‹ Calas, melodrame en trois actes et en proseChapitre 49 sur 54 · I.E CAPITOUL · texte numérisé non relu

I.E CAPITOUL

Persistez-vous à nier le crime dont vous êtes coupable?

Calas.

Je il* ai point commis de crime, mon cœur et mes mains sont purs; mais , bêlas ! vous allez peut-être en commettre un bien grand !

, LE CAPITOUL

Persistez-vous egalement à taire le nom de Vos complices?

CALAS

Eli ! s’il n’existe point de crime, comment se pourrait-il qu’il y eiU des complices?

' LE CAPITOUL

Ainsi, vous repoussez, par un silence coupable, la cie’mence du ciel et l’indulgence des hommes.

CALAS

Je les implore , au contraire : le plus juste en a besoin. Mais vous , Monsieur , songez ainsi que moi que Dieu vous voit, et qu'il va vous 'entendre.

LE CAPITOUL

Ecoutez votre jugement.

( Un Juge s'approche , et remet le jugement au Capitoul , qui le déploie lentement et comme avec e/froi. Calas attend, lesj-eux élevés vers le ciel ; sa femme et sa fille, pressées contre lui, l'implorent avec ferveur. Jacob et Jeannette semblent aussi prier de l autre côté de la salle. )

wad. calas , d’une voix affaiblie.

O mon Dieu! tu sais qu’il est innocent ; détourne de lui la mort. (Le Capitoul avance quelques pas, et semble hésiter un moment,

, ‘ puis il lit. )

le capitoul , lisant.

a Le tribunal assemblé , ayant reconnu qu’un meurtre a été commis sur la personne d’Antoine Calas ; que la cause et les circonstances de ce meurtre lui ont clé révélées par le témoin Ambroise, sous la garantie du serment, et qu’il résulte des deposilious qu’aucun autre que Jean Calas n’a pu exécuter ce crime; le tribunal , à la majorité de sept voix contre cinq , condamne Jean Calas à la peine capitale. » •

( Il rend le papier au juge ; Mad. Calas, Pauline, Jeannette et Jacob jettent un cri de douleur y les deux premières tombent atix genoux de Calas, baisant ses mains quelles tiennent, et suffoquées par les sanglots. )

Mad. calas et Pauline, ne pouvant s’exprimer.

Clicr époux ! . . mon père ! . .

le capitocl , plus rapidement.

a Et attendu les menaces de quelques factieux , dont le parlement » est instruit • ordonnons qt*c le condamne sera conduit à l’instant v au supplice. ( Mnd. Calas et Pauline se relèvent, à mesure nu il » parle , au comble du désespoir et de l'effroi. ) et que les nia- » gistrats resteront assemblés jusqu’au moment où la cloche du » belfroi annoncera la mort du coupable, n ( A deux Officiers. ) Exécutez les ordres du tribunal. ( Mouvement général. )

stad. calas*.

Il est donc vrai !. . ah ! je te suis à la mort . . rien au monde ne t'arrachera de mes bras! . . le bourreau n’osera pas te frapper sur mon sein

CALAS

Grand Dieu !.. O chère épouse , que fais-tu ?. . où donc est ton courage ? ta noble re'signation ? . . L’instant est venu pour nous ti’accompiir les plus grands , les plus sublimes devoirs que l'éternel prescrive aux hommes!.. Oui, mon trépas et ta vie un jour serviront d’exemple, que cette idée nous remplisse de toute la force de Dieu même î et pour supporter les dernières douleurs de ce monde , regardons dans l'éternité!. . je vais avec mon fils y préparer ta place.

’ LE CAPITOCL.

C’est assez différer ; qu’on le mène au supplice.

CALAS

Ah ! laissez-moi les embrasser pour la dernièrefins. ( Jacob et Jearlnette se précipitent vers lui, et baisent ses mains qu'il tend avec affection.) Adieu... adieu, mes amis... ma fille... mon épouse. . . mon Dieu , protège ma famille ... je défends à Edouard de chercher à venger ma mort. Je pardonne à mes ennemis. . . je pardonne âmes jnges... puisse le çiel leur pardonner aussi *. . allons... Pauline , soutiens ta mère... adieu... adieu.

( Il veut sortir pendant que sa femme est presque évanouie dans les bras de Pauline. )

PAULINE

Ma mère !. . on l’entraine !.. ah ! . .

stad. calas, rappelée à elle , courant à son époux . Arrête!., arrête!..

calas.

Grand Dieu!...

PAULINE

Mon père !..

, calas.

Au nom du ciel, abrégez mon supplice!

(On sépare de force Calas et sa famille , et on l'entraîne : il passe sur la place derrière les fenêtres de la salle. Pendant ce te ms , le Capitoul et les juges rentrent dans la chambre du Conseil , et les soldais se retirent. Jacob a suivi son maître. Pauline et Jeannette ont placé dans un fauteuil Mad. Calas , qui est sans

connaissance. Pauline esta ses pieds , la tient appuyée sur ses penaux; et Jeannette , derrière elle , lient son mouchoir ou son. laitier sur ses yeux. Oest alors qu Ambroise , agite par une terreur secrète , paraît au fond de la salle } entre et s’avance en regardant le groupe des tiois femmes , dont il n’est point aperçu; lorsqu en meme tetns un commissionnaire tenant une lettre , parait sur la place et regarde dans la salle au travers des Jenclres .)

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