‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 15 sur 73 · LE ROI DE FEZ · texte numérisé non relu

LE ROI DE FEZ

Seigneurs, vos altesses, puisque leur impatience a déchiré le voile qui les couvrait, a dissipé les nuages qui obscurcissaient de tels soleils, vos altesses ne peuvent combattre sur mes terres sans mon agrément ; et je le leur refuse , pour avoir le temps de les recevoir comme elles le méritent.

ALFONSE

Je n'accepte ni hospitalité, ni politesses de ceux de qui je reçois des chagrins. Je suis venu chercher Fernand ; c'est pour le voir que je me rendais à Fez', sous ce déguisement. Avant d'arriver

JOURNÉE III, SCÈNE I 8i

à ta capitale^ j'ai appris que tu étais dans cette maison de plaisance; et j'y suis venu, afin de savoir plus tôt quel sera le résultat des espérances qtii m'ont décidé à ce voyage. Maintenant je n'attends qjue ta réponse pour repartir.

LE ROI

Roi Alfonse, ma réponse sera courte. Si tu ne me rends Ceuta, tu n'emmèneras pas l'infant.

ALFONSE

Je suis venu pour le prendre, et je l'aurai. Prépare-toi à la guerre que je te déclare ; et toi , ambassadeur, ou qui que tu sois, tu me verras en campagne. Que l'Afrique entière tremble!

(Il sort.) TA RODA NT, à FéoU.

Si je n'ai pu, en qualité d'ambassadeur, baiser vos pieds comme un humble esclave, daignez du moins, belle Fénix , accorder votre main à celui qui vous offre toute son âme.

(Il se met k genoux.) FÉNIX, le relevant.

Que votre altesse, seigneur, ne comble pas de nouvelles faveurs celle qui sait l'estimer; qu'elle daigne se rappeler ce qu'elle se doit à elle-même.

MULEY, àpart.

Peut-on être témoin de ces malheurs , et ne pas perdre la vie ?

LE ROI

Votre altesse est venue inopinément , elle m'excu-

ToM. II. CaUénm, 6

sera si je ne la reçois pas aussi bien quelle le

mérite.

TARUDANT.

Je ne puis être que peu de temps absent de mes états ; et puisque je venais y comme ambassadeur; avec des pouvoirs pour emmener ma jeune épouse ^ je pense ^ que l'ayant été moi-même, mon bonheur n'en sera pas retardé.

LE ROI

Je ne puis lutter de courtoisie avec toi j cependant je m'acquitterai, si je le puis. La guerre me^ nace de nouveau mes états; je m'y livrerai après avoir scellé notre union par un heureux hyménéej car il est bon que tu retournes au plus tôt dans ton pays, avant que le passage puisse être coupé par ces armées portugaises dont on vient de nous menacer.

TARDDANT.

Peu importe , seigneur j je suis venu avec des troupes nombreuses , dont les camps peuplant ces déserts les font paraître des villes j et je reviendrai sur-le-champ avec elles, pour avoir Thonneur d'être un des soldats de ton armée.

LE BOL

Tout s'apprêtera pour le prochain départ de ton épouse ; mais il faudra auparavant que tu viennes à Fez , afin que mes fidèles sujets aient la joie de te voir. Muley ?

MULE Y

Seigneur.

jaURNÉË III, SCÈNE II. 83

LE ROI

Prépare-toi, Tu accompagneras Fénix avec une garde nombreuse^ jusqu'à ce que tu la laisses en sûreté dans les étatà de son époUx.

(Il tort avec Tarudant et Fënix. ) MÙLEYséul.

Il me manquait encore ce malheur^ afin que pendant cette absence, je ne pusse pas même donner à Fernand les faibles secours que je lui fais parvenir , et qu'il soit privé de cette dernière ressource.

( Il wlrt.)

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