Maistre, dist li evesques, je vous di que mes Ii
un nouveau théologien
cuers est semblables au chastel de Montleheri ; car nulle temptacion ne nulle doute je n'ai don sacrement de l'autel. Pour laquel chose je vou di que pour un grei que Diex me sait de ce que je le croy fermement et en pais, vous en sait Diex quatre, pour ce que vous li gardez vostre cuer en la guerre de tribulacion, et avez si bone volentei envers li que vous pour nulle riens terrienne, ne pour meschief que onfeist dou cors, ne le relenquiriés. Dont je vous di que soies tous aaises; que vostre estaz plaît miex à Xostre Signour en ce cas, que ne fait li miens. » Quant li maistres oy ce, il s'agenouilla devant l'evesque, et se tint bien pour paie.
§ 226. — Si donc on veut dire que nous sommes en un certain sens, qu'une vague, qu'une grande vague d'incrédulité a passé, qui n'était point connue, qui n'était certainement peut-être point soupçonnée dans les temps antérieurs, que nous sommes en un certain sens dans et sous un certain règne de l'incrédulité on a raison de le dire, on a même le droit et le devoir de le dire. Mais on ne fait qu'énoncer un gros fait historique, un fait historique général, assez grossier, sur lequel il n'y a ni ne peut y avoir aucune hésitation, pas la moindre discussion.
§227. — Une vague a passé; tout le monde est d'accord sur ce point. Combien de temps restera-t-elle étale ; nul ne le sait. Mais si l'on veut dire quelle a tout submergé, (ce que veut dire, ce que dit M. Laudet), en ce sens qu'elle aurait envahi la nature même de notre foi, c'est alors que l'on tombe, (comme M. Laudet
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M. FERNAND LAUDET
y tombe), et dans l'hérésie d'histoire et dans l'hérésie de foi.
§ 228. — Une grande vague a passé. C'est un grand fait, historique, un gros fait grossier, social. Que cette vague ait tout submergé en extension, en étendue, en géographie, c'est ce que nul ne songerait à soutenir. Des pans entiers de christianisme, de chrétienté sont debout aux quatre coins de la terre, (oui, monsieur Laudet, oui, je sais, la terre est ronde, moi aussi j'ai été à l'école), de vieilles souches bourgeonnent, et fleurissent et poussent et feuillissent et fructifient partout.
§ 229. — Qu'un statut historique nouveau, qu'un statut social nouveau en soit résulté pour l'Église, pour le christianisme, pour la chrétienté, pour tout chrétien, non seulement c'est ce que nul ne conteste, mais c'est ce que nous venons de considérer nous-mêmes, et c'est, nous l'avons vu, peut-être ce dont tout chrétien au fond se glorifie, peut et doit se glorifier.
§ 230. — Qu'il y ait là un affaissement de l'Église, du christianisme, de la chrétienté, du chrétien, comme le veut AI. Laudet, nous avons vu que c'est une première hérésie, une hérésie d'histoire et une hérésie de foi.
§ 231. — 11 n'est pas seulement dans la foi, il est d'histoire que nos fidélités modernes, — chrétiennes baignant dans le monde moderne, — en ont reçu, en ont obtenu une exaltation au contraire, une nourriture,
lïj Laudet. — 7.
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un perpétuel avivement. Un statut nouveau. Nos fidélités, nos constances, nos créances, nos fois sont elles aussi, elles toujours, des fidélités de tribulation. Nous aussi, nous tous, nous toujours nous lui gardons nos cœurs en la guerre de tribulacion. Nos fidélités sont dans toute la pleine force littérale du beau mot latin des fidélités d'obsession.
§ 232. — Où M. Laudet a vu un affaissement, l'histoire et ensemble la foi ne peuvent voir qu'une exaltation. Rien n'est aussi beau qu'une fidélité dans l'épreuve, rien n'est aussi beau que le courage dans la solitude, rien n'est aussi beau que cette sorte d'éternité temporelle, rien n'est aussi beau, rien n'est aussi grand que celui à qui on confie le poste de solitude. Mais que si on va jusqu'à dire ce que dit M. Laudet, que cette vague aurait pour ainsi dire envahi l'intérieur de chrétienté, qu'elle aurait littéralement inondé, submergé, envahi le dedans de l'Église, le dedans du christianisme, le dedans de la chrétienté, le dedans du chrétien, qu'elle aurait envahi, altéré le dedans de notre foi en telle sorte qu'il y aurait lieu de distinguer, et même d'opposer, monsieur Laudet, des âges de foi et des âges qui, monsieur Laudet sans doute ne seraient pas de foi, et donc en telle sorte qu'il y aurait lieu de distinguer, et même d'opposer, monsieur Laudet, une foi qui serait naïve et de candeur, (celle de Jeamie d'Arc et du « quinzième »), et une foi, monsieur Laudet, (la nôtre, la vôtre) qui ne serait pas naïve et de candeur, sur ce point rassurez-vous, monsieur Laudet, nous sommes en mesure de vous rassurer ; nous préférons vous le
dire tout de suite : nous sommes aussi bêtes que saint Augustin et que saint Paul, que saint Louis et que saint François, et que Jeanne d'Arc, et pourquoi ne pas le dire, que Pascal et que Corneille.
§ 233. — Cette idée, cette proposition qu'il y aurait eu un christianisme, une chrétienté, une foi, un chrétien et par conséquent une Église naïve et de candeur et qu'ensuite et qu'aujourd'hui il y aurait un autre cliristianisme, une autre chrétienté, une antre foi, un autre chrétien et par conséquent une autre Église qui ne serait pas naïve et qui ne serait pas de candeur est une des plus grosses hérésies, une des plus grossières propositions hérétiques, une des plus grosses hérésies et historiques et de foi. et d'histoire et de foi que l'on puisse écrire, enseigner. Cette deuxième hérésie, M. Laudet l'écrit, l'enseigne.
§ 234. — L'Église est une. monsieur Laudet, identique à soi, la même à soi-même, eadem sibi, eadem ipsi, identiquement la même, historiquement une. chronologiquement une, temporellement éternelle. La communion est une, identique à soi, la même à soi-même, identiquement la même, historiquement la même, historiquement une, chronologiquement une. temporellement éternelle. La foi est une. Il faut que vous renonciez à cette idée qu'il y aurait eu un christianisme, une communion, une chrétienté, une foi, une Église d'imbéciles terribles ou charmants, et qu'ensuite, et qu'aujourd'hui il n'y aurait plus qu'une chrétienté honteuse de gens extrêmement intelligents comme vous. Sur ce point
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rassurez-vous, monsieur Laudet. L'Église, qui est une dans tous les sens, est une aussi dans le temps. Vous qui avez honte de votre Dieu et qui tremblez que votre foi ne paraisse ridicule, vous n'êtes point de chrétienté. Nous qui sommes de chrétienté nous sommes naïfs et de candeur.
§ 235. — Placés dans ce nouveau statut, historique,
social, que nous ne songeons point à nier, au contraire, dont nous aurions peut-être lieu de nous glorifier si l'on veut dire en outre ce que veut dire M. Laudet, ce que M. Laudet écrit, ce que M. Laudet enseigne, que nous sommes autres en dedans, que nous sommes altérés intérieurement, que l'Église est autre en dedans, que la communion, que le christianisme, que la foi, que la chrétienté est autre en dedans, qu'il y a une autre sorte de chrétienté, une nouvelle sorte, une sorte qui serait la sorte moderne, c'est alors que l'on commet en plein, dans son plein, cette deuxième grossière hérésie qui est ensemble une hérésie d'histoire et une hérésie de foi.
§ 236. — Situés dans ce nouveau statut, historique, social, dans ce nouveau climat, dans ce nouveau monde, dans cette nouvelle géographie quand on dit le christianisme moderne, la chrétienté moderne on veut dire, on dit le même christianisme, la même chrétienté, le christianisme chrétien, la chrétienté chrétienne, la même en dedans, la même absolument, la même interne traversant la période moderne, passant par cet âge moderne, baignant dans ce monde moderne. Quand on
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dit le chrétien moderne on veut dire, on dit le même chrétien en dedans, le même absolument, le même interne traversant la période moderne, passant par cet âge moderne, baignant dans le monde moderne.
§ 237. — Le même interne, monsieur Laudet. La même foi. Le plus humble prêtre dans la dernière des paroisses françaises donne, (c'était une humble église au cintre surbaissé.
L'église où nous entrâmes), le dernier des fidèles dans la plus humble des paroisses françaises reçoit le même corps de Jésus, corpus Domini Nostri Jesu Christi, que donnait et que recevait, que donnait ou que recevait saint Augustin et saint Paul, (saint Aignan, saint Loup, saint Gratien), (sainte Geneviève), (saint Germain), saint Louis et saint François, Jeanne d'Arc, Pascal, Corneille. Le même corps absolument identiquement le même. Temporellement éternellement le même et éternellement éternellement le même. Le même en éternité temporelle et en éternité éternelle. Tout chrétien qui prie, monsieur Laudet, secundum verbum orationis, tout malheureux homme qui dit son Notre Père fait une référence directe, immédiate, instantanée à Jésus qui le prononça pour la première fois. Il imite, il saisit, il atteint directement Jésus priant, comme dans la communion il saisit directement le corps de Jésus. Dans ce merveilleux cortège de la prière c'est toujours Jésus-Christ qui marche devant et tout homme qui marche après est toujours éternellement le second.
§ 238. — Il faudra que M. Laudet se fasse à cette
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idée que nous autres nous ne faisons aucun progrès. Ce sont les modernes qui font des progrès. Que nous sommes bêtes une fois pour toutes. Que nous sommes aussi bêtes que saint Jean Chrysostome.
§ 239. — Humainement même il y a dans cette proposition de M. Laudet une ignorance, im manque, ce que l'on serait presque tenté de nommer une hérésie humaine, c'est-à-dire une hérésie en matière d'humanité, de connaissance et d'histoire de l'humanité. M. Laudet a l'air de croire que l'humanité, en elle-même, que l'homme aurait moins besoin de Dieu et de Jésus qu'au « quinzième ». Croit-il donc, cet homme heureux, que la bassesse, que la misère, que la détresse de l'homme est devenue moindre. N'a-t-il donc jamais entendu parler, n'a-t-il donc jamais entendu dire, même par des laïques, même par des profanes, même par des historiens, même par des modernes, même (au sens et) au point de vue purement humain que la misère de l'homme moderne, que la détresse du monde moderne est une des plus profondes que l'histoire, (même purement humaine), ait jamais eu à enregistrer. Croit-il donc, ce rare génie, que l'humanité soit devenue moins douloureuse. Croit-il qu'on ait changé le cœur. Qu'on ait perfectionné le cœur humain. Croit-il que le père qui voit son enfant malade souffre moins qu'au « quinzième ». Qu'il ait moins besoin de la prière et des sacrements. Croit-il que l'homme qui meurt meure moins qu'au « quinzième » et que l'homme qui vieillit vieillit moins qu'au « quinzième » et que l'humanité n'ait plus la même capacité qu'au « quinzième » de détresse et de ce qu'ils nomment
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neurasthénie. On reconnaît bien là l'incurable frivolité du gros bourgeois français. La même capacité de vide et de creux et d'absence. Les mêmes déficiences, les mêmes manques. Croit-il donc, ce gros capitaliste, et pour nous en tenir à ce seul exemple, à ce seul cas, croit-il donc que l'anxiété du pain quotidien ait diminué dans le monde et qu'il n'y ait pas autant d'hommes qu'au « quinzième » qui tremblent pour la faim, qui tremblent pour le pain de leur femme et de leurs enfants et qu'ils tremblent moins et que quand nous demandons le pain de chaque Jour, et que nous le demandons pour aujourd'hui nous le demandons d'un moindre cœur qu'au « quinzième » .
§ 240. — Aussi ni la forme ni la matière des sacrements n'a varié, n'a diminué d'un atome; ni la forme, ni la matière, ni l'objet, ni le mode, ni la surface d'application, ni la directitude, ni le contenu ni pour ainsi dire le contenant de la créance; rien de la foi; ni pour ainsi dire la forme ni la matière de la prière.
§241. — Ni un atome n'a varié, ni un atome n'a disparu, ni en rien n'a varié ou diminué ni ce que nous croyons, ai comment nous le croyons, ni en quoi nous le croyons, ni qui nous le croyons, qui étant; qui credamus. Nous ne souffrons aucuns perfectionnements; au moins des leurs.
§ 242. — « se refaire une âme du quinzième », on voit le petit garçon qui veut aussitôt parler comme les
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grandes personnes. Qui essaye aussitôt d'emprunter le jargon. Se refaire une âme de ceci, une âme de cela, où n'a-t-on pas vu traîner ce cliché psychologico-littéraire, cette fausse élégance endimanchée, ce coup de plume, cette lavasse. Cette fausse élégance au courant, dans le train. Et surtout ce « quinzième », « une âme du quinzième ». Il ne faut pas dire « le quinzième siècle ». Ce serait trop lourd. C'est nous autres imbéciles qui disons tout uniment « le quatorzième siècle », « le quinzième siècle » ; c'est-à-dire qui nous servons tout bêtement du mot siècle, (qui est un nom commun, ou enfin à peine un nom propre), en le faisant précéder à chaque fois comme par hasard du nombre ordinal dont nous avons besoin. Comme c'est pataud, comme c'est paysan. Ce qui est élégant, ce qui est familier, c'est de dire le quinzième, tout court. On voit qu'il couche avec, le quinzième. Et ce n'est pas avec le quinzième arrondissement. Il est comme le touriste à hauteur, qui ne sait pas un mot d'italien, ni non plus un mot d'Italie; et qui à Modane commence à parler quattrocento.
§ 243. — Un jour Brunetière recevait une dame qui lui avait apporté de la copie. Même à la Revue des Deux Mondes les dames apportent quelquefois de la copie. — Madame, dit Brunetière, je ne puis malheureusement publier votre roman. Et pourtant c'est du pur seizième. — Eh quoi, monsieur, dit la dame, aurais-je ce bonheur, que mon œuvre, que mon style serait vm style de ce grand seizième siècle. — Madame, dit Brunetière, j'ai voulu dire du seizième arrondissement.
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§ 244. — ce Qui ne voit, dit M. Laudet, même s'il est mal instruit, comme moi, des auteurs m.ystiques, »... (Il c'est toujours Péguy). Monsieur Laudet vous êtes m,al instruit, des auteurs mystiques. Vous le dites. C'est votre affaire. Nous autres nous n'en soounes pas mal instruits, parce que nous n'en sommes pas instruits du tout. Pour nous chrétiens les livres mystiques, à commencer par les Évangiles, à remonter jusqu'à la Bible, et en y comptant les Procès de Jeanne d'Arc, sont des livres de nourriture, nullement des auteurs de qui on est instruit, des documents, dont on s'entoure.
§ 245. — ce qu'il est téméraire de supposer »... Il ne s'agit pas du tout pour nous de supposition ni d'artifice. Ni d'arbitraire. Ni de gratuit.
§ 246. — ce Sans doute, écrit M. Laudet, toutes les visions sont des transpositions ; »... C'est ici encore une hérésie, la proposition la plus formellement hérétique. Les visions, monsieur Laudet, ne sont nullement des transpositions. Savez-vous ce qu'elles sont? Eh bien elles sont des visions. Elles sont des communications, des communions, des saisies directes. C'est même pour cela et en cela qu'elles sont des visions. Ce sont les autres langages que Dieu parle à sa créature qui sont moins des visions ou qui ne sont pas des visions, qui sont, plus ou moins, des transpositions, jusqu'à la limite à cette proposition qui a tant de grandeur et que l'on trouve dans les philosophes, que la création même est un langage que Dieu parle à sa créature.
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§ 247. — « et les mystiques s'accommodent volontiers quelquefois du réalisme le plus brutal. » — Qu'est-ce que c'est que ce jargon de réalisme. Et il ne s'agit pas de savoir de quoi les mystiques s'accommodent ou ne s'accommodent pas. Il ne s'agit pas pour les mystiques de s'accommoder ou de ne s'accommoder pas. Les mystiques n'ont pas à s'accommoder ou à ne slaccommoder pas. On ne leur demande généralement pas leur avis. Les mystiques ont à recevoir, les mystiques reçoivent des visions directes précisément, des ordres, des commandements, des voix.
§ 248. — « Mais Péguy laisse trop apparaître ce que cette vision directe des mystères du Golgotha »... tout à l'heure toutes les visions étaient des transpositions. A présent c'est une vision directe. Quelle incohérence ; quel flottement ; quel aff'aissement perpétuel de pensée, si l'on peut dire.
§ 249. — « suppose de raison critique, de raison raisonnante, ambitieuse de comprendre, de s'expliquer, de se représenter; » — C'est toujours la même rétorsion. Il fallait que M. Laudet arguât, inculpât M. Péguy d'intellectualisme.
§ 250. — « la même, précisément, qui, lorsque notre siècle veut être fervent, »... c'est toujours cette même idée, cette même hérésie, cette même interdiction, (sur quel ton), à notre siècle d'être fervent. Sur ce ton de commandement insupportable et surtout sur cette hypothèse gratuitement, arbitrairement accordée, sur ce
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ton plus insupportable encore qu'on le sait bien, que c'est entendu, que ça va de soi, que c'est réglé. C'est toujours cette injonction, cette proposition si formellement hérétique d'interdire à notre siècle d'être ce que M. Laudet nomme fervent et qui veut dire tout uniment chrétien. C'est cette injonction, ce haut commandement, cette proposition si formellement hérétique d'interdire à notre siècle d'être chrétien comme les autres . Cette proposition que nous ne serions plus en chrétienté ; que nous ne serions plus dans le royaume. Que Jésus ne serait plus de ce temps, (lui qui est de tous les temps). Qu'il y aurait eu une coupure, en chrétienté, en christianisme. Une coupure horizontale temporelle absolue. Que nous n'aurions pas le droit d'être chrétiens comme nos pères. Que Jésus en somme ne serait pas venu pour sauver tout le monde, — (quelle monstrueuse hérésie), — mais seulement certains siècles, une certaine couche horizontale du temps. Que Jésus en somme ne serait pas de tous les temps. Que chez nous littéralement il ne serait pas chez lui. Que dans notre monde, dans notre temps il ne serait pas dans un monde à lui, dans un temps à lui. Que ce serait aujourd'hui, désormais, fini de lui, et pour lui. Que nous ne sommes pas, que nous ne sommes plus chrétiens naturellement, par une opération interne, naturelle, ordinaire, mais par on ne sait quel coup, factice, par on ne sait quelle gageure d'un artifice extraordinaire. Cette idée, cette hérésie, cette proposition si formellement hérétique que quand notre siècle veut être ce que M. Laudet nomme fervent ei qui veut dire tout uniment chrétien, il ferait quelque chose d'extraordinaire, une
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sorte d'entreprise de gageure d'archaïsme, il ferait on ne sait quoi d'artificiel et de faux, il ferait, il entreprendrait quelque chose qui ne serait pas de son droit, de sa nature, de son dedans, de sa règle.
g 251. — Faut-il vous redire, monsieur Laudet, faut-il vous redire une dernière fois notre foi. Faut-il vous redire une dernière fois votre catéchisme. Que l'Église est une dans tous les sens de ce mot et notamment dans les siècles. Que l'Église a reçu des promesses éternelles. Que Jésus est venu pour sauver tout le monde, et ceux des siècles ultérieurs autant que ceux des siècles antérieurs. Que tous les siècles sont de son royaume et du royaume de ses mérites et du royaume de la grâce de Dieu. Que tous les siècles sont à lui et qu'il est chez lui dans tous les siècles du temps et dans tous les royaumes de la terre. Que tous les siècles de tous les temps lui appartiennent, et ce qui est encore infiniment plus grave, infiniment nouveau, ce qui est le mystère même et le secret et le centre de la Rédemption qu'il appartient à tous les siècles de tous les temps. Qu'il y a eu des âges de foi qui étaient des âges de christianisme, des siècles de chrétienté, des temps de la loi nouvelle, anni Domini, des années du temps de Dieu et de la grâce de Dieu, anni gratine Domini, où la foi incontestée recevait une sorte de consécration, si l'on peut dire, littéralement une solennelle célébration publique, et qu'il y a des âges de christianisme, des siècles de chrétienté, des temps de la loi nouvelle, anni Domini, anni iidem ejusdem Domini, les mêmes années du
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même Dieu, des années du temps de Dieu et de la grâce du même Dieu, anni iideni ejusdem gratiae ejusdem Domini, des mêmes années de la même grâce du même Dieu où la même foi évidemment contestée ne reçoit évidemment plus la même consécration, la même solennelle célébration publique. Et des siècles actuels et des siècles modernes, — trempant dans le monde moderne, — qui au cœur sont les mêmes, qui au dedans sont intégralement éternellement les mêmes, de la même foi, du même Dieu, du même Jésus, du règne de la même grâce. Du même temps. De la même ère. De la même éternité. De la même ère temporelle, éternelle. Qu'il en sera toujours éternellement ainsi. Jusqu'au jugement. Que toujours éternellement ainsi jusqu'au jugement il y aura de ces mêmes années. En un mot qu'il n'y a qu'une ère. Et que c'est l'ère chrétienne. Et qu'il n'y a qu'une ère chrétienne. Et qu'elle commence pour tout le monde, pour tous les siècles, à cette naissance du Christ que M. Laudet veut précisément nous annuler, nous supprimer, nous retrancher, nous interdire, à cette naissance du Christ qui selon M. Laudet ne nous appartient pas. (Monsieur Laudet je ne voudrais pas vous embêter, mais enfin vous nous interdisez comme privé cette Nativité, le point de départ de la chronologie de vingt grands peuples). Post Christiim. natum, et qu'éternellement elle aura commencé là et qu'éternellement elle sera pour finir au jugement. De sorte que quand notre siècle veut être fervent, monsieur Laudet, c'est-à-dire chrétien, eh bien il fait la même chose que les petits camarades.
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Il fait en un sens, et comme le voulait Pascal, tout ce qu'il y a de plus ordinaire. De plus simple. De moins nouveau.
C'est la grâce de la grâce pour ainsi dire qu'elle est ensemble infiniment nouvelle et antique infiniment, que tout ce qu'elle fait est infiniment nouveau et antique infiniment.
§ 252. — « aboutit aux illustrations «documentaires » de V Évangile d'un James Tissot, »... autrefois il nous arguait, il arguait (à) M. Péguy de ne pas s'être entouré de documents. Il nous arguë à présent d'aboutir « aux illustrations « documentaires » de l'Évangile d'un James Tissot ». Quelle incohérence, dans la pensée, pour ainsi dire, dans les termes mêmes. Décidément c'est lui, non les saints, qui est un peu fou.
Et cette référence de Péguy à Tissot et des Mystères aux Evangiles, comme c'est trouvé.
Il est vrai qu'en note, dans une note où il y a aussitôt une grossièreté, il est très bien averti qu'il court ici le risque du contre-sens. Rassurez-vous, monsieur Laudet, il y a longtemps que vous ne le courez plus.
§ 253. — «à l'exégèse loysiste. » — C'est le même argument, la même rétorsion, la même délation de modernisme. Arguer Péguy de loysisme, on oserait presque dire que c'est assez joyeux.
Assez réussi,
§ 254. — « Toujours cette fausse naïveté, cette naïveté i3o
informée... » Toujours cette injonction, cette interdiction qu'il nous fait d'être chrétiens. D'être les mêmes ndifs que les chrétiens des mêmes siècles temporels antérieurs. Et toujours cet informé, cette information.
§ 255. — « On ne recommence pas. (C'est lui qui
souligne). On ne recommence pas. Combien de fois le faudra-t-il redire. » — (Suivent des allégations littéraires). — Tout le débat est là, monsieur Laudet, tout le centre de l'hérésie est là et vous avez précisément trouvé la formule. On ne recommence pas, dites- vous ; et vous le soulignez. Eh bien si, monsieur Laudet, on recommence. Et on recommence même tout le temps. On recommence même toujours. On recommence même éternellement. Il n'y a qu'après le jugement que l'on ne recommencera pas. Jusque là on recommence tout le temps. On ne fait que ça, de recommencer. C'est même cela qui est la vie de chrétienté. La prière, monsieur, recommence tout le temps, le sacrement recommence tout le temps. La naissance même et la mort temporelles recommencent tout le temps. (Et la famille et la race, temporelles, et le labour et les semailles). La tentation, malheureusement le péché recommence tout le temps. Tout le temps tous les jours la prière recommence à demander à Dieu le pain de chaque jour. Le sacrifice de la messe recommence tout le temps le Sacrifice de la Croix.
Son corps, son même corps, pend à la même croix; Ses yeux, ses mêmes yeux, tremblent des mêmes larmes ;
un nouveau théologien
Son sang, son même sang, saigne des mêmes plaies ; Son cœur, son même cœur, saigne du même amour.
Il y a une chrétienté internelle, un internel chrétien qui toujours le même recommence tout le temps.
§ 256. — « D'Anniinzio, écrit-il, pourtant capable de miracles, » ... — Quel dérèglement des mœurs portant jusque dans le langage même. Quel goût, quelle volonté de parler improprement, de se tromper de registre, quelle obstination à vouloir, à se condamner à parler improprement, que d'écrire, dans im article qui est tout de même en matière de foi, que M. d'Annunzio est capable de miracles.
§ 257. — 11 ne restait plus à M. Laudet que de conclure sur une diffamation qui entrât dans la catégorie de la délation. Il n'y a pas manqué. « // a voulu, dit-il de M. Péguy, il a voulu se passer du rituel et du cérémonial; — (ainsi c'est M. Péguy qui a voulu se passer du rituel et du cérémonial ; et sans doute c'est M. Laudet qui n'a pas voulu s'en passer et qui les a observés et qui les a respectés. Dans ce langage macaronique où M. d'Annunzio est capable de miracles, M. Péguy devient quelqu'un qui « a chanté l'office tout de travers, en prêtre mal habile et un peu raisonneur ». On sent tout ce qu'il y a non pas seulement de faux, cela nous le savons, mais de cavalier, mais d'impie, mais d'offensant pour la liturgie et littéralement de mal élevé dans ces derniers propos.
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Cahiers de la Quinzaine. — Mardi premier août igii. — § 258. — Il est vrai que nos fidélités ne sont plus les blés profonds. Elles sont devenues le chardon bleu des sables. — Maintenant que mon temps décroît com,me un /lambeau.
Et je pense, écoutant gémir le vent amer, - Et l'onde aux plis infranchissables ;
L'été rit, et l'on voit sur le bord de la mer Fleurir le chardon bleu des sables.
§ 259. — Il n'a donc jamais entendu dire, il ignore totalement cette expression : la Sainte Famille; une Sainte Famille. C'est une expression toute faite, une expression habituée, à laquelle on ne fait même plus attention. Si on la décomposait pourtant, si on se remettait à son origine, à son point de formation quel singulier rapprochement de deux mots. Que la famille, que la simple famille, (que le privé par conséquent), ait été à ce point consacrée sacrée, consacrée sainte, soudée sacrée, qu'elle ait été ainsi sacrée sacrée, c'est ce que l'on ne considère pas, c'est ce à quoi l'on ne pense généralement pas assez.
§ 260. — Nos fidélités sont des fidélités dans des bourrasques.
§ 261. — Rochereau dans Béfort et Masséna dans Gênes. — Pourquoi taire aussi ces grands assiégés, ces grands généraux, Loup dans Troyes, Aignan dans Orléans, Geneviève dans Paris.
l33 Laudet. — 8
Jeanne d'Arc dans Gonipiègne, Augustin dans Hippone.
Et ce grand Assiégé, ce grand Général aux innombrables têtes, (si seulement il y en avait eu une), le Peuple de Paris.
§ 262. — Quelle méconnaissance non plus de la chrétienté, c'est entendu, mais de l'humanité même, de la plus simple humanité. Comme si le prix du malheur avait diminué depuis le « quinzième ». Ce malheureux n'a donc aucune vie propre. Il n'a donc reçu les confidences d'aucune famille, d'aucun être. Il s'est laissé prendre à ce masque de stoïcisme que nous portons tous, qui chez tous recouvre les plus profondes détresses.
Gomme s'il y avait moins de malheur sur le marché des valeurs.
§ 263. — Une lettre dans le genre humoristique de M. Salomon Reinach à M. Lotte sur ce communiqué du Bulletin me rappelle fort opportunément que je suis fort en retard de ma correspondance avec M. Salomon Reinach. Nous en étions restés à Bernard- Lazare. Ce n'est pas sans un poignement, sans un serrement de coeur que loin de ces misérables arguties de M. Laudet je remonte brusquement à la haute mémoire que nous avons gardée de notre grand ami Bernard-Lazare. Quelques jours après Notre Jeunesse M. Salomon Reinach m'écrivait une lettre à laquelle je souscris à peu près entièrement.
Fixons ce point d'histoire. J'ai dit, et je maintiens, que Bernard-Lazare dans le triomphe ou plutôt