‹ Calais sous la domination anglaiseChapitre 5 sur 9 · CALAIS VILLE ANGLAISE · texte numérisé non relu

CALAIS VILLE ANGLAISE

On a vu au chapitre II qu'une trêve, conclue le 18 septembre 1347 sous les auspices des légats du pape Clément VI, laissait la ville de Calais au pouvoir de TAngleterre. C'est seulement dans le traité rédigé à Brétigny le 8 mai 1360 que la cession fut officiellement consignée en ces termes : (( Item le roy d'Engleterre aura le chastel et la ville de Calais, le chastel, la ville et seigneurie de Merch,les villes, chasteaux et seignouries de Sangate, Couloigne, Hames, Wale et Oye aveuc terres, bois, marois, rivières, rentes, seignouriez, advoaisons d'églises et toutes autres appartenances et lieux entre gisanz dedenz les mettes ou bornes qui ensuivent : c'est assavoir de Calais jusques au fil de la rivière par devant Gravelinghes et aussi par le fil de mespae la rivière tout entour Langle ; et aussi par la rivière qui va par delà Poil, et aussi par mesme la rivière qui chiet ou grant lac de Guignes jusques a Fretun ; et d'illeuc par la vallée entour la montaigne de Calkully encloant mesme la montaingne, et aussi jusques a la mer avec Sangate et

toutes ses appartenances Toutes lesquelles choses de

Merch et de Calais contenues en cest présent article et en l'article prochein précèdent, le roy d'Engleterre tendra en domaine, excepté les héritages des Eglises qui demourront aus dites Eglises entièrement, quelque part qu'ils soient

assiz, et aussi exceptés les héritages des autres gens des pays de Merch et de Calais, assiz hors de la ville de Galays jusques à la value de cent livres de terre par an de la monnoye courant ou paiis et au dessouz. Mais les héritages et héritations assisez en la ditte ville de Calais, aveuc leur appartenances demourront en demaine au roy d'Engleterre

pour en ordener à sa voulante » (1). Il était convenu en

outre qu'Edouard III occuperait ces territoires à titre de seigneur souverain, comme voisin du roi et du royaume de France (2).

Calais fut naturellement durant toute Toccupation anglaise un lieu de transit fort important: c'est \i\ que débarquaient et que se formaient les armées destinées à envahir la France. Pour connaître les faits qui se passèrent dans la ville pendant la période que nous étudions, nous ne possédons que peu de renseignements ; sauf quelques rares exceptions, nous ne trouvons dans les chroniques que de brèves mentions à propos du passage d'un souverain ou de troupes.

Nous apprenons ainsi par Froissart que la trêve, conclue à Bordeaux en 1357 entre les deux royaumes, ayant pris fin en 1359, Edouard III fit pendant Tété de cette même

(1) Rynoer, R. E., t. III, pars I, p. 487. II n^est point aisé de tracer aujourd'hui la limite exacte du territoire cédé i\ l'Angleterre. Cf. à ce sujet un intéressant mémoire du vicomte Harold Arthur Dillon, intitulé Calais and the pale, p. 4, publié dans Y Archaeologia, t. LUI.

(2) En 1884, au Parlement tenu le 20 avril, les communes furent consultées sur la question de savoir si elles voulaient la continuation de la guerre ou la conclusion de la paix avec la France. Leur réponse fut « qe moelt grantment desiront ils qe bonne paix et honourable au roi nostre sire et a

son roialma si feust faite » ; mais d'après les articles qu'on leur a

communiqués, les députés croient comprendre que certaines terres de Guyenne et Calais seraient tenues du roi de France « par homage et service, mais ne pensont mye que lourdit seigneur lige vorroit assentir trop legierement a tenir d'iceux Franceys par tielle service la ville de Caleys et autres terres conquises des Franceys par l'espeye, ne vorroit la commune

qe einsi feust fait )> Ou leur répondit qu'il serait impossible d'obtenir

la paix à moins de céder sur ce point; les communes donnèrent alors comme les Lords spirituels et temporels un avis favorable : « S'ils feussent eo Testât du roi, ils s'accorderoient a la paix pluis tost qe a la guerre » (Rolls of Parliament, t. III, p. no). De fait, aucun accord postérieur ne vint modifier la clause du traité de Brétigny relative à la souveraineté complète des ^ois anglais sur Calais.

année des préparatifs qui indiquaient clairement l'intention où il était de recommencer la lutte. Attirés par TOspoir d'une campagne glorieuse et fructueuse, un grand nombre de chevaliers d'Allemagne, de Flandre, de Hainaut et de Brabant, sachant. que le roi devait débarquer à Calais, se rendirent dans cette ville^ comptant bien être engagé? pour la durée de la guerre. Ils arrivèrent avant Edouard III» et en telle quantité que la place avait peine à les bontenir, euxi leur suite et leurs chevaux ; les vivres et les fourrages se firent rares et le prix de toutes choses augmenta beaucoup. Ils attendaient depuis le mois d'aoûtj et pour les fdire patienter, on leur disait : « Li rois venra l'autre septnaiiië »■. Mais entre temps, leurs ressources s'épuisaient et plusieurs^ pour subsister, étaient obligés de vendre une partie de leur équipage. La place était tellement encombrée que si le roi fût arrivé avec son armée, il n'aurait su où la loger. II. y avait là un véritable danger pour Edouard qui craignait que ces nombreux volontaires, venus à grands frais, ne voulussent pas quitter Calais sans être dédommagés et ne devinssent pour lui un sérieux embarras au moment d'entrer en campagne. Aussi, se fit-il précéder du duc de Lancastre qui débarqua à Calais le 1®' octobre 1359 avec 400 hommes d'armes et 2.000 archers ; celui-ci expliqua aux Chevaliers étrangers qu'il était de leur intérêt de venir en France avec lui ; il promettait d'ailleurs de leur prêter une somme d'argent sufiBsante pour faire face à leurs dépenses. Ils acceptèrent la proposition du duc et le suivirent dans sa marche sur Saint-Omer. L'armée anglaise ravagea là vallée de la Somme, mais fut repoussée à l'attaque de la petite ville de Bray. Le jour de la Toussaint, Lancastre reçut Tordre de rentrer à Calais ; il ramena donc ses troupes en arrière et rencontra à quatre lieues de la ville Edouard III en personne et le prince Noir à la tête d'une armée consî. dérable. C'est alors que les chevaliers étrangers supplièrent le roi d'Angleterre de les prendre à sa solde. Celui-ci^ forl

6ikibân^»3é de leur nombre, les invita è se rendre à Galaii, assurant qu'il leur ferait connaître sa décision sous deux jours. Ce terme écoulé, il leur envoya trois des siens pour les informer qu'il était à court d'argent et se trouvait dans rimpossibilité absolue de les garder à son service, mais que chacun d'eux pouvait le suivre à ses risques et périls. Les étrangers furent fort déconfits de la réponse d'Edouard^ mais force leur fut de s'en contenter ; on leur donna seule-* ment quelque afgent pour retournek* en leur pays. S'étant ainsi débarrassé de ces auxiliaires incommodes, le roi entra en campagne (1).

Le traité de Brétigny mettait fin à la Captivité de Jean H. Il y était stipulé que ce prince serait amené à Calais aux frais du roi d'Angleterre dans les trois semaines qui suivraient la Nativité de Saint-Jean-Baptiste; il devait y laisser aussi un grand nombre d'otages et y envoyer des bourgeois des principales cités de son royaume. Il était convenu en outre que le roi de France demeurerait quatre mois à Calais et ne paierait rien pour sa garde pendant le premier mois : pour chacun des trois autres, il verserait 10.000 royaux. Nous savons que toutes ces sommes furent acquit* tées le 24 octobre^ et nous avons le reçu qui en fut délivré (2). Jean débarqua à Calais le 8 juillet (3) et y resta jusqu'au 25 octobre après la ratification définitive du traité ; on Tavait logé dans le chôteau. Edouard III traversa le détroit le 9 octobre et habita un hôtel de la ville. En attendant que tous les articles eussent été rédigés, les deux princes passaient le temps en banquets et en réjouissances (4).

(1) ï'rolfisart^ éd. cil. t. V, pp. 100-107.

(2) Archives nationales J. 638 n» 5. Cf. Froissart, éd. cit., t. VI, pp. VIII, IX et X.

(B) Le 17 juin 1360, Ëdouatxl Itl ordonnait à Jean de Beauchamp d'arrêter dans les ports d'Angleterre le nombre de navires nécessaire pour le passage du roi de France et de sa suite. (P. R. 0. Eariy Çhancery roll 300, m. 6).

(4) « Et tous les jours donnoient li doy roy l'un a l'autre a dlsner, et leurs enfàus, si grandement et si estoffeement que merveilles seroit a penser. Et estoient en reviaus et en récréations ensemble si ordonneement que grant plaisance y prendoient toutes manières de gens au regarder. » (Froissart, éd. cit. t. VI, p. 26}.

Quand enfin les otages eurent été livrés et qu'une partie de la rançon fut payée, le roi anglais offrit à son prisonnier (( en son chastiel de Calais un mojalt grant souper et bien ordonné. Et servirent si enfant et li dus de Lancastre et li plus grant baron d'Engleterre a nus chiés » (1). Ils prirent ensuite congé l'un de l'autre « moult aimiablement » et le lendemain Jean II rentra en France, se dirigeant vers Boulogne où il fit ses dévotions à Téglise Notre-Dame accompagné du prince de Galles et de ses frères Lionel et Aymon.

Deux armées furent débarquées à Calais : Tune, en juillet 1370, sous le commandement du fameux Robert Knolles qui s'achemina vers Paris (2), l'autre en 1380 qui fit route vers Thérouanne (3).

C'est à Calais que Richard II, veuf en premières noces d'Anne de Luxembourg décédée en 1394, épousa Isabelle, fille de Charles VI après avoir conclu avec la France au mois de mars 1396. une trêve de vingt-huit ans. On sait que cette longue suspension d'armes et les conditions auxquelles elle fut stipulée, non plus que le mariage français ne rencontrèrent en Angleterre beaucoup de faveur. Les ducs d'York et de Lancastre, oncles du roi, l'approuvaient, tandis que Gloucester s'y montrait hostile : son opposition céda enfin et l'union fut acceptée en principe. Le comte de Saint- Pol en débattit les préliminaires, et Ton décida que le roi de France viendrait à Saint-Omer avec ses oncles et amènerait la jeune princesse. Richard devait passer à Calais et avoir une entrevue avec Charles VI. Le duc de Bourgogne Philippe-le-Hardi, chargé de régler les derniers détails, se rendit la veille de l'Assomption (14 août 1396) à Guînes où il trouva le comte maréchal, le comte de Rutland, les ducs de Gloucester et

(1) Froissart, êJ. cit., t. VJ, p. 54.

(îl Ibidem, t. VII, p. 159 ; Chronique des quatre premiei^s Valois^ éd. cit. p. 207 ; Chronique normande^ éd. cit. p. 19f>. (3) Chronique des quatre p7^emiers Valois, éd. cit. p. Î86.

de Lancastre, un certain nombre de prélats, cinq cents chevaliers et écuyers qui s'étaient portés à sa rencontre et qui raccompagnèrent jusqu'à Calais. Pour lui faire honneur, les bourgeois de la ville, tous vêtus de même, étaient rangés le long des rues qu'il devait traverser avant d'arriver à une grande salle construite en planches au milieu ^u marché et décorée aussi magnifiquement qu'un temple. Le roi d'AngleterreTyreçutgracieusement, s'informa des nouvelles de toute la famille royale de France, puis Temmena entendre les vêpres dans l'église Saint-Nicolas. Le lendemain, quand les offices auxquels Richard et le duc de Bourgogne assistèrent furent terminés, un grand banquet très bien ordonné réunit les principaux seigneurs qui étaient servis par des ducs et des comtes au son d'une musique (1). Après un échange de riches présents, on convint de la manière dont le mariage serait célébré et du cérémonial qui serait observé dans la rencontre des deux rois; Philippe prit ensuite congé et retourna en France, tandis que Richard II traversait le détroit pour aller tenir à Westminster le Parlement de la Saint-Michel (29 septembre).

A la date fixée, on aménagea aux frontières des deux états un emplacement entre Calais et Ardres pour l'entrevue des souverains de France et d'Angleterre (2). On s'y fit force courtoisies, on échangea de somptueux cadeaux, et la fille de Charles VI qui n'avait alors que sept ans fut présentée à son nouvel époux. La cérémonie eut lieu à Calais, le 4 novembre, dans l'église Saint-Nicolas où le roi se rendit en grande pompe, précédé par des musiciens. L'archevêque de Cantorbéry, Thomas Arundell, donna la

(1) Chronique du religieux de Saint-Denys, éd. Bellaguet, t. II pp. 444- 446 ; Froissart, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XV p. 273 et infra.

(2) Signalons en passant que le duc d'Orléans, frère du roi, dépensa à cette occasion 8.000 livres tournois. Le 10 octobre 1396, il ordonne à son conseiller Jean le Flament de faire délivrer cette somme au maître de sa chambre « pour la despense de nostre hostel pendant ce présent voyage de Calais ouquel nous avons entencion, a l'aide de Dieu, d'y aller presen-

t-ement en la compagnie de monseigneur le roy » (Britlsh Muséum,

Additional Charter 15 H). ^

bénédiction, et quelques jours aprô», les nouvQçiUx m^ri^B s'enabarquèrent pour Douvres, où ils arrivèrent, 8iu témoignage de Froîssert, en moins de trois heures. Ils s'acbeipinèreut enauîte vers L«ondres au milieu des Wtes (1).

C'est à Calais que, Tannée suivante, Richard II fit ejnpriaoni\er son oncle Gloucester dont il supportstit malaisément l'autorité et qu'il soupçonnait de complot contre ;sa personne. Saisi tout à coup et jeté dans uq navire, le duc fut conduit dans cette place par le comte maréchal Thomas de Nottingham et enfermé au château. Fort elïrayé, il demanda la cause de son arrestation et sollicita la permission de sortir librement dans la ville, Nottinghan> refusa, alléguant qu'il n'avait point d'ordres à ce sujet. Craignant d'ailleurs pour sa vie, Gloucester voulut mettre sa cons^ oience en repos et se confessa : bien lui en prit, car au moment où avant de se mettre à table, il se lavait les mains, quatre hommes sortant inopinément d'une cachette, lui mirent une toile sur la tête, le jetèrent ^ terre et l'étranglèrent (2)t Quand il fut mort, on le porta sur sou lit et oq répandit dans la ville le bruit « que une deflaulte de maladie de popelisie estoit prinse au duc de Glocestre en lavant le* mains, et que a grant peine on l'avoit porté çouchier (3) ». Deux jours après, on annonça que le duQ avait succombé à son mal ; le comte de Nottingham et-le3 chevaliers prirent le deuil. Le corps fut ensuite « moult bounourablement appareillé », embaumé et transporté en Angleterre. Plus tard, lorsque Richard II eut été détrôné, on essaya de faire la lumière sur les circonstances qui avaient accompagné la mort de Gloucester, Au Parlemeut tenu dans la première année du règne de Henry IV, en 1399, on lut une déclaration faite sous serment par un serviteur

( 1 ) La Chronique du religieux de Saint-Denys donne de très nombreux détails sur l'entrevue de Richard II et de Charles VI (éd. cit. t. Il pp. 450 et suivantes) ; Froissart (éd. Kervyn de J^ettenhove, t. XV. pp. 373 et suivantes), dit que la cérémonie du mariage eut lieu le l»' novembre.

(?) FroissttPt, éd. cit., t. XVJ pp. li et suivantes.

(3) Ibidem, p. 75.

du comte da Nottiogham, nommé John Hall. Celui-ci affirmait qu'un certain jour de septembre, le duc fut tiré du château de Calais, conduit à un hôtel appelé Prince's Inn et confié à la garde de deux serviteurs du roi. On envoya quérir un prêtre pour le confesser, après quoi, Gloucester couché sur un lit, fut étouffé entre deux matelas. Pendant cette exécution sommaire, John Hall avait fait le guet à la porte. Le Parlement le déclara coupable et le condamna à être « bowelez et ses bowels arczdevauntluy, et puis soit penduz, décollez et quarterez, et son teste envoie a Galeys ou le moudre fuist fait, et le^ quartres envoiez as autres lieux ou le roi plerra. Et sur ceo, commaundé fuist al mareschall d'Ëngletere de faire exécution. Et ensy fuist fait mesme le jour (1) ».

Quand, en 1415, Henry V eut débarqué en Normandie et se fut emparé de Harfleur, il résolut de garder en captivité tous les nobles et gens de guerre (( qui estoient ladedens )), mais ne voulant pas s'en embarrasser sans doute et ne pouvant les transporter immédiatement en Angleterre, il fit mettre leurs noms par écrit et exigea d'eux le serment qu'ils se constilueraient prisonnier^ à Calais avant la fête de Saint- ^Iartin(ll novembre) (2). On sait qu'une armée considérable placée sous les ordres du connétable d'Albret s'était rassemblée pourbarrerlarouteauroianglais, qui, traversantlaNormandie et la Picardie voulait gagner ses domaines du nord 4e la France. Thomas Basin rapporte sans y ajouter grande foi un bruit qui courut alors, suivant lequel Henry V, effrayé du danger auquel il s'exposait en se heurtant imprudemment à une force si imposante, aurait offert aux Français de leur restituer la ville de Calais et de leur payer môme une grande somme d'argent si on lui permettait de retourper librement dans son royaume. Le chroniqueur ajoute que ses propositions ayant été rejetées, le roi se décida à

(1) Rolls of Parliament, t. III, pp. 452 et 453.

(2) Chronique de Je^jkon J^ Féi>re, éd, Mopand, t. I. p. 2^^.

livrer bataille à Âzincourt, la 25 octobre (1). Son succès fat x^mplet: les eheveliers français échappés au massacre, blessés pour la plupart, furent dirigés sur Calais, mais ils n'eurent même pas la faculté d'entrer dans la ville où ils auraient pu prendre quelque repos et trouver quelque soulagement à leur misère ; on refusa de les y recevoir, car leur nombre était si grand que les autorités locales craignirent de manquer de vivres s'il fallait les nourrir, et la place devait être en tout temps bien approvisionnée pour le cas d'une attaque (2). Toute la population se porta au devant du vainqueur d'Azincourt jusqu'à Guînes, les prêtres et les clercs en habits sacerdotaux avec les croix et les bannières des églises en chantant le Te Deum (3). Les ducs d'Orléans et de Bourbon, faits prisonniers dans le désastre, furent ame-nés à Calais et traversèrent bientôt le détroit avec le roi (4). Vers la Saint- Rémi de l'année suivante (1^^ octobre 1416), l'empereur d'Allemagne Sigismond passa par cette ville en allant en Angleterre et en retournant dans ses états : il y demeura deux jours. (5). Henry V l'y reçut en même temps que le duc de Bourgogne avec qui il eut de longues entrevues auxquelles pas un des conseillers des deux princes ne fut admis : « et de ce on parla depuis en mainte manière, maiz peu de gens en sceurent la vérité de ce qu'ilz avoient

(1) Thomas Basin, éd. cit., t. I. p. 20.

[t] (( Sy est assez a penser que les povres prisonniers françois, dont le plus estoient navrés et bleschiés estoient en grant détresse : car bien Guidèrent entrer tous dedens Calais. Mais ceulx de la ville ne les vauldrent laissier entrer, excepté aucuns seigneurs d'Angleterre ; et le faisoient affln que vivres ne leur faulsissent, et que la ville qui estoit en frontière, demourast toujours bien garnie. » [Chronique de J. Le Févre,^ éd. cit. 1. 1, p. 262). D'après Pierre de Fenin, les Anglais vainqueurs, mais fort maltraités et manquant de chevaux, se rendirent à Calais non sans souffrir beaucoup : «... et si estoient Englez moût desconfortés de ce que on leur avoit osté leurs chevaux, car il y en avoit moût de navrés et de mesaisiés qui s'en allèrent a grant paine d'icy a Calais ; mais nonobstant ilz s'en allèrent a Calais et la on leur fist grant joie. » [Mémoires de Pierre de Fenin, éd. de M"« Dupont, p. 66).

(3) Chronique de J, Le Fèvre^ éd. cit. t. I. p. 263.

(4) Thomas Basin, éd. cit. t. I. p. 23.

(5) Jehan Le Fèvre, éd, cit. t. I. p. 279, 280, 283.

parlé » (1)« Le roi d'Angleterre chercha sans doute à attirer Jean-sans-Peur dans son alliance, lui promettant de partager avec lui les conquêtes qui seraient faites en France.

Signalons encore le débarquement en juin 1428 d'un corps de 6.000 Anglais sous les ordres du comte de Salisbury qui se dirigea sur Paris, puis sur Orléans dont on faisait le siège (2), et le passage du jeune Henry VI qui, après son couronnement comme roi de France, le 17 décembre 1431, se rendit à Rouen puis à Calais d'où il fit voile pour l'Angleterre (3).

Pendant la guerre des Deux- Roses, la possession de cette ville que Comines appelle « le plus grant trésor d'Angleterre et la plus belle cappitainerie du monde» (4), fut disputée par les deux partis d'York et de Lancastre comme une place dont l'importance stratégique n'échappait à personne. Sans vouloir entrer dans les détails de cette lutte sanglante, féconde en surprises et en revirements soudains de la fortune, nous devons pour l'intelligence de ce qui va suivre en rappeler quelques traits essentiels. On sait que le gouvernement d'Henry VI de Lancastre, faible et malade, était violemment combattu par un certain nombre de grands seigneurs et de membres de la famille royale, parmi lesquels étaient Richard comte de Warwick et Richard duc d'York qui descendait par sa mère do Lionel second fils d'Edouard III. Tant que le roi, qui avait épousé Marguerite d'Anjou, n'eut point d'enfant, York pouvait aspirer à la couronne ; mais ses espérances furent ruinées lorsque en 1454, la reine accoucha d'un fils. Après plusieurs soulèvements à main armée suivis d'amnisties et de réconciliations aussi peu sincères que durables, le duc se posa ouvertement en prétendant, car ses droits, assurait-il, étaient supérieurs

(1; Mémoires de Pierre de Fenin, éd. cit. pp. 68 et 69 ; Jehan Le Fèvre, éd. cit. 1. 1. p. 283.

(2) Jehan Le Fèvre, éd. cit. t. H. p. 140.

(3) Thomas Basin, éd. cit. t. L p. 93.

(4) Mémoires de Philippe de Commynes, éd. B. de Mandrot. t. L p. 198.

h oeuic du roi régnant qui avait pour auteur le troisième fils d'Edouard III, Jean de Gand. Un Parlement réuni le

20 novembre 1459 à Goventry, ayant décrété d'arrestation les chefs de la Rose Blanche, c'est-à-dire York et Warwick, ceux-ci parvinrent à s'échapper et à se mettre en sûreté ; le premier se rendit en Irlande, et le second dans son gouvernement de Calais dont il avait été nommé capitaine pour une durée de sept ans le 13 août 1455 (1), après la première bataille de Saint-Alban, alors qu'Henry VI n'osait rien refuser au vainqueur. Le comte de Warwick, très populaire dans la ville, fut accueilli avec joie par les habitants ; il alla d'abord faire ses dévotions à l'église de Saint-Pierreles-Galais, après quoi il fut reçu à la porte de la cité par 1q maire, les représentants de la compagnie de l'Etaple et la garnison, « Si firent ceste nuict très bonne chîere, ce que piecha n'avoient fait pour doubte qu'ilz avoient de trouver leurs annemis devant eulz a Calais » (2). Ei de fait, Henry VI ne pouvait laisser aux mains d'un adversaire déclaré une place de première importance ; dès le 9 octobre 1459, Warwick avait été remplacé dans sa charge de capitaine de Calais par Henry duc de Somerset (3) qui s'était hâté d'envoyer up héraut prendre en son nom possession de ce commandement. Mais ce héraut arriva dans la nuit qui suivit le jour où le comte, plus prompt, avait débarqué dans le port et avait été si bien accueilli dans la ville. Arrêté par les hommes de garde, l'émissaire dut s'en retourner avec cette réponse « qu'on ne voulloit leans autre capittaine que le conte de Warewic. » (4) Le conseil royal décida alors que l'on tâcherait au moins de mettre la main sur Guînes en attendant l'occasion de s'emparer du lieu Qii le rebelle avait trouvé asile. Des troupes furent mises à lia

{1)P. R. 0. Early Chancery roU 397, m 11.

(2) Anchiennes cronicques d'Engleterre par Jehan de Wavrin, éd. Dupont, t. II, pp. 197 et 198.

C3) Rymer, éd. de La Haye, t. V, pars II, p. 90, U) W*vfiB, é4. Qit. t, II, p. 198.

dif^pOf ition <Ju duQ d^ Somerset pour ètrfl transportée» de r^Utra côt^ du détroit, mais le malheur voqlqt qu'una vio^ lepte t^mp^te forçât las vaisseaux où elles avaient pri^ place à chercher un refuge dans le port même de Calais. Seul, le nouveau capitaine put aborder à Wissant d'où il ^e rendit è Gutnes ; il fît connaître à la garnison la dignité dont Henry VI l'avait revêtu et annonça que son compétiteur avait été déclaré traître et banni du royaume. On donna préaqce à. ses paroles et on Taccueillit. Mais il apprit bientôt que tous ses (( babillçmens, harnois et chevaulx )) (1) étaient tombés aux mains de Warwick qui s'empres^sa de Ten aviser non sana ironie. Somerset, sans perdre courage ^ la pQuvelle de cette disgrâce, se fournit comme il put dans Je pays de vivres et de munitions, car peu de secours lui vipt d'Angleterre, et une guerre d'escarmouches s'engagea entre les troupes cantonnées à Guines et celles qui occupaient Calais. Cette dernière ville, fut en quelque sorte mise en interdit et une proclamation du roi défendit à tous ses sujets d'y porter des provisions. Pour obtenir de quoi nourrir les habitants, Warwick s'adressa au duc de Bourgogne, mais comme la disette augmentait, beauçpup de gens émigraient à Guînes. .Le comte réunit alors ceux qui restaient et les harangua, leur exposant ses griefs contre le gouvernement : bourgeois et marchands Tacclamèrent^ lui prodiguèrent des assurances de dévouement et protestèrent que pour rien au monde, ils n'accepteraient Somerset comme capitaine. Mais cette bonne volonté ne pouvait sufiBre Warwick comprit qu'il fallait relever le parti et résolut de se rendre en Irlande pour conférer avec le duc d'York et préparer une action commune. Il quitta Calais au commencement du Carême de 1460 après avoir pris congé des habitants et les avoir exhortés à demeurer fidèles à ceux qu'il laissait pour commander à sa place (2). Le 1®^ juin suivant,

(l) Wavrin. éd. cit. t. II. p. ÎOO.

[t] Ibidem, p. 910.

trompant la vigilance du duc d'Exeter qui voulait lui barrer la route, il rentra dans la ville à la grande satisfaction de toute la population qui commençait à se croire abandonnée de son chef. Le lendemain de son arrivée, les bourgeois le sollicitèrent de se mettre en campagne contre les gens de

Guînes. Il répondit qu'il ferait de son mieux, mais que cette entreprise ne lui paraissait point avantageuse ; il serait plus utile à son avis de passer en Angleterre, de soulever le comté de Kent et de porter au gouvernement de Henry VI un coup décisif. En effet, conduit par Warwick et Salisbury, un corps de 2.000 hommes s'embarqua à Calais et aborda à Sandwich. La campagne qui s'ouvrit alors fut favorable à la Rose Blanche : le 19 juillet, les troupes royales étaient battues à Northampton et le roi tombait au pouvoir des vainqueurs. Le Parlement décida qu'il conserverait la couronne sa vie durant, mais qu'après sa mort elle passerait au duc d'York. Warwick « qui moult desiroit de retourner

a Gallaix pour veoir sa femme, sa mère et aussi ceulx de la ville )) (1), se hâta de rentrer dans son gouvernement ; reçu en triomphateur, il remercia chacun de son concours, et justifia la révolution en montrant que le royaume était relevé et le « roy remis en bon estât » (2).

Cependant, Somerset tenait toujours dans Guînes ; lorsqu'il apprit le succès des Yorkistes, il jugea prudent de se rapprocher de Warw ick et il envoya un parlementaire à Calais. Un accord fut négocié entre les deux seigneurs qui eurent une entrevue à Saint-Pierre où ils firent la paix à la grande joie des Calaisiens qui n'eurent plus dès lors à craindre les hostilités de leurs voisins immédiats ; après quoi, le comte quitta la ville pour se rendre à Londres et assister au Parlement.

Marguerite d'Anjou, femme de Henry VI, qui après la bataille de Northampton s'était enfuie en Ecosse, avait levé

(1) Wavrin, éd. cit. t. II. p. 233.

(2) Ibidem, p. 234.

tinô armée dans les comtés du Nord pour défendre la cause de son mari. Le 24 décembre 1460, une rencontre entre les troupes des deux partis eut lieu à Wakefield ; les Yorkistes furent défaits, le duc d'York y périt et sa tête fut exposée par dérision au-dessus d'une des portes de la ville dont il portait le nom. Warwick fut lui-môme battu entre Saint- Alban et Barnet, mais les Lancastriensne surent pas profiter de leurs victoires et le 5 mars 1461, le comte de March, fils aine du duc d'York, fut reçu dans Londres et proclamé roi sous le nom d'Edouard IV.

Dès lors, Warwick, le « faiseur de rois », comme on l'appela, se crut tout puissant sur le nouveau souverain : il en obtint d'abord comme récompense la capitainerie de Calais sa vie durant, alors que cette charge n'avait été donnée jusqu'à ce moment que pour une période déterminée (1). Mais bientôt, les dissensions surgirent entre le jeune roi qui voulait être indépendant et celui qui ayant contribué à l'élever au trône, prétendait le tenir en tutelle. Déçu dans ses intérêts de famille et contrecarré dans ses idées de politique extérieure qui tendaient à un rapprochement avec la France, le comte se reieta^ns.l*opposition violente et chercha les moyens de rëffveïsef''Edouard IV. Il attira dans son parti le propre frère de ce dernier, George duc de Glarence à qui il fit épouser sa fille Isabelle : le mariage fut célébré à Calais le 11 juillet 1469. Une première prise d'armes ayant échoué, Warw^ick, accusé de trahison, voulut se réfu* gier dans cette ville où il se considérait comme souverain etoù il avait déjà trouvé asile lorsqu'il combattait Henry VI. Il s'embarqua donc vers Pâques 1470 pour s'y rendre avec Clarence son gendre, et sa fille. Mais à sa grande surprise, sir John Wenlock qui commandait la place en son nom, refusa de l'y laisser pénétrer, car il avait reçu du roi l'interdiction formelle de donner accès aux rebelles (2). Le

(1) V. R. 0. Early Chancery roU 405, m. 24.

(î) Wavrin, éd. cit. t. III. p. 2a et note 2.

porteur de cet ordre Vivait fait diligence et étsiit arrivé à Calais un jour et demi avant le « faiseur de roiâ )), il avait remis ses lettres à Wenlock en présence de Gaillard de Durfort, du maire de l'Etaple et des soldats. Le message royal, quand il fut connu, excita dans une partie de la population de violents murmures et Ton put un moment craindre un mouvement en faveur de Warwick qui était très aimé dans la ville. Le lieutenant se hâta de faire occuper fortement le château et lés points principaux de la cité afin d'étouffer toute tentative de sédition. Les mesures furent si bien prises que les habitants aussi bien que la garnison se virent contraints d'obéir au mandement d'Edouard IV, w laquelle chose ilz firent très enuis, car tant amoient le conte de Warvv^icq que s'il fust advanchié de plus tost estre venus, luy et sa compaignie fussent entrées dedens la ville de Calais » (1). Le navire qui portait lés fugitifs qu'on refusait ainsi de recevoir attendait à Tissue du port, et « estants a l'ancre la devant, acoucha la duchesse de Clarence... d'ungfilz. A grand peyne voulut consentir ledict seigneur de Wauloc que on luy portast deux flaccons de vin. C'estoit grand rigueur d'un serviteur envers son maistre » (2). Edouard IV fut très satisfait d'apprendre que son redoutable adversaire n'avait pu entrer dans une place qu'il s'était habituée à considérer comme son propre domaine^ Charles-le-Téméraire envoya Gomines féliciter Wenlock de son loyalisme et lui fit présent de 2.000 écus de pension. Cet officier, raconte le chroniqueur, « feit serment

\\) Waynti, ëd. cit., t. III, p. SO et note 3. — Il semble bien que les troubles qui eurent lieu à Calais en faveur de Warwick furent plus graves que ne l'indique le chroniqueur, ou du moins que les habitants et la garnison avaient auparavant pris le parti du « fa seur de rois » dans sa rébellion contre Edouard lY. Nous en avoiisl a preuve dans une lettre de ce prince datée de Southampton le 3 mai 1470, où il accorde leur pardon aux Calaisiens, aux soldats et à tous ceux qui se trouvaient dans la ville le 24 avril précédent, à l'exception d'un certain nombre de personnes parmi lesquels Warwick, Clarence, Marguerite d'Anjou, le maire et les membres de la compagnie de l'Etaple. (P. R. 0. Early Chancery roU, 414, m. 4 ; voy, pièces justificatives).

(2) Comiues, éd. Mandrot, t. I. p. 198t

en Thostel de l'eslaple... entré mes mains âudiôt roy d'Angleterre, de le servir envers et cont^e tous, et sémblablement tous ceux de la garnison et de la ville ))(!). Warwick essaya cependant de pénétrer par force dans Calais, mais ayant échoué, il suivit le conseil que lui donna Wenlock de se retirer en France ; ce dernier, ajoute Gomines, « servit très bien son càppitaine en lui donnant ce conseil, mais très mal son roi» (2). En effet, lecomte débarqua en Normandie et se rendit auprès de Louis XI qui lui ménagea une entrevue ftvec Marguerite d'Anjou. Les deux ennemis jusqu'alors acharnés firent la paix, et celui qui était le principal auteur de la chute de Henry VI ^ partit en septembre 1470, bien muni d'hommes et d'argent, pour l'Angleterre, avec l'intention de renverser Edouard IV, son ancien protégé. Et de fait, soulevant les populations contre celui-ci, il le contraignit à s'enfuir auprès du duc de Bourgogne, son beaufrèrO) 6t restaura pour quelque temps la dynastie de Lancastre.

Ces événements imprévus eurent leur contre-coup à Calais aussitôt qu'ils y furent connus : « tout homme portoit la- livrée de monseigneur de Warvic » (3) qu'on n'avait pas voulu recevoir en personne quelques mois auparavant, Gharles-le-Témëraire pour se venger de déprédations commises sur ses terres par la garnison de cette place, avait confisqué les marchandises anglaises entreposées à Gravelines. Mais Comme le commerce était considérable entre l'Angleterre et la Flandre, il fut obligé pour ne point léser ses propres sujets, de chercher un terrain d'entente afin dé ne pas interrompre le trafic (4). Aussi envoya-t-il Comines à Calais avec mission de négocier avec sir John Wenlock.

(1) Comines, éd. Mandrot, p. 199.

^t) Ibidem, p. ÎOÔ. La tentative de pénétrer de vive force dans la vilié est attestée par Wavrin « ...le conte... commença de assaiUir la ville, tant que d'ycelle en y eut VU ou VIII mors ». (éd. cit. t. II. p. 30^.

(3^ Comines, éd. cit. p. 212.

(4J Cf Van Bruyssel, Histoire du œmmefce et de la mc&ine vn Belgique (Bruxelles, 1863, 2 vol in 8), t. II, pp. 185 et 186,

L^ambassadeur bourguignon fut invité à diner par le capitaine: celui-ci (( avoit le ravestre d'or sur son bonnet (qui estoit la livrée dudictcjiUe qui estoit ung baston noir) et tous les autres semblablement.... Et me fut dict a ce disner que dès que le messagier fut arrivé d'Angleterre qui leur avoit porté ceste nouvelle, que en moins d'ung quart d'heure, chacun portoit la dicte livrée... ; ce fut, dit le chroniqueur, la première fois que j'euz jamais congnoissance que les choses de ce monde sont peu estables» (l). Comines réussit d'ailleurs parfaitement à concilier les intérêts commerciaux des deux pays que les changements politiques récemment survenus n'affectaient en rien, et il arrêta avec Wenlock que le traité précédemment conclu resterait en vigueur, sauf que l'on nommerait (( (( Henry ou lieu de Edouard » (2). Les négociants de Calais n'admettaient pas en effet, qu'on engageât avec le duc de Bourgogne des hostilités qui nuiraient à leurs affaires ; ils le montrèrent bien lorsque Warwick qui détestait Gharles-le-Téméraire et voulait l'empêcher de secourir son beau-frère, arriva dans la ville avec 4.000 hommes dans l'intention de commencer la lutte. Les marchands de l'Etaple manifestèrent si nettement leur volonté pacifique, que le « faiseur de rois » qui sans doute avait besoin de leur concours financier et ne se souciait pas de de les mécontenter, fut obligé de céder à leurs remontrances et d'accepter la paix. Mais bientôt, les choses changèrent encore une fois brusquement de face : Edouard IV, aidé par le duc de Bourgogne, passa en Angleterre et ne tarda pas 6 être rejoint par de nombreux partisans. Le duc de Clarence, abandonnant son beau-père, se rangea du côté de son frère, et le 14 avril 1471, un combat engagé à Barnet fut une déroute pour les Lancastriens. Warwick resta sur la champ de bataille et Henry VI fut de nouveau conduit à la Tour tandis qu'Edouard rentrait triomphant dans Lon-

(Ij Comines, éd. cit. t. I. pp. 2U et 213.

2) Ibidem, p. 214.

dres. Quand il eut affermi son pouvoir, il pensa qu'il pou-» vait lirer profit de la rivalité de Louis XI et de Charles-le- Téméraire ; il avait tout intérêt à ce qu'aucun accord n'intervînt entre eux. Aussi fut-il fort dépité delà trêve que conclurent les deux adversaires le 13 septembre 1475. Il envoya au roi de France Thomas de Montgomery pour l'engager à ne point céder Saint-Quentin au duc de Bourgogne, lui offrant son aide en cas de reprise des hostilités, mais il demandait en échange « que le roy le recompensast du domaige qu'il auroit a cause que la gabelle des laines a Calais ne lui vauldroit riens (ceste gabelle peult bien monter a cinquante mil esculz)... » En effet, si l'Angleterre était en guerre avec la Flandre, le commerce des laines en pâtirait, le transit deviendrait nul à Calais et le trésor royal perdrait tout le produit des taxes qui étaient perçues sur les marchandises vendues. Louis XI ne céda point aux suggestions intéressées du roi d'Angleterre ; il le remercia de ses intentions, mais déclina ses offres, « disant que ja la trefveestoit accordée » (1).

Aussitôt qu'il se fut emparé de la couronne au détriment de ses neveux, le duc de Gloucester proclamé roi sous le nom de Richard III, désireux de s'assurer une place aussi importante que Calais, chargea, le 28 juin 1483, John Blount de Mountjoy, maître John Cooke et Thomas Thwayte d'en prendre possession en son nom (2). Il semble que la garnison et la population, n'aient pas reconnu Henry VII immédiatement après son avènement. En effet, la bataille de Bosworth où périt Richard fut livrée le 22 août 1485, et le 5 décembre suivant nous voyons que le nouveau souverain envoie à Calais John Arundell doyen de l'église cathédrale d'Exeter, Richard Edgecombe et John Galdiswell docteur es lois pour conférer avec les capitaine, lieutenants, officiers, soldats et habitants de cette ville, leur

(1) Comines, éd. cit., t. I. pp. 329 et 330.

[t) P. R. 0. Early chancery roU 428, m. 29.

exposer ses droits à la couronne (1) et recevoir d^eux le serment de fidélité.

Quelques années plus tard, en 1488, la correspondance d*un collecteur du denier de Saint-Pierre en Angleterre, nous apprend incidemment et sans nous fournir de détails, qu'on aurait découvert un complot tramé dans le but de livrer Calais à la France. D'après une lettre de Giovanni dei Gigli, adressée au pape Innocent VIII le 5 octobre de cette année, Témotion très vive d'abord se serait calmée bientôt, mais le roi aurait renforcé la garnison et bien muni la place d'artillerie et de provisions (2).

Nous aurons achevé cette rapide revue des événements principaux dont Calais fut le théâtre, quand nous aurons parlé de quelques visites royales ou princières qui eurent lieu dans cette ville au cours du XVI® siècle. Le vendredi 8 mai de l'année 1500, vers le soir, Henry VII et sa femme Elisabeth y arrivèrent accompagnés du duc de Buckingham , des comtes de Surrey et de Sussex et de Lord Daubeney qui était alors lieutenant de cette cité. Le 9 juin, suivis d'un brillant cortège, le roi et la reine se rendirent à l'église de Saint-Pierre-les-Calais où ils devaient se rencontrer avec l'archiduc Philippe-le-Beau. Ce prince était chargé d'attirer Henry VII dans l'alliance de la maison d'Autriche et de le déterminer à combattre Louis XII qui était à ce moment l'adversaire de Maximilien en Italie. Un grand luxe avait avait été déployé pour recevoir le fils de l'empereur : l'église était splendidement décorée de tapisseries d'Arras, et on l'avait divisée en plusieurs chambres. La chapelle de Notre- Dame, réservée à l'archiduc, était tendue d'étoffes représentant l'histoire d'Esther et d'Assuérus, et le siège de Troie ; à terre, étaient des tapis jonchés de roses, de lavande et de diverses herbes aromatiques. Un plantureux repas fut

(1) p. R. 0. Early Chancery roU 430, m. 13: «... ad jus, titulum atque possessionem corone nostre Anglie... comraunicandum, tractandum... »

(2) Calendar of state papers ^elating io english affairs, existing in the archives of Venice and of North Italy, t. I, p. 172.

servî.; dans le beffroi et dans une petite maison voisine de l'Etaple, le cellier, la boulangerie et les cuisines avaient été installés. ^11 y avait là en profusion les cerises, les fraises, la crôme, la venaison cuite, les gâteaux épicés, les gaufres, des vins de différentes espèces, de la bière et de l'hypocras. La quantité des victuailles était telle qu'on ne pût tout consommer en un jour ; le roi ordonna alors d'en faire une distribution aux habitants. L'entrevue n'eut d'ailleurs pas de résultats au point de vue politique ; on se borna aux politesses qui sont de mise lorsque des princes se rencontrent ; on fît seulement des projets en vue d'unir plus étroitement les maisons d'Angleterre et d'Autriche par des mariages enlre les enfants de Henry VII et de Philippe»le-Beau ; mais l'ôge môme de ces enfants remettait forcément à une époque éloignée l'exécution de ces engagements. Le 16 juin, le roi et sa suite quittèrent Calais et s'embarquèrent pour Douvres (1).

Signalons, le 25 avril 1515, le passage de Marie d'Angleterre, la jeune veuve de Louis XII, accompagnée de Charles Brandon ; elle était déjà consolée de la perte de son époux, car le 2 mai, elle partit pour retourner dans. son pays avec ce seigneur qu'elle épousa à Greenwich le 13 du môme mois (2).

Henry VIII vint à Calais le 11 octobre 1532, avec une suite nombreuse ; le 21 il en partit pour Boulogne où il rejoignit François I^^"^ ; il y était de retour le 30 avec ce prince qui avait emmené avec lui le roi de Navarre, le cardinal de Lorraine et beaucoup de seigneurs français (3). Anne de Montmorency grand-maltre de France et l'amiral Philippe de Chabot furent créés chevaliers de la Jarretière. Le roi de France logea dans l'hôtel des marchands de l'Etaple tandis qu'Henry VIII habita le château.

(1) Chronicle of Calais, edited by John Gough Nichols for the Camdeu Society, pp. 4, 49 et 50.

(2) Ibidem, p. 18.

(3) Ibidem, p. 43,

C'est encore à Calais que passa Anne deClèves âanc^e du roi, pour se rendre en Angleterre, le 11 décembre 1539 (1). Le député Lord Lisle, le grand amiral et la garnison Tallèrent recevoir à un demi-mille de la ville sur la route de Gravelines. Elle fit son entrée par la porte dite a Lantern- Gate )), au bruit du canon, tous les bateaux qui se trouvaient dans le port étant pavoises. Le maire lui offrit cent marcs d'or, et les marchands de TEtaple lui présentèrent une belle bourse contenant cent souverains. La future reine demeura quinze jours dans la ville, attendant un vent favorable pour traverser le détroit ; afin de la distraire, on lui donna le spectacle de joutes et on fit en son honneur de grands banquets.

Nous savons enfin qu'Anne Boleyn, seconde femme de Henry VIII fut décapitée à la Tour de Londres, le 19 mai 1536, par le bourreau de Calais et avec le glaive qui servait aux exécutions dans cette ville. C'est un détail que Richard Turpyn n'a garde d'oublier de mentionner dans sa chronique (2).

(1) Ckronicle of Calais, p. 168 note.

(2) Ibidem^ p. 47.

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