‹ Caïn et ArtèmeChapitre 5 sur 7 · staroste : chef d'une communauté · texte numérisé non relu

staroste : chef d'une communauté

LN ÉTIJANGE COMPAGNON 8^

aussi indispensable à tous que l'air. Car, le moujik^ quQsl-ce que c'est?

Le moujik, cVsl pour les hommes une substance alimentaire, c'est-à-dire un animal comestible. r*ar e\em})le, moi ! Mon existence sur la terre serail-elle possible sans le moujik? Le soleil, l'air, l'eau et le moujik sont indispensables à l'existence de Thomme.

— p:t la terre?

— Si l(^ moujik existe, la terre sera aussi! Il sutlil de lui commander: « hé 1 toi, erre de la terre ! » Ei la terre sera. 11 ne peut pas désobéir...

Il aiiuail à discourir, ce joyeux aigrefin! Nous ;i\ ions quitté Ir village depuis longtemps, et passé dev.int bien des termes, et de nouveau surgissait devîinl nous un hameau enl'oui dans le feuillage rouillé de l'automne. Promtolf bavardait — joyeux comme un serin — et je fécoutais en pensant au moujik et à la nouvelle forme de parasite qui rongeait sa prospérité imaginaire de paysan.

Quand donnera-t-on au moujik quelque chose de bon, pour com])enser tout le mal qu'on lui a fait si généreusement? Voici, à mes côtés chemine un produit de la vie citadine, un vagabond cynique et intelligent qui vit aux dépens de ce moujik; un loup, convaincu, sûr de sa force bestiale.

— Ecoutez! dis-ie, en me souvenant tout à

coup de cotte circonstance. Nous nous sommes rencontres dans des conditions qui m'obligent à douter fortement de l'elîet de votre papier... comment expliquez-vous cela?

— Hé, hé. sourit Promtoff. C'est très simple... j'avais déjà passé par cet endroit... et vous savez... il n'est pas toujours agréable de se rappeler au souvenir des gens...

Sa franchise me plut. La franchise est toujours une bonne qualité, et il est très regrettable qu'elle ne se rencontre que rarement parmi les gens rangés. Et je prêtais une oreille attentive au bavardage désinvolte de mon compagnon, en essayant de déterminer sil était vraiment tel qu'il se peignait...

— Voici un village devant nous... désirez-vous que je vous montre la puissance de mon papier? proposa Promtoff.

Je renonçai à cette expérience, et lui demandai de me raconter plutôt pourquoi on le lui avait conféré.

— Oh ! cela, vous savez, c'est une lon-on-gue histoire I dit-il en agitant la main. Mais je vous la raconterai une fois ou l'autre. En attendant, reposons-nous et mangeons. Nous sommes suffisamment pourvus de vivres, par conséquent, nous n'avons pas besoin d'aller au village déranger notre prochain.

Un peu à l'écart du chemin, nous nous assîmes

à terre et nous nous mîmes a manger. Puis, rendus paresseux par les chauds rayons du soleil et le souffle léger du vent de la steppe, nous nous étendîmes pour dormir. A notre réveil, le soleil, énorme et pourpre, était déjà à l'horizon, et les ombres du crépuscule méridional s'allongeaient sur la plaine.

— Voilà, vous voyez, déclara PromtolT, il est agréable au sort que nous passions la nuit dans ce petit hameau.

— Allons-y pendant qu'il faitjour... proposai-je.

— N'ayez pas peur ! nous passerons cette nuitci sous un toit.

11 avait raison ; à \a première chaumière où nous heurtâmes en demandant un gîte, on nous fit entrer hospitalièrement.

Le propriétaire de la chaumière, une sorte de géant très doux, arrivait des champs oii il avait labouré; sa femme préparait le souper. Quatre petits enfants sales entassés dans un coin de la chaumière nous jetaient des regards curieux et craintifs. La robuste femme allait et venait, silencieuse et vive, de la cuisine à l'entrée de la maison, d'oi^i elle rapportait tantôt du pain, tantôt du lait. L'homme, assis en face de nous sur un banc, se frottait les mains avec une expression concentrée, et nous jetait des regards interrogateurs. Il nous posa bientôt la question habituelle :

— Oii allez-vous?

— Nous allons, bonhomme, «c d'une meràTantre, jusqu'à la ville de KielY», répondit vivement Promtoff, citant les paroles d'une antique berceuse.

— Qu'est-ce qu'il y a donc à Kieiï? demanda l'homme après avoir réfléchi.

— Et les saintes reliques?

L'homme regarda Promtoff et cracha, sans rien dire.

Après une pause, il reprit :

— Et d'où venez-vous?

— Moi, de Pétersbourg, et lui, de Moscou répondit Ih'omtoff.

— D'oi^i? demanda le khokol en levant les sourcils ' ? Et qu'est-ce que c'est que Pétersbourg? les gens disent que c'est construit sur la mer, etqu'elle l'inondera un jour...

La porte s'ouvrit et deux khokols apparurent.

— Nous sommes venus chez toi, Mikhael déclara l'un deux.

— Que voulez-vous de moi?

— Nous avons une affaire... Qu'est-ce que c'est que ces gens?

— Ceux-ci? demanda le propriétaire en nous désignant de la tête.

— Eh, oui !

L'homme se tut, réfléchit, et, se détournant lentement, déclara :

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