lui demander : « Qui, penses-tu, est (le) plus grand dans le royaume des deux ? » Matthieu, XVIII, i et 2 : 7n illa hora accesserunt disdpuli ad Jesum dicentes : Quis. putas, major est in regno cœlorum ?

Et advocans Jésus parvulum, statuit eum in medio eorum.

A cette heure-là les disciples s'approchèrent de .Jésus, disant : « Qui, penses-tu, est le plus grand dans le royaume des deux ? »

Et Jésus appelant un enfant le plaça au milieu d'eux.

M. Laudet fera donc bien de ne pas trop mépriser la Jeanne d'Arc de « quand nous étions petits ». Ni peutêtre le Jésus-Christ de « quand nous étions petits » .

§ 90. — ... la surnaturelle Jeanne d'Arc, enfin sainte

M. FERNAND LAUDET

Jeanne d'Arc. — Si la surnaturelle Jeanne d'Arc et sainte Jeanne d'Arc sont de la légende et ne sont pas de l'histoire, monsieur Laudet, la communion des saints, la liaison mystique des saints entre eux et avec Jésus le premier des saints est aussi de la légende et n'est pas de l'histoire. Et la vie elle-même de Jésus, l'Annonciation, l'Incarnation, la Nativité, la vie obscure, la prédication, la Passion, la Mort, la Résurrection, toute la vie de saint Jésus, c'est aussi, monsieur Laudet, du surnaturel et de la sainteté. C'est même le même surnaturel et la même sainteté. Alors l'Annonciation, l'Incarnation, la Nativité, la vie obscure et la vie publique, la prédication, la Passion, la Mort, la Résurrection, et le Jugement, toute cette vie de saint, c'est aussi de la légende et ce n'est pas de l'histoire. Monsieur Laudet, c'est peut-être aussi un Jésus pour petits enfants, un Jésus pour notre populaire histoire de chrétienté.

§ 91 . — Laissons de côté cette extraordinaire proposition d'histoire littéraire et de critique littéraire que celui qui raconte ferait de l'histoire et ne ferait que de l'histoire et que celui qui représente ferait de la légende et ne ferait que de la légende. M. Péguy se donnera peut-être l'espace d'exposer à M. Laudet quelques-uns des principes les plus généralement connus de la critique et de l'histoire littéraire. — ... k II ne s'est pas entouré de documents, dit M. Laudet. A-t-il lu seulement les histoires, les pièces du procès? Je n'en sais rien. » — M. Laudet pourrait le savoir. Évidemment Péguy ne s'est point entouré de documents. Mais il a dit vingt fois à quelles sources il avait puisé non seule-

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ment généralement la matière, mais la forme même et la régulation intérieure de ses mystères. Nous savons tous que les sources de Péguy sont les suivantes, et dans cet ordre :

Premièrement le catéchisme (celui des petits enfants, monsieur Laudet) ; dans le catéchisme les sacrements ;

Deuxièmement la messe et les vêpres; le salut; les offices; la liturgie;

Troisièmement les évangiles;

Quatrièmement les Procès;

Cinquièmement seulement et au dernier plan une connaissance historique de la chrétienté française aux onzième, douzième, treizième, quatorzième et quinzième

siècles;

Plongeant naturellement dans sixièmement une connaissance plus générale du christianisme français et du christianisme en général. Ou, pour parler exactement, de la chrétienté française et de la chrétienté en général.

Mais pour M. Laudet ni le catéchisme et les sacrements; ni les offices et la liturgie; ni les évangiles ni la théologie ne sont évidemment des documents. Dont on s'entoure.

§ 92. — M. Péguy a précisé souvent que des trois catéchismes qu'il a(vait) reçus celui qui avait été sa source la plus profonde, (et non pas seulement peut-être pour ses Mystères de Jeanne d'Arc), était le premier

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des trois, celui qu'il avait reçu le plus jeune, le catéchisme de sa paroisse natale, qui était la paroisse Saint-Aignan d'Orléans. Comme le nom suffirait à l'indiquer, c'était une très vieille paroisse de province, pleine de familles pauvres et souvent misérables. Le « catéchisme » était plein d'enfants pauvres et souvent misérables. M. Laudet aimerait certainement mieux un catéchisme pour enfants riches; une religion pour « grandes personnes » ; une paroisse de « bourgeois éclairés » . Il ne peut point pardonner à M. Péguy ce christianisme peuple, directement sorti du peuple. Il aimerait mieux un christianisme plus élégant. Distingué,

§ 93. — M. Laudet est évidemment partisan d'une religion « raisonnable ». — « La légende lui suffit, dit-il; il ne la critique pas ; il la regarde avec des yeux clairs de Français »... — Laissons de côté cet homme qui ne critique pas et en même temps qui regarde avec des yeux clairs de Français. Il ne serait peut-être pas toujours facile d'accorder une métaphore de M. Laudet avec une autre métaphore de M. Laudet. Ainsi pour M. Laudet nous chrétiens nous manquons de critique. Nous ne critiquons pas ce que M. Laudet nomme des légendes. Or nous prétendons au contraire, monsieur Laudet, que c'est le Parti Intellectuel qui manque de critique, et que c'est nous les chrétiens qui en réalité critiquons, qui par la critique même atteignons la réalité la plus profonde.

§ 94. — « Négliger l'histoire, dit M. Laudet, et lui

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préférer la légende, pour nous restituer plus sûrement la vraie Jeanne d'Arc.'... » — C'est la même proposition que nous avons saisie ci-dessus.

§ 95. — ...« L'accusée, la controversée, dit M. Laudet, la discutée, c'est précisément toute Jeanne d'Arc, au moins toute celle qu'il nous est permis de connaître, parce que c'est toute la missionnaire et toute la martyre; et Jeanne ne nous appartient que missionnaire et martyre, de même, dit toujours M. Laudet, de même que le Christ ne nous appartient qu'après le jour où il lui plut de sortir de ses longues années d'ombre épaisse. » — En d'autres termes M. Laudet, nouveau docteur, nous interdit, — (et de quel ton), — de contempler, de nous proposer d'imiter les vertus des saints dans toutes les périodes de la vie des saints qui n'étaient pas des périodes de vie publique. Pour nous interdire de contempler les Vertus de Jeanne d'Arc, la Foi, la Charité, bientôt l'Espérance de Jeanne d'Arc, pour nous interdire d'assister à la grande Procession. Il y avait une grande procession. En tête les trois Théologales

Marchaient. Pour nous interdire de contempler les Vertus de Jeanne d'Arc jusqu'au moment où elle quitta la maison de son père, M. Laudet, doctor novissimus, nous interdit de contempler les Vertus de Jésus jusqu'au moment où il quitta la maison de son père. Voilà ce que notre nouveau docteur fait de l'imitation de Jésus-Christ.

Cette proposition, — que dis-je, une proposition, — M. le docteur ne se contente point de proposition, —

M. FERA'AND LAUDET

ce commandement, cette interdiction superbe est si grossièrement hérétique, elle est si monstrueuse que la lisant on doute d'abord, on est suffoqué. Il faut surmonter cette suffocation. Ou plutôt il faut la garder pour une occasion meilleure. Cette occasion meilleure ne tardera guère. M. le docteur y pourvoira.

Évidemment on est suffotfué de cette assurance extraordinaire. Il faut surmonter cette suffocation. Il faut examiner cette proposition, ce commandement, cette interdiction dans le détail. Jeanne, dit M. Laudet, ne nous appartient que missionnaire et martyre. Nous reviendrons sur ce point en ce qu'il a de particulier à la vie de Jeanne d'Arc. Mais généralement d'abord, et pour ce qui concerne tous les saints, M. Laudet se fait sur la vie des saints, sur la communion des saints, sur les vertus des saints des idées extraordinaires. Il paraît ignorer que des milliers et des milliers, que des centaines de milliers de saints, que des saints innombrables ont gagné le ciel, ont fait leur salut les yeux fixés sur la vie obscure des autres saints, et en eux et par eux en cette vie- obscure et directement sur la vie obscure de Jésus. Mais nous-mêmes ne perdons pas la respiration. Que les injonctions de ce grand docteur ne nous coupent point le souftle. Nous-mêmes précisons :

Nous examinerons ci après ce qui dans les propositions de M. Laudet est particuliei à Jeanne d'Arc. Retenons d'abord ce qui dans ces propositions est général, ce qui atteint Jésus et tous les autres saints.

F. — Premièrement pour nous interdire de considérer

un nouveau théologien

les Vertus de Jeanne d'Arc jusqu'au moment où elle quitta la maison de son père, M. Laudet nous interdit de considérer les Vertus des saints qui n'ont pas eu de vie pubUque. Que deviennent alors, dans le système de M. Laudet, dans la théologie de M. Laudet, les vies, les souffrances, les épreuves, les exercices, les travaux, les Vertus, les grâces, les mérites, les prières de ces innombrables saints, des innombrables saints obscurs. M. Laudet les retranche purement et simplement. Quand on prend de l'hérésie, on n'en saurait trop prendre. M. Laudet exclut, retranche de la communion des saints et de la réversibilité des souffrances, des épreuves, des exercices, des travaux, des Vertus, des grâces, des mérites, des prières ces innombrables souffrances, ces inuombrables épreuves, ces innombrables exercices, ces innombrables travaux, ces innombrables Vertus, ces innombrables grâces, ces innombrables mérites, ces innombrables prières. Il dépeuple littéralement la communion des saints et la réversibilité des grâces. Et l'on peut même dire qu'il les dépeuple de leur peuple le plus nombreux. Car il est évident qu'il y a infiniment plus de saints obscurs que de saints publics. Nous savons de toutes parts qu'il y a eu et qu'il y a d'innombrables saints secrets. Mais nous allons revenir sur ce point. 11 nous suflit premièrement que M. Laudet nie la communion des saints et la réversibilité des grâces dans les parties à beaucoup près les plus étendues de la géographie de la sainteté. Nous reviendrons bientôt sur la profondeur même et sur ce qu'on pourrait nommer la géologie de la sainteté. Nous ne parlons ici, parlant de la sainteté,

M. FERXAXD LAUDET

que de son extension locale, géographique. Nous savons de certain qu'un très grand nombre de saints n'ont pas eu de vie publique et que la Gloire du ciel est la première qu'ils aient touchée.

G. — Deuxièmement pour nous interdire de considérer les Vertus de Jeanne d'Arc jusqu'au moment où elle quitta la maison de son père, M. Laudet nous interdit de considérer les Vertus des autres saints dans les périodes de leurs vies qui n'ont point été des périodes de vie publique. Ainsi, et pour nous en tenir encore à Yextension géographique de la sainteté, non seulement M. Laudet retranche de la communion des saints et de la réversibilité des grâces d'innombrables saints, mais pour le peu de saints qu'il garde, pour les saints publics, des saints publics M. Laudet en retranche encore toute la période de leur vie qui n'a pas été publique. Non seulement M. Laudet dépeuple la communion des saints et la réversibilité des grâces de son contingent géographiquement à beaucoup près le plus nombreux, de son peuple le plus nombreux mais pour le peu de contingent qu'il garde, pour le peu de peuple qu'il garde il dépeuple encore la communion des saints et la réversibilité des grâces d'une bonne partie, d'une grande partie de la vie de ces saints, de toute la partie non publique.

Deuxièmem.ent M. Laudet nie, exclut, retranche de la communion des saints et de la réversibilité des grâces, des souffrances, des épreuves, des exercices, des travaux, des Vertus, des mérites, des prières toutes les saintetés, toutes les grâces, toutes les souffrances,

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toutes les épreuves, tous les exercices, tous les travaux, toutes les Vertus, tous les mérites, toutes les prières des saints publics dans toutes les périodes privées, dans toutes les périodes obscures, dans toutes les périodes non publiques de leur vie.

§ 96. — En résumé, et pour nous en tenir à Vextension comme géographique de la sainteté, M. Laudet nie la comnmnion des saints, la participation, la commune participation, il nie toutes les réversibilités, il nie tout le glorieux (et si souvent obscur) appareil de la sainteté

premièrement dans tous les saints non publics ;

deuxièmement dans toutes les vies non publiques, dans toutes les périodes non publiques des saints publics.

§ 97. — Au cas limite, au cas éminent, au cas premier, au cas suprême il était fatalement conduit à retrancher de la vie de Jésus toute la vie privée, toute la vie obscure, toute la vie non publique de Jésus. Pour une fois il parle français et nous le dit expressément : de même, nous dit-il, de même que le Ghrist ne nous appartient qu'après le jour où il lui plut de sortir de ses longues années d'ombre épaisse. Énumérons un peu, dénombrons ces longues amiées d'ombre épaisse.

Ces longues années d'ombre épaisse, monsieur Laudet, comprennent : (et encore nous ne les épuisons certainement pas) : (il s'en faut) :

la Visitation ; V Annonciation ;

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l'Incarnation ;

lu Xativité :

la Circoncision;

la Purification de la Vierge :

Jésus assis parmi les docteurs ;

enfla et dans son ensemble toutes les trente premières années de la vie de Jésus, Jésus travaillant chez son père, la vie privée, la vie obscure, la vie non publique de Jésus.

Simplement. C'est tout ce qui, dans le système de M. Laudet, dans la théologie de M. Laudet, c'est tout ce qui, de la vie de Jésus, ne nous appartient pas. C'est tout ce qui tombe de la \'ie de Jésus. C'est tout ce que dans la théologie de M. Laudet nous n'avons pas le droit de saisir dans la vie de Jésus. De sorte que M. Laudet retranche du calendrier chrétien, et même de Valmanach des Postes et Télégraphes, tel que le facteur de la République nous l'a donné pour nos élrennes dans le département de la Manche, au moins les fêtes suivantes, (je suis naturellement le calendrier de 191 1) : (et certainement je ne les épuise pas toutes) : (je veux dire que certainement je n'en épuise pas la liste) : (il s'en faut) :

Premier janvier la Circoncision:

6 janvier l'Epiphanie;

2 février la Purification ;

20 mars l'Annonciation;

24 juin la Xativité de saint Jean Baptiste ;

2 juillet la Visitation de la Vierge :

lin nouveau théologien

peut-être le i5 août V Assomption, car l'assomption de la vierge ne paraît pas avoir été entourée, comme dit M. Laudet, d'une grande publicité ;

8 septembre la Xativité de la Vierge :

ai novembre la Présentation de la Vierge;

le dimanche 3 décembre, premier dimanche del'Avent, commencement de l'A vent ;

en décembre tout l'A vent, notamment les quatre dimanches de l'Avent ;

8 décembre l'Immaculée Conception ;

enfin le 25 décembre la Nativité de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Noël, qui est presque la moitié de la liturgie catholique, Pâques étant l'autre pôle. M. Laudet a une liturgie qui exclut, qui retranche Noël. La liturgie de M. Laudet n'est pas moins extraordinaire que sa théologie.

§ 98. — Ainsi troisièmement, à la limite, et c'était son point d'aboutissement fatal, M. Laudet nie de la vie de Jésus tout ce qui précède son entrée en public. Il exclut, il retranche de la communion des saints et de toutes les réversibilités, des grâces, des mérites, des Vertus, des exercices, du travail, des souffrances, des prières, toute la vie de Jésus jusqu'au commencement de sa trentième année. Jusqu'au moment où il quitta la maison de son père. Dans la théologie de M. Laudet les exemples de Jésus, les modèles de Jésus, exemplaria, ne nous appartiennent pas jusqu'au commencement de sa trentième année. Dans la théologie de M. Laudet les prières qu il adressait à son Père jusqu'au commen-

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cément de sa trentième année ne comptent pas, n'entrent pas dans la communion des saints et dans la réversibilité des prières; ce sont des prières qui tombent, qui sont perdues pour nous. Dans le système, dans la théologie de M. Laudet toute la patience, au travail, et à l'existence même, tout le travail, toute cette vie de travail, d'obéissance et d'humilité que Jésus offrait à son Père jusqu'au commencement de sa trentième année n'entre pas dans la communion des saints, n'est pas une vie de mérites; c'est une vie qui ne compte pas, qui n'entre pas dans la réversibilité des mérites; ce sont des travaux, ce sont des obéissances et des humilités qui tombent, qui sont perdues pour nous. Qui ne comptent pas. Qui ne nous appartiennent pas.

§ 99. — Nous pouvons ainsi, nous pouvons à présent mesurer la négation totale, le retranchement total que la théologie de M. Laudet inflige à la théologie jusqu'ici reconnue. Nous pouvons mesurer la négation totale, le retranchement total que la théologie de M. Laudet opère dans la communion des saints et dans la réversibilité universelle. M. Laudet retranche de la communion des saints et de la réversibilité universelle :

Premièrement toutes les vies des saints non publics ;

Deuxièmement toutes les vies non publiques des saints publics ;

Troisièmement et à la limite éminente parmi les saints pubUcs toute la vie non publique de Jésus.

Une conséquence particulière mais culminante est

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que toutes les fois que la liturgie prononce et que nous prononçons ces paroles essentielles, toutes les fois que nous prions Dieu par les mérites de Jésus-Christ nous entendons cette expression comme il faut dans son sens plein, littéral, total, universel, tandis que M. Laudet au contraire les entend dans un sens conditionnel, partiel, tronqué.

§ 100. — En niant la communion des saints et la réversibilité dans les parties que nous avons dites et rangées sous trois chefs, en retranchant de la communion des saints et de la réversibilité les parties que nous avons dites et rangées sous trois chefs M. Laudet a nié en ces trois parties celte face essentielle de la communion qui est ou qu'est l'imitation, il a retranché ces trois parties de cette face essentielle de la communion qu'est l'imitation. Dans le système, dans la théologie de M. Laudet et en partant de la source; en descendant :

Premièrement les saints publics ne doivent point imiter, pour et dans leur vie non publique, la vie non publique de Jésus ;

Deuxièmement les saints non publics ne doivent point imiter, pour et dans toute leur vie, pour et dans leur vie entière, ni premièrement la vie non publique de Jésus, ni deuxièmement et en suite et en imitation d'imitation la vie non publique des saints publics ;

Troisièmement et enfin et généralement nous chrétiens nous ne devons pas imiter et nous pécheurs nous lie devons pas nous proposer au moins d'imiter premiè-

M. FERXAND LAUDET

rement les vertus et la vie non publiques de Jésus; deuxièmement et en suite et en imitation d'imitation les vertus et la vie non publiques des saints publics ; troisièmement et en suite et en fin et en imitation d'imitation d'imitation les vertus et la vie tout entières des saints non publics. Voilà ce que M. Laudet fait de cette expression par les mérites de Jésus-Christ qui est comme ou plutôt qui est l'articulation cardinale de la prière chrétienne et du mécanisme du salut. Voilà ce qu'il fait, voilà ce ^u'il est contraint de faire de cette Imitation de Jésus- Christ et des autres saints qui est le tissu même dont est tissée la vie chrétienne. Il nous le dit expressément et il est conduit à nous le dire, il est contraint de nous le dire : « De même que le Christ ne nous appartient qu'après le jour où il lui plut de sortir de ses longues années d'ombre épaisse. » Nous venons de voir par

quel mécanisme théologique ces longues années d'ombre épaisse, qui selon le docteur Laudet ne nous appartiennent pas sont au contraire partie intégrante et très considérable de la communion et de la réversibilité et font et forment au contraire le point de visée, le point d'application, la surface d'application de la de beaucoup majeure, multo majoris, imitation chrétienne. Nous voulons dire de la de beaucoup la plus grande en extension.

§ 101. — M. Laudet, qui ne travaille évidemment que dans les grandeurs, temporelles, et qui ne se joaeut que dans les somptuosités publiques, paraît ignorer en effet qu'à ne considérer encore que Vextension pour ainsi dire géographique de la sainteté il y a eu et il y a

des milliers et des milliers, des centaines de milliers de chrétiens, — de saints, — des chrétiens innombrables, — des saints innombrables, — qui ont gagné le ciel les yeux fixés uniquement sur ces longues années d'ombre épaisse qui selon M. Laudet ne nous appartiennent pas. Évidemment ces saints peuvent paraître méprisables quand on a l'honneur d'être directeur de la Revue hebdomadaire. Ces saints obscurs sont des saints petites gens. Mais enfin tout le monde ne peut pas être directeur de la Revue hebdomadaire. Et briller dans le monde. M. Laudet paraît ignorer que des milliers de chrétiens, que des milliers de saints, que des chrétiens, que des saints innombrables ont gagné le ciel par la pratique obscure, en pratiquant obscurément les vertus mêmes im,itées, les vertus obscures imitées, les vertus non publiques imitées .v

premièrement et en allant vers la source, en remontant vers la source, premièrement de toutes les vertus, des vertus entières des saints non publics ;

deuxièmemerit des vertus non publiques de la vie non publique, de la période non publique et aussi des vertus non publiques de la vie publique, de la période publique de la vie des saints publics ;

troisièmem,ent et notamment et éminemment dans les saints publics, parmi les saints publics, des vertus non publiques de la vie non publique, de la période non publique de la vie de Jésus et aussi des vertus non publiques de la vie publique, de la période publique de la vie de Jésus.

M. FERNAND LAUDET

§ 102. — Car c'est tout de même trop entrer dans le système et dans la théologie extraordinaire de M. Laudet, dans cette théologie qui coupe la communion en deux, qui en supprime une partie et importante et considérable, qui en abrase, qui en retranche une partie et importante et considérable, et de la communion ellemême et en elle de la réversibilité, et ensemble en elle de l'imitation, c'est trop entrer nous-mêmes dans cette théologie extraordinaire, c'est trop donner les mains nous-mêmes à ce système, à cette théologie discontinue discontinuante que d'accorder, que de laisser poser cette séparation absolue entre la vie publique et la vie privée, même des saints,

premièrement entre des saints publics et des saints privés, non pubUcs;

deuxièmement dans la vie des saints publics entre une vie publique et une vie privée définies, posées comme séparées par une cloison étanche, entre une période publique et une période privée définies, posées comme séparées par une cloison étanche ;

troisièmement dans les saints publics, parmi les saints publics dans la vie de Jésus entre une vie publique et une vie privée définies, posées comme séparées par une cloison étanche, entre une période publique et une période privée définies, posées comme séparées par une cloison étanche. Même pour les directeurs de revue nous savons très bien que la vie privée ne cesse point totalement, n'est point obturée totalement

un nouveau théologien

pendant la vie publique, à l'entrée dans la vie publique, peut-être au contraire. A plus forte raison des saints. A ne considérer que l'extension nous savons très bien que la vie privée des saints, comme des autres hommes, à plus forte raison que des autres hommes, n'est point annulée, réduite à zéro, ne cesse point totalement, n'est point obturée totalement pendant leur vie publique, à leur entrée dans la vie publique, peut-être au contraire. Et à la limite éminente nous savons très bien que la vie privée de Jésus ne cessa point totalement, ne fut point obturée totalement pendant sa vie publique, à son entrée dans la vie publique. Mais quittant la simple extension cette considération nous entraînerait déjà dans la profondeur et dans ce que nous avons nommé la géologie de la sainteté.

§ 103. — Avant d'y entrer et pour épuiser sommairement l'extension et la considération de l'extension M. Laudet paraît ignorer que des milliers et des milliers, que des centaines de milliers d'ouvriers chrétiens ont vécu les yeux uniquement fixés sur l'atelier de Nazareth, que des chrétiens innombrables ont vécu, sont morts, ont gagné le ciel, ont fait leur salut les yeux uniquement fixés sur l'atelier de Nazareth ; que tout atelier chrétien est une image de l'atelier de Nazareth ; que ces ouvriers, que ces pauvres, que ces misérables ne peuplent pas seulement le ciel, monsieur Laudet, qu'ils encombrent littéralement le ciel ; qu'on ne voit qu'eux, dans le ciel ; qu'il n'y en a que pour eux ; que le ciel est plein de ces petites gens ; qu'on voit dans le ciel mfiniment plus de ces petites gens que de directeurs de revue.

M. FERXA-ND LAUDET

De ces petites gens qui n'ont pas une vie publique ; qui par conséquent ne nous appartiennent pas.

Que Jésus, monsieur Laudel, est essentiellement le Dieu des pauvres, des misérables, des ouvriers, par conséquent de ceux qui n'ont pas une vie publique.

Le ciel est un ciel de petites gens.

^ 104. — Que de même que tout atelier chi-étien est une image, de l'atelier de Nazareth de même toute famille chrétienne est une image de la famille de Nazareth ; que de même que tout ouvrier chrétien travaille comme Jésus de même tout père chrétien, toule mère chrétienne aime, instruit, nourrit, élève ses enfants comme Joseph et Marie aimaient, instruisaient, nourrissaient, élevaient Jésus, tout fils chrétien aime, honore, nourrit ses parents comme Jésus aimait, honorait, nourrissait son père et sa mère. Mais les hérésies de M. Laudet sont si nombreuses, son article en est tellement bourré qu'il faut ici que nous nous ressaisissions un peu nous-mêmes et que nous refassions notre compte. L'homme qui nous supprime Noël même, Noël seulement. Il est né, lejiivin enfant, l'homme qui de la liturgie chrétienne et catholique retranche Noël seulement, la liturgie de Noël, qui au peuple chrétien même retranche ses noëls, enfin l'homme qui retranche tout n'en est pas à quelques douzaines de retranchements près. Je commence à croire que nous eussions mieux fait de compter ce qu'il garde. Nous aurions certainement déjà fini.

§ 105. — Historiquement le martyre, j'entends le

u?i nouveau théologien

martyre public, la gloire du martyre public, la mission publique et le martyre public a été donné à très peu d'hommes. C'est un fait. Très peu d'hommes par conséquent ont eu à en connaître, très peu d'hommes ont eu à prendre comme point d'application, comme surface d'application de leur imitation la mission publique et le martyre public de Jésus et des autres martyrs et des autres saints. Innombrable au contraire est la légion des chrétiens et des saints et il faut dire des martyrs qui ont été éprouvés dans le privé, qui n'ont pas été éprouvés publiquement. Or nous savons comme une des propositions les plus fermes de notre foi que Dieu ne fait aucune différence entre les uns et les autres et qu'ils reçoivent les mêmes couronnes. C'est une des propositions les plus fermes de notre foi que les mesures éternelles ne sont aucimement les mesures temporelles ; que ni les récompenses ni les peines ni les couronnements d'aucune sorte ne se mesurent à nos inscriptions temporelles ; qu'un pauvre homme dans son lit, que le dernier des malades peut au regard de Dieu, (et la chrétienté tout entière l'ignorant jusqu'au Jugement), mériter secrètement plus que le plus glorieux des saints. Faut-il renvoyer M. Laudet à la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies. Ce n'est pas seulement la grandeur, c'est le propre de notre foi que la sainteté, que la grâce opère avec un minimum de matière temporelle et même qu'elle n'est jamais si à l'aise et si elle-même que dans le minimum de matière temporelle. Une liaison si parfaite unit le dernier des membres au Chef Couronné que le dernier des malades, dans son lit, est admis à imiter la souffrance même de

M. FERXAND LAUDEÏ

Jésus en croix. Le dernier des malades, dans son lit, imite littéralement, imite effectivement, imite efficacement la Passion même de Jésus, le martyre de Jésus et des autres saints et martyrs. Pascal, monsieur Laudet, est un auteur chrétien au moins égal à M. Anatole France. Pourtant le Sacrifice de la Croix est un sacrifice public, fut un sacrifice public et rien n'est aussi privé, rien n'est aussi non public qu'une misérable maladie qui tient un homme cloué sur son lit dans une misérable chambre. Il faut croire, monsieur Laudet, que la communion chrétienne, que la théologie chrétienne ne tient aucun compte de cette distinction, capitale dans votre théologie, du public et du nonpublic, puisque passant inconsidérément par dessus votre distinction nous avons reçu comme une des vérités essentielles de notre foi que le plus secret des malades imite littéralement la Passion de Jésus, les prières de Jésus, les souflrances de Jésus, les Vertus de Jésus, les mérites de Jésus, participe à la Passion, aux prières, aux souffrances, aux Vertus, aux mérites de Jésus ; que la maladie, les prières, les souffrances, les Vertus, les mérites du plus secret malade d'une part et' la Passion, les prières, les souffrances, les Vertus, les mérites de Jésus d'autre part sont versés au même Trésor.

Que le dernier des malades peut, par une sorte d'affectation à Dieu, de consécration à Dieu, tourner sa maladie en martyre, faire de sa maladie la matière même d'un martyre.

§ 106. — Faut-il ajouter notamment pour Jeanne d'Arc 37 Laudet. — 3

que par une singulière élection, par une vocation éminente, unique peut-être à ce point, elle subit conjointement le martyre secret de la maladie et le martyre public du feu. Nous savons par tous les textes qu'elle était brisée par plus de sept ans de combats intérieurs, par plus de cinq ans de vocation, par un an de bataille, (sans compter les batailles intérieures), par un an de captivité, par six mois de procès quand elle eut à subir la plus dure épreuve.

§ 107. — Si peu d'hommes ont été appelés à la mission publique et au martyre, si la vocation de la mission et du martyre, si la mission elle-même et le martyre ont été donnés à peu d'hommes, en revanche, ou plutôt en dessous nous avons tous reçu la commune mission propre, pour ainsi dire, la commune vocation propre de nous sauver; et notamment nous avons tous reçu la commune loi de travail. M. Laudet lui-même ne l'ignore peut-être pas. Or dans la morale chrétienne et même dans la théologie chrétienne la loi du travail n'a point de base d'appUcation plus sérieuse que le travail quotidien de Jésus dans l'atelier de Nazareth. La loi du travail est une loi, un commandement dans l'ancienne comme dans la nouvelle Loi. Mais combien nouvelle, combien nouveau, comme tout, dans la nouvelle Loi. Dans l'ancienne Loi la loi de travail, le commandement de travail procédait comme toute servitude de la chute d'Adam. C'était un châtiment de justice. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. Jésus endossant pour ainsi dire cette loi et la loi d'humilité en a fait une redevance d'amour. Ainsi est né le Tra-

M. FERNAND LAUDET

vail nouveau. Dès lors des milliers et des centaines de milliers d'ateliers chrétiens n'ont plus été, ne sont plus que des imitations de l'atelier de Nazareth. L'homme aujourd'hui, telle est la loi nouvelle, tel est le statut nouveau l'homme aujourd'hui qui travaille n'est plus un forçat qui fait son temps. L'homme aujourd'hui qui travaille est un homme qvLÏfait comme Jésus, qui imite Jésus. Le travail quotidien n'est plus une peine, il n'est plus uniquement une peine, il n'est plus que premièrement une peine. Il est aujourd'hui une imitation d'un auguste travail quotidien. L'homme qui fait sa journée est bon. Il n'a que ça à faire. Comme tout autre et au premier chef il est sûr ainsi d'imiter Jésus. L'homme qui fait sa journée imite au premier rang Jésus qui faisait sa journée. L'homme, l'ouvrier qui fait sa journée non publique, monsieur Laudet, imite au premier rang Jésus ouvrier, qui faisait sa journée non publique . Dans sa vie non publique. Dans la période non publique de sa vie. Des milliers d'ateliers obscurs, monsieur Laudet, des milliers d'humbles ateliers sont les reflets parmi nous, reflètent, répètent, répètent parmi nous, monsieur le Grix, l'atelier obscur, l'humble atelier de Nazareth. Et ceci est le tissu même et la moelle du monde chrétien. Des milliers et des centaines de milUers d'hommes, monsieur Laudet, d'ouvriers chrétiens n'ont eu que ceci à faire : leur journée ; n'ont eu qu'à travailler tranquillement du matin au soir, les yeux uniquement fixés sur cet humble atelier de Nazareth. Et celui qui n'a quitté l'établi et la varlope que pour se coucher pour mourir est celui qui est le plus agréable à Dieu. Il faut vous faire à cette idée, cher monsieur Laudet, que le ciel

un nouveau théologien

est plein de ces gens-là, il est plein de cette espèce, il n'est pas uniquement plein, cher monsieur, d'aussi gros capitalistes que vous.

§ 108. — M. Laudet est évidemment encore un chrétien pour paroisses riches. L'homme qui de la théologie se contente de nous supprimer, l'homme qui ne nous retranche que le mystère de l'Incarnation, l'homme selon qui, dans le système de qui, dans la théologie de qui les enseignements, les leçons de travail et d'humilité de Jésus tombent, ne nous appartiennent pas, est naturellement aussi celui dans la théologie de qui les obéissances et les patiences de Jésus, les enseignements, les patiences pour ainsi dire pratiques, les leçons d'obéissance de Jésus parallèlement tombent, ne nous appartiennent pas. Si M. Laudet avait quelque idée, quelque connaissance de ce que c'est qu'un christianisme réel et vivant, de ce que c'est que le tissu même du christianisme et plus profondément de ce que c'est que le tissu de la chrétienté même il saurait que la famille chrétienne, qui fait le tissu même, est étroitement imitée de la famille de Nazareth, est étroitement calquée sur la famille de Nazareth. Toute famille chrétienne a les yeux fixés sur la famille de Nazareth. Des milliers et des milliers de familles, chrétiennes, des centaines de milliers, des familles chrétiennes innombrables ont fait leur salut et gagné le ciel, ensemble, en famille, les yeux uniquement fixés sur la famille de Nazareth. Le quatrième commandement, monsieur Laudet, cet admirable commandement donné par Dieu à son peuple sur le Sinaï était tel : Honorez votre père et votre mère,

M. FERXAXD LAUDET

afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera. Tel était le commandement dans la première Loi, le commandement comme antérieur donné, dicté par Dieu à son peuple d'Israël par le ministère de Moïse. Tout en demeurant intacte cette première loi, ce commandement comme antérieur a revêtu dans le monde chrétien, dans la deuxième loi, dans la loi d'amour, dans la loi nouvelle, dans la chrétienté, dans la loi de chrétienté comme une jeunesse et une force nouvelle, littéralement une autorisation nouvelle. C'est qu'en effet un fait nouveau s'est produit pour nous, un fait d'une conséquence et d'une portée incalculable. Une famille modèle a pour ainsi dire fonctionné devant nous sous nos yeux, une famille à imiter. Jésus a revêtu ce quatrième commandement, l'a exercé, et par cela même, par cela seul, (devant nous) le laissant le même, il nous l'a rendu nouveau. Jésus a revêtu, et généralement et dans ce commandement particulier, cette première Loi, l'a exercée, et par cela même, par cela sexil, (devant nous) la laissant la même, la respectant justement, il nous l'a rendue nouvelle. Il s'est passé ceci, pour nous chrétiens, que Jésus a revêtu cette première loi, et dans cette première loi ce quatrième commandement. Elle en a pris, elle en a reçu une jeunesse nouvelle, une nouveauté nouvelle. Un atelier et une famille brillent éternellement devant nous. Si M. Laudet avait quelque idée des mœurs chrétiennes et de ce que c'est qu'une famille chrétienne et de nos habitudes les plus incorporées et des plus anciennes traditions de nos paroisses il saurait qu'il n'y a certainement pas un enfant chrétien à qui on n'ait proposé des milliers de

un nouveau théologien

fois le petit Jésus. Il est vrai que M. Laudet est plein de mépris pour le petit Jésus des petits enfants. C'est aussi le petit Jésus de « quand nous étions petits ». C'est depuis ce temps pourtant, c'est depuis lors que la famille chrétienne a été instituée. Non pas instituée par une loi seulement et par un commandement. Mais instituée par et sur un exemple vivant. Sur un exemplaire, et sur quel exemplaii'e. Depuis ce jour tout père et toute mère chrétienne est une image de Joseph et de Marie, tout fils et toute fille chrétienne est une image de Jésus. Tout père et toute mère est un ou une élève, un suivant, une suivante de Joseph et de Marie, tout fils et toute fille est un petit élève, une petite suivante de Jésus. Les enfants sont littéralement à l'école du petit Jésus. Évidemment c'est très ridicule pour M. Laudet. Mais nous n'y pouvons rien. Jésus a créé pour nous le modèle parfait de l'obéissance filiale et de la soumission dans le même temps, ensemble qu'il créait pour nous le modèle parfait du travail manuel et de la patience. Et il créait ces deux grands modèles ensemble, ces deux grands modèles comme solidaires et ne formant qu'un seul morceau de vie, ces deux grands modèles du tissu même de toute vie chrétienne pendant tous ces trente ans qui dans la théologie de M. Laudet ne nous appartiennent pas.

§ 109. — Je prends un catéchisme au hasard. J'encours immédiatement le mépris de M. Laudet. Je passe outre. C'est encore quelque catéchisme pour enfants. J'encours doublement le mépris de M. Laudet. Je persévère, (parce que je suis courageux). (Et dans mes jours de

M. FERNAND LAUDET

grand courage j'irais jusqu'à affronter le mépris de M. Laudet). C'est le catéchisme du diocèse de Paris; édition illustrée. J'ouvre à la page io4, — leçon VI, — du /F* commandement. Or l'image que je vois en plein milieu du quatrième commandement, en haut de la page io5, c'est naturellement l'atelier et la famille de Nazareth, Jésus enfant, apprenti, travaillant avec son père sous le regard de sa mère qui elle-même travaille. Sous le regard de sa mère elle-même travaillante. L'image porte comme « légende » ces simples mots : « Et il leur était soumis. » Je dois dire à M. Laudet qu'en effet ce catéchisme du diocèse de Paris, édition illustrée, n'est certainement en effet qu'un sqt catéchisme pour petits enfants. Et que ce n'est point là des documents, dont on s'entoure. Qui sait, même, qui sait si ces images dessinées, que l'on voit dans les catéchismes, sont authentiques.

§ 110. — « Et il leur était soumis. » Quelles sont, monsieur Laudet, ces indiscrètes paroles. Est-ce qu'elles ne tendraient pas à nous donner quekjue renseignement sur ces parties de la vie de Jésus qui dans la théologie de M. Laudet ne nous appartiennent pas. Qui se permet de telles indiscrétions. Qui manque ainsi de respect à M. Laudet. Ces paroles, monsieur Laudet, vous ne l'ignorez peut-être point, ne sont pas de M. E. Thomas, vicaire à Saint-Sulpice, auteur de ce catéchisme. Elles sont du vieux Luc. IL 5i. — Et descendit cum eis, et venit Nazareth: et erat subditus illis. Et mater ejus conservabat omnia verba haec in corde suo.

52. — Et Jésus proficiehat sapientia, et aetate, et gratta apud Deum et homines.

5i. — Et il descendit avec eux, et il vint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces paroles dans son cœur.

52. — Et Jésus profitait en sagesse, et en âge, et en grâce auprès de Dieu et des hommes.

Si la vie privée de Jésus ne nous appartient pas, monsieur Laudet, qu'est-ce que ces admirables textes viennent faire dans les Évangiles.

La théologie de M. Laudet fait tomber des pans entiers des Évangiles. Mais nous y venons,

§ 111. — Enfin ou plutôt en outre Jésus n'a pas seulement comme redoublé, il n'a pas seulement consacré, autorisé, couronné même, il n'a pas seulement ratifié, il n'a pas seulement renouvelé le quatrième commandement en revêtant lui-même l'obéissance et la soumission filiale, et erat subditus illis ; il a en outre, il a en fin porté ce quatrième commandement à sa pleine réalisation, à toute sa puissance surnaturelle. Car l'obéissance, la soumission de Jésus à ses père et mère nourriciers, si parfaite en elle-même et d'un si éternel enseignement, n'étaient encore qu'une image temporelle, une représentation charnelle de l'obéissance filiale éternelle, de la parfaite soumission filiale éternelle de Jésus à son Père qui êtes aux cieu.x. L'obéissance, la soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie annonçait, représentait, anticipait l'effrayante obéissance et soumission du Jeudi-Saint.

M. FERNAND LAUDET

39. — Et progressas pusilliim, procidit in faciem siiam, orans, et dicens : Pater mi, si possibile est, transeat a me calix iste : verum.tam.en non sicut ego vola, sed sicut tu.

40. — Et venit ad discipulos suos, et invenit eos dormientes, et dicit Pelro : Sic non potuistis una hora vigilare mecum?

41. — Vigilate,et orate ut non iniretis in tentationem.. Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma.

42. — Iterum secundo abiit, et oravit, dicens : Pater mi, si non potest hic calix transire nisi bibam illum, Jiat voluntas tua.

43. — Et venit iterum, et invenit eos dormientes : erant enim oculi eorum gravati.

44- — Et relictis illis iterum abiit, et oravit tertio, eumdem sermonem dicens.

45. — Tune venit ad discipulos. Et dixit. C'est précisément cet apprentissage de trente ans, cette soumission, cette patience, cette obéissance de trente ans, de tous les jours d'un apprentissage de trente ans, préparatoire, introductoire à la soumission, à la patience, à l'obéissance suprême, à la soumission, à la patience, à l'obéissance du dernier jour que M. Laudet nous retranche comme ne nous appartenant pas.

§ 112. — Il était fatal que M. Laudet remontât jusqu'à Jésus et nous ayant interdit les saints nous interdît aussi Jésus. Il y a dans l'hérésie même une sorte de logique interne ou plutôt l'hérésie même

45 Laudet. — 3.

un noiiçeaii théologien

emprunte la logique intérieure de la théologie. Il y a dans la théologie une telle logique interne, une telle ossature, une telle force de logique, il y a dans la foi une telle logique "\avante, organisée, organique, un tel mouvement et un tel rythme que l'hérésie, qui est comme l'envers et la contrefaçon de la théologie et de la foi, en garde une certaine logique interne qui est pour ainsi dire l'envers, l'empreinte en creux, la contrefaçon de la logique fidèle. Il y a ainsi une force interne d'erreur qui est le creux de la force interne de vérité. C'est donc la communion même des saints, la communion fidèle, qui entraînait, à l'envers et en creux, M. Laudet, ayant nié une partie des saints, à nier la partie correspondante de Jésus. Et cette communion des .saints est si parfaitement et si éternellement liée que le creux même et la contrefaçon de M. Laudet en demeurent liés. C'en serait une preuve de plus, s'il était nécessaire, après tant d'autres. Après tant de preuves. Les saints sont si étroitement liés ensemble et à Jésus dans l'affirmation, si parfaitement, si éternellement, que dans la négation même on ne peut les séparer.

§ 113. — Venant ainsi, conduits ainsi non plus seulement à la simple extension et à la géographie mais à la profondeur et à ce que nous nous sommes permis de nommer la géologie de la sainteté la relation du public au privé dans la sainteté, en matière de sainteté, nous paraîtra être la suivante : que en sainteté, en matière de sainteté c'est le privé qui porte le public et que te public est tout soutenu, tout nourri du privé. En sainteté, en matière de sainteté le public

M. FERNAXD LAUDET

plonge dans le privé, les vertus publiques se soutiennent littéralement, se nourrissent, se recrutent des vertus privées. En matière de sainteté le public vient du privé.

§ 114. — Cette proposition ne laisse aucim doute pour qui connaît un peu les vies de saints. Il ne s'agit point de nier ici la distinction du public et du privé. En sainteté même, en matière de sainteté elle est pertinente. Il faut seulement dire d'abord qu'en général dans tout le monde et qu'en particulier en matière de sainteté cette distinction est presque toujours beaucoup plus précaire qu'on ne nous la fait. Les bords entre le public et le privé sont généralement beaucoup moins coupés, et moins coupants, qu'on ne nous les fait.

§ 115. — Dans la mesure où cette distinction est fondée et où «il est avéré que des saints ont reçu des missions publiques, il est avéré aussi que ce sont des saints particuliers et qui ont reçu des missions particulières.

§ 1 16. — La discrimination entre des saints publics et des saints privés et dans les saints publics entre des parties publiques et des parties privées n'est peut-être point aussi arrêtée qu'on nous la fait. Elle est peut-être beaucoup plus précaire et mobile qu'on ne nous la fait. Mais au sens et dans la mesure où elle est certaine, je veux dire oi^i il est certain qu'elle est, au sens et dans la mesure où elle est constante, où elle est acquise, la rela- 'tion du public et du privé en matière de sainteté s'établit

un nouveau théologien

telle et en ce sens, allant dans ce sens que le public baigne dans le privé, plonge dans le privé. Le public en matière de sainteté (pro)vient du privé. Le public est tout soutenu du privé, tout nourri, tout né du privé. C'est le privé qui est la matière propre, la base d'application, le dessous de la sainteté. C'est le privé qui est la terre profonde. La matière née, la terre natale de la sainteté. C'est du privé que la sainteté vient, naît. C'est du privé qu'elle vient proprement. C'est dans le privé qu'elle se retrempe. C'est dans le privé qu'elle se trouve, et se retrouve, chez elle. C'est du privé que la sainteté croît. Ce sont les saints publics qui sont particuliers et ce sont les parties publiques, les saintetés publiques qui sont particulières. Et ce sont les saints privés qui sont généraux, ce sont les parties privées, les saintetés privées qui sont générales, communes, ordinaires, littéralement qui sont dans l'ordre. Il est avéré, il suffit de connaître moindrement Vhistoire des saints qui ont reçu des missions publiques pour savoir non seulement que ces saints publics étaient particuliers et que ces missions publiques étaient particulières, mais qu'elles ont généralement et même universellement été considérées par ces saints littéralement comme des missions, c'est à-dire comme des envois, pour ainsi dire en mission extraordinaire; extérieure; en dehors; (et non pas seulement en mission particulière); et presque en dehors de l'ordre ; disons le mot, comme des corvées, extrêmement désagréables, qu'il fallait bien faire, parce que tel était l'ordre de Dieu, et qu'il avait ses raisons, mais qui étaient certainement la plus grande épreuve que Dieu pût envoyer à ses saints. Tel était le goût, studium,

M. FERXAND LAUDET

que les saints ont généralement eu pour les missions publiques. Les vies de saints, si M. Laudet en connaissait seulement une, et comme par hasard la vie de Jeanne d'Arc, et en plusieurs points, notamment celui que nous avons dit, la \ie de Jésus, les vies de saints publics sont pleines de résistances pour ainsi dire à la publicité. 11 est avéré que les saints publics ont toujours été remplis d'épouvante à l'idée même d'une mission publique, à la simple éventualité, au seul commandement, à la seule idée; qu'ils ont toujours demandé à Dieu par les mérites de Jésus-Christ et directement et indirectement par les autres saints d'abord et longtemps et vivement et profondément et quelquefois violemment de ne pas être chargés de ces missions, ensuite qu'ils ont toujours demandé par les mêmes mérites pour ces objets propres, pour ces missions extraordinaires des secours extraordinaires; car ils se sentaient comme dépaysés, désaxés dans ces missions publiques; ils s'y sentaient hors de leurs mœurs mêmes, (Jeanne d'Arc l'a senti et dit avec une acuité de vision admirable) ; ils s'y sentaient dans un très grand danger; in maximo periculo et dans une épreuve extraordinaire; ils s'y sentaient hors de leur place et comme provisoirement détachés, provisoirement délégués ; ils s'y sentaient affectés, extraordinairement et comme provisoirement appliqués à un métier, à un office qui n'était pas le leur; ils s'y sentaient hors de leur matière, hors de leur métier, hors de leur office; ils y étaient en délégation ; ils y redoublaient de prières. Nous savons par tous les exemples et par tous les textes qu'ils y redoublaient de sacrements. Notamment qu'ils y usaient non seulement de la communion

un lionceau théologien

fréquente, mais de la communion quotidienne. Jeanne d'Arc, très notamment. Ils s'y sentaient exposés.

Et ils ne demandaient, par les mêmes mérites, généralement qu'à en être déchargés.

Ainsi la mission publique, la vie publique, la partie publique de la vie ont toujours été considérées par les saints qui en ont eu littéralement comme des missions, comme des envois, comme des départs, d'où ils ne demandaient qu'à revenir; non pas peut-être comme des essais; mais comme des épreuves extraordinaires, comme un métier où ils étaient gauches et non dressés, pu par conséquent il fallait notamment redoubler d'humilités.

§ 117. — Dans cet embarras, dans ce désarroi, dans cette détresse ils ne faisaient point seulement appel à la prière et aux sacrements : ils se rabattaient pour ainsi dire sur la vie privée, avec laquelle ils étaient liés, restés liés, avec laquelle ils étaient (plus) familiers, avec laquelle ils se sentaient (plus) rassurés, et c'était pour ainsi dire et même littéralement avec la vie privée qu'ils faisaient de la vie publique. C'était littéralement avec la vie privée, qu'ils connaissaient, qu'ils faisaient la vie publique, qu'ils ne connaissaient pas. C'est des vertus de la vie privée, des vertus familières, familiales, des vertus relativement faciles, petites, aisées, connues, portatives, in manu, sous la main, qu'ils bourraient la vie publique, qu'ils inventaient, qu'ils forgeaient, qu'ils improvisaient, qu'ils formaient, qu'ils faisaient, qu'ils obtenaient les vertus publiques, les vertus de la vie publique. De cette matière qu'ils connaissaient, la vie privée, les

M. FERNAND LA.UDET

vertus de la vie privée, ils tiraient, ils élaboraient, ils obtenaient, non point même par imitation, mais par extension, par application, par délégation cette matière qu'ils ne connaissaient pas, la vie publique, les vertus de la vie publique. Ce n'est point au hasard et par un caprice des mots, c'est par une logique interne la plus profonde du langage même que la patience est la vertu de \dt. passion. Les saints chrétiens, les saints publics étaient éminemment des hommes, des saints, des appelés, vocati, qui pour se garantir dans l'extrême danger de missions extraordinaires y portaient d'abord, commençaient par y transporter les vertus ordinaires, usuelles, les vertus de tous les jours, familières, les vertus à la main, virtutes manu factas.

§ 118. — Il ne fait aucun doute et les saints le savaient bien qu'il y a une sorte d'accointance propre entre la sainteté et la petite vie, une convenance particulière, propre, un goût de la grâce pour le secret, pour la vertu secrète, une accointance de Dieu pour l'humilité (non pas seulement pour l'humilité du coeur, mais pour l'humilité de la situation même, comme garantissant, comme enregistrant temporellement, comme inscrivant temporellement l'humilité du cœur) une accointance propre de Jésus pour les pauvres et les misérables et les humbles et les obscurs et les non publics. Tous les Evangiles regorgent d'une tendresse propre de Jésus pour les non-publics. Tout le monde sent bien que les pauvres et les obscurs sont les favoris dans le royaume de Dieu. Ça en serait presque injuste, s'il n'était loisible à tout le monde d'être pauvre. Les

Si

un noiiçeau théologien

saints le sentaient bien, les saints l'ont bien compris qui devenus saints publics, envoyés en missions publiques, c'est-à-dire en missions extraordinaires, se sont toujours un peu considérés comme éloignés de la cour.

§ 119. — Les saints y pourvoyaient joremiéremeni en portant, en transportant la vie privée jusqu'en vie publique, les vertus de la vie privée jusqu'en vertus de vie publique, en prolongeant, (il ne faut même pas dire en augmentant, en accroissant, en agrandissant), en prolongeant simplement la vie privée et les vertus de la vie privée en vie publique et en vertus de la vie publique sans l'ombre d'une interception. Par le ministère et dans la personne de ces saints les vertus privées étaient promues, prolongées vie et vertus publiques, devenaient vertus publiques, étaient continûment prolongées vertus publiques, par le ministère et dans la personne de ces saints les vertus privées recevaient en matière publique leur application pleine et directe. Les vertus publiques étaient les vertus privées elles-mêmes, devenues publiques, prolongées publiques, les mêmes devenues publiques. Un homme comme saint Louis était un homme, un saint qui gouvernait le royaume de France exactement, directement, rigoureusement comme un bon père de famille gouverne sa maisonnée, comme un père de famille chrétien gouverne sa femme et ses enfants, — sa maison. — C'est dire que dans la théologie chrétienne, dans la réelle chrétienté le gouvernement de la maison de France est directement imité du gouvernemeut de cette maison de Nazareth qui selon M. Laudet et dans la théologie de M. Laudet ne nous appartient pas. Mais

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peut-être que le roi de France n'est pas un assez grand personnage, peut-être que saint Louis des Français n'est pas un personnage assez public pour M. Laudet.

§ 120. — Deuxièmement les saints y pourvoyaient en vivant, en continuant de vivre leur vie privée tout au travers, tout en dedans, tout en dessous de leur vie publique. La vie chrétienne est organisée de telle sorte, (et M. Laudet est le seul à l'ignorer), que quelles que soient les destinées publiques, quelles que soient les vocations publiques d'un chrétien le tissu même de sa vie privée n'en reçoit aucune altération, aucune atténuation, aucune diminution d'aucune sorte. Aucune atteinte. A quelques destinées, à quelques missions, à quelques vocations publiques qu'un chrétien soit appelé, il reste toujours chrétien, il vit toujours chrétien, sa chrétienté privée, sa vertu privée est toujours la même, a toujours à s'exercer aussi pleinement, aussi la même. La vie privée court sous la vie publique, entretient, soutient, porte, supporte, nourrit la vie jDublique. Les vertus privées courent sous les vertus publiques, entretiennent, soutiennent, portent, supportent, nourrissent les vertus publiques. Les saints publics, faisant du public, ne sortent pas du privé. Le privé est le tissu même. Puhlica, les missions publiques ne sont jamais que des émergences, des éminences. Les vocations publiques, les missions publiques ne sont jamais que des îlots ; et c'est le privé qui est la mer profonde. Il y a une liaison secrète, une affection secrète de la grâce pour le secret, pour la petite vie, pour la vie secrète, pour les petites gens. Les saints le savent bien, les saints le sentent

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bien, et c'est pour cela que les saints publics restent en liaison constante avec la vie privée, avec la petite vie. En double liaison, premièrement en liant leur vie publique à leur vie privée, leurs vertus publiques à leurs vertus privées en telle sorte que cette vie publique n'est que cette vie privée continûment prolongée, et que ces vertus publiques ne sont que ces vertus privées continûment prolongées, la même, les mêmes, deuxièmement en liant leur vie publique à leur vie privée, leurs vertus publiques à leurs vertus privées en telle sorte que cette vie publique plonge perpétuellement dans cette vie privée, que ces vertus publiques plongent perpétuellement dans ces vertus privées. La vie privée, les vertus privées sont pour le saint public la réserve perpétuellement présente, où il plonge perpétuellement. Quand nous voyons les saints publics se retrancher perpétuellement dans le privé, rentrer à chaque instant, se retirer à chaque instant en arrière dans les humilités du privé, faire retraite, ne croyons pas que ce retour, que cette revenue en arrière est pour eux un exercice d'humilité, qui leur coûterait. C'est le contraire. C'est la mission publique qui leur coûte et au contraire c'est sur la vie privée, c'est sur les vertus privées qu'ils se rabattent. D'eux-mêmes. Pour se rassurer. Pour prendre appui et pour prendre nourriture. Quand nous les voyons se rabattre ainsi constamment sur la vie privée, sur les vertus privées, ne croyons point que ce soit un exercice, qu'ils s'imposent, qu'ils s'infligent, des épreuves, des expiations, pour payer leurs grandeurs. C'est au contraire par une retombée naturelle, surnaturelle naturelle, qu'ils reviennent, qu'ils retombent, qu'ils retournent

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dans le privé. Quand on les voit dans toutes les vies des saints retourner aussi opiniâtrement dans le privé, dans les vertus privées on serait tenté de croire qu'ils y chercheraient un exercice, comme une expiation, une compensation d'humilité (s) à leurs grandeurs. Au contraire c'est alors qu'ils suivaient la pente. Ils revenaient faire dans le privé une reprise du courant de la grâce. On pourrait presque dire, on peut dire que la tentation était au contraire pour eux de rentrer dans le privé, de replonger dans la petite vie. La tentation était de fuir ces missions extraordinaires, ces missions extraordinairement périlleuses. De se cacher, de se terrer dans la petite vie. Loin que la vie privée, loin que les vertus privées fussent pour les saints publics un exercice, une épreuve, c'est au contraire la vie publique, c'est la mission publique qui était l'épreuve entre toutes, et c'est la vie privée, les vertus privées, la mission privée, la commvme mission privée, la retraite, le silence, le secret, l'ombre, le coin, le jardin de la grâce, la petite vie qui était l'asile où ils retombaient. Les missions publiques faisaient jouer l'obédience. Les douces missions de la vie privée ne faisaient jouer que le reposement.

§ 121. — Le peuple chrétien le sentait si bien, justes et pécheurs en communion avec ses saints le peuple chrétien le savait si bien que c'est pour cela que ce qu'il demandait à ses saints, à tous ses saints et notamment à ses saints publics c'était au premier chef, soit pour la totale part, soit pour la plus grande part, d'abord les vertus privées ; d'abord la vie privée. Un saint n'était saint que si le tissu même de sa vie était sainte, que si

sa vie quotidienne était sainte, que si sa vie privée était sainteté. Ensemble c'était cela d'abord que le peuple chrétien demandait à ses saints et c'est cela d'abord, c'est cela en dessous que les saints savaient bien que leur peuple d'abord leur demandait. Car c'était cela le premier, et le commun, et la nourriture et la grâce. C'était cela le connu, le rassurant, le familier, le nourrissant, le gracieux. Un saint public qui rentrait dans du privé était un saint qui se rassurait. Cela est particulièrement sensible dans toute la mission de Jeanne d'Arc.

§ 122. — C'est pour cela que si M. Laudet avait la moindre idée de ce que c'était réellement que la vie de la chrétienté il saurait que tous les procès d'Eglise ne portent à beaucoup près sur rien tant que sur la vie privée, sur les mœurs privées, sur les vertus privées. Ce que le peuple chrétien demandait avant tout et sur tout à ses saints c'était une vie privée, des mœurs privées, des vertus privées. Eh bien cette demande est en quelque sorte pour nous enregistrée historiquement, inscrite historiquement par ceci et en cette forme, notariée, que les procès d'Église requéraient avant tout et sur tout une vie privée, des mœurs privées, des vertus privées.

§ 123. — Notamment si M. Laudet avait quelque idée, parmi les procès d'Église, de ce que c'est qu'un procès de canonisation il saurait que ce que ces procès, — publics, je pense, — requièrent avant tout du candidat ce sont une vie privée, des mœurs privées, des vertus privées. On demandait avant tout au candidat, — on

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lui demandait officiellement et publiquement, monsieur Laudet, — on lui demande encore, — une vie privée, des bonnes mœurs, des mœurs privées, des vertus privées. On demandait avant tout au saint, — on lui demande encore, — d'être un bon chrétien. On ne lui demandait des choses extraordinaires, quand on lui en demandait, qu'après. — Je suis bonne chrétienne, — le mot terrible de Jeanne d'Arc au Procès, le mot du dernier retranchement, la litanie du dernier retranchement. Ce cri de la dernière agonie, du dernier combat, selon M. Laudet ne nous appartiendrait pas. M. Laudet n'est pas sans avoir entendu parler à la Rei'ue hebdomadaire d'un certain sire de Joinville qui nous a laissé une vie, une histoire de saint Louis. Celte vie est en réalité une contribution (historique) à une enquête, à un procès de canonisation. M. Laudet nous concédera peut-être que saint Louis, roi de France, était un homme public. Alors comment se fait-il que dans cette vie de saint Louis, par le sire de Joinville, il y ait une partie entière, considérable, qui soit de celte vie privée qui censément ne nous appartient pas et que tout le reste du livre soit encore plein de cette même vie privée.

§ 124. — Pareillement et pour ainsi dire parallèlement si M. Laudet avait quelque idée, si M. Laudet avait la moindre idée de ce que c'est qu'un procès d'hérésie, qui est censément comme l'envers d'un procès de canonisation, comme un procès de canonisation en creux, il saurait que dans un procès d'hérésie l'enquête, ou les enquêtes, ne portait sur

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rien tant, n'entreprenait pour ainsi dire rien tant, ne saisissait rien tant, n'atteignait rien tant que la vie privée, les mœurs privées, les péchés privés, les vices privés.

§ 125. — Particulièrement, et notamment, et presque éminemment, (Jésus seul étant éminent), et nommément pour en venir enfin à ce que nous voulions dire, à ce que nous avions à dire de Jeanne d'Arc si M. Laudet avait quelque idée, si M, Laudet avait la moindre idée de ce que c'était que les procès de Jeanne d'Arc, (qui furent, ne l'oublions pas, des procès d'Église, des procès ecclésiastiques), notamment et premièrement de ce que fut le procès de condamnation, (qui fut, ne l'oublions pas, un procès d'hérésie), si M, Laudet avait seulement ouvert son Quicherat, pas le France, monsieur Laudet, le Quicherat, le seul qui ait fait, qui nous ait donné une édition des Procès, il saurait que l'enquête, ou plutôt que les enquêtes portèrent pour une très grande part, et peut-être pour la plus grande part, sur les mœurs, sur la vie privée, sur des allégations atteignant les vertus privées.

§ 126. — De sorte que, — et ce sera notre dernière conclusion sur ce point, — de sorte que ce que M. Laudet nous interdit de considérer dans la vie de Jeanne d'Arc, sa vie privée, ses vertus privées, ses mérites privés, ce n'est pas seulement le modèle et le support et le commencement et la nourriture et comme l'essence de sa vie publique, de ses vertus publiques, de ses mérites publics, mais c'est textuellement ce dont

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le Procès de Condamnation est plein, et ce dont est plein le Procès de Réhabilitation. Le Procès de Réhabilitation consistant à défaire un procès d'hérésie.

§ 127. — Car ce que les tribunaux d'Église, les procès d'Église, les enquêtes d'Église plus ou moins préparatoires ou conflrmatoires demandaient au candidat ou à l'accusé, cet autre candidat, ce candidat à l'envers, ce qu'elles requéraient du candidat ou de l'accusé, ce sur quoi portaient les interrogatoires, c'était généralement, c'était pour une grande part, c'était généralement pour la plus grande part une matière privée.

§ 128. — Or rien n'est aussi public, d'autre part, aussi fait en présence du peuple chrétien, qu'un procès d'Église, un procès de canonisation, un procès d'hérésie, un procès de réhabilitation, des enquêtes ecclésiastiques.

§ 129. — Par conséquent et ce sera sur ce point notre formule dernière ce que les juges d'Église, ce que les enquêteurs d'Église demandaient publiquement, requéraient publiquement, recherchaient publiquement, absolvaient publiquement, condamnaient publiquement, honoraient publiquement c'était précisément généralement la vie privée, les vertus privées, les vices, les péchés privés, les mérites privés, he saint avait constamment à faire ses preuves de pureté privée. On avait généralement à faire contre l'hérétique les preuves d'impureté privée. On peut dire que la méthode ecclésiastique en ces matières consistait essentiellement à

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projeter sur la vie privée le flot de la lumière publique, pour l'édiflcation du peuple chrétien. C'est qu'au fond pour le chrétien, monsieur Laudet, il n'y a point de privé ni de public, tout se passant également sous le regard de Dieu.

§ 130. — Particulièrement c'est pour cela que nous savons que la vie dite privée de Jeanne d'Arc a été l'objet d'enquêtes incessantes, ou plutôt nous savons que Jeanne d'Arc, comme toute personne éminente en chrétienté, et qui se disait envoyée de Dieu, a été dans sa vie dite privée l'objet d'enquêtes incessantes. Publier le privé, c'est le principe même, c'est la méthode ecclésiastique même. Le vieux principe de la confession publique court sous toute chrétienté. Le chrétien dans la paroisse, dans la chrétienté, est toujours le premier chrétien dans la communauté, l'ancien chrétien, le fidèle antique toujours prêt, toujours soumis à la confession publique, à la commune et comme mutuelle confession.

§ 131. — Enquête à Ghinon, enquête à Poitiers en arrivant devers le roi; enquêtes à Paris; enquêtes à Rouen; enquêtes à Domremy et généralement en Lorraine; enquêtes partout et toujours ce n'étaient encore là pour ainsi dire que des enquêtes propres, que les enquêtes officielles, datées, temporaires, partielles et pour ainsi dire fragmentaires. En un certain sens particulières. Mais que sera-ce de cette enquête pour ainsi dire perpétuelle, littéralement perpétuelle que le peuple chrétien poussait sur ses saints aussitôt qu'un saint

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avait commencé d'émerger sous le regard de tous. Pour qui a si peu que ce soit l'idée de ce que c'était que le monde chrétien, pour qui a seulement regardé un peu un texte, j'entends un texte authentique, un procès, une chronique, il est évident que ces saints, à peine signalés, vivaient sous le regard du peuple. Le peuple avait tellement soif d'en avoir, le peuple chrétien, tellement soif d'en trouver. Aussi dès qu'une âme un peu émergente était confusément signalée, averti par un secret instinct, si profond, de troupeau qui cherche son pasteur, tout le peuple chrétien se serrait autour du saint qui venait. Le peuple attendait le saint. Le saint qui montait montait dès lors, vivait dès lors sous le regard de tout un peuple, sous une sorte de surveillance de diilie. Gela est particulièrement sensible dans toute l'histoire de V avènement de Jeanne d'Arc; et aussi, bien que moins apparemment, dans toute l'histoire de son règne, et de sa contestation, et de son martyre, et de sa captivité. C'était une enquête chrétienne continuelle, une publicité perpétuelle, une sorte de jugement commun public latent ambiant anticipant les jugements en forme, anticipant, escomptant le jugement dernier même.

§ 132. — Le saint vivait, comme tel, sous le regard de tous. Une immense attente, une immense attention de communion était sur lui. Le saint tout entier appartenait à tous. Omnibus totus. Tout à tous. Dans ces âges d'une certaine rudesse il y avait même dans le peuple chrétien une certaine gloutonnerie de sainteté. Non pas seulement un certain appétit. Dans les chroniques, dans les textes authentiques le peuple nous

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paraît souvent brutaliser les saints, (comme ensuite il en brutalisait les reliques), pour en retirer pom* ainsi dire de force l'efficace.

§ 133. — « L'accusée, dit M. Laudet, la controversée, la discutée, c'est précisément toute Jeanne d'Arc, au moins toute celle qu'il nous est permis de connaître, parce que c'est toute la missionnaire et toute la martyre; et Jeanne ne nous appartient que missionnaire et martyre. » — 'SI. Laudet n'oublie qu'un point, c'est qu'à Jeanne d'Arc missionnaire et martyre ce que l'on contesta précisément, ce que l'on controversa, ce que l'on discuta, ce que l'on accusa ce fut précisément pour une très grande part, peut-être pour la plus grande part sa vie privée. Le procès de condamnation en est plein. De sa vie privée. Le procès de réhabilitation est plein des histoires de son enfance rapportées par les témoins, — publics je pense, — par les gens de son temps et de son pays.

C'est de cela même que tous les deux procès sont pleins.

§ 134. — Pareillement, éminemment Jésus naturellement ne pouvait enseigner, ne pouvait prêcher que par une prédication publique. On se demande comment il eût pu faire autrement. Prêcher, enseigner autrement. Il ne pouvait parler à son peuple, s'adresser à son peuple que publiquement. Mais qu'est-ce qu'il enseignait ainsi publiquement. Quelle était la matière de son enseignement, de sa prédication publique. La matière de son enseignement, de sa prédication publique était privée. Toutes ces histoires de calebasses, de lampes,

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de boisseau, de veuves, de drachmes, de péagers, de porchers, de bergers, qu'il nommait pasteurs, de bouviers, de vignerons, de publicains, de fermiers, de métayers, de petits cultivateurs, d'infirmes, de vagabonds, de moissonneurs, de centeniers, de Samaritains, d'aubergistes, étaient-elles des affaires publiques, étaient-elles des affaires d'État. La place que tiennent les affaires d'État dans l'enseignement des Évangiles est infime. Les didrachmes, le tribut à César. Cela est presque anormal, cela fait presque tache dans le tissu de cet enseignement. Cela est presque d'un autre ton. Tellement toute la matière de cet enseignement public est une matière privée. Jésus enseigne publiquement à vivre en pauvre, à vivre privément, en homme non public. Littéralement ce que Jésus prêche, à l'extrême rigueur, dans toute la rigueur, dans l'extrême rigueur des termes ce que Jésus enseigne, ce n'est point à vivre comme il enseigne, c'est à vivre comme il enseigne à vivre, là est tout le débat, et il enseigne à vivre précisément comme il vivait lui-même avant de commencer à enseigner. Ce qui re^aent à dire que sa vie privée, telle qu'il l'avait vécue avant le commencement de son enseignement, public, était la matière de son enseignement, devint la matière dont ensuite il fit son enseignement. Ce qui revient à dire que pour Jésus même nous sommes conduits à nous rabattre du public sur le privé. Et il n'est pas étonnant que nous soyons conduits à le faire pour Jésus comme pour les autres saints si ce que nous avons dit de la représentation éminente des saints en Jésus, dans le détail même, correspondait à la réalité mystique.

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§ 135. — Particulièrement Jésus homme public, prédicateur et missionnaire, nous a formellement commandé de vivre comme des enfants. Matthieu, XVIlI-3, sicut parvuli. Les enfants n'étant point généralement des personnages publics, Jésus-Christ lui-même nous rabat ainsi et en ces propres termes, lui-même étant homme et public, sur la vie de « quand nous étions petits ». Enfin si M. Laudet méprise les saints petits, les saints enfants, qu'est-ce qu'il fait de Bernadette. De tant d'autres. Il est constant que la Vierge aime mieux apparaître aux enfants.

§ 136. — Cette représentation des saints entre eux et en Jésus jusque dans le détail, et par suite et avant au premier degré ce parallélisme des saints entre eux et avec Jésus, jusque dans le détail, n'est jamais peut-être aussi saisissante, ne s'impose peut-être jamais à la pensée chrétienne avec une autorité aussi saisissante que dans la considération de l'histoire de la sainteté de Jeanne d'Arc. Nul parallélisme mystique, nulle représentation mystique, d'un saint en un saint, d'un saint en Jésus, n'est peut-être poussée, dans toute l'histoire de la communion mystique, à un degré aussi saisissant que la représentation, dans le détail même, de Jeanne d'Arc en Jésus. 11 faut tenir notamment que les Mystères de M. Péguy ne garderaient point leur propre couronnement si cette représentation mystique cessait un seul instant d'être la grande régulation interne de son œuvre.

§ 137. — Redescendons à M. Laudet. Ce que M. Lau-

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det ne veut pas voir, ce qu'il ne veut pas considérer, c'est que l'on fait quelquefois du public avec du privé, des hommes publics avec des hommes privés, et réciproquement. Les événements publics sont gros, sont nourris d'événements privés, et retentissent indéfiniment en événements privés. Les hommes publics sont gros, sont nourris d'hommes privés, et retentissent indéfiniment pour ainsi dire en hommes privés. Et réciproquement tous ces témoins qui vinrent, qui furent api)elcs de Domremy à Paris ou à Rouen au Procès de Réhabilitation ou à Reims, qu'étaient-ils que des petites gens, des pauvres, des gens privés, non publics, qu'une sorte de grande vocation brusque, une vocation d'ensemble, entraînait tout à coup à faire, à constituer la plus grande action publique, la plus grande opération, la plus grande œuvre publique. Une telle, femme Un tel; une telle, femme un tel, y a-t-il rien de plus saisissant, et vraiment de plus angoissant, que ce défilé de petites gens, que ce chapelet de pauvres et d'ignorants, — (mais ils savent la plus grande science, car ils ont été témoins du plus grand fait), — qui au Procès de Réhabilitation viennent innocemment apporter leur pierre au plus grand monument public, au plus grand monument de l'histoire. Pour moi je ne sais rien de si poignant au monde que les pauvres témoignages, ou plutôt que les témoignages pauvres de ces femmes qui se suivent comme à la procession, une telle, femme une telle, née une telle, de la paroisse de Domremy, les femmes de son âge, si elle avait vécu, qui l'avaient connue petite fille, qui avaient joué avec elle, qui l'avaient vu partir et qui viennent témoigner, apporter ici des histoires

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non pas seulement au tribunal de l'histoire et du public, mais au tribunal du mystique, à un tribunal d'Eglise, au tribunal même de Dieu, sous la foi d'un serment sacré, aussi innocemment, aussi obscurément, aussi ignoramment comme elles témoigneraient sur le pas de leur porte, comme elles raconteraient des histoires au vieux curé du village.

§ 138. — Qui ne voit que c'est cela précisément, — et cela seul, — qui nous donne toute sécurité. Nous avons tellement confiance dans les hommes d'État, dans les hommes publics que nous ne nous sentons pas assurés qu'une histoire est grande, ni surtout qu'elle est authentique, je dis une histoire publique, une histoire d'État, aussi longtemps que nous la voyons fondée sur leurs (seuls) témoignages, et elle-même composée, fondée d'eux ; au moins d'eux seuls. Nous ne nous sentons rassurés au contraire, nous ne voulons qu'une grande histoire ait de la grandeur, et même qu'elle soit authentique, une histoire de mémoire, une histoire publique, une histoire d'État, une histoire d'histoire, que si nous sentons, que si nous savons qu'elle provient directement du peuple. Telle est la confiance que nous avons en eux et dans le public. Nous public, nous peuple, nous ne voulons que du peuple et du privé. Nous voulons qu'une grande histoire soit nourrie directement du peuple. Et une grande histoire profane et à plus forte raison une grande histoire sacrée. La confiance ne règne pas. La confiance aux publics, aux officiels, en définitive aux intellectuels. Nous voulons que toute grande histoire

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procède directement du peuple. Alors, à ce compte seulement nous sommes rassurés, nous la tenons pour bonne. Pour valable. Pour authentique. Non apprêtée, non feinte, non livresque. Non similaire, non imaginaire. Nous nous méfions toujours de ce qui est intellectuel et public, de ce qui vient d'intellectuel et de public, de ce qui est composé d'intellectuel et de public. Cela nous paraît toujours incurablement imaginaire, scolaire. Nous voulons toucher le fond, le rude; le réel. Et nous avons l'impression de ne toucher le fond que quand nous touchons le peuple. Le reste est deuxième. Le peuple seul est premier. Nous ne voulons tenir l'épopée républicaine et impériale pour une épopée authentique que si nous avons les mémoires du capitaine, le témoignage du simple soldat. Ceci pour les héros. Et voici pour les saints. Alors seulement nous nous sentons rassurés. Alors seulement nous croyons que c'est du vrai, plus rigoureusement que c'est du réel. Alors seulement nous en voulons. Nous en voulons bien. Le peuple seul est la terre profonde. Le peuple seul témoigne. Pareillement pour les saints, parallèlement pour les saints nous ne nous sentons rassurés, nous n'en voulons bien, nous n'en voulons que quand ils sortent du peuple et nous sont apportés par le peuple, quand le peuple est là, quand le peuple témoigne, quand le peuple en répond, quand cette vieille femme, qui est mariée, qui a quatre enfants, vient à la barre et dit : Je l'ai bien connue quand elle était petite, avant qu'elle aye quitté le pays. Elle était comme ci, comme ça. Tous les dimanches matins elle allait à la messe. Alors nous la prenons. Alors nous disons ; Ça y est,

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Nous l'avons. Nous y sommes. Nous rions d'avoir enfin un texte. Nous rions de sécurité. Nous voulons que le peuple soit dans le tissu même, dans la texture. Les docteurs n'ont pas seulement la mémoire longue, les docteurs nous inspirent une confiance si modérée qu'aussi longtemps que nous voyageons en leur seule compagnie nous avons cette impression, à laquelle nous avons beau faire, que nous faisons un voyage imaginaire, cette impression de fouler un sol imaginaire. Le peuple seul nous rend la terre. La Sorbonne scholastique à cet égard vaut la Sorbonne sociologique. La Sorbonne du quatorzième siècle est aussi incapable de nous garantir un saint que la Sorbonne du vingtième siècle est incapable de nous garantir un héros. Le peuple seul garantit le héros. Le peuple seul garantit le saint. Le peuple seul est assez ferme. Le peuple seul est assez profond. Le peuple seul est assez terre.

§ 139. — Il faut donc avoir le plus grand soin de noter selon qu'on prend le peuple en extension ou selon qu'on le prend en profondeur. Le peuple en extension fait naturellement le public. C'est même le même mot. Populus, publicus. L'un est le direct adjectif de l'autre. Mais en profondeur au contraire l'adjectif peuple montre bien que toute la force du peuple est dans sou privé.

§140. — Le peuple chrétien, d'ensemble et considéré comme un public, c'est-à-dire le peuple chrétien en e.xtension ne reçoit comme saints (et comme héros) par un secret instinct que ceux qui lui sont garantis, qui lui

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sont donnés tels par le peuple en profondeur, par des témoins peuples, et non pas, nullement ceux qui lui sont donnés tels par les savants.

§ 141. — Nous peuple nous ne commençons de le croire, que celui-ci est un héros, que celui-ci est un saint, que quand ça nous est dit par du peuple, par des témoignages peuples fût-ce à travers des siècles temporels. Tout ce que les docteurs nous racontent est pour nous moins que rien.

§ 142. — Ce qui revient à dire que du public composé de public, constitué de public, appuyé, garanti de public ne nous dit rien qui vaille et nous restera toujours suspect et imaginaire et que le seul public que nous voulons est un public fraîchement, récemment, de novo, premièrement composé, constitué, appuyé, garanti de privé. Ce n'est que diamétralement le contraire de ce que croit M. Laudet. Nous voulons que le héros sorte du peuple, soit du peuple. Nous voulons que le saint sorte du peuple, soit du peuple. Nous voulons que le public sorte directement et immédiatement du privé, soit directement et immédiatement du privé. Soit directement et immédiatement nourri du privé. Que le contact surtout n'ait point été rompu. Nous voulons que le saint sorte et soit de la paroisse. Et nous voulons que ce soit cette vieille paroissienne qui vienne nous l'attester.

§ 143. — M. Laudet croit que l'on ne fait du public qu'avec du public. Que le public est pour ainsi dire

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d'avance du public. Nous voyons au contraire que le public ne prend sa force que du privé, ne vient, ne tient, ne naît, ne croît que du privé. Ne tire sa nourriture que du privé. On ne fait du public qu'avec du privé. Ce public, qui nous appartient, ne se fait qu'avec ce privé, qui ne nous appartient pas. M. Laudet en est choqué. M. Laudet n'en avait pas vu si long. Mais M. Laudet n'a-t-il point entendu dire, (à la Revue hebdomadaire, ce centre de nos informations), que quelquefois on faisait des militaires avec des ci\'ils. Il faut dire à la décharge de M. Laudet que depuis quelque temps en effet on fait surtout des civils avec des militaires.

§ 144. — M. Laudet ne nous permet pas de considérer l'enfance de Jeanne d'Arc ; il prétend que l'enfance de Jeanne d'Arc ne nous appartient pas. Mais lui qui a la superstition de l'histoire sait-il seulement que ces véritables historiens, Quicherat, Siméon Luce, ont en historiens étudié l'histoire de l'enfance exactement comme l'histoire de la mission et du martyre.

§ 145. — Que le public ne puisse être, arriver que par du privé, par le privé, qu'il ne puisse incessamment se faire, se refaire, se renouveler que par du privé, qu'il soit pour ainsi dire et même littéralement en luimême infécond, qu'il ne puisse pas ressortir de luimême, se rafraîchir, se faire, se refaire, se renouveler de lui-même, sortir de soi, naître de soi, qu'il ne puisse pas être de soi, venir de soi et pour ainsi dire de son dedans, c'est ce qui apparaît par toute l'histoire. Par

M. FERNAND LAUDET

et dans toute l'histoire temporelle et peut-être par et dans toute l'histoire spirituelle. Par l'histoire des individus, des familles, des races, des promotions, des peuples, des fondateurs, des générations, par l'histoire des destinations, des vocations des hommes et des peuples, par toute l'histoire de toutes les grandes personnes. Que le public ne puisse se recommencer, se nourrir de soi, qu'il soit frappé à cet égard d'une sorte de stérilité incessante et comme réfléchie, incessamment réfléchie, — (j'entends ce mot de réfléchie en son sens physique comme d'une réflexion organique comparable à la réflexion optique), — que le public ne puisse incessamment (se) recommencer, se nourrir que du privé, qu'il faille toujours reprendre du pied, repartir du pied, non seulement c'est ce qui apparaît par l'événement même, par toute l'histoire des producteurs, des grandes familles et des grandes promotions, des grands peuples et des grands hommes, mais c'est un phénomène qui se présente avec une telle constance, c'est un phénomène ensemble si apparent pour ainsi dire et si profond que l'on peut dire non seulement que c'est une loi historique, — (on demande des lois scientifiques, en voilà une), — et non seulement une loi scientifique, et non seulement littéralement une loi expérimentale, une loi d'expérience, et de la totale expérience même, d'une expérience et de l'expérience universelle, mais que cette sorte de loi si évidente est, fait une des grandes lois de la régulation interne de l'événement même.

§ 146. — Ce qui revient à dire que ce que nous retrouvons ici, c'est cette loi même de l'inscription

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historique si frappante, si saisissante pour tout regard désintéressé, pour tout regard qui veut voir. Loi singulière de l'inscription (historique) temporelle. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que par une sorte, par on ne sait qpielle contamination du temporel, venue du temporel, cette loi reçoit on ne sait quel agrandissement, a obtenu on ne sait quelle survaleur, quel accroissement de portée, quel prolongement d'onne sait quelle inquiétante, quelle mystérieuse domination jus^que dans l'inscription spirituelle. L'histoire n'a aucune considération du public. Ou plutôt elle a considération du public pour éviter constamment d'y renouveler sa source. Elle fait du public. Mais elle ne veut le faire qu'avec du privé. Non pas accidentellement; mais constamment, essentiellement, légalement. Par son procédé même, par sa méthode la plus profonde. Il faudrait presque dire par un processus, tellement cette fois-ci cette méthode présente d'automatisme et presque de mécanisme scientifique. L'histoire ne passe pas où l'on veut. L'histoire passe où elle veut. Des hommes, des peuples, des promotions, des races sans nombre auraient fait des sacrifices inouïs pour être inscrits au livre temporellement éternel. L'histoire passe toujours ailleurs. Et à ceux qui ne voulaient rien elle donne tout. Ce sont toujours ceux qui ne s'y attendent pas, qui n'y pensent pas, qui ne savent pas ce que c'est qui sont frôlés, qui sont touchés, qui sont fauchés de la grande aile. Ce sont ces petites filles de paroisse, ces petites paysannes qui furent les soeurs de Jeanne d'Arc et qui femmes vinrent déposer au plus grand procès du monde après le procès de Jésus. Et ce furent

'SI. FERXAXD LAUDET

ces bateliers, ces pêcheurs, ces péagers qui furent comme arrachés au passage, comme entraîBés, enlevés d'un coup d'épaule, comme raflés par le Fils de Dieu.

§ 147. — De quoi vous plaignez-vous? dit M. Laudet, Je ne vous supprime que le cantique de Siméon, et le cantique de Zacharie, et le cantique de la Vierge, qui est devenu votre Magnificat, et quelques autres, qui ne vous appartiennent pas davantage. Ah j'oubliais. Je vous supprime aussi la moitié de la Salutation angélique, la première moitié, la salutation angélique propre, elle-même, ave Maria, gratia plena, la source et le jaillissement de grâce de votre salutation.

§ 148. — Après cela,à\X. M.Laudet, etcelaétant, etje étant cela il ne me restait évidemment plus qu'à inculper M. Péguy de modernisme. Je n'y ai pas manqué, ce Du mauvais modernisme. » Je savais que cette inculpation, ou que cette allégation, ou que cette injure de modernisme était devenue dans un certain monde une inculpation, une allégation, une injure omnibus, une sorte de passe-partout de la délation. 11 ne me restait donc plus qu'à me faire un peu délateur. D'une certaine délation. Je n'y ai point manqué. Je l'ai fait sournoisement toutefois. J'ai bien marqué que je n'inculpais M. Péguy que de mauvais modernisme. Ah si c'était du bon, n'est-ce pas, je ne dirais pas. Oui, on pourrait voir. On pourrait causer. Nous sommes bons. Nous ne demandons qu'à causer. Mais voilà, ce malheureux Péguj' n'a pas de chance. Il tombe dans un modernisme, "f jtistement c'est dans le mauvais. Gomme ça se

^3 Laudet. — 5

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trouve. Il y a des êtres qui sont bien malheureux. Il est bien malheureux. Enfin nous l'aimons bien.

§ 149. — Monsieur Laudet, monsieur Laudet ne vous frappez pas. Qu'est-ce que c'est que du mauvais modernisme, monsieur Laudet. Il n'y en a point de bon. Et le , vôtre, qui est du modernisme tout court, monsieur Laudet, est forcément et en cela même du mauvais modernisme et du modernisme mauvais. Ecrire ce que vous écrivez, nier, retrancher les principes essentiels de la loi, rompre, retrancher l'ossature même et dedans crier au (mauvais) modernisme, c'est renouveler le coup classique du larron qui crie au voleur. Vous avez raison d'ailleurs. C'est un coup qui réussit toujours.

§ 150. — Vous avez tort, monsieur, je vous assure, dit M. Laudet, vous avez tort de vous fâcher. J'ai bien crié au mauvais modernisme. Je me suis bien fait le délateur de ce mauvais modernisme. Mais je l'ai fait avec tant de réticence ; avec tant de sournoiserie ; retirant d'une main ce que j'avançais de l'autre. En vérité j'y fus contraint. Plaignez-moi plutôt. C'était bien pour le bien de ce Péguy. J'ai tant de dévouement. J'en étais tout chagrin. Je l'ai dit, et l'on peut m'en croire, sur un ton de dignité offensée qui n'a trompé personne, sur ce ton de commisération prude qui donne un avis au pécheur, sur ce ton de hauteur importante, de détachement, d'éloiguement, de ne pas y mettre les doigts, sur ce ton de sévérité qui se plaint elle-même d'être si forcée d'être sévère : ... « enfin, d'un mot qu'il ne me

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platt guère d'employer, du mauvais modernisme. » Ce pauvre enfant, qui ne savait pas, qui n'avait pas l'habitude d'employer ce mot, voilà qu'on l'a forcé à l'employer. C'est encore ce Péguy qui l'a forcé.

§ 151. — Il souffre. Continuons l'inventaire de ce souffrant. Dans une note M. Laudet veut qu'il doive y avoir un Mystère de la foi. M. Laudet abuse. On ne lui demandait pas de la collaboration. Qu'il laisse donc les mystères de M. Péguy s'organiser comme ils voudront. Si M. Laudet savait un peu lire, s'il avait su seulement un peu voir, s'il avait compris si peu que ce fût non pas seulement au mystère de la charité mais à ce dur et tendre quatorzième siècle, et quinzième, mais à cette dure et tendre chrétienté et à toute chrétienté il saurait qu'il n'y a qu'un mystère que nous sommes sûrs qu'il ne puisse pas y avoir, et que c'est, comme par hasard, un mystère de la foi. La question de la foi, de croire ou de ne pas croire, non seulement ne se posait évidemment pas pour une sainte comme Jeanne d'Arc, mais si M. Laudet avait quelque idée, quelque intelligence de ce que c'était que ce peuple de chrétienté il saurait que cette question ne se posait ensemble pas plus pour tout le monde, pour toute cette chrétienté, il faudrait presque emprunter le langage des autres et dire : pour toute celte humanité. Elle n'était point faite comme ça. Elle n'était point d'une nature, elle n'était point faite de manière à douter de croire, à hésiter de croire. Littéralement les pécheurs n'en étaient pas plus tentés que les saints. Ce n'était pas leur genre, La tentation de ne pas croire ne devait venir qu'à de tout

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autres mondes, à de tout nouveaux mondes, qui sont précisément les mondes modernes.

§ 152. — Nous arrivons ici au faîte, à ce faite de bassesse, nous atteignons à cette proposition dès longtemps annoncée, qui venait, qui venait, si scandaleusement extraordinaire que tout cœur chrétien en sera révolté dans ses sources les plus profondes. A vrai dire nous n'y parvenons pas encore d'une seule traite. Ce serait trop de courage. Nous n'y parvenons d'abord que par l'étape d'une inquiétude. «... qui n'est peut-être pas plus voisine du vrai, nous dit M. Laudet dans son français si incurablement incertain, que l'inexplicable prédestinée qu'on nous enseignait jadis. » Ou cette inquiétante, ou cette insidieuse phrase ne veut rien dire, ce qui me paraît tout de même un peu difficile, ou qu'est-ce que c'est que cette inexplicable prédestinée qu'on nous enseignait Jadis et qui n'était pas voisine du vrai.

§ 153, — N'en doutons point. Cette inexplicable prédestinée qu'on enseignait jadis à M. Laudet et que AI. Laudet aujourd'hui trouve si peu voisine du vrai, c'est tout tranquillement la Jeanne d'Arc du catéchisme; c'est encore ici le catéchisme qui revient; je veux dire c'est la Jeanne d'Arc comme elle ressort de tout l'enseignement du catéchisme sur les saints. En un mot c'est la légende qui revient sous cette nouvelle forme. C'est encore la Jeanne d'Arc de « quand nous étions petits » . Dans r « inexplicable » français de M. Laudet, voisine veut dire à peu près voisine; vrai veut dire réel; inex'

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plicable veut dire mystique; prédestinée veut dire appelée, élue; commandée, vouée; vocata; on veut dire « les curés », notamment le malheureux curé qui eut M. Laudet dans son catéchisme; nous veut dire nous autres modernes qui heureusement ne sommes plus si bêtes ; nous autres modernes qui enfln ; nous autres qui sommes libérés; enseignait veut dire enseignait; jadis veut dire dans le temps, enfln, vous comprenez, dans les temps d'ignorance.

§ 154. — ... « qui n'est peut-être pas plus voisine du vrai que l'inexplicable prédestinée qu'on nous enseignait Jadis. »... L'inexplicable prédestinée qu'on nous enseignait jadis, je ne sais pas si on saisit bien, dans cette formule où il n'y a pas un mot juste, pas un mot propre, je ne sais pas si l'on entend dans cette formule tout le mépris que l'auteur y a mis pour nous autres imbéciles qui croyons encore au catéchisme et à l'histoire sainte. Jadis surtout est un chef-d'œuvre, dans son genre; et même dans tous les genres. L'inexplicable prédestinée qu'on nous enseignait jadis. Jadis, vous comprenez, c'est dans le temps; dans le temps qu'on était bête; dans la nuit obscure du moyen-âge; dans le temps qu'on allait au catéchisme; qu'on nous enseignait jadis ; qui sait, du temps que M. Laudet lui-même allait au catéchisme (tout le monde a eu ses faiblesses), et croyait peut-être lui-même aux enseignements de son curé. L'inexplicable prédestinée qu'on nous enseignait jadis. — Jadis, mes enfants, c'étaient ces temps ténébreux où des peuples entiers, où des peuples d'imbéciles recevaient dans les dernières des paroisses,

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dans les plus misérables catéchismes, par le ministère des plus pauvres curés, les enseignements de l'Église. — Jadis, mes amis, c'étaient ces temps reculés où le haut esprit de M. Laudet ne s'était point encore ouvert aux lucidités, aux intelligences, aux explications du monde moderne.

§ 155. — Ce qui n'est pas plus voisin du vrai, pour M. Laudet, ou plutôt celle qui n'est pas plus voisine du vrai, — (et encore il y a un peut-être qui donne à entendre que celle qui vient est tout ce qu'il y a de moins voisin du vrai), — c'est tout ce qu'il y a de plus réel pour nous, c'est peut-être ce qui seul est réel pour nous, ce qui au moins pour nous est la source de tout réel, c'est la surnaturelle Jeanne d'Arc, enfin sainte Jeanne d'Arc,

§ 156. — Quand nous disons la Jeanne d'Arc du catéchisme et de l'histoire sainte nous voulons dire de cette sorte de petite histoire sainte de la chrétienté qui accompagnait au catéchisme et suivait l'histoire sainte du peuple d'Israël.

§ 157. — Déjà dans une phrase extrêmement douteuse, de forme et de pensée, (ce qui va souvent ensemble), fort mal écrite, ou plutôt pas écrite du tout, où M. Laudet représentait que M. Péguy « tentait d'enchaîner la chimère... » il semblait bien, sous l'incertitude hasardeuse et sous le goût douteux ou plutôt non douteux des expressions, que la chimère à enchaîner était la sainteté même.

M. FKUXANU LAUDET

§ 158. — Par ces chemins d'incertitude, par ces étapes d'inquiétude et par ces relais douteux nous sommes arrivés enfin; enfin nous gravissons; enfin nous parvenons à ce faîte de bassesse, à cette proposition si scandaleusement extraordinaire que l'on se demande comment cet homme a pu l'écrire. « — Je V imaginais, àXxAXdiÇ, Jeanne d'Arc enfant, je l'imaginais plus naïve. Comment, sans cela, en eût-elle cru ses voix ?

§ 159. — Si on ne voyait pas, si on ne trouvait pas cette proposition imprimée tout de son long dans la Revue hebdomadaire, on n'y croirait pas, on se demande comment elle a pu passer par la tête de son auteur. Elle est si extraordinaire qu'elle en est toute saisissante, proprement toute suffocante, et que tout de suite on voit bien qu'on n'a rien à y dire. Et qu'on n'aura jamais rien à y dire. Quand Jeanne d'Arc entend et voit ses voix, quand une sainte reçoit sa vocation par le ministère d'autres saintes, M. Laudet en conclut qu'elle était naïve. — Je l'imaginais plus naïve. Comment, sans cela, en eût-elle cru ses voi.M?

§ 160. — Cette proposition est si effarante qu'elle porte avec soi son propre commentaire. On est tout bête. On n'a rien à dire. On regarde la phrase comme un idiot. — Je l'imaginais plus naïve. Comment, sans cela, en eût-elle cru ses voix?

§ 161. — Dans cette extraordinaire proposition, tUgne couronnement de tant d'hérésies, apparaît enfin

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la véritable pensée de M. Laudet, ou plutôt le fond de la pensée de M. Laudet. Le fond de la pensée de M. Laudet, disons-le sans fard, c'est que ceux qui croient sont des imbéciles. C'est que de croire c^st bon pour des gens comme nous autres. Mais un grand seigneur, mais un grand, mais un haut esprit comme lui. Pensez donc; le directeur de la Revue hebdomadaire. M. Laudet lui-même. Le fond de la pensée, (s'il est permis de parler ainsi), de M. Laudet lui-même, c'est que de croire c'est bon pour nous autres imbéciles. Que celui qui croit, n'est-ce pas, est toujours un peu sot, entre nous, un peu niais, un peu naïf. Que c'est un bon type. Qu'il faut encourager cela (ou ça), naturellement, pour le monde, oui, pour les femmes, pour les enfants, pour les curés de campagne, pour les petites gens, pour les pauvres, pour les misérables, mais que nous autres, n'est-ce pas, entre hommes, au fumoir... — Eh bien oui, on sait à quoi s'en tenir. On sait faire la part de ce qui est raisonnable.

§ 162. — Tout dans les allégations précédentes nous acheminait à ce fond de la pensée de M. Laudet. C'est là qu'allaient, c'est là qu'aboutissaient ces tentatives, ces échelonnements, ces éclaireurs, ce « rationalisme blasphématoire de Thalamas », (comme si le rationalisme de M. Laudet n'était pas infiniment plus blasphématoire), (dans sa froideur polie et si distinguément méprisante), ces « pieuses et laïques e.xég-èses ». et « notre populaire histoire de France », et « quand nous étions petits », et « surnaturelle » et « sainte », (« enfin sainte Jeanne d'Arc », sainte

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placée ici ainsi comme une sorte de citation, en style indirect, et sur un infléchissement ayant, recevant on ne sait quel singulier ton d'un mépris). (Et enfin placé aussi curieusement, aussi malheureusement). Enfin on n'en sortirait pas, de nuancer le ton du mépris intellectuel de M. Laudet pour les plus profondes réalités de notre foi.

§ 163. — Là se rendaient, c'est là qu'allaient, c'est là qu'aboutissaient ces alignements d'éclaireurs, tant de paroles douteuses, ou malheureusement non douteuses, tant de pensées plus douteuses encore. Tant de paroles véreuses, tant de pensées plus véreuses encore, «r Qu'on entende surtout bien, — (oui on entend, monsieur Laudet), — qu'on entende surtout bien que ce n'est pas ici une entreprise historique. Péguy ne raconte pas Jeanne d'Arc. Il ne s'est pas entouré de documents. A-t-il lu seulement les histoires, les pièces du procès ? Je n'en sais rien. Il la représente; il la ranime, présente au milieu de nous une seconde fois. La légende lui suffit; il ne la critique pas; il la regarde avec des yeux clairs de Français, et aussi cette vivante empreinte, ce sillon lumineux que Jeanne d'Arc a tracé et qui se lit encore sur tout le pays de France. »

§ 164. — Tant de paroles douteuses, tant de paroles véreuses, tant de paroles creuses, tant de cogitations intellectuelles et vaines, cogitationes inanes, tant de tristes annonciateurs. « Négliger l'histoire et lui préférer la légende, pour nous restituer plus sûrement

8l Laudet. — 5.

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la vraie Jeanne d'Arc.'... » — ... (f d'inquiétude, parce qu'un poète était devant moi qui tentait d'enchaîner la chimère... »

§ 165. — Triste cortège, tiistes appai'iteurs. — « L'accusée, la controversée, la discutée, c'est précisément toute Jeanne d'Arc, au moins toute celle qu'il nous est permis de connaître, parce que c'est toute la missionnaire et toute la martyre; et Jeanne ne nous appartient que missionnaire et martyre, de même que le Christ ne nous appartient qu'après le jour où il lui plut, — (oà il lui plut, quelle dévotion, monsieur l'intellectuel, quelle soumission aux volontés du Christ), — où il lui plut de sortir de ses longues années d'ombre épaisse. — (ceci c'est bien encore une délicatesse d'intellectuel, de ne pas saisir la vie privée. Monsieur l'intellectuel est trop discret, que de saisir une vie privée). — Le reste, — (peste, monsieur l'intellectuel, quelle galanterie dans l'expression; alors tout ce que nous avons dit, tout ce que nous avons vainement essayé de nombrer, c'est le reste; voyons ce qu'il advient de ce reste.) — Le reste, surtout quand ce reste consiste — (nous savons à présent, au moins en partie, monsieur Laudet, un peu en quoi ce reste consiste) — surtout quand ce reste consiste à vouloir expliquer la sainteté, — (monsieur Laudet tantôt vous nous arguez d'expliquer, et tantôt vous nous arguez d' « inexplicable prédestinée »), — à vouloir expliquer la sainteté, la représenter, à démêler le sublime amalgame — (démêler le sublime amalgame, quel français, monsieur Laudet; démêler; sublime: amal-

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game; peut-on mettre plus de grossièretés en trois mots, plus de lourdeur pataude et d'inconvenances ; et d'inconventions) — à démêler le sublime amalgame qui, dans une âme, mêle aux ferments humains — (oui, oui, mais n'interrompons plus, il faut en finir) — m,êle aux ferments humains l'inconnaissable vertu divine, à prétendre discerner la mesure de conscience qu'une âme sainte a de sa sainteté, Je sens obscurément — (oh voui, monsieur Laudet, vous sentez obscurément; mais aussi vous pensez et vous écrivez clairement) — ... que c'est... enfin, d'un mot qu'il ne me plaît guère d'em,ployer, du mauvais modernisme. »

§ 166. — Triste cortège; tristes annonciateurs; nous y arrivons. — ... « qui n'est peut-être pas plus voisine du vrai que l'inexplicable prédestinée qu'on nous enseignait jadis. » — Nous atteignons. — « — Je l'imaginais plus naïve. Comment, sans cela, en eût-elle cru ses voix? » — Nous en trouverons d'autres, des postcouronnements.

§ 167. — Il faut se garder ici de parler de catholicisme mondain et de croire que nous querellons au catholicisme mondain. Ceci est infiniment plus grave. Quelles que soient les faiblesses du catholicisme mondain, il est un catholicisme tout de même. Il est un mauvais catholicisme, mais enfin il est un catholicisme. Le catholicisme de M. Laudet n'est pas un catholicisme du tout. Il n'est même pas un christianisme du tout.

§ 168. — Je ne dis point que M. Laudet n'ait point très proprement le vice de mondanité. Mais il fait de ce

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vice pour ainsi dire un usage infiniment plus grave que le catholicisme mondain. Le catholicisme mondain est un mauvais catholicisme. C'est un très mauvais christianisme. Si en dépression pourtant que soient ses faiblesses, ce ne sont jamais que des faiblesses de dépression et d'affaiblissement. Ce ne sont point si je puis dire des faiblesses d'injonction, de commandement. Quelque légitime répulsion, quelque pitié qu'inspire le catholicisme mondain, au moins il a conscience, il a connaissance de sa faiblesse et ne veut point la faire prendre pour de la force. 11 ne présente point sa faiblesse comme une force, pour une force. Il ne s'en vante pas. Il n'est pas fier de sa faiblesse. Il avoue son affaiblissement pour un affaiblissement. Il avoue sa dépression pour ime dépression. Il ne commet point cette double faute, premièrement d'en faire des propositions, et deuxièmement de vouloir imposer ces propositions ; premièrement d'en faire des propositions, et deuxièmement de ces propositions elles-mêmes de faire des commandements. Ainsi le catholicisme mondain peut être haïssable, il peut être méprisable, il peut être condamnable, il peut être misérable, c'est-à-dire il peut être pitoyable. Mais il n'est point hérétique, ni au premier ni au deuxième degré. II ne se porte point candidat à l'hérésie. Il ne se meut que dans l'ordre du péché. Péché de bassesse, péché de faiblesse, qui sont péchés de paresse. Mais il ne se porte point jusque dans l'ordre de l'hérésie.

§ 169. — Tout autre est l'attitude, doublement autre, et doublement pour ainsi dire infiniment plus grave est la situation de M. Fernand Laudet. Son vice de monda-

.^I. FERNAXD LAUDET

nité le porte pour ainsi dire doublement infiniment plus loin. Premièrement M. Laudet fait des propositions; et deuxièmement il nous les enjoint. Premièrement, au premier degré M. Laudet propose; deuxièmement, au deuxième degré M. Laudet impose. Premièrement, au premier degré M. Laudet fait des propositions. A quel point, jusqu'où hérétiques, nous l'avons peut-être assez vu. Deuxièmement, au deuxième degré M. Laudet fait des commandements. Sur quel ton, l'homme qui dit : Ceci vous appartient, ceci ne vous appartient pas, dans la vie de Jésus et des saints, — de quel ton nous l'avons peut-être assez vu. De ses propositions hérétiques M. Laudet fait des commandements hérétiques. 11 est hérétique de proposition(s) et hérétique de commandement.

§ 170. — Il est tout injonction. Il est un des plus hauts spécimens de l'homme qui ne croit pas et qui prétend limiter la foi des autres. Il est l'homme cjui dit, d'un air entendu : Mais oui, nous savons bien ce que c'est, nous savons bien ce qu'il en est. Il est pour une religion raisonnable. Il est l'homme qui dit : Il faut être raisonnable. Disons le mot : Il est l'homme qui veut, il est l'homme qui dit : Il faut une religion pour le peuple.

§ 171. — Ce qui est bien, en un sens, l'injure la plus profonde que l'on ait jamais adressée à notre foi. Mais encore une fois il ne s'agit point de signaler cette vieille injure toutes les fois qu'elle se représente. Il s'agit ici d'un homme, il s'agit ici d'une revue qui se donne

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comme « bien pensante », qui essaie de se faire une clientèle dans le monde catholique. Là est la tentative de détournement des consciences fidèles que nous ne cesserons point de dénoncer.

§ 172. — Rien n'est aussi dangereux pour notre foi que cet athéisme déguisé. Tout n'est point perdu, il s'en faut, avec un athéisme révolutionnaire. Des charités malentendues, des flambées de charité peuvent y brûler détournées, qui quelque jour seront reconduites. Mais il n'y a rien à faire avec un athéisme réactionnaire, aA'ec un athéisme bourgeois. Il n'y a rien à attendre, il ne faut rien espérer d'un athéisme réactionnaire, d'un athéisme bourgeois. C'est un athéisme sans étincelle, qui ne s'allumera, qui ne flambera jamais. C'est un athéisme sans charité, et même sans imitation ni contrefaçon de charité. C'est donc un athéisme sans espérance. L'espérance ne peut jouer que dans un certain minimum de charité. L'espérance, la lueur d'espérance ne peut s'allumer que d'un certain feu. De l'athéisme réactionnaire, de l'athéisme bourgeois on ne peut rien attendre, que cendre et que poussière, parce que tout n'y est que mort et que cendre.

C'est un athéisme sans espoir.

§ 173. — Honte à celui qui a honte. Il ne faut pas seulement considérer, dans un athéisme, de combien la foi manque, mais d'où vient qu'elle manque. C'est-àdire il ne faut pas considérer seulement, il ne faut pas compter seulement, il ne faut pas mesurer seulement en extension, en géographie quelle est la surface de la

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commune foi, de la commune créance qu'un cœur pour ainsi dire ne recouvre plus. Et de voir et de compter et de mesurer ce qu'il recouvre encore et par un calcul, par une règle des fractions de calculer la proportion, le rapport de l'mie et l'autre, de la surface fidèle et de la surface infidèle, à la commune surface totale. Il faut voir, surtout il faut voir, surtout il faut examiner en profondeur, en géologie, d'où vient le manque dans les surfaces manquantes. Il y a des manques très larges, qui ne sont point profonds. Il y a des manques très étroits, qui sont profonds infiniment. Il y a des manques qui épouvanteraient en surface, dont il ne faut que rire.

§ 174. — De toutes les causes de manque la plus injurieuse pour notre foi, une des plus fréquentes malheureusement dans le monde moderne, la plus pernicieuse sans aucun doute, la plus méprisable, la plus laide, la plus offensante pour notre foi, la plus honteuse aussi, la seule honteuse même peut-être est évidemment la honte. C'est malheureusement celle de M. Laudet. Honte au honteux. La honte implique une telle lâcheté qu'elle est sans ressource. Honte, malheur à celui qui a honte. La honte seule est honteuse. Nous n'avons que faire parmi nous de chrétiens honteux, au sens de ce mot, de cet adjectif, où l'on dit : un pauvre honteux.

§ 175. — On peut croire ou ne pas croire, ce sont deux situations différentes. Pour nous chrétiens l'une est la situation fidèle, l'autre est la situation infidèle. Pour nous les infidèles sont des hommes qui ne sont pas éclairés.

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On peut croire plus ou moins en extension, en géographie. C'est-à-dire la créance particulière, individuelle peut recouvrir une partie plus ou moins grande de la commune surface totale. Ce sont des gradations et des variations sans nombre de situations partiellement fidèles, partiellement infidèles. Pour nous chrétiens les partiellement fidèles partiellement infidèles sont des hommes qui ne sont que partiellement éclairés.

§ 176. — Mais que dire de l'homme, et n'encourrat-il pas le commun mépris, le mépris des uns et des autres, des fidèles et des infidèles, que dire de l'homme qui veut tromper les uns et les autres, qui veut toucher aux deux guichets, qui veut jouer les deux jeux, tenir les deux termes ensemble du pari, émarger aux deux listes, figurer à la fois sur les listes temporelles et sur la liste éternelle. L'homme qui d'une main fait semblant de croire pour se faire une grosse carrière temporelle dans le monde bien pensant, tromper les catholiques, se faire une (grosse) clientèle catholique; et de l'autre main. De l'autre main l'homme qui a honte, l'homme qui tremble de honte que quelquefois on ne croie qu'il croit.

§ 177. — Vae tepidis ; malheur aux tièdes. Honte au honteux. Malheur et honte à celui qui a honte. Il ne s'agit point tant ici encore de croire ou de ne pas croire. Et quelle est la surface de recouvrement et les manques de recouvrement de la créance. Il s'agit de savoir quelle est la source profonde de l'incréance, quelles sont les profondeurs de ces manques, d'où viennent, d'où remon-

M. FERXAXD LAUDET

tent ces incrédulités. Or nulle source n'est aussi honteuse que la honte. Et la peur. Et de toutes les peurs la plus honteuse est certainement la peur du ridicule, d'être ridicule, de paraître ridicule, la peur de passer pour un imbécile. On peut croke ou ne pas croire (enfin nous nous entendons ici). Mais honte à celui qui renierait son Dieu pour ne point faire sourire les gens d'esprit. Honte à celui qui renierait sa foi pour ne pas donner dans le ridicule, pour ne point prêter à sourire, pour ne point passer pour un imbécile. Il s'agit ici de l'homme qui ne s'occupe point de savoir s'il croit ou s'il ne croit pas. Il s'agit de l'homme qui n'a qu'un souci, qui n'a qu'une pensée : ne pas faire sourire M. Anatole France. 11 s'agit de l'homme qui vendrait son Dieu pour ne pas être ridicule. Il s'agit de l'homme qui craint, de l'homme qui a peur, du malheureux qui tremble dans sa peau de la peur d'avoir peur, de la peur d'avoir l'air, de la peur d'avoir l'air d'être dupe (de ce qu'il dit), de la peur de faire sourire un des augures du Parti Intellectuel. Il s'agit de l'homme, du malheureux apeuré, qui regarde de tous les côtés, qui lance timoré des regards circonvoisins pour être bien sûr que quelqu'un de l'honorable assistance n'a point souri de lui, de sa foi, de son Dieu. C'est l'homme qui lance tout autour de lui des regards préventifs. Sur la société. Des regards de connivence. C'est l'homme qui tremble. C'est l'homme dont le regard demande pardon d'avance pour Dieu ; dans les salons.

§ 178. — Telle est malheureusement exactement la situation de M. Laudet, ou de M. le Grix, selon qu'il se

un noiipeaii théologien

nomme. Tout son article treml)le, tout son article sue la peur de paraître croire aux yeux du Parti Intellectuel. — Voyons, vous m'entendez bien, je ne suis pas si bête que de croire tout, je ne suis pas si bête que de croire ça, tel est le leit-niotiv honteux, le leit-niotiv de couardise qui court sous tout cet article. Et surtout Je? ne suis pas si bête que de croire comme eux, que de croire comme tout le monde, que de croire comme le commun, comme les petites gens, que de croire comme les pauvres, comme les enfants, comme les peuples. Et vous m'entendez bien, comme le dit cette vieille chanson de soldats.

§ 179. — Bannir de chrétienté tout ce qui en est, tout ce qui en fait la source et la force. Il y a longtemps que nous n'avions pas assisté peut-être à une telle entreprise de démolition de la chrétienté du dedans, en son dedans. Retrancher, bannir de chrétienté l'enfance même, qui en est certainement la source la plus pure. Supprimer des sources de sainteté cette enfance qui en est certainement la source la plus pure. La source première. La plus antique, la plus aimée, la plus profonde source. Enfin M. Laudet n'a donc jamais entendu parler, même dans le monde, il n'a donc jamais entendu passer ces expressions, même en musique : la sainte enfance, l'enfance du Christ. M. Laudet n'a donc jamais vu passer dans les rues une bande de petites pensionnaires, et on ne lui a jamais dit : C'est la Sainte-Enfance. Si M. Laudet supprime, si M. Laudet abroge de la sainteté l'enfance, qu'est-ce que M. Laudet fait des saints enfants, les

>I. FERXAXD LAUDEX

plus purs, les plus tendres, les plus célestes, et sans parler ici des saints Innocents qu'est-ce que M. Laudet fait de cette glorieuse enfance de sainte Geneviève, qui demeurera dans les siècles la lumière de Paris, comme l'échec de Jeanne d'Arc en demeurera la grande ombre.

§ 180. — Je ne crois pas que l'on ait assisté depuis longtemps à une pareille tentative de désorganisation du christianisme. De la chrétienté même. Si vous retranchez du christianisme, monsieur Laudet, de la chrétienté, de la sainteté, de ce qui nous appartient l'enfance du Christ, que faites-vous de ces innombrables œuvres dont nos cathédrales sont pleines. Que faites-vous de nos cathédrales mêmes et de nos églises. Que faites-vous de tant d'œuvres, non point œuvres d'art seulement, comme les voient nos modernes, mais œuvres d'une éternelle piété. Œuvres qui ne se détachent point du culte et de la prière et de l'adoration au point qu'elles sont comme, qu'elles sont littéralement une inscription charnelle, une inscription temporelle, une inscription lapidaire, pétrée, dans la pierre même, du culte et de la prière, la plus intérieure, et de l'adoration la plus intime. Le corps de l'adoration. Œuvres de pierre, inscriptions, incorporations ; œuvres dont il ne faut pas dire seulement qu'elles font corps avec le culte, qu'elles font corps avec la prière, qu'elles font corps avec l'adoration; mais œuvres dont il faut dire qu'elles sont le corps même du culte, le corps même de la prière, le corps même de l'adoration. L'inscription dans la dure, dans la temporelle, dans l'extérieure pierre, de la vie intérieure la plus profonde

un nouveau théologien

et la plus tendre. Œuvres qui ne se séparent point non seulement du culte et de la prière et de l'adoration, mais œuvres dans l'église qui ne se séparent point de l'église, œuvres dans la cathédrale qui ne se séparent point de la cathédrale. Œuvres qui ne sont point seulement l'ornement et le couronnement, œuvres qui sont le tissu même de l'église et de la cathédrale, la texture, la pierre dans la pierre. Et les églises et les cathédrales ne sont pas seulement des maisons, générales, et ces œuvres ne sont pas des objets, particuliers, qui y sont placés. Logés dans ces maisons. Mais les unes et les autres, les cathédrales et les œuvres, ensemble, les unes dans les autres et les autres logeant les unes, ensemble sont le même tissu, la même pierre, le même monument temporel éternel, ensemble la même inscription éternelle, historique, temporelle, ensemble le même dur corps charnel de culte, de piété, le même dur corps creusé de prière et de vie intérieure et d'éloquente, de si éloquente adoration muette. Nouvel iconoclaste c'est pourtant ces œuvres, c'est ces vingt siècles d'inscription que M. Laudet entend nous nier. C'est ces vingt siècles de mémorialiste inscription que ce commandeur entend nous supprimer, nous retirer, nous abroger, nous retrancher ; nous interdire. Vous n'avez donc jamais vu, monsieur Laudet, dans une de nos églises ou de nos cathédrales, où ils sont à leur place, ou du moins dans une exposition ou dans un musée, où ils ne sont pas à leur place, tableau ou statue, toile ou bois ou pierre vous n'avez donc jamais vu Venfant Jésus porté sur les bras de sa mère, et sainte Anne, et saint Jean-Baptiste, et le vieux Joachim, et saint Joseph. Et

M. FERXAXD LAUDET

Zacharie et sainte Elisabeth. Ces deux ou trois ménages. Et dans un coin le donateur avec ses fils; et dans l'autre coin la femme du donateur avec ses filles ; et dans le fond un beau village français.

§ 181. — Bannir de chrétienté la jeunesse, nous retrancher de notre christianisme l'enfance notre premier héritage, fleur de chrétienté, source de notre grâce. Retrancher, bannir de chrétienté la pauvreté, le travail, la famille, ces trois piliers de toute vie, quelle tentative de décomposition organique, de désorganisation, de démembrement. Alors M. Laudet n'a jamais entendu parler de la très sainte Pauvreté, et des Noces du Saint et de la Pauvreté.

§ 182. — Bannir de chrétienté, retrancher la maladie, cette fabrique portative de martyre, cette fabrique de martyre à domicile. Quand au contraire la maladie fait partie si intégrante du mécanisme de la sainteté que l'on ne sait pas si les saints malades ne sont pas les plus grands d'entre les saints. Quand la maladie fait une pièce si essentielle du mécanisme même, de l'articulation de la sainteté que l'on ne sait pas si un saint comme saint Louis est plus grand comme roi, comme croisé, ou comme malade. A tel point que Joinville, qui était peut-être un aussi grand docteur en chrétienté que M. Laudet, et un aussi grand clerc, voulait qu'on le mît au nombre des martyrs, et non pas seulement, comme on le fît, au nombre des confesseurs. Tant il est vrai que pour le peuple chrétien la grande peine fait un véritable martyre. L 5. Et de ce me semble-il que

un nouveau théologien

on ne lijist mie assez, quant on ne le mist ou nombre des martirs, poui' les grans peinnes que il souffri ou pelerinaige de la croiz, par l'espace de six anz que je fu en sa compaignie, et pour ce m.eismement que il ensui Nostre-Signour ou fait de la croiz. Car se Diex morut en la croiz-, aussi fist-il; car croisiez estoit-il quant il mourut à Thunes.

§ 183. — l. 2... La première partie si devise comment il se gouverna tout son tens selonc Dieu et selonc l'Eglise, et au profit de son règne. — Dans celte première partie combien de vie privée. Et même dans la deuxième, (et à l'aide de Dieu li livres est assouvis en dous parties). La seconde partie dou livre si parle de ses granz chevaleries et de ses granz faiz d'armes.

§ 184. — C'est défaire le christianisme que d'en retirer la misère, la pauvreté, la maladie. Réciproquement et ensemble c'est défaire la misère, la pauvreté, la maladie, que d'en retirer la chrétienté, intérieure, le christianisme. Le christianisme est le grand régulateur, interne, de la misère, de la pauvreté, de la maladie. La misère, la pauvreté, la maladie est certainement un ressort, un grand régulateur interne du christianisme.

§ 185. — Retranchant la vie privée M. Laudet décentre le christianisme. Toute chrétienté aboutit à ce couronnement de la croix. Mais toute chrétienté commence à ce rude berceau que fut une crèche.

§ 186. — Tout malade peut se faire une croix, s'éle-

M. FERXAND LAUDEÏ

ver au martyre, s'élever jusqu'à participer à la Passion. Faire de son lit un gril et un chevalet. C'est donc que cette distinction du public et du privé ne tient pas au regard de Dieu.

§ 187, — ce Comment, sans cela, en eût-elle cru ses voix ?

« Sa première voix dans l'esprit de Péguy, dit M. Laudet, c'est manifestement Gervaise. » Monsieur Laudet, laissez donc M. Péguy tranquille. Les voix de .Jeanne d'Arc, monsieur Laudet, sont saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. L 71. Interrogata an erat vox angeli quae loquehatur ei, vel an erat vox Sancti aut Sanctae, aut Dei sine medio : respondit quod illa vox erat sanctae Katharinae et sanctae Margaretae. Etfigurae earum sunt coronatae pulchris coronis, multum opulenter et multum pretiose.

I. J2. Interrogata, quomodo scit quod sunt illae duae Sanctae ; an hene cognoscat unam ab altéra : respondit quod bene scit quod sunt ipsae, et bene cognoscit unam ab altéra.

I. 72. Interrogata, quomodo bene cognoscit unam [ab] altéra : respondit quod cognoscit eus per salutationem quam ei faciunt. Dixit etiam quod bene sunt septem anni elapsi, quod ipsam acceperunt gubernandam. Dixit etiam quod illas Sanctas per hoc cognoscit quod se nominant ei.

L 72. Item dixit quod habuerat confortationem a sancto Michaele.

un nouveau théologien

I. j3. Interrogata quae praedictarum sibi apparentium venit primo ad ipsam : respondit quod sanctus Michael primo venit.

§ 188. — Vous ne paraissez pas vous douter un seul instant, monsieur Laudet, que quand on parle des voix de Jeanne d'Arc on parle très précisément; on sait très bien ce que l'on veut dire ; on veut dire quelque chose de très précis. On veut dire saint Michel, sainte Catherine, et sainte Marguerite. Quand on parle des voix de Jeanne d'Arc on ne parle point vaguement, on ne veut point dire des extériorisations de sensations, on ne parle point le langage de l'école, on fuit non seulement le langage mais la pensée de l'École, on est à cent lieues de la parole intérieure et de ce pauvre M. Egger. Il ne s'agit point d'objectivàtion et de projection au dehors et de tout le tremblement. Il ne s'agit point de sortir tous les appareils du laboratoire. On veut dire, il s'agit de saint Michel, de sainte Catherine, et de sainte Marguerite.

§ 189. — Il ne s'agit pas d'extériorisation de faits de conscience. Il y a des hommes, — et ils sont malheureusement devenus innombrables dans les temps modernes, — qui croient que les voix de Jeanne d'Arc étaient des hallucinations ; il faut dire le mot, ne reculons point devant le mot, et de même que nous avons employé le mot athée littéralement techniquement, sans une ombre d'injure, ainsi nous employons ici de notre côté le mot iiallucination pour ainsi dire aussi sans une ombre d'injure pour nous. Des hommes qui sont malheureusement devenus innombrables dans le monde moderne

croient que les voix de Jeanne d'Arc étaient des projections hors d'elle de ses propres mouvements du cœur, d'un courage, dune race, d'une ardeur, d'une charité toute humaine. Us croient qu'elle était une héroïne. Ils croient, malheureusement ils enseignent que les voix de Jeanne d'Arc étaient les extériorisations de ses états de conscience, les objectivations de ses faits de conscience; un cœur ardent, brûlant de charité, qui pris dès la plus jeune enfance dans un système de théologie traduit, projette en ce système, encadre en ce cadre, projette en visions de cette théologie ses propres mouvements. A la limite une âme ardente qui projette en inspirations divines extérieures, venant du dehors, ses propres inspirations humaines intérieures, internes, venues du dedans. Disons donc le mot, sans offense pour personne, ce sont pour eux des hallucinations. Des hallucinations je le veux bien pour ainsi dire en tout bien tout honneur. Des hallucinations pour ainsi dire pour le bon motif. De hautes et de nobles et d'ardentes hallucinations. Si l'on veut encore des hallucinations uniques. Des hallucinations comme il n'en serait pas donné à beaucoup d'autres. Des hallucinations comme il n'en serait donné à nul autre. Des hallucinations rares, uniques. Des hallucinations héroïques. Des hallucinations qui feraient la preuve qu'une âme est une grande âme, une âme héroïque et humainement une âme sainte. Mais enfin des hallucinations. Dans ce système Jeanne d'Arc serait, est une hallucinée. Une nallucinée si je puis dire de (tout) premier ordre. La plus pure, la plus noble, la plus grande, la plus sainte, '^humainement), des hallucinées. Une hallucinée si l'on

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veut encore infiniment héroïque, infiniment (humainement) sainte ; humainement divine, car ils ne reculent point toujours devant ce mot; et plusieurs même l'affectent et l'affectionnent particulièrement ; sans que ce soit toujours par pose ni par un larcin ; qui serait alors, qui est quelquefois d'un goût douteux. Enfin une hallucinée infiniment supérieure, une âme hallucinée, une hallucinée d'infiniment plus de prix que tant d'âmes saines. — Une hallucinée enfin.

§ 190. — C'est-à-dire, ne fuyons pas les mots, une folle. Sans offenser personne et en tout bien tout honneur une folle. Une âme non saine, non en possession, en puissance, en jouissance de la commune, de la normale, de la régulière puissance et santé. Une folle extraordinaire, une folle héroïque, une folle humainement sainte, humainement divine, une folle sublime. Enfin une folle.

§ 191. — Généralement ces hommes ont un système, enseignent un système, — (et c'est entre tous un système et physique et métaphysique ; c'est-à-dire d'une part et physiologique et psychologique et sociologique, et d'autre part métaphysique), — (entre tous métaphysique), — un système où liés eux-mêmes, — (comme l'était M. Laudet), — liés en creux, entraînés par la réelle communion des saints, par la réelle liaison des saints ils croient, ils enseignent que généralement nos saints sont des fous, notamment des hallucinés, que nommément Jésus, le saint éminent, est éminemment un fou, notamment un halluciné.

M. FEliX.OU LAUDET

§ 192. — Pour nous chrétiens ces hommes sont des hommes qui ne sont point éclairés et des hommes qui ne sont point assez profonds. Ils manquent de lumières que nous avons eu le bonheur de recevoir. Ils ne voient point ce que nous voyons, ce qui éclate à nos yeux. Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée. Ils sont abusés. Ils ne voient point dans les réalités spirituelles. Ils ne sont point profonds : ils ne pénètrent point, ils ne descendent point, ils n'affouillent point, ils n'approfondissent point dans les réalités spirituelles.

§ 193. — Mais enûn tant que ces hommes sont de bonne foi, — (et beaucoup d'entre eux sont de bonne foi), — non seulement nous ne devons pas et nous ne pouvons pas leur refuser notre estime, mais et encore plus, et surtout, et premièrement nous ne devons pas et nous ne pouvons pas songer à leur refuser tous les secours spirituels dont nous pouvons disposer.

§ 194. — Mais quelle est, or quelle est d'abord, quelle est première, quelle est essentiellement cette bonne foi que nous sommes en droit, que nous avons le droit, et le devoir, de leur demander. Cette bonne foi consiste évidemment, cette bonne foi élémentaire, cette bonne foi pour ainsi dire grossière, la première et comme la plus grosse que nous devions, que nous puissions leur demander consiste évidemment à ne point vouloir entrer, je veux dire à ce qu'ils ne veuillent point entrer chez nous, pénétrer parmi nous sous de petits manteaux bleus. Celte toute simple probité élémentaire, celte bonne foi que nous leur demandons, que nous n'avons

un nouveau théologien

pas même à leur demander, qu'ils nous rendent naturellement, avant, que nous ayons à la leur demander, sans que nous ayons à la leur demander, c'est tout uniment de ne pas se dire catholiques et de ne pas vouloir se faire passer pour chrétiens.

§ 195. — Il faut leur rendre cette justice que c'est ce qu'ils font généralement et c'est pour cela que nous sommes relativement à l'aise avec eux. Ni M. Anatole France ne se dit catholique, ni M. Georges Dumas n'est un pilier de sacristie. Aussi on peut les voir, on peut causer. Ils ne cherchent à tromper personne.

§ 196. — Tout autre est malheureusement la situation de M. Laudet, à moins qu'il ne se nomme M. le Grix, et de la Revue hebdomadaire, et de M. le Grix, et de M. Laudet derrière M. le Grix. Littéralement il veut tromper tout le monde. C'est une mauvaise foi ambidextre. Il veut tromper également nos adversaires et nous. Il encourt un égal mépris de nos adversaires et de nous.

§ 197. — Telle est malheureusement exactement doublement la situation de M. Laudet envers nous ; parmi nous; chez nous. Il n'entre chez nous que pour nous trahir. Il n'entre dans notre maison que pour nous vendre. Cet homme qui vend son Dieu (pour un sourire, je veux dire pour ne pas tomber sous le sourire d'un augure du Parti Intellectuel) (sèche luxure), cet homme qui vend son Dieu vend aussi la chrétienté. Il n'outre chez nous que j)our nous vendre. Telle est malheureu-

:m. ferxa.M) l.vudet

sèment exactement je dis doublement la situation de M. Laudet parmi nous. Je dis doublement, car les vérités de la foi qu'il renonce, il les renonce parce qu'il en a honte. Et les vérités de la foi qu'il garde, il en a honte. Il a honte de les garder.

§ 198. — Les loups sont les loups et les brebis sont les brebis. Mais que dire non pas du mauvais berger. Que dire du faux berger, du voleur qui entre dans la bergerie déguisé en berger. Il viendra des voleurs. Que dire de l'homme qui n'entre parmi nous, de l'homme, de la revue qui veut se faire une grosse clientèle catholique et qui n'entre parmi nous que pour y introduire sournoisement, frauduleusement, sous le couvert, familièrement les thèses, les propositions athéistiques, matérialistes, les métaphysiques athéistiques, matérialistes.

§ 199. — Notre thèse, monsieur Laudet, notre position chrétienne, notre proposition est, la voix de notre raison est, (et non pas seulement le cri de notre cœur), que la sainteté est la santé même, j'entends très nommément notre sainteté, je veux dire la sainteté chrétienne, la sainteté de nos saints; que nos saints ne sont pas des fous ; particulièrement qu'ils ne sont pas des hallucinés. Que nos saints sont sains. Sanctos ess e sanos. Que cette sainteté est la santé même, qu'elle est la plus haute santé spirituelle, la plus ferme, la plus profonde. Enfin monsieur Laudet nous n'allons pas chercher nos saints à la Salpêtrière. Et ceux qui vont les y chercher n'ont que faire parmi nous.

loi Laudet. — G.

un nouveau théologien

§ 200. — M. Le Grix, M. Laudet veut nous faire un christianisme honteux, une chrétienté honteuse, qui aurait honte de soi, honte de Dieu. Un christianisme, une chrétienté de deuxième zone. L'Église est une, monsieur Laudet, la communion est une en tous les sens, notamment en celui-ci qu'il n'y a qu'une Église d'une zone, qu'une chrétienté d'une zone; de la première.

§ 201. — Que de vie privée dans toute Église, dans tout christianisme, dans toute chrétienté. Partout.

§ 202. — Nous n'allons point chercher nos saints à la Salpêtrière. Ni aucun. Ni éminemment Jésus.

§ 203. — Jésus nous appartient tout entier. Évidemment c'est extraordinaire, quand on y pense. Mais c'est le secret même, c'est le mystère de la Rédemption.

§ 204. — Jésus a revêtu les infirmités humaines, la faim, la soif, le sommeil; cette infirmité résumé, le vieillissement. Il a revêtu aussi l'infirmité, la privauté.

v§ 205: -— II nous supprime Noël, le moitié de l'année.

§ 206. — Cette naissance de l'année. De l'année d'un an et de l'an éternel.

§ 207. — Déblayons. « pour fournir à Jeanne des motifs d'exaltation, écrit M. Laudet, pour matérialiser les premières voix de sa conscience ». — C'est la même hérésie.

loa

M. FERXAXD LAUDET

§ 208. — « l'accent moderne de ce Mystère », écrit M. Laudet. — C'est la même rétorsion de modernisme.

§ 209. — [Péguy], écrit M. Laudet, « s'est trompé (littéralement, «Je crois qu'il s'est trompé) parce qu'il est, quoi qu'il fasse, un homme du vingtième siècle, un homme informé par le vingtième siècle, même s'il veut, de volonté et de passion, se refaire une âme du quinzième. » — Si M. Laudet écrivait français, informé voudrait dire ce qu'il veut dire, mis en une certaine -forme. Dans le langage avachi qu'écrit M, Laudet informé veut dire qui a reçu des informations, c'est-àdire, (au sens des journaux), des renseignements, des nouvelles.

Mettons en français cette phrase de M. Laudet. Elle veut dire. Que l'information, que le renseignement, que la nouvelle que reçoit un homme du vingtième siècle, un homme informé par le vingtième siècle, c'est de ne pas pouvoir se refaire ce que M. Laudet nomme une âme du quinzième, et qui est tout uniment une àme chrétienne.

§ 210. — Il ne s'agit pas de « se refaire », monsieur- Laudet, « une âme du quinzième ». Il ne s'agit point ici de snobisme, et d'une archéologie et dune antiquincaillerie d'âme. Il s'agit simplement, monsieur Laudet, d'avoir l'âme qu'on a, ou plutôt d'être l'âme que l'on est. La chrétienté est une dans le temps, monsieur Laudet, le christianisme est un, l'Eglise est une, la communion est une. C'est pour cela que le chrétien n'a aucunement, n'a nullement besoin d'avoir recours à un

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un nouveau théologien

archaïsme d'âme, et que rien ne serait aussi sot, aussi criminel, aussi dangereux qu'un tel archaïsme.

§211. — Il vient s'asseoir à notre table et il ne mange notre pain que pour livrer le Pain éternel.

§ 212. — Ce n'est point dans les cliniques, monsieur Laudet, ce n'est point à la Salpêtrière que nous allons chercher nos saints. Pour nous chrétiens la sainteté est toute santé. C'est le pécheur qui est malade.

§ 213. — Si M. Laudet avait quelque idée de ce que c'est que la communion, et l'Église, et le christianisme, et la chrétienté, il saurait précisément que la communion des saints est, en un de ses sens, précisément cette saisie directe que nous avons, nous chrétiens, non seulement des saints du quinzième siècle, mais ensemble des saints de tous les siècles, et autant que de tous autres des saints du premier siècle, et ensemble éminemment de Jésus, par la prière et par les sacrements, par la grâce, par les mérites de Jésus-Christ el des saints, cette saisie immédiate, instantanée, intemporelle, éternelle, sans avoir à nous faire aucune archéologie d'âme.

§ 214. — Il faut rendre cette justice à M. Laudet qu'il se continue ici. Il est constant avec lui-même et dans son hérésie. Il va compléter tout aussitôt sa pensée, « un Péguy ne peut retrouver, s'il prie, la charmante ou terrible candeur des âges de foi. »

§ 215. — Il ne fait aucun doute que la candeur des

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âges de foi rejoint la naïveté de Jeanne d'Arc qui croyait ses voix. Cette idée que celui qui croit est forcément un imbécile est une des rares idées de M. Laudet, (s'il est permis de parler ainsi), qui présente un peu de consistance. Charmante ou terrible candeur des âges de foi est là pour amadouer, pour tromper la clientèle catholique, mais c'est candeur qui porte (pour ainsi dire) la pensée. Ce&i candeur qui est le mot. Charmante ou terrible est là aussi pour la littérature, pour le bien faire, pour l'élégance attendue, pour le rond de jambe accoutumée. Mais faisons à M. Laudet plus d'honneur qu'il ne s'en fait lui-même. Qu'est-ce que c'est qu'un âge de foi.

§ 216. — Il faut s'entendre rigoiu*eusement sur cette expression qu'on voit souvent sortir d'un peu partout. A parler rigoureusement, à parler proprement tous les âges sont des âges de foi. Tous les siècles temporels sont les siècles de Jésus. Cette distinction entre des siècles qui seraient de foi et des siècles qui ne seraient pas de foi est vaine, est creuse, tombe.

§ 217, — Il n'y a qu'une distinction qui vaille, il n'y a qu'une distinction qui compte, il n'y a qu'une distinction qui soit fondée, qui soit rigoureuse entre les siècles temporels, et ce n'est nullement la distinction, devenue courante pour ainsi dire dans le monde moderne, entre des siècles de foi et des siècles d'incrédulité, entre des âges de foi et des âges d'incrédulité. Il n'y a qu'une distinction qui soit, et c'est entre les siècles de l'ancienne loi, qui était la loi de

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un nouveau théologien

justice, et les siècles de la nouvelle loi, qui est la loi d'amour.

§ 218. — Depuis Jésus, depuis l'avènement, depuis l'incarnation, depuis l'annonciation de Jésus nous sommes sous une seule et même loi, qui est la loi d'amour. Depuis Jésus, post Christum natum, tous les siècles temporels sont également situés sous le même niveau, tous les siècles temporels sont régulés sous la même commune régulation interne, qui est la régulation de la loi d'amour. En ce sens tous les siècles de chrétienté se valent, sont les mêmes, sont même le même. Depuis Jésus tous les siècles temporels sont les mêmes, sont le même, sont de la même nature infiniment profonde, de la même texture mystique, littéralement sont de la même éternité.

^ 219. — Voilà la seule distinction qui soit, voilà le seul classement qui importe. Quand ensuite on parle des âges de foi, il faut faire attention qu'on fait alors allusion, qu'on fait une référence à un fait historique général qu'il ne faut manier pour ainsi dire qu'avec la oIais extrême circonspection.

§ 220. — La vertu de Foi, qui est la première des trois Théologales, se décompose immédiatement pour ainsi dire en deux grandes vertus, qui seraient la créance, ou foi propre, et la fidélité. Les manquements à la foi, à la créance, tombant plutôt dans J'ordre de l'hérésie, les manquements à la fidélité tombant plutôt dans l'ordre du péché. Les manquements à la foi, les

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incréances et les mécréances, étant plutôt hérétiques, constituant plutôt des propositions d'hérésie, et les manquements, les infidélités ne constituant généralement pas des propositions formelles.

§ 221. — Si Ton veut bien ne pas perdre de vue cette distinction du deuxième degré et si l'on veut bien considérer en premier cette deuxième vertu de la fidélité, deuxième dans la grande Foi, et si l'on veut bien ne pas se mettre dans la fâcheuse disposition d'esprit de tant de mauvais chrétiens qui ne pensent qu'à condamner leurs frères, oubliant eux-mêmes qu'il a été dit : Ne jugez point; si l'on veut bien ne pas se mettre dans cette fâcheuse attitude du cœur, non point seulement fâcheuse, mais criminelle, et surtout si profondément inchrétienne; si on veut bien regarder d'un cœur simple ce qui se passe en nous et autour de nous on constatera que dans le monde moderne, ou plutôt dans le monde chrétien pendant qu'il traverse la période moderne, pendant qu'il baigne dans le monde moderne il y a (faut-il dire encore ; il faut dire déjà ; il faut dire toujours) un très grand nombre de fidélités.

§ 222. — Combattues plus que jamais, battues de tous les vents de nombreuses fidélités fleurissent.

§ 223. — Que sera-ce des créances ; et proprement des fois. Quand on parle des âges de foi si l'on veut dire que pendant des siècles, qui étaient des siècles de chrétienté, qui étaient des siècles de la loi d'amour, qui

étaient des siècles du règne de la grâce, anni Doniini, anni gratiae Domini, la foi, la créance était commune, était pour ainsi dire et littéralement publique, était dans le sang et dans les veines communes, était dans le peuple, allait de soi, était pour ainsi dire de droit commun, recevait non pas seulement un assentiment mais une célébration publique, solennelle, officielle, et qu'aujourd'hui il n'en est plus de même on a raison. On a historiquement raison. On ne fait que constater, qu'enregistrer un fait historique. Mais ici encore il ne faut l'enregistrer qu'avec la plus extrême attention, il ne faut le manier qu'avec la circonspection la plus extrême.

§ 224. — Il est d'abord permis de se demander si nos fidélités modernes, — privées, monsieur Laudet, — forcément devenues privées, je veux dire non publiques en ce sens qu'elles ne reçoivent généralement plus la célébration publique, la célébration du peuple et de l'État, non solennelles, non officielles, c'est une question de savoir si nos fidélités modernes, je veux dire nos fidélités chrétiennes baignant dans le monde moderne, assaillies, battues de tous les vents, battues de tant d'épreuves, et qui tiennent de passer intactes par ces deux siècles d'épreuves intellectuelles, qui viennent de traverser indemnes, inentamées, inaltérées ces deux, ces trois siècles d'épreuves intellectualistes; c'est une grande question que de savoir si nos fidélités, si nos créances modernes, c'est-à-dire chrétiennes baignant dans le monde moderne, traversant intactes le monde moderne, l'âge

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moderne, les siècles modernes, les deux et les plusieurs siècles intellectualistes n'en reçoivent pas une singulière beauté, une beauté non encore obtenue, et une singulière grandeur aux yeux de Dieu. C'est une question éternelle que de savoir si nos saintetés modernes, c'est-à-dire nos saintetés chrétiennes plongeant dans le monde moderne, dans cette vastatio, dans cet abîme d'incrédulité, d'incréance, d'infidélité du monde moderne, isolées comme des phares qu'assaillerait en vain une mer depuis bientôt trois siècles démontée ne sont pas, ne seraient pas les plus agréables aux yeux de Dieu. Xolite jiidicare, nous ne le jugerons point, et ce n'est pas nous, on l'oublie trop souvent, qui sommes chargés de faire le jugement. Mais sans aller jusqu'aux saints, jusqu'à nos saints modernes, chronologiquement modernes, nous pécheurs nous devons éviter de tomber dans l'orgueil. Ce n'est peut-être pas un orgueil que de voir. Ce n'est peut-être pas de l'orgueil. Que de constater autour de nous. Qu'assaillis de toutes parts, éprouvés de toutes parts, nullement ébranlés nos constances modernes, nos fidélités modernes, nos créances modernes, chronologiquement modernes, isolées dans ce monde moderne, battues dans tout un monde, inlassablement assaillies, infatigablement battues, inépuisablement battues des flots et des tempêtes, toujours debout, seules dans tout un monde, debout dans toute une mer inépuisablement démontée, seules dans toute une mer, intactes, entières, jamais, nullement ébranlées, jamais, nullement ébréchées, jamais, nullement entamées, finissent par faire,

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par constituer, par élever un beau monument à la face de Dieu.

A la gloire de Dieu.

§ 225. — Et surtout et j'y insiste un monument que l'on n'avait jamais vu. Que notre situation soit nouvelle, que notre combat soit nouveau, ce n'est peut-être pas à nous de le dire, mais enfin qui ne voit que notre situation est nouvelle, que notre combat est nouveau. Que cette Église moderne, que cette chrétienté moderne, — chrétienne baignant dans le monde moderne, chrétienne traversant le monde moderne, la période moderne a une sorte de grande beauté tragique propre, presque une grande beauté non pas de veuve mais de femme qui seule garde une Forteresse. Une de ces Bretonnes, une de ces Françaises héroïques, une de ces tragiques châtelaines qui des années et des années gardaient le Château intact pour le Seigneur et pour le Maître, pour l'Époux. Qui ne voit que notre Créance et notre Fidébté est plus que jamais une FéaUté. Que notre Constance, que notre Foi, que notre créance, que notre fidélité a une valeur propre, une valeur jusqu'ici inconnue, ayant passé précisément par des épreuves jusqu'ici inconnues, une valeur unique, une grandeur non encore éprouvée, un sens plein, un sens d'épreuve. C'est une question, une question éternelle, de savoir si l'ignorance est plus près de Dieu, ou si c'est l'expérience, si l'ignorance est plus belle au regard de Dieu, ou si c'est l'expérience, si l'ignorance est plus agréable à Dieu, ou si c'est l'expérience. Mais ce que nous pouvons dire, parce que nous le voyons, que nous n'avons qu'à

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le voir, c'est que nos constances, cest que nos fidélités, c'est que nos créances ont une certaine nouvelle beauté propre, une certaine valeur, une certaine nouvelle grandeur propre. Comme inventée pour nous. Comme créée pour ce monde moderne. Nos fidélités sont comme plus fidèles que les fidélités anciennes. Nos créances sont desfidélités comme plus fidèles que les fidélités anciennes. Loin que nos fois soient diminuées, comme le veut M. Laudet, elles sont peut-être en un certain sens comme augmentées. Comme illustrées. Plus que jamais elles sont des fois qui tiennent bon. Miles Christi, tout chrétien est aujourd'hui un soldat; le soldat du Chi'ist. Il n'y a plus de chrétien tranquille. Ces Croisades que nos pères allaient chercher jusque sur les tei'res des Infidèles, non solum in terras Infidelium, sed, ut iia dicam, in terras ipsas infidèles, ce sont elles aujourd'hui qui nous ont rejoints au contraire, ce sont elles à présent qui nous ont rejoints, et nous les avons à domicile. Nos fidélités sont des citadelles. Ces croisades qui transportaient des peuples, qui transportaient un continent sur un continent, qui jetaient des continents les uns sur les autres, elles se sont retransportées vers nous, elles ont reflué chez nous, elles sont revenues jusque dans nos maisons. Gomme un flot, sous la forme d'un flot d'incrédulité elles ont reflué jusqu'à nous. Nous n'allons plus porter le combat chez les Infidèles. Ce sont les infidèles épars, les infidèles communs, diffus ou précis, informes et formels, informes ou formels, généralement répandus, les infidèles de droit commun, et encore plus ce sont les infidélités qui nous ont rapporté le combat chez nous. Le moindre de nous est un

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soldat. Le moindre de nous est littéralement un croisé. Nos pères comme un flot de peuple, comme un flot d'armée envahissaient des continents infidèles. A présent au contraire c'est le flot d'infidélité au contraire qui tient la mer, qui tient la haute mer et qui incessamment nous assaille de toutes parts. Toutes nos maisons sont des forteresses in periculo maris, au péril de la mer. La guerre sainte est partout. Elle est toujours. C'est pour cela qu'elle n'a plus besoin d'être prèchée nulle part. Je veux dire en un point déterminé. Qu'elle n'a plus besoin d'être prêchée jamais. Je veux dire à un instant déterminé. C'est elle à présent qui va de soi, qui est de droit, commun. C'est pour cela qu'elle n'a plus besoin d'être décrétée. Signifiée. Elle est toujours. Elle est partout. Ce n'est plus la guerre de Cent Ans. C'est à l'heure qu'il est une guerre de deux cents ou de cent cinquante et des années. Cette guerre sainte qui autrefois s'avançait comme un grand flot dont on savait le nom, cette guerre continentale, transcontinentale, que des peuples entiers, que des armées continentales transportaient d'un continent sur l'autre, brisée aujourd'hui, émiettée en mille flots elle vient aujourd'hui battre le seuil de notre porte. Ainsi nous sommes tous des îlots battus d'une incessante tempête et nos maisons sont toutes des forteresses dans la mer. Qu'est-ce à dire, sinon que les vertus qui alors n'étaient requises que d'une certaine fraction de la chrétienté aujourd'hui sont requises de la chrétienté tout entière. C'est ce que M. Laudet nomme un aff'aiblissement, ime diminution, un affadissement de la foi. C'est le contraire, monsieur Laudet. Qui ne voit

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au contraire que c'est le contraire. Les vertus qui n'étaient requises que d'une partie sont aujourd'hui requises du tout. De tout le monde. Les vertus qui n'étaient requises que de quelques-uns, de plusieurs, sont aujourd'hui requises de tous, du moindre. Une guerre, des vertus qui n'étaient que temporaires, fragmentaires, aujoiu'd'hui sont requises constantes, permanentes, totales, temporellement éternelles. Une guerre, des vertus qui étaient volontaires, puisqu'elles faisaient l'objet et la matière d'un vœu, aujourd'hui sont requises, exigées, impérieusement exigées sans même, avant même que nous ayons à nous en occuper. Sans que nous soyons consultés. Sans qu'on nous demande, sans que nous ayons à donner notre avis. C'est le cas de le dire : Tout le monde est soldat malgré son consentement. Quelle preuve de confiance dans les troupes. C'est littéralement un service militaire obligatoire et il est extrêmement remarquable que les sociétés civiles ont exactement suivi la même loi, la loi de chrétienté. C'est une levée en masse. Ce qui n'était requis que des vieilles troupes, ce qui n'était demandé qu'au grognard est aujourd'hui demandé au conscrit. Ce qui était du domaine du vœu, et par conséquent laissé à la liberté de chacun, est devenu la loi commune. La mer bat le seuil de nos portes. Un vœu, et de guerre perpétuelle, a été fait sans nous pour nous avant notre naissance, par ce seul fait que nous naissons dans ces siècles temporels. C'est pour cela que nos constances, que nos fidélités, que nos créances ont cette beauté, nouvelle, cette rareté, cette invention, cette innovation de beauté, d'être perpétuellement battues imbattables. On a tellement compté sur

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nous qu'où les autres étaient lilDres nous sommes forcés. Contraints. Ce qui aux autres était oftert, à nous est imposé. Ce qui pour les autres était extraordinaire, pour nous est ordinaire, va de soi. C'est le tissu même de notre vie, le tissu de notre courage. C'est ce que M. Laudet nomme une diminution, une déperdition, un fléchissement, un affadissement de notre foi, une diminution, une déperdition, un fléchissement, un aftaissement, vin afladissement de chrétienté. Une diminution en extension, en géographie, je le lui concède, c'est un fait historique, et même un fait historique capital, qui ne le voit. Mais qui ne voit aussi que cette diminution même, capitale, quantitative, a entraîné pour le christianisme même, pour la chrétienté, pour les chrétiens qui restaient un statut nouveau, une condition peut-être infiniment plus profonde, une fidélité peut-être infiniment plus éprouvée, une condition peut-être infiniment plus affouillée en profondeur, en géologie. Nos pères avaient besoin de se croiser, eux-mêmes, et de se transporter pour faire la croisade. Nous Dieu nous a croisés lui-même, quelle preuve de confiance, pour une croisade incessante sur place. Les plus faibles femmes, les enfants au berceau sont déjà des assiégés. La guerre bat le seuil de nos portes. Nous n'avons pas besoin d'aller la chercher, d'aller la porter. C'est elle qui nous cherche. Et qui nous trouve. Les vertus qui n'étaient requises que des militaires pour ainsi dire, des hommes d'armes, du seigneur en armure aujourd'hui sont requises de cette femme et de cet enfant. C'est de là que nos constances, c'est de là que nos fidélités, c'est de là que nos créances reçoivent, c'est de là qu'elles

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revêtent cette grandeur unique, cette tragique beauté obsidionale, unique au monde, cette beauté de fidélité dans l'investissement, qui fait la grandeur, qui fait la tragique beauté unique des grands sièges militaires, du siège d'Orléans et du siège de Paris et pourquoi ne pas le dire de Rochereau dans Béfort, de Masséna dans Gênes. Nous sommes tous aujourd'hui placés à la brèche. Nous somrùes tous à la frontière. La frontière est partout. La guerre est partout, brisée, morcelée en mille morceaux, émiettée. Nous sommes tous placés aux marches du royaume. Nous sommes tous des marquis, il est certain que nous faisons des guerres que nos aïeux n'avaient point faites, nous sommes tous des marquis, comme ce Guillavmie III, dit d'Auvergne, évêque de Paris, voulait que le fût ce théologien, IX. 46. « uns g-rans maistres de divinitei ». 48. « — Or vous dirai-je autre chose, fist li evesques. Vous savez que li roys de France guerroie au roy d'Engleterre; et savez que li chastiaus qui est plus en la m.arche de aus dous, c'est la Rochelle en Poitou. Or vous veuil faire une demande : que se li roys vous avoit baillié la Rochelle à garder, qui est en la maie marche, et il m'eust baillié le chastel de Montleheri à garder, qui est au cuer de France et en terre de pais, auquel li roys deveroit savoir meillour grei en la fin de sa guerre, ou à vous qui averiés gardée la Rochelle sanz perdre, ou à moy qui li averoie gardé le chastel de Montlehery sans perdre ? — En non Dieu, sire, fist li maistres, à m.oy qui averoie gardée la Rochelle sanz perdre. »

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