‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 19 sur 73 · L'OMBRE · texte numérisé non relu

L'OMBRE

Au milieu de l'obscurité de la nuit, je t'ai guidé par des sentiers inconnus aux humains. Déjà Je soleil chasse les ombres; je t'ai conduit victorieux, grand Alfonse, jusques aux murs de Fez; les voilà : traite de ma rançon.

(L'ombKie idispartU. ) ALFONSE.

Ha! du mur ! avertissez le roi de venir me parler.

( L« roi et Stflim paraiaitcnt lar le mur.-)

LE ROI

Que veux-tu, jeune et Taillant guerrier ?

ALFONSE

Que tu me remettes Finfant, le grand-maître don Fernand; je te donnerai pour rançon, Fe'nix et Tarudant, que tu yois ici mes prisonniers. Choisis, la mort de Fënix, ou la liberté de l'infant.

LE ROI, à part.

Que vais-je faire ? Oh ciel ! dans quelle confusion me trouvé-je?Fernand est mort; ma fille est au pouvoir d'Alfonse. caprices de la fortune, à quel état m'avez-vous conduit !

FÉNIX.

Eh quoi, seigneur, tu vois ma personne dans cette situation, ma vie et mon honneur dans ce péril , et tu hésites sur ta réponse ! ton désir de me délivrer est assez Êiible pour te permettre de retarder un seul moment ! ma vie est dans tes mains, et tu consens, ô peine cruelle ! que les miennes, quelle honte ! soient attachées par des chaînes ! ma vie dépend d'un mot de ta bouche, et tu permets que la mienne frappe l'air de vains gémissemens! tu vois sous tes yeux mon sein exposé au tranchant du cimeterre , et tu souffres que les miens versent des larmes î Tu n'es, ni père , ni juge , ni roi ; tu es le bourreau de ton sang.

LE ROL

Fénix , si ma réponse n'a pas été plus prompte , ce n'est point que j'hésitasse à te donner la yie

TOM. II. Caldéron. ' fj

lorsque ta mort ya entraîner la mienne. Il n'est plus possible de les retarder.* Apprends , Alfonse , qu'au moment où Ç^nix sortit hier de la ville, le soleil et l'infant descendirent en même temps, un dans 1 ombre , l'autre au tombeau. XleLuWûblç et triste cercueil renferme tout ce qui reste de lui. Donne la mort à la belle Fenix ; venge ton sang sur ^Je mien. ' '

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FÉNlX

ciel ! Ainsi je n'ai plus d'espe'rance.

LE ROI

Ma triste vie va s'éteindre.

DON HENRI

Grand Dieu! qu'entends-je ! Hélas! la liberté lui arrive trop tard.

ALFONSE, àdouHenri.

Ne. parle point ainsi. Si l'ombre de .Fer n and nous a dit de le tirer d'esclavage, c'est sa dépouille mortelle qu'il a voulu désigner : c'est* SOiB.-qui, d'après ses paroles, doit obtenir un te mple pour tant '4e temples qu'il à fondés ; et il faut qw l'échange se fasse. ( j4u roi. ) Roi de Fez, pour que ton orgueil ne pense pas que Fernand mort vaille moins que cette beauté, je te la donne pour i:*acheter son corps. Envoie-moi donc la neige en échange des fleurs, l'hiver en échange du printemps , et enfin un malheureux cadavre pour le modèle de la beauté.

LE ROI

Qu'enlends-je? que dis-tu, invincible Alfonse?

ALFONSE

FtiA-le descendre par ces captifs.

FÉNIX.

Je suis le prix d'un ca d avre^ lgjajE4jJftRU..»P^

LE ROI

Descendez le cercueil par-dessus le mur; je vais me jeter aux pieds du vainqueur pour en faire môîmême la remise.

( On descend le cerctteil le long du mur avec des cordes.)

ALFONSE

Je TOUS reçois dans mes bras, grand prince, di-vin martyr.

DON HENRI

Mon frère, reçois mes hommages.

( Le roi , doo Juan , Brilo et des captifs, paraissent sur la scène. ) *

DON JUAN

Grand Alfonse , veuillez me j^ermettre de baisef votre main royale.

ALFONSE

Cest donc là, don Juan, le compte que vous me rendez de Tinfant.

DON JUAN

Je ne l'ai jamais quitté depuis qu'il fut captif, jusqu'au moment où il recouvre sa liberté'; vivant et mort, je suis toujours reste près de lui.

ALFONSE

Donnez-moi votre main , oncle che'ri. Je suis arrivé trop tard, grand prince, pour vous arracher au péril auquel vous avez succombé; mais c'est

loo LE PRINCE CONSTANT, JOURNÉE III, SCÈNE lY. surtout dans la mort que se montrera la piété filiale que je tous dois : un temple magnifique sera l'honorable dépôt où Totre corps sera rejaîernié. {Au roi. ) Je te remets Fénix et Tarudant^ et^in^InHt de lamitié que Tinfant eut toujours pour Muley, je te prie de lui donner ta fille. Maintenant^ approchez, captifs^ voilà votre infant ; portez-le honorablement jusqu'à la flotte.

LE ROI

Ils peuvent tous l'accompagner jusqu^en Portugal.

ALFONSE

Qu'au son des douces trompettes, l'armée marche en ordre , et forme le funèbre convoi ; ( au public. ) afin qu'en vous demandant pardon des fautes de l'auteur, finisse don Fernand dePortugal^^ le prince Constant dans la foi.

FTO de la troisiè&ie et dernière journée.

SDR

(0])ÉKEMBREMBifT de Tordre d'Alcaatara d'Espagae.

C») Cest le nom que Ton donna en Portugal à Tordre d^s Templiers, après sa suppression dans le reste de TEurope.

C^ Coutino en espagnol , Coutirûio en portugais.

C4) (Lia,) « Qui est la fièvre quarte de ta beauté. »

C^) (Litt.) « Qui a pris son nom de Ceydo , mot hébreu , eu arabe Ceuta , qui signifie beauté. »

C6) Allusion aux métamorphoses,

^7) (Lût.) J'ai retranché , « et nous n'avions pas tort > puisqu'il semblait que cette foule innombrable voulut avaler la mer goutte à goutte. »

O Armoiries de Portugal.

(9) Allusion à la mort du roi D. Sébastien , qui fut tué en Afrique , et dont la fin prématurée fournit k Philippe II l'occasion de s^emparer du Portugal.

Cio) Ici est un calembourg. L'Infante dit : Parie,»» à Tanger, pars.. . pour Tanger. Muley coupe la phrase au premier mot, et prenant parte dans le sens départage , l'impératif de partager , il dit que son âme l'est déjà.

C*0 Ces mots prouvent que la icrne se passe à Fez ; ce qui demanderait que le jardin de l'infante filt bien grand , pour qu'il arrivât jusqu'à la mer , c'est-à-dire , à cent lieues environ de cette capitale.

C'O L'opinion publiquç ét^nt contraire k cette expédition , on avait trouve bien d'antras augures défavorables.

('3) L'ambulance s'appelant en espagnol , el quartel de la saludy il y a une équivoque entre salut et sçin^ë,

C*4) (Lût.) « Espagnol. » L'Espagne, considérée géographiquement, comprenait le Portugal comme la Castille , l'Aragon, Grenade, etc. Depuis la réunion de la plus grande partie de ces états, sous Ferdinand et Isabelle, l'Espagne est devenue le nom d'une division politique, etportugaîsy n'est plus synonyme d'espagnol.

C'^) Je doute fort qu'il y ait à Maroc ni pachas , ni begliei> beys. 11 n'est pas pliii vraisemblable qu'un neveu du roi de Fez toit né à Gelves , dans les états ottomans. Il est de même peu probable que Muleyaitpu dire, en 1437* qu'il était né le jour de la bataille de Gelves , qui eut lieu le a8 août i5io. Cest un anachronisme de cent ans à peu près.

C'6) Ce çoncetto est une expression proverbiale tirée d'une ancienne romance.

{Page 37.] Pour la vérité historique , Caldéron aurait dû mettre quelque ijitervalle entre le départ de Muley çt l'arrivée de la gr^de armée. On voit qu'il a cherché à sa manière l'unité de temps.

C»0 Une faute d'impression, que je n'ai pu rectifier, me donne des doutes , non sur le sens de ce couplet , mais sur la manière dont je l'ai rendu.

OQ D'après l'édition d'Apon tes, la princesse part sans attendre la réponse de Muley ; j'ai cru devoir retarder sa sortie de la scène, ^'expression y prix d'un cadavre , peut à la rigueur signifier en

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espagnol comme ea français : prix accordé à un cadavre. Outre le sens naturel et direct : priit donné pour un cadavre.

C'd^ (Litt). « Le plus bel animal oii l'art se soit joint à la nature. » . .

C^°) Les ordres militaires , comme les ordres monastiques , portaient le nom de religion.

^*0 (Litt,) « Vents , un pauvre , pfir ses soupirs , double Tétendue de vos sphères. »

C^*) J'ai supprimé les huit derniers vers qui m*ont paru ralentir le mouvement de ce morceau. En voici la traduction : <c Ne fût-ce que parce que Ceuta contient une église consacrée à l'étemelle conception de celle qui est reine et maîtresse des cîeux et de la terre , }e perdrais , vive la Vierge ! mille vies pour sa défense. »

(a3) Qe reproche est singulièrement naïf.

C*4) (Litt.) « Les merveilles »» , maras^illas. Plusieurs fleurs "portent en espagnol le nom de rnaravilla , entre autres le liseron appelé belle de jour.

(^) En lisant tout ce dialogue, op doit se rappeler qi^, dans les temps de l'astrologie judiciaire, belle science que nous avons eu le malheur de perdre, une grande influence était attribuée aux pioiles , et que le nom de celles^i était dcrvenu synonyme de puissance , destinée , etc.

C*0 II est soi^s-entendu , personne . d'entre les Mores ; car autant eut valu le condamner à moprir d'inanition.

C^7) (Litt*) « C'est , le dirai-ji» , une voirie ; cmr l'pdeur qu'il

répand.est si infecte , que personne , etc. »

C**) (Litt.) w Et qui est si petite , gqe le morceau passe des lèvres à l'estomac sans que la boucUe s'en aperçoive, h . .

C»9) Les cois, ambassadeurs d'eux-mêmes, sont trës<-cbmmun$ dans les pièces espagnoles ; mais comment le roi de Fez ne connait-il pas son auxiliaire Tarudant ?

io4 NOTES

C3o) Une faute de ponctuation , clans Véditian d'Aponfea, fait faire ce compliment à Alfonse par Alfonse lui-même ; ce n'est pas la seule faute d'impression que j'y aie trouvée.

C'O J'ai pensé qu'il y avait assez de rodomontades pour ne pas traduire les suivantes.

Tarud art.

« Je suis un volcan qui vomit des flammes.

Alfonse.

« Je suis une hydre qui lance le feu. w

(30 Job. Chap. m, v. 3.

(33) Un des contes populaires des Espagnols , était que le* Musulmans adoraient à Médine une cuisse de leur prophète.

C34) (Litt), La divinité, i»

(35) Tradition populaire.

(3^) Autre conte populaire. Les diamans , s'il était fondé, seraient moins chers , quoique plus rares.

(^^) Je n'ai donné qu'une imitation très faible de ce dernier passage. En voici la traduction exacte.

« C'est une action naturelle k, l'homme , lorsqu'il veut rece* voir quelque chose, d'élever les mains en les joignant ainsi ; et lorsqu'il veut le rejeter , il les joint encore, mais en les tournant vers la terre pour les vider. Le monde , quand nous naissons , pour prouver qu'il nous recherche , nous reçoit dans le berceau, et nous y place , tournés vers le ciel ; mais , lorsque , dans son dédain ou dans sa furie , il veut nous éloigner de lui , il re« tourne les mains , et cette matière muette en est remblëme , puisqu'elle fut berceau, tournée en haut , et qu'elle est tombe , étant tournée en bas. >» Tout cela est fondé sur ce qu'un berceau est bombé en dessous , et une bière en dessus. •

(3^) Jusqu'ici , tout le discours est dans le rôle du prince. Ce

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qui suit est moins à sa place. Je voudrais croire que , d'ici à la note4o9 quelques wers ont été interpolés.

(39) Pour suivre son ënumération ; il a placé ici le grenadier sous le nom d'arbre royal «

(^) Autre conte populaire. A la fin du règne de Louis XIV , on croyait encore que la poudre de diamant était un poison.

Ici , le discours de Fernand revient à la suite naturelle de ses idées.

C40 {Lia,) « Ton haleine. »

(4>) Les Mores lui élevèrent un tombeau superbe , moins par piété que comme trophée de leur victoire. Ce fut de là qu'il fut transféré en Portugal.

(4^ Je n'ai pu marquer avec précision le point du rivage de l'Océan ou de la Méditerranée qui se trouve sur le passage de Fez à Maroc , l'un et l'autre à cent lieues dans les terres.

(44) [LUl) « Et quoique je sois envoyé de prince. »

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