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B*' Le temps de liquidation, et par suite l'écart

LES CHANCES DE PERTE S'ÉLÈVENT A LA PUISSANCE DONNÉE PAR LE RAPPORT INVERSE DES TEMPS.

Ainsi, celui qui se liquide dans uu temps moitié moiu-

dre, élève le nombre de ses chances de perte au carré, celui qui se liquide dans un temps trois, quatre, ou cinq fois, moindre, les élève au cube, à la quatrième, cinquième puissance, etc.

Si le temps diminue dans le rapport de 7 à 10, qui ne donne pas un nombre entier, il faut élever le nombre des chances de perte à la puissance — ou 1,42857.

Si le temps augmente, on a toujours des puissances fractionnaires moindres que l'unité, ce qui veut dire qu'il faut extraire une racine.

Cette loi se trouve modifiée dans une certaine mesure pour des espaces de temps très-courts, parce qu'alors les chances de perte à chaque coup ne sont pas tout à fait dans le rapport énoncé (parag. 23). Mais cette différence augmente encore les chances de perte du joueur qui se liquide dans un temps moindre.

Par suite de la similitude de ces lois et de leur combinaison, on peut, pour une même somme, augmenter ou diminuer à volonté la quotité moyenne de ses opérations en diminuant ou augmentant par contre, dans les mêmes proportions, le temps moyen employé à sa liquidation, sans faire varier sensiblement ses chances de perte. Celui qui ferait une opération tous les cinq jours sur 3 000, ayant, pour gagner 14 000 fr., 56 chances de perte contre une de gain, celui qui ferait une opération tous les dix jours sur 1 500, aurait 55 chances de perte, ou seulement une de moins que le premier. (Voir au tableau.)

Le rapport de la mise à la somme totale, déterminé par les deux premiers éléments, est la seule cause agissante dans tous les jeux de hasard où le droit, déterminé d'à-

vance, est de tant pour cent de la somme risquée. La dernière cause, Vaction dio temps, pour modifier les chances, la plus remarquable et la plus caractéristique, est toute particulière au jeu qui s'exerce à la Bourse.

45. — En résumé, pour comparer exactement le plus ou moins de chances qu'il y a de perdre ou gagner h la Bourse, il faut considérer trois éléments.

\^ Plus le jeu est continué longtemps, ou en d'autre? termes, plus les sommes à perdre ou à gagner sont grandes ;

2° Plus les quotités sur lesquelles on opère sont petites;

3° Plus le temps moyen de liquidation est court.

Et plus les chances de perte sont nombreuses.

Au contraire :

1° Plus les sommes à perdre ou à gagner sont petites;

}i° Plus les quotités sur lesquelles on opère sont grandes,-

S^ Plus le temps moyen de liquidation est éloigné,

Et moins les chances de perte sont nombreuses.

La probabilité de perte étant dans tous les cas supérieure à - , peut passer, lorsque l'on fait varier ces trois éléments, et qu'on les combine convenablement, par tous les degrés voulus compris entre ' et l'unité, depuis le doute jusqu'à la certitude presque absolus.

Pour l'augmentation ou la diminution que l'on peut faire subir à chacun de ces éléments, la loi de variation des chances de perte est toujours celle de l'extraction des racines, ou de l'élévation aux puissances.

4G. — Ainsi que nous l'avons déjà énoncé (par. 14), il n'est aucune méthode de gagner plus ou moins sure au jeu, ou de gagner sûrement une somme si jîetite qu'elle soit, les probabilités premières restant invariablement les mêmes, à chaque partie isolément, et laissant toujours subsister l'inégalité, lorsqu'elle résulte des conditions primitives du jeu; la conduite la plus simple à tenir, dictée à la fois par l'expérience et le bon sens, serait donc de ne jamais s'exposer au jeu, et quand on a eu le malheur de se laisser aller à ses séductions trompeuses , il est toujours temps de s'arrêter sur la pente de sa propre ruine ; mais il y aurait une manière certaine et qui résulte clairement de la théorie même du jeu, de diminuer autant que possible ses chances de perte, si une fois qu'on s'est mis au jeu, on était bien décidé à ne plus le quitter tant qu'on pourra le tenir : ce serait évidemment de jouer le moins de coups possible, de risquer immédiatement tout l'enjeu dont on dispose, de livrer en une seule fois sa fortune toute entière aux hasards du sort, de ne faire enfin quîme seule opération , mais de la faire la plus forte possible.

Si le jeu est incessamment répété, s'il doit être prolongé indéfiniment, comment voulez-vous, ô joueurs, qu'ilfinisse autrement que par votre ruine ? Quand même vous arriveriez à doubler, tripler votre fortune, vous n'avez rien terminé, et cet adversaire invisible, mystérieux, qui tient votre partie à la Bourse, doit être considéré, par rapport à vous, comme possédant une fortune infiniment gTande ; or, sachez-le bien, dans ce cas, si petite que soit l'inég-alité bien plus, quand même les chances seraient stricte-

ment égales, vous auriez toujours une CERTITUDE AB- SOLUE d'être ruinés.

47. — Il est même possible de prévoir le moment où s'effectuera la ruine du joueur ; car en ne faisant consister l'inégalité que dans le courtag-e, si on admet, comme la supposition la plus vraisemblable, que les gains et les pertes se balancent, le montant des courtages, à lui seul, doit nécessairement absorber à un moment donné la coîivertuo'e du joueur.

La règle tirée de cette supposition, sera d'autant plus précise que le courtage sera une partie plus notable de la différence ; s'il n'en était qu'une faible partie, les fluctuations de perte ou de gain pourraient encore avancer considérablement ce moment.

Le droit de courtage est généralement de ^'g pour o/°, ou — pour les affaires de jeu comme pour les affaires sérieuses ; mais pour ces dernières, le droit est pris sur un capital réel; pour les premières, le droit est pris sur un capital presque entièrement ^c^ï/.

Il en résulte que si la couverture du joueur ou la somme qu'il peut perdre représente, par exemple, le vingtième des capitaux sur lesquels il opère chaque fois, le droit de courtage à ^\^ pour "/o représente pour lui, en réalité, vingt fois plus, ou deux et demi pour cent.

Par conséquent, la perte et le gain se balançant, il ne faudra pas plus de quarante opérations en moyenne pour absorber la couverture du joueur ou faire qu'il ne lui reste rien.

- or> -

Sur la rente cependant, le courtage ne représentant pour les opérations à terme que ~^ pour cent au cours de 64 francs, i au cours de 72, et 1 au cours de 80, il fau-

drait entre ces cours, un peu plus du double d'aflFaires, de 80 à 100 tout au plus, pour absorber la couverture.

Si le joueur met, par exemple, deux jours entre chacune de ses affaires et sa liquidation, il faudra, dans le premier cas, 40 X 2 ou 80 jours; dans le second cas, de 80 X 2 à 100 X 2, ou de 160 à 200 jours, pour consommer sa ruine.

C'est le rapport du capital sur lequel ses opérations sont engagées, ou que réprésente la moyenne des quotités sur lesquelles il opère, au montant de la couverture ou du capital réel dont dispose le joueur, qui, multiplié par la moyenne des jours qu'il laisse entre chacune de ses opérations, déterminera le nombre total des jours ou le temps dans lequel il y a chances égales qu'il sera ou ne sera pas ruiné.

Le droit de courtage est insignifiant pour le spéculateur qui n'opère qu'au comptant ou avec les capitaux en mains, ce droit est énorme, onéreux, il est fatalement ruineux pour le joueur qui n'opère que sur des capitaux fictifs.

48. — Les quelques fortunes qui se sont faites et se font encore à la Bourse, nous l'avons déjà dit, sont dues uniquement à la position personnelle ou aux relations sociales de leurs possesseurs qui sont à même de pénétrer le secret d'événements dont l'annonce doit influer sur

les cours, et qui ne se servent que trop souvent de leur position pour jouer presqu'à coup sur. Par exemple, un administrateur qui connaît k fond la situation de la compagnie dont les intérêts lui sont confiés, à la veille de décréter une mesure qui aura pour effet de produire une forte hausse ou une forte baisse, hésitera-t-il souvent à placer l'intérêt personnel au-dessous de celui de ses commettants, quand cela lui est si facile sans être connu?...

Mais à la Bourse comme ailleurs, on peut appliquer le proverbe, tricher n'esl pas jouer, et l'origine impure de pareilles fortunes est plutôt une preuve éclatante qu'un démenti, de l'impossibilité dejamais acquérir une fortune honnête par le jeu.

Quand vous entendrez dire parfois qu'un tel a fait une fortune à la Bourse, tâchez de pénétrer exactement dans toutes les causes, et votre surprise ne sera jamais de longue durée.

Il est encore un moyen de gagner à coup sûr, mais à la portée de peu de monde : c'est d'avoir assez de crédit pour engager des sommes d'opérations tellement importantes, qu'elles exercent une véritable influence sur le marché. Non parce que de fortes quantités de ventes et d'achats produisent par elles-mêmes un mouvement prononcé, car l'action produite dans un sens serait annulée par la réaction contraire ; mais parce que dès que l'on est assez fort pour ébranler le marché, la tombe inquiète et moutonnière des petits spéculateurs se met aveuglément à la remorque et continue le mouvement commencé.

Parfois encore, un joueur aussi audacieux, mais plus coupable, lancera traîtreusement dans l'ombre l'annonce

d'une fausse nouvelle qui, ne pouvant être vérifiée sur-lechamp, aura pour effet d'occasionner une panique générale au milieu du troupeau ; la vérité sera connue le lendemain, mais trop tard, et le tour serajoué.

Quant aux joueurs honnêtes, qui ne sont qu'abusés, et qui rougiraient d'employer des moyens illicites, si quelques-uns parviennent à se soutenir momentanément à la Bourse, ce ne peut être, ainsi que nous l'avons démontré, que dans certaines conditions, dont la principale est d'opérer rarement : le petit spéculateur, avide et peureux, qui ne quitte pas d'une minute la corbeille de la Bourse, à laquelle il paraît accroché, à la fois dupe et victime, ne peut manquer d être un peu plus tôt ou un peu plus taid, dépouillé jusqu'à son dernier sou.

Le joueur sait cependant bien, en général, par l'exemple journalier des désastres de la Bourse, qu'il s'expose à consommer sa ruine ; malheureusement il fait une estimation fausse et beaucoup trop faible de ce risque, et il se flatte d'échapper où tous les autres ont péri. N'est-ce pas leur faute après tout, et n'apporte-t-il pas un système raisonné qu'il saura conduire avec prudence et habileté, en se gardant de toutes les défaillances de la crainte, de tous les enivrements de l'espoir ? Il a tout étudié, tout prévu, il connaît à fond les ressources, les détours, les finesses de la spéculation. Hélas ! pourquoi ne sait-il pas que sa ruine prochaine, aussi bien prévue que les révolutions des planètes dans leurs orbites, est un effet inévitable, nécessaire, des chances et de leurs combinaisons !

SECONDE PARTIE

SECONDE PARTIE

49. — Si cinquante personnes, réunies autour d'un tapis vert, jouent entre elles toute une nuit sur la "rouge et la noire, toutes en se retirant le matin auront plus ou moins d'argent qu'en commençant le jeu ; il y aura eu échange, circulation, par conséquent spéculation, mais une spéculation entièrement improductive, car à la somme d'argent qu'elles possédaient toutes en commun, il n'aura été ajouté aucune utilité réelle, aucune augmentation de valeur.

Comme toute marchandise, les fonds publics, valeurs industrielles, sont soumis aux variations de l'offi-e et de la demande, en raison de la demande ou de l'offre des capitaux : dans le premier cas, il y a baisse, dans le second cas, il y a hausse. Tant que ces oscillations ont une cause réelle dans l'état du crédit et le mouvement inverse et correspondant d'une partie des capitaux disponibles ou de

capitaux dont le gage est assuré, la spéculation est ce qu'elle doit être dans son usage modéré.

Quand ces diverses variations n'ont pour cause qu'une variété du jeu, et pour résultat qu'un déplacement stérile d'une certaine somme ou enjeu d'une main dans une autre, alors commence l'agiotage ou l'abus de la spéculation.

Il y a donc deux espèces ou variétés de spéculations : l'une, et ce n'est pas la moins connue ni la moins répandue, qui ose en usurper le nom, n'est que l'abus et le parasite de la véritable spéculation, n'a en vue que l'appât du gain, opère sans ressources, crédit ni capitaux, ou ne possède du moins que les capitaux strictement nécessaires au règlement des différences sur lesquelles elle s'exerce ; elle prend toutes les formes, s'attache à la Production sans repos ni trêve ; pour exercer ses odieuses manœuvres, tout prétexte lui est bon; elle repose sur l'ignorance, la cupidité, la satisfaction des appétits brutaux, toutes passions qui engendrent et caractérisent le jeu; elle est une honte et une souillure.

L'autre, qui mérite seule le nom de spéculation, possède le talent de créer, édifier, transformer, en se proposant pour but l'utilité commune ; elle corrige les mouvements exagérés qu'une confiance aveugle ou une panique insensée produirait dans les cours, et sert le crédit en entretenant un équilibre constant entre les diverses valeurs d'après leur utilité et leurs produits, en tenant un marché toujours ouvert à la Bourse, où acheteur et vendeur sont assurés de trouver une contre-partie, un placement avantageux et un débouché certain : c'est celle qui opère au

moyen des capitaux, et (•clle-là no saurait être trop louée et encouragée par tous les gouvernemeuts, car elle est la véritable source du crédit public.

La spéculation abusive demande aux émotions du jeu, aux chances instantanées du hasard, une fortune acquise aveuglément, sans peine, sans travail.

La spéculation utile, honnête, se contente de légers gains ; elle ne demande pas la fortune en un jour, sans labeur et sans peine ; il lui suffit des produits du travail et des intérêts de ses capitaux ; ses bénéfices, s'ils sont lents, sont certains, parce qu'ils reposent sur une base solide, et qu'ils sont le fruit accumulé du Travail, de l'Epargne et de la Production.

Tandis que le joueur n'arrive jamais qu'à la ruine et au déshonneur, par la spéculation utile, l'entrepreneur, le commerçant, l'ouvrier, sont assurés d'arriver à la fortune ou du moins à l'aisance qui suffit au bonheur.

Quels sont les traits qui les distinguent l'une de l'autre, la séparation qui les fait reconnaître, le point précis où finit la spéculation utile et où commence l'abus de la spéculation ? Elles se tiennent malheureusement si bien qu'il n'y a aucune solution de continuité entre elles, ni de barrières pour en marquer les limites. Il n'y a pas de distinction précise à établir, il ne peut y avoir que des nuances presque insensibles, et ici, comme en toutes choses, l'excès tient toujours de très-près à l'usage modéré.

Comment déterminer le point où l'exagération du bien est le commencement du mal'f A quel moment la foi se change-t-elle en crédulité et superstition, l'économie en avarice, la dépense en prodigalité? Boire et manger sont

cIjs actions indispensables au soutien de la vie, et bonnes en elles-mêmes, mais à quel moment précis l'action de manger ou de boire se cliange-t-elle en g-ourmandise ou ivrognerie?

La limite qui détermine la séparation entre l'utile et l'abusif, n'est guère plus facile à indiquer dans les spéculations de Bourse.

50. — La Spéculation en général se traduit par deux espèces de négociations : à terme ou au comptant.

On a l'habitude de considérer toutes les opérations à terme comme affaires de jeu, toutes les opérations au comptant comme affaires sérieuses; c'est un tort, beaucoup d'opérations à terme sont sérieuses, beaucoup d'autres au comptant ne sont qu'affaires de jeu.

Les affaires à terme offrent certainement beaucoup ])lus de facilités au joueur, parce qu'elles lui permettent de retarder presque indéfiniment le règlement de ses opérations et qu'elles se font sur des quotités fixes dont la négociation est des plus courantes, tandis que les affaires au comptant demandent quelques capitaux et se règlent dans les quelques jours qui suivent le marché; cependant, à cause même des petites différences que présentent des opérations faites sur des quotités minimes de valeurs, ou sur des valeurs qui, parla vilité de leurs prix, présentent, sur de petits capitaux, de très-fortes variations, il s'est toujours attaché aux opérations du comptant une sorte de petite spéculation peureuse et de bas étage, composée

d'éléments liétérog-ènes recueillis dans les dernières couches de la société.

Spéculer à terme sans moj^en actuels de lever ou livrer ne constitue pas le jeu, mais sans moyens présumés de prendre ou donner livraison de la chose achetée ou vendue au terme du marché, et c'est l'intention seule qui pourrait établir ici une distinction.

Mais nous croyons que, même dans tous les cas où le spéculateur a la possibilité de prendre ou donner livraison, à terme comme au comptant, la fréquence des opérations constiim Valus ; et l'unique mobile de tout échang-e étant et devant être V utilité, toutes les fois que l'utilité disparaît, il y a erreur ou mauvais usage ; nous pouvons partir de cette donnée pour tracer une ligne de démarcation entre l'agiotage et la spéculation.

Lors même qu'il présente des chances égales, le jeu est immoral, puisqu'il est une perturbation violente des fortunes lentement amassées ; mais au moins on n'y risque rien qu'on ne soit en droit de gagner, quelque prolongé qu'il soit.

Si l'échange était entièrement gratuit, s'il n'absorbait ni l'argent, ni le temps, ni la pensée du joueur, les opérations de Bourse ne seraient qu'un vain passe-temps qui pourrait se prolonger et se répéter souvent sans de grands inconvénients.

La question du courtage est la plus importante mesure pour estimer le plus ou moins d'opportunité des affaires en général ; elles peuvent impunément être d'autant plus nombreuses que le courtage est moindre; mais, l'achat et le placement sur toute valeur n'ayant d'autre but que de

faire rapporter un certain intérêt aux capitaux, et le courtage représentant une partie de cet intérêt, s'il arrive que les négociations deviennent trop nombreuses, les frais de courtage dépassent le taux d'intérêt, et le capital, au lieu de s'accroître, s'amoindrit : le but est manqué ; accroissement ou diminution du capital, richesse ou pauvreté, voilà, ce nous semble, les deux fins, les deux pôles de toute spéculation, en raison de sa répétition, et ce qui peut servir à distinguer l'usage de l'abus ; ainsi, qu'un capitaliste ait en portefeuille des titres, rentes, actions eu obligations, lui rapportant un revenu moyen de 3 "/o, il peut facilement augmenter son capital ou son revenu, s'il a soin de n'engager aucune opération que dans le cas où il y aurait bénéfice réel, sur la revente ou le rachat, s'il ne cherche un intérêt plus élevé qu'en demandant d'égales garanties ; mais ces opérations ne pourront jamais être très-nombreuses ; au contraire, s'il vend, rachète, ou fait des arbitrages systématiquement et sans mesure, comme à chaque fois le courtage est de Ve pour cent, il suffit de vingt- quatre opérations dans l'année pour dévorer l'intérêt ; par conséquent, ne peut-on pas dire que l'action de négocier ses valeurs plus d'une fois en quinze jours constitue une mauvaise entente de ses intérêts, un abus de la spéculation ?

Le spéculateur, dans ces conditions, est sur la pente insensible de sa ruine, et il se met volontairement dans la position d'un marchand qui, ne pouvant parvenir à équilibrer ses frais et ses recettes, verrait toujours croître son déficit.

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51. — Mciiri le véi'itablo joueiir, celui dont riiifliieiice est la plus pernicieuse pour le crédit d'un pays, c'est le spéculateur à décoicvert^ qui ne se contente pas de spéculer à toute heure, à tout instant, mais qui ne possède jamais les mo^'ens de lever ou livrer ce qu'il achète ou ce qu'il vend.

Si fréquentes que soient ses spéculations, si funestes qu'elles soient pour lui-même, l'influence, sur le marché, du spéculateur, qui peut lever ou livrer, est toujours légitime; celle du joueur à découvert n'est jamais que factice, immorale, illég'itime.

Les spéculations à découvert sont toujours mêlées aux spéculations sérieuses d'une manière indissoluble qui empêche de bien se rendre compte des effets de chacune ; on ne peut les saisir qu'en imaginant ce qui adviendrait si elles étaient les unes et les autres abandonnées entièrement à elles-mêmes, s'il n'y avait entre elles aucune relation, aucun alliage possible.

Or, si les négociations qui ont lieu sur une valeur quelconque se passaient toutes entre des spéculateurs opérant exclusivement à découvert, si les joueurs, livrés rien qu'à eux-mêmes, ne pouvaient engager aucuns rapports avec la classe des spéculateurs couverts et nantis des titres et des capitaux, qu'arriverait-il?

Le vendeur à découvert, mis en mesure de livrer au terme du marché le titre de la valeur vendue, ne le possédant pas, se verrait forcé de racheter d'un nouveau vendeur qui, dans la même position, serait également forcé de le racheter d'un troisième, celui-ci d'un quatrième, et ainsi de suite ; c'est ce que l'on voit par les

escomptes^ lorsqu'il y a du découvert parmi les vendeurs ; la hausse serait indéfinie, parce que l'objet vendu, ne se trouvant nulle part, sa valeur serait elle-même indéfinie ; si le prix du diamant n'est aussi élevé qu'en raison de sa rareté, le prix du diamant serait au-delà de toute estimasion s'il était impossible de s'en procurer.

Mais cette impossibilité même de s'en procurer éloignerait toute demande, car la demande d'un tel objet serait déraisonnable, et la valeur serait par conséquent aussi bien nulle qu'indéfinie.

C'est pourquoi les acheteurs ne pouvant exiger la livraison des titres, ne pouvant à leur tour être mis par les vendeurs dans l'alternative de lever les titres, l'effet serait nul ou se produirait indéfiniment dans le sens opposé ; les reports, qui sont destinés à prolonger une opération ou présentant un emploi d'argent temporaire, n'auraient aucune raison d'être.

On aurait donc deux effets, aboutissant l'un et l'autre à l'indéfini, ne pouvant se rapprocher en aucun point, s'iinnulant d'eux-mêmes.

C'est-à-dire qu'il n'y aurait aucune estimation de valeur possible, aucune apparence de cours quelconque, et qu'un pareil marché ne serait rien qu'une fiction, ou le rêve d'une imagination désordonnée.

Qu'importeraient au pays les variations fantastiques de ce marché fantôme, s'il pouvait se maintenir quelques moments ? La hausse et la baisse n'auraient pas plus de signification que le détail des pertes réalisées autour d'un tapis vert dans quelque tripot, la cote journalière de la fortune publique n'en serait nullement affectée ; ce qui

serait gagné par Tiin serait toujours perdu par l'autre, et il n'y aurait pas un centime ajouté à la masse des richesses.

52. — Ce qui fait que les cours de la Bourse représentent quelque chose, c'est qu'à tel moment, à tel cours, il se présentera un acheteur qui pourra exiger la livraison du titre contre son capital, un vendeur qui ])0urra exiger le paiement du capital contre son titre, et qui, chang-eant tous les deux les conditions du jeu, tels que nous venons de les dépeindre, arrêteront la continuation indéfinie de la baisse ou de la hausse.

La hausse n'est plus alors une simple manifestation, vaine et sans résultat, car elle a pour effet direct d'accorder une plus-value à l'ensemble de tous les titres existants dans la circulation, tandis que la baisse, au contraire, leur enlève une certaine portion de valeur. Il est vrai que la hausse n'a pas créé un seul titre, ni ajouté un centime à l'actif social, elle a fait mieux, elle a créé une valeur ^;zorrt/e qu'on nomme confiance ou crédit, parfaitement susceptible d'une appréciation chiffrée, comme léseraient des richesses palpables et matérielles ; les richesses morales sont de vraies richesses ; le phénomène de la hausse et de la baisse en serait au besoin la plus saisissante démonstration.

C'est V argent et le titre qui, après avoir donné la vie à la spéculation, puisque sans eux elle était impossible et n'avait aucune raison d'être, en répriment les écarts exagérés et la maintiennent dans de certaines limites déter-

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