EL HERMITANO GALAN . — COMÉDIES DE MA- GIE
Dans Antioche vivaient une jeune fille chrétienne et un jeune homme païen ; leurs noms étaient Cyprien et Justine.
Con pcnitencias ella
Camina â ser tan santa como bella ;
Con ciencia él peregrina,
Hastahullar laverdad de un Dios camina (a;.
Ni l'un ni l'autre ne devaient être beaucoup
(a) Par des pénitences elle — c'aeminc à devenir aa< i sainte que belie ; — par la science, lui pérégrine — et chemine, jusqu'à ce qu'il trouve la vérité d'un Dieu.
au gré du Démon qui nous rapporte ces faits. Il est donc naturel qu'il ajoute :
Y asi a los dos me importa
(Si tanto fuego este volcan aborta)
Alterar en su estado
A ella, para que pierda lo ganado ;
A él, porque no lo adquiera
Con su sutil ingénie ; de manera
Que pretendiendo el cielo
De aquélla acrisolar virtud y celo,
Y déste ingénie y ciencia,
Dos licencias me da en una licencia * (a).
Comment en use-t-il? Comment travaillet-il conjointement à la perte du jeune philoso-
1 Ces vers appartiennent au Monologue ou Loa que débite le Démon, au commencement du drame de Caldéion, monologue conservé dans le manuscrit original et qui a été supprimé dans toutes les impressions. Voyez le texte dudit manuscrit qui se conserve dans la Bibliothèque de l'Exme Sr. duc d'Ossuna et de l'Infantado, ou l'excellente édition critique dudit texte, donnée par un érudit critique français M. Alfred Morel Fatio (Le Magicien Prodigieux,., publié d'après le manuscrit original... Heilbronn 1877.)
CaJ C'est ainsi qu'il m'importe de tous deux, ^si tant de feu ce volcan soulève^ — les troubler dans leur état. — Elle,pour qu'elle perde ce qu'elle a gagné; — lui, pour qu'il ne l'acquière pas — par son subtil génie ; de manière — que le ciel prétendant — purifier de celle-là la vertu et le zèle, — et de celui-ci, le génie et la science, — me donne deux licences en une licence.
phe et de la vierge chrétienne? Par le procédé le plus direct et toujours le plus sûr: l'amour. En aimant Justine, avec la passion violente et effrénée de celui qui, livré complètement à la vie de l'intelligence, méconnaît la vie du cœur, Cyprien cessera de rechercher la vérité des mérités, la connaissance de Dieu, il vivra seul pour son amour, amour d'autant plus vif qu'il spra plus contrarié, amour aveugle, délirant, qui, ayant perdu les espérances dans l'efficacité des moyens naturels, le portera jusqu'à chercher, au prix de son âme, dans les pouvoirs de l'enfer, dans les arts magiques, la possession de la femme aimée. Etant aimée avec une pareille passion et par celui qui réunissait en outre dans sa personne toutes les perfections ensemble, jeunesse, beauté, noblesse, fortune, intelligence, savoir, comment serait-il possible que Justine, orpheline, pauvre et innocente jeune fille, résistât à tant de séductions et à tant de prestiges ? La perte de Justine et de Cyprien paraissait ainsi certaine, la victoire du Démon, évidente. Or, c'est tout le contraire qui arrive. C'est que Justine comptait sur une puissance au dessus de toutes les puissances soulevées contre elle, le souverain pouvoir du libre arbitre humain, avec lequel elle triomphe des tentations de la chair et de l'esprit, ainsi
— loque du pouvoir des arts magiques et infernaux. C'est que Cyprien aussi, devant l'impuissance manifeste de ces arts, devant le sublime héroïsme de la vierge sainte, se retrouve, rentre dans le plein exercice de sa raison qui l'arrache au Démon et le porte complètement au Dieu de Justine. Le martyre consacre le triomphe qu'ils obtiennent tous deux, et le démon finit par publier sa défaite.
Telle est, en somme, la comédie de D. Pedro Caldéron de la Barca, qui de son premier personnage le Mage ou le Magicien^ Cyprien et des prodiges qu'il opère pour satisfaire sa volonté, a reçu le titre de Magicien Prodvjieux. Elle aurait pu s'appeler avec plus de précision le Mage Cyprien, Sai7it Cyprien ou Cyprien tout sec. Caldéron, suivant en cela la coutume générale de son temps, crut qu'il était mieux de la baptiser avec les noms de la qualité caractéristique de son héros dans la comédie, c'est-à-dire, la magie, à la manière de ses autres comédies de Saints par exemple, celle de la Sainte Eugénie,
1 Le mot magico qui ne s'emploie aujourd'hui généralement que comme adjectif, était aussi usité comme substantif, au temps de Caldéron. Alors magico était l'équiralent de mago, et El Magico Pi'odigioso signifiait également El Mago Prodigioso. Dans beaucoup de localités de la Castille on dit encore niagico pour mago.
de Saint Grisante et de la Sainte Darie, qui ne portent pas pour titre le nom de ces saints, mais respectivement ceux de El José de las Majores et Los Dos Amantes del cielo.
Saint Cyprien et Sainte Justine, martyrs d'Antioche, dont le glorieux passage ici-bas est également célébré par l'Eglise latine et par l'Eglise grecque, par la première, le 26 septembre et, par la seconde, le 2 octobre S sont donc, les héros du drame Galdéronien ; la légende poétique de la vie et du martyre de ces deux Saints est le sujet du même drame. Ce n'est en aucune manière, par conséquent, une création fantastique, une libre invention de l'illustre poète espagnol, mais bien l'interprétation dramatique de cette même légende, populaire en Espagne, comme dans tout le monde catholique, et une des plus belles de Thagiographie chrétienne.
11 semble incroyable que ces vérités, pour ainsi dire, élémentaires et des plus simples, puisqu'il suffit pour les atteindre d'une simple comparaison du drame de Caldéron avec un Flos sancLoram ou une Année chrétienne quelconque, aient pu se cacher à la claire intelligence
1 Qus l'on consulte enlre autres, ïEcclesiz grxcaB Martirologium metriçum... nunc primum collegit L. Urbanus Godof. Siberus. (Lipsiae, in ollicina Lansiniana, aono 1727.) Mensis Octobris, Die II.
d'érudits'tels que l'anglais Lewes * et le portugais Vasconcellos 2, jusqu'au point d'assurer formellement l'un et l'autre, que le drame de Caldéron est une interprétation de la légende du docteur Faust ! Comme nous devons traiter de cette légende dans un autre endroit, point n'est besoin de nous arrêter ici à réfuter de pareilles assertions; il suffit de consigner simplement leur existence.
Si Caldéron s'est inspiré directement de la légende des Saints Martyrs d'Antioche, ou si c'est, au contraire, par reflet et dans quelqu'autre drame ou composition analogue antérieure, ce sont là des choses que Caldéron ne nous a pas dites et que ceux qui ont vécu après lui ne sont pas parvenus à vérifier jusqu'à présent.
Ce n'est pas seulement le Magicien Prodigieux qui se trouve dans ce cas, mais aussi les autres comédies Caldéroniennes.Le Purgatoire deSaiîit Patrice porte à la fin une longue liste d'auteurs,
1 Lewes ; Vie et écrits de Goethe, tom II Gœthes Leben und Schriften.
2 Vasconcellos ; le Faust de Goethe et la traduction du vicomte de Castilho, O Faust de Gœthe e a traducjao do Vizeonde de Castilho.
Para que con esto acabe ♦ la historia que nos refiere Dionisio el gran cartusiano, con En^que Caltarense, Cesario, Mateo Rodulfo, Domiciano Esturbaquense, Membrosio, Marco Marcelo, David Roto, y el prudente primado de toda Hibernia Belarmino, Beda, Serpi Fray Dimas, Jacob Solino Mensigano, y fînalmente la piedad y la opinion cristiana que lo defîende ; porque la comedia acabe y su admiracion empiece'.
Mais, comme on peut l'observer tout d'abord, ces noms ne viennent là que pour faire nombre ; ce ne sont pas des ouvrages consultés pour écrire la comédie, mais des autorités que produit le poète à l'appui de la tradition pieuse ; c'est aussi en prévision peut-être de ce que quelques passages tels, que la description du Purgatoire et la descente qu'y fait Ludovic, devaient être écoutés par un public moins crédule et moins <||ndide que celui auquel le poète flo-
1 Scène finale de la pièce.
rentin avait, quelques siècles avant, destiné les divines pages de sa Divine comédie. Les dames et les hommes, les mousqi^aires mêmes qui fréquentaient les représentatifs dans les cours, étaient bien éloignés de la simplicité de ces populations qui terrifiées, à la rencontre de Dante, le montraient du doigt en disant : Celui-là est descendu aux Enfers.
La source immédiate et véritable de celte comédie, selon toutes probabilités, Tauteur dramatique, dont l'œuvre inspira, dans notre opinion, notre auteur, sinon d'une manière exclusive, au moins d'une façon principale, celuilà n'est précisément pas compris dans la liste énoncée ; c'est-à-dire, Montalban et son œuvre, La Vie et le Purgatoire de Saint Patrice, publiée en 1627.
En arrivera-t-il de même avec Le Magicien Prodigieux ? Ce drame aura-t-il ses sources immédiates, soit dans quelque comédie antérieure, soit dans quelque autre du temps même de Caldéron ? Pour notre part, commençons par déclarer franchement et loyalement que nous n'en connaissons aucune dont notre auteur aurait pu s'inspirer. Il se peut qu'un des Mystères, qu'une des Représentations, un des Autos ou une des Comédies ait traité le même sujet avant Caldéron : mais une
semblable composition étant restée ignorée, comme on l'ignore jusqu'à présent, il n'y a pas de motif fondé pour disputer à Caldéron la priorité dont il vient jouir. Son œuvre se montre si spontanée, si abondante, si bien du genre caldéronien, enfin, que, lors même que nous ne saurions pas de qui elle est, comme nous le savons par son auteur, un simple coup d'œil sur ses pages suffirait pour nous le révéler.
Nous avons soigneusement parcouru, autant qu'il nous aété possible, nos Comédies de Saints: nous n'avons rencontré les nôtres dans aucune. Bien plus, dans aucune, nous n'avons vu nan plus une conception pareille, des situations égales ou identiques. D'où Ton conclut clairement que Saint Cyprien et Sainte Justine n'ont pas atteint, dans notre patrie, la popularité qu'ont obtenue d'autres Saints, par exemple Sainte Catherine de Sienne, Saint Augustin, Saint Antoine de Padoue, Sainte Brigitte, dont quelques-uns on été portés au théâtre non pas une, mais deux, trois et plusieurs fois, soit par des auteurs tels que Lope, Morelo et Montalban, soit par des génies de qualités inférieures, tels que Diamante, Canizares, Villayzân, Matos Fragoso et d'autres compositeurs semblables ou inférieurs.
Différents mages ou magiciens ont acquis de
la célébrité sur notre scène, les uns traditionnels, les autres purement fantastiques, dans des comédies sérieuses et dans des comédies magico-burlesques, tels que El Magico Africano, EL Magico Apolonio, El Magico de Calaluna, El Magico SigismundoelEl Magico de Salerno,qu\ 11nit par avoir six parties, rien de moins. Aucune de ces œuvres n'a de parenté, ni même d'analogies artistiques essentielles avec Le Magicien Prodigieux.
La gloire était réservée à Galdéron d'être le premier et l'unique de nos génies pour rehausser sur notre théâtre les noms de Gyprien et de Justine, ainsi que d'obtenir la priorité dans le théâtre universel moderne. Jusqu'aujourd'hui, on ne connaît pas d'autre pièce relative à nos Saints que Le Martyr d'Anlioclie (The Martyr of Antioch) de Milman, œuvre de notre siècle, et comme telle, postérieure de deux cents ans à celle du poète madrilègne *.
1 Ticknor, Histoire de la litérature espagnole, tome III page 29 de la traduction espagnole de MM. Gayangos et Védia, et tome II page 399, de la traduction française de J. G. Magnabal.
Voyez aussi Les Saints et les fêtes du calendrier Anglican, Revue Britannique tom. XI p. 185. Il est opportun de dire ici que Saint Cypnen et Sainte Justine ne sont pas compris dans ce calendrier. L'église de Ghadderley, dans le Comté do Worcester, est bien dédiée à Saint Gyprien, mais c'est le Saint Gyprien de Garthage et non celui d'Antioche.
Mais, cette œuvre, est-ce une création véritablement originale ou bien une imitation, un plagiat de quelque autre comédie de Saints? Le si érudit comle de Schack ^ a cru reconnaître quelque resijemblance entre cette composition et El Hermitano Galan de Mira de Amézcua, mais sur une chose d'une importance médiocre. Interprétant son opinion avec plus d'extension qu'elle ne mérite et sans se donner même la peine de comparer les deux œuvres, certains critiques en sont bientôt arrivés à supposer le drame de Caldéron inspiré par le drame attribué au docteur de Guadix. Et cette opinion se répand avec tant de force que nous sommes obligés de l'examiner avec toute l'attention qu'elle mérite.
Nous la trouvons formulée de deux manières diverses : la première, en 1858, par Ramon Mesonero Romanos, en ces termes : Ce même dramaturge (Galdéronjdans La Dama Duende,El Magico Prodigwso,El Escondido y la Tapadaet dans d'autres pièces de son admirable répertoire, donne bien à connaître qu'il était inspiré par La Fénix de Salamanca, El Hermitano Galdn, El
1 OEuvres sur la littérature dramatique et sur l'art en Espagne, Geschichte der dramatischen Literatur und kunst in Spanien, du ci-devant baron, aujourd'hui comti de Schack, Berlin 1845, deuxième livraison pag. 458, note.
Galdn Secreto et par d'autres drames du docteur Mira de Amézcua ^ La seconde version est de 1864, par D. Juan de Valera : se référant à Schack, il assure que, dans le Magicien ProdigieuXj'd y a de nombreuses réminiscences et des morceaux copiés... de Mira de Amézcua. Il cite ensuite d'autres imitations et d'autres passages de Caldéron empruntés d'autres ouvrages et il termine par ces expressions : « Ces observations et beaucoup d'autres prouvent, au moins, que Caldéron reproduisait, peut-être en les améliorant, les arguments, les caractères et jusqu'aux situations des autres drames-.
A ces affirmations nous opposons résolument tout d'abord les suivantes :
1» Que El Ilennitano Galan n'est pas de Mira de Amézcua, mais de Zabaleta, fait qui ne change pas seulement l'espèce, mais qui résoud seul par lui-même la question,' sans plus de preuves. En effet, Zabaleta, véritable auteur de cette pièce, l'écrivit non-seulement plusieurs années après le Magicien Prodigieux^ mais il ne commença sa carrière dramatique, il ne com-
1 ProIogu3 du lom-i 1»«", des dramatiques contemporains d« Lop8 de Vegfa, dans la Bibliolhè:]ae des aateurs espagnols p. VlII.
2 Estudios de Literatura, politica y cos.umbres de nuostros dias. Madrid, 1864, tom. II, p. 74.
mença à composer ses premières comédies qu'en 1644, c'est-à-dire, sept cms après que Caldéron eût donné Le Magicien Prodigieux.
2** Que, entre El Hermitaûo et El Mcigico, il n'existe aucune relation, aucune ressemblance essentielle d'aucun genre : et que l'un et l'autre sont complètement différents.
L'érudit Labarrera, dans son important Catalogue biog?'aphique et bibliographique de Vancien théâtre espagnol^, menlionne, comme si c'était le même ouvrage, £i llermitano Galan, publié dans la dixième partie du Nouveau théâtre de comédies variées de différents auteurs (Madrid 1658) et La Mesonera del ado, imprimée dans la partie trente-neuvième de la même collection (Madrid 1673), pièces respectivement attribuées dans lesdites parties, la première à D. Juan de Zabaleta, et la seconde, au docteur Mirade Amézcua. Croyant qu'il y avait deux titres et qu'il n'y avait qu'une seule pièce, attribuée à deux génies différents, il ne prit, cependant, de résolution pour aucun, et il l'enregistra également à Tarticle Zabaleta et à l'article Mira d'Amézcua, avec ces deux titres : il mit un point d'interrogation à la marge, comme pour demander quel serait le véritable auteur et le vé-
1 Pages 260 et 502.
ritable titre du drame. Si le diligent bibliographe avait lu seulement le texte de la dixième partie et de la trente-neuvième, sans le moindre effort, et en promenant ses regards sur les premières scènes, il aurait remarqué à l'instant que ces textes n'étaient pas un même texte, mais bien deux textes distincts et que les pièces étaient aussi distinctes, avec toute la différence qu'il peut y avoir d'un original à une refonte.
Dans les deux pièces, il y a de commun la personne d'un ermite, Abraham dans l'une ; Abrahamio, dans l'autre ; éloigné du monde et de ses vanités ; il y a également une nièce, Marie, qui vit avec lui, en faisant pénitence "'.
1 Les deux œuvres ont pour base la légeade du saint anachorète Abraham qui, dès le x» siècle, inspira à la célèbre religieuse de Gandersheim, Hiotsvitha, une de ses plus belle pièces dramatiques judicieusement analysée, dans les Estudios de Literatura y de critica, Séville, IS62, pagjs 235-242, par l'inoubliable ami D. José Fernaniez Espino.
Cette légende n'offre aucune ressemblance avec celle de saint Cyprien d'Antioche. Celle qui en présente une, comme le remarque M. Melendez Pelayo (tom 1, de son Histoire des Hétérodoxes pp. 254-255), c'est la légende des saints Lucien et Marcîen dont les actes, empruntés de Mombricius et Ruinart, sont publiés par le P. Fierez, dans le tome XXVHI de son Espagne sacrée. Que cas saints soient espagnols, comme le croit Florez, qu'ils appartiennent à une région étrangère, comme le pense Villanueva (tom. VI, de son Yoijage littéraire
Les autres personnages diffèrent les uns des autres ; l'histoire de l'ermite est aussi différente dans l'une et l'autre comédie, ainsi que celle de la nièce.
La pensée est la même dans les doux compositions ; elle repose sur ce que Marie sort de sa grotte et se lance dans le monde, séduite par un amant qui l'abandonne ensuite. En conséquence de cet abandon, la jeune fille se livre à la prostitution la plus effroyable d'où le saint ermite vient la retirer. Il se présente à elle déguisé en galant, comme un de ceux qu'elle avait en si grand nombre, puis il rejette son déguisement, revêt de nouveau le sac de pénitent, au moment même où la jeune fille s'y attend le moins ; ce qui donne pour résultat la conversion de Marie, son retour à la grotte et plus tard la conversion aussi de l'amant séducteur, qui finit de la même manière par se faire ermite. Dans le développement de cet ar-
p. 114) ; qae ce soit ou non leurs reliques qu'on a décourertes i Vich, en 1050, lorsque D. Guillaume était Prélat de cette Eglise, toujours est-il que dans i'Acta sanctorum Luciani et Marciani martyrum déjà cités, il est dit qu'ils professaient les arts magiques, moyennant un pacte avec le Démon ; qu'en s'appuyant sur ces mêmes arts, ils essayèrent vainement d'obtenir la possession d'une jeune fille chrétienne et que, eu égard à leur défaite, ils se conTcrtirent au christianisme et souffrirent easaite le martyre.
gument, toutes les situations, moins celles de l'ermite galant, diffèrent essentiellement, elles sont différentes sur un point général, comme sont aussi différentes, la personne de l'amant et des autres personnages qui interviennent dans la pièce et que ce n'est pas le cas de spécifier ici. Dans la comédie de la partie trenteneuf, la figure principale c'est Marie : voilà pourquoi se rapportant à la période de sa prostitution dans une maison de filles où elle était la principale mesonera,ei comme par antiphrase de sa conversion, le poète a intitulé sa pièce La Mesonera del Cielo. Pour la comédie publiée dans la dizième partie, le principal personsage n'est pas Marie, mais l'ermite ; par conséquent, se rapportant au fait principal où celui-ci intervient, l'auteur appellera sa comédie El Ermitano Galan. Quelle est celle de ces comédies qui a dû servir de modèle à l'autre ? Pour nous il n'y a pas de doute. C'est La Mesonera del Cielo qui a précédé El Hermitano Ga- /a?2,parce que Mira de Amézcua à qui l'attribue la Partie de comédies qui la publie et dont le style est bien patent dans toute son étendue, l'avait non-seulement écrite, mais était mort, neuf ans avant que Zabaleta, aussi ami qu'il fût des imitations et des refontes, eût commencé à écrire ses comédies. Le docteur de Guadix
mourut en 1635, la même année que Lope de Vega. Zabaleta écrivit sa première comédie, El Hijo de Marco Aurelio, en 1644*.
Ni La Mesonera del Cielo, ni EL Eermitano Galan ne présentent de véritables analogies avec Le Magicien Prodigieux. L'exposé sommaire que nous avons fait de ces œuvres, suffit pour une vidence complète, sans nécessiter de nouvelles yiémonstrations. Où sont donc, dans le drame 'le Caldéron, ces morceaux copiés et ces réminiscences'i Comment peut-on dire que, pour l'écrire, il dut s'inspirer de El Hermitafio Galan, écrit, au moins, sept ans après ?
C'est donc à cette même classe qu'appartiennent beaucoup d'autres imitations, beaucoup de plagiats, attribués à notre poète dans ses autres compositions, jusqu'au point qu'on en viendra, un jour ou l'autre, à dire et à répéter qu'on doit l'admirer, moins pour avoir inventé, que pour avoir perfectionné les plans et les pensées des autres.
Si donc Caldéron ne s'est pas inspiré de ces drames, ni de quelques autres comédies, que nous sachions, il est clair qu'il dût fonder directement son œuvre sur la légende de nos Saints.
1 La Barrera : p. 501 de son Catalogue.
SAINT CYPRIEN ET SAINTE JUSTINE DANS LES ÉGLISES d'orient ET d'OCCIDENT. — SOUVE- NIRS PLUS ANCIENS. — LA LÉGENDE DE NOS SAINTS. — VERSIONS DIVERSES. — LEUR ÉTUDE COMPARATIVE.
Enfants d'Anlioche et martyrisés à Nicomédie, au dire commun des anciens récits, il était naturel que Saint Cyprien et Sainte Justine devinssent dans l'Eglise d'Orient, plus tôt que dans celle d'Occident, Tobjet immédiat d'une dévotion fervente et d'une célébrité signalée. Ils le devinrent, en effet, comme nous le confirment bien clairement les ouvrages, même les plus anciens, se rapportant aux personnages dont nous conservons la mémoire et dont l'époque nous est connue. Ces ouvrages appartiennent aux siècles iv® et v« ; ce sont respecti-
vement, le premier, une homélie de Saint Grégoire de Nazianze, et le second, un poème de l'impératrice Eudoxie, fille du sophiste Léontius et femme de Théodose II. La première esl arrivée par bonheur jusqu'à nous, insérée dans les écrits du Saint Docteur i ; mais il n'en esl pas de même du poème d'Eudoxie, sur lequel nous n'avons d'autres détails que les indications bien médiocres que nous a laissées plusieurs siècles après, Photius dtins sdi Bibliotheca^. Pans l'Eglise d'Occident ou église latine, si nous en jugeons par les mémoires les plus an-
1 Divi Gregorii Nazianzeni cognomento Theologi, opéra omnia quœ quidem extant, nova translatione donala, qusp omnia nunc primum latina facta suût... Jacobi Bilii... Parisiis. apud Sebastianus Nivellum 1569... in laudem Divi Cypr ani martyris Oratio, pp. 154-161.
Voyez aussi : Opéra omnia, édition de Paris, 1778. tom. I, œuvre des Bénédictins, et la Patrolog e grecque, de Migne, tome XXXV, col. 1167-1194.
Sur saint Grégoire de Nazianze il y a une importante dissertation d'Hefelé dans le Kirchenlexicon de Wetzer et Waltec. Bd. IV.
2 Photius : Myr'oblibon ou BibHothera Hbrorum, édidit D. Hœschelius et notis illustravit, latine vero reddidit et schoiiis auxit And. Schottus.
Genevœ... Pétri Slephani 1611, p. 404.
Parmi les manuscrits de la bibliothèque nationale de Madrid se trouve un volume in-4", intitulé : Pkotio compendiado por Mariana, Photius abrégô par Mariana, da.»s lequel p. 105, on lit extrait le passage lelutlf à Eudoxie.
ciens que nous connaissons, il dut s'écouler quelque temps avant que nos Saints fussent aussi connus et vénérés. En témoignage de cette vérité, il nous suffira de dire qu'ils ne sont pas compris dans les anciens martyrologes, tels que le Parvum Eieronymianum sive marlyrologium dixeris S attribué à lillustre anachorète de Bélen ; ils ne sont pas chantés non plus par le grand poète chrétien, le célèbre glorificateur des Martyrs, notre admirable Prudence. Il chanta, oui, un Cyprien martyr, or ce n'était pas le martyr d'Antioche, mais le fameux évêque de Garthage, qui portait le même nom 2. La première mention de nos Saints que nous avons pu rencontrer se rapporte au septième siècle, et est contenue dans le traité d'Aldhelm, Aldhelmo ou Aldelmo, évêque de Sherborne, en Angleterre, intitulé De Virginitate seu de Laude Virginum, où il fait réloge de la virginité de Justine et de son hé-
1 Yetustius Occidentalis ecclesias Martyrologium D. Hieroniino, Cassiodoro, Beda, Valfrid... aliisqne scriporibus tributuin... Franciscus Maria Florentiuius Nob. Lucensi... Lacae 1650. Dans cet- ouvrage est contenu le Parvum Hieronimianum, sive martyrologium d xer'.s, attribué non sans fondement au saint docteur,
2 Prudence, Periste^:hanon, hymne V : Passio beati Cypriani, Martyris et episcopi Carthaginensis.
roïsme dans les tentations qui mirent sa pureté à l'épreuve ^
Dans l'une et l'autre Eglise, tant dans la grecque que dans la latine, la vie de nos Saints appartient exclusivement au champ des traditions pieuses, au domaine de la légende. L'histoire véritable, les faits positifs, les relations primitives de la vie et du martyre des mêmes Saints ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Tous les monuments que nous connaissons, même les plus anciens, sont également légendaires. Et cela étant, il n'y en a pas un seul qui nous ait conservé la légende intacte et pure, ni qui conserve avec les autres une ressemblance parfaite, puisqu'il n'y a pas identité.
L'homélie de Saint Grégoire de Nazianze est l'œuvre d'un docteur remarquable, elle appartient à des temps bien rapprochés du martyre de nos Sain l s, mais elle tombe en des erreurs si graves qu'elle fait du Cyprien d'Antioche et du Cyprien de Carthage un seul personnage ^,
1 Aldhelmus ; opéra quœ exs'ant oinnia,.. édition de J.A.Giles ; Oxford, 1844, in-S", dans la collection des Patres ecclesiss Anglicanae, du même Giles. Le traité de Virginitate a été souvent publié avec les Opuscules du vénérable Bède.
2 Hic inquam Cypriamis Carthaginensium... iam quaittus hvic nialo ex arte magica cumulus accedebat... magus ac libidinosus,.. virgo quadam erat j^atritio génère nata... hor-
mage et épris d'une vierge sainte dont il trame la perte, moyennant ses arts magiques, comme le premier, carthaginois et évêquc de Carthage, comme le second. Ce sont là des erreurs où n'est pas tombé notre Prudence, en célébrant ce dernier, parce que la mémoire du prélat de Carthage s'était conservée sans doute plus pure en Espagne, qu'en Orient celle du marlyr d'Antioche.
Les récits légendaires de la vie de nos Saints, depuis les plus anciens jusqu'aux plus modernes, conformes sur beaucoup de points, diffèrent cependant en un point de la plus haute importance ; à savoir, l'amour de Cyprien pour Justine, amour sur lequel ils nous présentent deux versions entièrement distinctes, appartenant toutes deux à deux récits d'antique origine et connues les deux, tant de l'Eglise grecque que de l'Eglise latine. Il importe de les
tus clausus, fons obsignatus, soli Deo servata, etc. expressions qui, comme on le voit, conviennent les unes à saint Cyprien de Carthaare, d'autres à saint Cyprien d'Antioche et d'autres évidemment à Justine.
Entre autres écrits à consulter sur cette erreur, il faut lire le Martyrologium Romanum ad novam kalendarii rationem, dont l'auteur est César Baronius Soranus ; Rome 1598, pp 477-78, et la curieuse dissertation de W. Beyschlag De Ctjpriano mago et martyre Calderonicae tragedix persona primaria, Halle, 1866. in-4».
étudier ici, parce que cette étude devra nous dire ensuite dans quelle desdites versions nous devons chercher les sources immédiates du Magicien Prodigieux.
La première de ces versions que, par suite de sa grande prédominance dans l'Eglise d'Orient, nous appellerons orientale ou grecque, nous est connue par des monuments de date relativement moderne, mais puisés, sinon aux sources primitives de la légende, au moins aux sources qui conservèrent mieux le caractère propre des récits plus anciens. Le premier ouvrage où nous avons vu cette version consignée, c'est le Martyrologe attribué au bénédictin Notker ou Nockerio',qui florissait,de l'an 830 à l'an
1 Sancti Notkeri cognomento Balbuli, marti/rologium, dans la Bibliotheca Yeterum Pairitm... cnra et studio Andres Gallandi^tom. XIU,Yenise 1579, p. 816 ; Sanctorum martyrum C^ priant Episcopi et Justinx virginis.
Poar la yalenr qu'il a dans ces études, il nous a paru convenable de reproduire ici, dans ce qu'il offre de principal, le tex'e de ce martyrologe.
« Scholasticus quidam Acladius nomine, apud Antiochiam Tidens beatam lustinam, exarsit in eoncupiscentia ejus, et promisit Cypriano magro duo talenta auri, si yir^nem lustinam in illins amorem excitaret. Cyprianos magns convocatis Ds^moniis cœpit agere, ut per eos sancta Dei seJuceretur ; cumque in Dfemones nullatenus offîcjre yalerent, ae signo crueiSxi se ab ea repelli faterentur, Cyprianus diaboli yirtutem eontemnens, ab Episcopo Antimo catholicis se mysteriis imbui roga-
912, et le second, la vie de nos Saints est une œuvre du x^ siècle qui a pour auteur Siméon ou Simon Metafrastes ou Metafrasto. Ce dernier, en compilant les actes de quelques Saints, répandus dans les églises et les monastères d'Orient, y inséra ceux de nos Saints dans lesquels on suit la version indiquée, preuve bien claire que c'était cette version et non une autre qui était la version généra connue dans les églises d'Orient, au moins uans les temps du célèbre hagiographe^
La seconde version que, pour la distinguer de la précédente et par des raisons égales, c'est-à-dire, parce qu'elle a été à son tour généralement suivie dans l'Eglise d'Occident ou Eglise latine, nous appellerons latine ou occidentale, est contenue dans deux récits principaux, écrits premièrement en grec, traduits ensuite en latin, à des dates jusqu'aujourd'hui inconnues, comme sont aussi inconnus les au-
Tit, etc. Comme on le voit, Cyprien figure seulement comma l'intermédiaire de l'amour d'Aglaidas et non comme l'amant de Justine, ce qui établit la différence capitale qui distingue cette version de l'autre. On voit également par ce texte que la version que nous appelons orientale était connue en Occident antérieurement au récit métaphrastique.
1 Et aujourd'hui même, comme le prouvent les compilations hagiographiques orientales postérieures à la narration d» Métaphraste.
-jeteurs et les tra3ùcleury. Ce sorit a savoir : Passio B. Cypriani et Juatinx, également désignée par le titre de Conversio S. Justinas virginis, et S. Cypriani episcopi, et la Confessio seu Penitentia S. Cypriani. Nous n'avons que le texte latin de la première; quant à la seconde, nous possédons le texte latin et le texte grec. Intimement lié à ces récits est aussi la relation intitulée : Martyrium sanctorum martyrum Cypriani et Justinx, mais, comme cette dernière se rapporte seulement au martyre, elle a peu d'importance pour nos études ^
1 On peut voir ces trois narrations inléi!;ralement et réuhies dans les Acta Sanctorum des PP. Bollandistes, septembre tom. Vm, pp. 217-219 la première; 222-242 la seconde, et 242-245 la troisième, Anvers 1760. Us publient seulement le texte latin de la Passio et le latin et le grec du Martyrium et de la Confessio. — Cette dernière est aussi attribuée à ce Saint, dans quelques éditions de ces œuvres, depuis celle de l'évéque d'Oxford Juan Fell, Opéra omnia, Oxford 1682, qui publia pour la première fois le texte latin. Quant au texte grec découvert par le bénédictin Maran, il fut édité premièrement dans VOpera qux exstant omnia de saint Cyprien, publiés par Bàluze, Paris, 1723. — Sur la Passio, voyez ce que nous disons plus loin, note 1 pag. 51.
Le docteur D. Joaquin Antonio del Camino y Orella, chanoine de l'Eglise cathédrale de Lugo, traduisit et publia, au commencement du siècle actuel, les œuvres de Saint Cyprien de Carthage ; mais il n'y comprit pas la confessio qu'il croyait sincèrement ne pas appartenir à l'évèque de Carthage, mais bien au martyr d'Antioche, comme il nous le dit dans la Yie de
Dans le premier Index librorum prohibitorum de l'Eglise Catholique, dans le décret De libris non recipiendis du pape Saint Gelase et, au nombre des livres apocryphes {opéra spuria), il y en a plusieurs de compris sous le titre de : Opuscula Tascii Cypriani, c'est-à-dire, attribués à saint Tascius Gecilius Cyprien,évéque de Car thage ^ Et comme, parmi les opuscules longtemps attribués au saint docteur carthaginois, et, par suite de sa confusion avec celui d'Antioche, on compte la Confessio, on pourrait bien croire que cette dernière avait été comprise dans le décret du pape Gelase, non à cause de sa doctrine, mais parce qu'elle se répandait attribuée à un auteur à qui elle n'appartenait pas. S'il en était ainsi, nous saurions que déjà vers les années 494 ou 496, ce récit circulait dans l'Eglise d'Occident.
C'est au siècle viii» ou au siècle ix* qu'appartient le premier récit d'une époque déterminée
Saint Cyprien, pour la plus grande partie tirée de ses écrits par U traducteur, vie qui précède le premier des deux toIumes de ses Obras de San Cypriano Obispo y martir. Traducidas alcastellano, y esclarecidas con notas, y la vida del Santa... Valladolid, par Aramburu y Roldan, année MDGCGVII.
1 Voyez Hefelé, évéque de Rotlembourg, Histoires des Conciles d'après les documents originaux, traduction d« l'abbé Delarc, tom. III, pp. 219-232. Paris. Adrien Le Clerc et compagnie, 1870.
que nous connaissons de l'Eglise latine, et il est contenu dans le Martyrologe que les uns attribuent au vénérable Bédé et d'autres à Florus, diacre de Léon*. Ce récit ajoute à son antiquité le singulier mérite d'avoir été accepté dans l'Eglise d'Occident jusqu'au point d'être reproduit par le Martyrologe romain ^. Les éditions de ce martyrologe que nous avons confrontées avec celui de Bédé dépassent plus de vingt et nous pouvons assurer qu'il suit, en tout et à la lettre, le texte de ce dernier ^.
1 Martyrologium Venerabilis Bedae, Anglo-Saxonis Presbyteri ; tome III de l'éditioa de ses œuvres. Bàle, 1563, et aussi, tome III, coloane 337, de l'éditioa de Cologne, 1612.
2 Martyrologium Romanum ad novam kalendarii rationem et ecclesiasticx historiaB veritatem restitutum, déjà cité dans la noie pag. 33.
3 Nous nous sommes principalement servis pour cette coafroatation des éditions suivantes :
Venise 1587.
Venise 1593.
Rome 1598.
Anvers 1613.
Mayence 1631 Venise 1756.
Ces éditions, comme les antres, se trouvent dans la Bibliothèque de Saint Isidore, à Madrid. Pour qu'on juge de la conformité essentielle du Martyro'oge romain avec le Martyrologe attribué à Bède, nous reproduisons lui littéralement le teite de l'un et de l'autre :
Il en est de même du Bréviaire et du Missel romain * qui s'adaptent à la version adoptée