‹ Cahiers de la quinzaineChapitre 24 sur 29 · DOCTEUR CHARLES 8CHIDL0W8KI · texte numérisé non relu

DOCTEUR CHARLES 8CHIDL0W8KI

Le docteur Charles Schldlowski (1) est un socialiste révolutionnaire russe. Un jeune militant doublé d'un philosophe. Dans la littérature socialiste il a débuté par une critique remarquable de la méthode dialectique de Hegel et de Marx. Ecrivain de talent, il est un des organisateurs de T Union des SocialisteS'RéDolutionnaireS'Russes, qui s'inspire à la fois du socialisme moderne et de la vieille tactique du Parti de la Volonté du Peuple fNarodnaja VolaJ, et dont il dirige, avec ses amis, l'organe VOuorier Russe {Rousski RabotschiJ, paraissant à Genève.

Il nous prie d'ajouter qu'il n'engage pas son organisation par son opinion sur la participatif d'un militant socialiste au pouvoir ministériel, cette opinion lui étant personnelle.

Ghers camarades, La juste solution des questions posées par vous n'est possible, selon moi, qu'à la condition que Ton conçoive la lutte de classe d'une manière également juste.

(1) Au cinquième cahier, page 9, reproduisant les questions mêmes adressées par la Petite République aux militants socialistes interna-

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Il y avait un temps où Ton croyait — et bien des socialistes le croient encore — que la révolution sociale résulterait d'une lutte désespérée du prolétariat, misérable et ne profitant d'aucune manière des biens que met à notre disposition la civilisation moderne. On admettait que ce ne serait qu'alors que le prolétariat n'aurait rien à perdre, qu'il conquerrait un monde entier. La lutte de classes se présentait aux esprits comme une guerre menée contre la société ^par un adversaire qui se trouve hors de cette société — par un ennemi dont la tâche unique est de détruire tout ce qui existe, ne laissant rien derrière lui. En partant de cette conception étroite de la lutte des classes, il était facile de prouver que l'intervention des socialistes dans des luttes livrées entre des fractions' bourgeoises ne peut se concilier avec le principe de la lutte des classes. Car, disait-on, toute la bourgeoisie ne doit être considérée que comme formant un bloc réactionnaire, dont aucune partie n'est capable de désirer sincèrement la liberté pour elle-même, ni de se révolter contre une infamie commise. Les socialistes par conséquent ne peuvent se commettre avec aucune de ces parties.

Avec cette conception de la lutte des classes, on est nécessairement amené à donner la même réponse négative à votre seconde question portant sur la pcœticipation au pouvoir dans la société actuelle. En effet, il n'y a pas d'action commune possible entre les socialistes, qui cherchent à détruirje Tordre existant, et les représentants de la bourgeoisie, qui ne songent qu'à conserver ce que les socialistes attaquent.

tionaux, nous avons écrit son nom : Schiflonski. Nous prions nos lecteurs de vouloir bien faire la rectification. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour éviter de semblables erreurs. Nous savons que ces cahiers n'auraient aucun intérêt véritable s'ils n'étaient pas avant tout des cahiers de documents et de renseignements exacts. En particulier la consultation internationale a été relue sur épreuves par celui de nos camarades qui, ayant fait récemment un long tour d'Europe, a le mieux connu les militants internationaux. Mais il est difficile d'atteindre à l'entière exactitude. Et il est plus difficile d'éviter les fautes en copiant un journal à rectifier qu'en écrivant soimême.

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Il me semble que révolution sociale, comme celle de la pensée socialiste, qui se rend compte de ce qui se passe, a pleinement démontré la fausseté de ces conceptions. La révolution sociale ne résultera pas d^une situation désespérée du prolétariat qui n'aurait rien à perdre. Elle sera faite par la classe ouvrière ayant alors atteint un niveau de culture assez élevé; elle sera provoquée par les besoins et les revendications d*un ordre matériel, intellectuel, moral et social qui se développent sans cesse et qui ne peuvent trouver leur pleine satisfaction qu'après la suppression de la propriété privée remplacée par la possession collective des moyens de production et une organisation propre de la production nationale.

En raison de cette considération, la lutte des classes a pour tâche principale la défense — toujours et partout — des intérêts des classes productives. Elle a aussi pour objet les intérêts et les besoins immédiats de ces classes. Elle ebercbe à élever leur niveau matériel et moral. Et tout cela*parce que toute amélioration sérieuse de la situation actuelle de la classe ouvrière est une condition nécessaire de son. développement matériel ,et intellectuel, grâce auquel le socialisme lui apparaîtra non comme un bel idéal trop éloigné mais comme une nécessité absolue.

Les partisans de cette méthode doivent pourtant combattre énergiquement ceux des opportunistes qui voient dans les améliorations partielles et dans les palliatifs la fin suprême du socialisme. Mais en même temps ils sont bien obligés de ne pas se regarder comme hors de la société. Au contraire. Ils doivent rester dans cette société, se rendre compte de tout ce qui s'y passe, pour agir en conséquence. Voilà pourquoi Faction parlementaire des socialistes de tous les pays perd de plus en plus son caractère d'une opposition absolue qui a sa un en elle-même et se transforme en une collaboration avec d'autres classes. Le véritable sens de cette collaboration consiste dans le fait que les socialistes forcent les classes bourgeoises à faire des concessions aux classes travailleuses. Mais pour y arriver il est nécessaire de cesser de considérer toutes les classes

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bourgeoises comme formant un bloc réactionnaire. U est nécessaire de classer les groupes selon leur caractère plus ou moins réactionnaire» selon leur disposition plus ou moins grande à faire des concessions.

n est évident par conséquent que les socialistes ne peuvent regarder avec indifférence la lutte des fractions bourgeoises entre elles. Ils doivent se mêler à la lutte pour aider à écraser celles qui leur sont plus hostiles.

Cette intervention ne doit pas se borner aux cas où il s'agit de la question ouvrière proprement dite ou de ce que Ton appelle la question sociale, ces questions n'étant pas indépendantes de tous les autres phénomènes de la vie sociale. Chaque changement de l'atmosphère politique et morale dans laquelle vit la société a une répercussion inévitable sur le sort de la lutte des classes et sur les intérêts immédiats de la classe ouvrière. Ainsi la conquête des nouveaux droits politiques, la défense de la justice sociale et de l'humanité, le triomphe de la science et de la recherche libre sur les ténèbres de l'ignorance, du principe de la fraternité internationale sur le chauvinisme et l'antagonisme des nations, de la tolérance vraie sur le fanatisme clérical — tout cela crée une atmosphère plus favorable à la lutte des classes en lui préparant un heureux succès, tandis que l'arbitraire de la classe dominante, le délire bestial des chauvinistes et le fanatisme médiéval des curés lui sont extrêmement nuisibles.

Voilà pourquoi je crois que l'intervention du prolétariat socialiste dans les luttes entre les fractions bourgeoises aûn de porter un coup décisif à la réaction sous toutes ses formes non seulement ne se trouve pas en opposition avec le principe de la lutte des classes, mais est directement dicté par ce même principe et le sert.

Je dois répondre dans le même sens à la deuxième question posée par vous. La participation des socialistes au pouvoir exécutif est la conséquence logique et inévitable de sa participation aux assemblées législatives. Qui collabore à la confection des lois doit nécessairement s'occuper de leur application régulière, doit empêcher la classe domi-

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nante de les interpréter dans son propre intérêt. Personne, en effet, ne voudrait nier que la lutte contre les abus du pouvoir, un contrôle rigoureux des actes du gouvernement, est autrement utile à la classe ouvrière qu'une critique faite après coup, post festum. Voilà pourquoi les socialistes doivent tâcher partout d'avoir une part directe au gouvernement, une part qui correspondrait à la force sociale qu'ils possèdent.

Il est naturellement désagréable pour les socialistes d'être obligés d'agir à côté des personnes qui ont mérité à juste titre les colères du prolétariat. Mais cette promiscuité est inévitable et dans les conditions de l'action parlementaire. En tous les cas ce n'est pas de leur faute si la bourgeoisie n'a pas trouvé des hommes plus dignes que M. Galliffet pour en faire un ministre de la guerre, comme ce n'est pas de leur faute non plus s'ils sont obligés de siéger à côté de MM. Lasies et Drumont.

La lutte des classes menée par le parti socialiste en Suisse m'a convaincu que la participation des socialistes au pouvoir n'affaiblit pas son ardeur, mais, au contraire, lui donne une nouvelle force. La majorité de la population s'habitue de plus en plus à voir dans les représentants de la classe ouvrière des défenseurs désintéressés et habiles des intérêts de la société. D'autre part, à mesure que notre parti renonce à une attitude exclusivement négative envers la société actuelle et commence à s'occuper des réformes positives et des améliorations partielles, son prestige croit et avec le prestige son influence sur les masses.

Je comprends bien, chers camarades, que l'expérience d'un pays souvent ne s'applique pas à un autre. Néanmoins je suis convaincu que, sauf des conditions exceptionnelles, les socialistes doivent prendre part à tous les corps constitués, l'exécutif compris. Il va de soi qu'ils doivent agir d'ans l'esprit du programme socialiste et de notre fin propre. En agissant de la sorte, nous hâterons plus sûrement le jour de la délivrance définitive hors de l'ordre bourgeois déjà compromis.

Salut fraternel.

Docteur Charles SÔHiDLovtrsKi

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