SCENE V
AMEROISE,sew/.
Le jeune Calas m'a fait demander, j'en augure assez bien*. . aurait-il enfin le courage, ou plutôt la faiblesse de ee'der aui larmes d'Hortcnse, aux sollicitations de sa famille, que je fais agir plus qu'elle ne pense , et surtout à mon ascendant?. - . Oui , les combats qu'il se livre à lui-même durent depuis trop long-temps , pour nepas toucher à leur ternie : puisqu'ils n'ont pas étouffé l'amour, l'amour saura triompher ; et pour obtenir Ho rtense, Calas abjurera; j'y suis moi-même trop fortement intéressé^ pour abandonner la victoire. Je l'ai promis au Capitoul, et j'ai vu la joie qu'il en éprouvait. Quel triomphe pour lui, si , par mes efforts secrets , il paraissait aux yeux du peuple avoir séparé l'un des -Calas des prosélytes* de Genève. Cette conquête , flatteuse pour l'orgueil du Capitoul, serait pour eux un coup mortclj et pour moi , la vengeance la plus sûre et la plus cruelle que je puisse exercer sur les Calas. Inflexible vieillard 1 tu es loin de soupçonner qu'en dénonçant ce marchand étrange^ aux syndics, et en le faisant indignement chasser de Toulouse, à cause de ses intelligences avec les pirates d'Alger, c'est sur moi que retomba l'effet de cet arrêt ! que cet homme n'était que mon agent secret ? et que tu m'as fermé îe chemin de )a fortune la plus rapide. Ton zèle te contera cher. Il n'est point d'ennemi qui ne soit- redoutable. 3e t'enlèverai ton fiis , je ferai ton désespoir, et malheur à toi si je puis jamais t'accuser. . Quelqu'un vient : c'est le jeune Calas.
„ SCENE VI. j
AMDROISE, ANTOINE.
( Antoine s'avance d'un air sombre , rêveur , et marchant lentement, )
Ambrozse , l'observant.
Que m'annonce cet air inorne, abattu? aurais-je trop espéré? (haut, et prenant Antoine par la main. ) Eh bien! mon jeune ami , vous «n'avez fait appeler. Votre cœur se rendrait-il ? Vais-je enfin vous ramener dans les bras d'une famille, qui vous offre la plus aimable ; la plus charmante épouse ?
ANTOINE
Ambroise, je vous remercie de l'intérêt que vous prenez à mon
sort, mais, vous le savez, le bonheur n'est pas fait pour moi^etsT*
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le nasard le montre un moment a mes yeux, ce nest qu entoure \
d'écueils, de précipices, d'obstacles insurmontables. O mon ami, depuis les premières années de ma jeunesse, que d'efforts n'aî-je pas fait pour l'atteindre, ce bonheur, qui ne s'offre jamais à moi qu'au prix de l'honneur. Emu d'abord au récit des exploits de nos guerriers, la gloire est venue la première éblouir mon jeune cœur, et je me suis senti l'ardeur et le courage des héros î lin préjugé tu» ' neste a fermé devant moi la carrière des armes. Outré de cette injustice, je tournai mes regards vers cet art sublime, plus puissant peut-être que les armes, vers celte noble et courageuse éloquence qui , du barreau , va retentir à tous les points de l'univers, tonne contre l'erreur, poursuit le vice, et combat le mensonge par des torrens de vérités. Le même préjugé m'a, d'une main de fer, chassé du temple de la loi. Toujours, toujours le préjugé seul m'a fermé tous les chemins. Mon cœur s'est aigri, j'ai pris en dégoût imc existence dont je ne puis user selon ma volonté. Les hommes'\£àg-so;n devenus odieux* et je ne saison le découragement aurait enlm porte mes sombres et sinistres pensées, lorsque l'amour vînt tout-à-coup remplir mon a me d'un feu nouveau pou/ moi^' je me crus transporté dans i nnîversyrlortense devint l'objet de mon adoration, le
principe de ma vie, ^t je sentis, non sans frémir, que cette passion terrible allait enfin décider de mon sort.
AMBt.OiSE.
Du moins, cette fois, vous ne fûtes point abusé : Hortence va;:* adore !
ANTOINE
Oui; mais la barrière fatale s'élève encore entre nous ! sois parjure, me dit-on, et tu seras heuier.xî comme si l'on pouvait aspirer au bonheur, quand on n'a plus son estime, ni celle de ses fièn
AMBROISE
Mon ami , qu'osez-vous appeler un parjure?., quoi! reconnaître; la vérité , ouvrir les yeux à la lumière . . .
ANTOINE
Arrêtez , monsieur ! respectons l'un et l'autre ce que nos pères ont reaprelé Si l'un de nous est dans L'erreur, son aine est du moins sincère , et Dieu seul a le droit de juger notre cause.
ambroise, unpeu embarrassé.
Dans quel dessein avez-vous doue voulu m'entretenir ?
x ANTOINE.
Vous savez que la famille d'Hoi tense m'a défendu de m'oflYir à ses yeux.
Ta M BU OISE.
Elle vous tend les bras : c'est vous qui la fuyez.
ANTOINE
Ah ! j'ose encore espérer î. INon, le père d'flortcnse ne peut vouloir i>on malheur et ma mort !.. mon ami, vous qui, par pitié pour moi , daignez me servir d'interprète, au nom de l'amitié, veuillez remettre &ans tarder cette lettre au père de mon amante. ( il la lui donne. ) hélas] elle renferme ma dernière espérance! si le cruel me refuse, c'en est fait de votre ami !
AMBBOISE.
Que lui promettez-vous, pour obtenir sa fille ?
Antoine.
Je promets , je jure de respecter la foi de mon épouse j et j'atteste que mes parens partageront mes sentimenspour elle.
~ AMCr.OlSR,
Vous l'exigez , mon ami Q.. ah! qu'il serait bien plus facile et plu?
ANTOINE
Au nom du ciel , épargnez ma faiblesse !
' AMBROISE, à part. ,
Il cédera 3 laissons agir l'amour/ ( haut. ) je vais trouver Hortensc et son \}ère: où nous retrouverons-nous?
ANTOINE
Dans ce jardin.
ambuoise, surpris.
Ici ! "
ANTOINE
Mon père attend un ami qui nous est bien cher ! Edouard vient d'arriver, je ne puis m'éloigner.
AMBBOISE.
Il suffit : Dans une heure je serai de retour. {Du bruit.) qu'entends-je?
ANTOINE
C/est ma famille. . retirez-vous. Ali! si mon père connaissait ma faiblesse!... (Allez, allez, mon ami : je remets en vos mains mon o^oir et ma vie! {Ambroise sort parla grille et monte le rempart.) Evitons les regards de mon père, les Jaunes de ma mère surtout! cachtmsieui mes tourmens^... les voici!... comment les éviter?. .. Àhî ce paviiion.".. {Il montre celui du jardin.) Je ne puis plus supporter ni leur tendresse, ni leur courroux.
(77 entre dam le pavillon, et Ambrais* disparaît au moment où la famille Calas sort de la maison. )