LOUIS PÉREZ
DE GALICE
Je ne sais où Caldëron a pris Fhîstoire de son Louis Përez ; mais il est évident y par la contexture de la fable , qu'elle est historique , du moins sous le rapport de Fexistencedu héros.
Galdéron a , plus souvent que Lope de Véga , cherche un but dans ses pièces ; ne fût-ce que dans celles qui ont pour titre un proverbe , et dans lesquelles il a voulu prouver que ce proverbe était vrai. Mais , ici , entraîné par la nature historique du sujet qu'il traitait , il ne tire aucune sorte de conclusion de son récit , et il est bien difficile de savoir jusques à quel point il approuve ou il condamne les meurtriers et les voleurs de grand- chemin qu'il ofïre à notre admiration. Chacun peut déduire de son drame les conséquences qui lui plairont le plus , par exemple, celle-ci : que le sort des naortels
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est tellement dans les mains de la Providence qu'un homme naturellement vertueux peut se trouver entraîné par les circonstances à commettre des crimes.
U âiut dire aussi que le brigandaige , ou k résistance aux lois à force ouverte , n'est pas considéré en Espagne du même œil qu'ailleurs. Non-seulement le courage n'y perd pas, dans ce métier , le droit qu'il a d'attirer l'admiration , même dans le scélérat condamné au dernier ^up* plice y mais encore l'idée des dangers aflrontes diminue ^ngalièrement celle de la culpabilité des actes répréhensibles. Cervantes lui-même , celui de tous les auteurs espagnols qui a le plus cherché dans ^es ouvrages ^ surtout dans don Quichotte ^ l'utilité morale , ne se fait aucun scrupule de peindre comme un héros y ou à peu près 5 le chef des bandits catalans , RoqueOui- , nard ^ cda tient aux circonstances particulières où s'est trouvée la Péninsule •
Les Castillans ont fait pecuiant près dje huit cents ans la petke guerre contre les Mores. Leurs expéditions . étaient ordinairement des incur^ sions , et ilspréludaiientàleur établisseufieut dans une ville par quelques années de dévastations
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dans les environs ; c'est assurément très-conforme aux principes théoriques de la guerre , et de plus, c'est à cela qu'ils doivent leurs troupeaux nomades ou mérinos ^ le code qui les rëgit , la société de la Mesta , qui , nonobstant quelques abus y n'en est pas moins une belle institution agricole ; mais les soldats , c'est-à-dire la population entière , durent y prendre encore plus qu'ailleurs le goût et les idées du pillage. Talary "o* har , dévaster et voler , sont les expressions consacrées , et sont employées cent fois par le grave Mariana , pour caractériser les expéditions qpie faisaient contre les Mores , les rois , les princes , les grands-maîtres des ordres , les chevaliers et les villes. Aussi ce que d'Aubigné appela la transsubstantiation de soldats en voletirs, fîiteUe plus idsée en Espagne que dans tout autre pays 9 et 9 par une conséquence nécessaire , la profession de bandit recueillit un peu de la ^ire attachée à l'état militaire.
Je sais qu'à la même époque toute l'Europe subissait l'influence du même fléau , et que les guerres privées, que le comte de Boulainvilliers regrettait avec tant de naïveté, ne se conduisaient pas d'une manière différente. Mais dans les
autres pays , sous Fautoritë féodale , la rapine et le brigandage n'étaient pas répandus dans le peuple, qui n'en voyait que Fodieux parce qu'il
en était toujours la victime. Les guerres gênérjles et privées , et tous leurs accessoires , jetaient la propriété exclusive d'une classe privilégiée ; soldat (/?ii7e^) était synonyme de noble, et ce n'était qu'à l'aide de circonstances favorables , qu'un homme du commun pouvait être admis à l'honneur de talar y rohar avec les gentilshommes. Cette classe ayant été successif vement affaiblie par les guerres , contenue ou achetée par les rois, recrutée parles vilains , l'opinion de ceux-ci , que le brigandage était une chose fâcheuse et peu honorable , a fini par prévaloir et par devenir l'opinion publique. En Espagne , au contraire , tout le monde était soldat ; il y avait bien des hommes qui payaient des rentes {pecherosy^ et d'autres qui n'en payaient pas ( hidalgos ) , mais il n'y avait ni serfs , ni maîtres ; il n'y avait que des hommes libres , et ils étaient tous aptes à talar y rohar dani^ l'occasion.
De là est venue cette singulière disposition des Espagnols à former des corps de parti-
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sans (i) : et chaque ibis qu'il s'est trouve une oo casion de pouvoir les former avec quelque i^retë de conscieiice^ sousqudique prëtes;teqjue.ce iut ^ ils n'ont jamais manqué de diefs ui de soldUts | depuis Pelage jusqu'à Ferdinaud-de-^C^tiiolique, et depuis Ferdinand-^e-Gatholique, jusqu'à Ferdinand \Jïk Les factions qui divisaient les gran* des villes y les infractions de leurs privilëges 5 les lois sur les douanes ^ les invasions extérieures y la liberté , la religion , tout a servi de prétexte j le véritable motif est dans les m<]eurs ^ jle carac^ tère y les opinions de la nation*
D'après de telles données ^ Laids Përet est un beau caractère, et Galdéron l'a bien.peint^ il a les vertus des temps héroïques y les vei^tus conci--
(1) Parti , ou corps de partisans , expression trës-française , se dit en espagnol giierrilla. Le même mot signifie aussi un parti oti détacbement envoyé en tirailleurs. CejLix.qui'fpnt partie d'une ^errilla , sont des guerrilleros, La Jangue française était assez riche sans emprunter aucun de ces mots à la castillane ^ puisqu'ils ne signifient point des idé^s nouvelles ; mais il est souverain^ ment ridicule d'en avoir changé le sens , le genre et même le nombre , et de dire un guerrilla , voire un guerriltas , au lien d'un partisan. C'est de même qu'on s'est avisé d'écrire brebis mérinos pour brebis merinaj pour une brebis de la race des troupeaux mérinos , et qu'on crie bra\fo fonv brasse après' un duo de deux cantatrices.
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liables avec le brigandage et le mépris des lois et de la sociëte. Il ne manque pas même d'une certaine probité , de quelque désintéressemeDt dans son état. Ce mélange de sentimens opposés en apparence , est encore une des choses qui tiennent au pays. Dans un compte fourni à un négociant français pour une introduction frauduleuse de marchandises , les contrebandiers espagnols lui portèrent en compte cent soixante réaux de messe qu'ils avaient &it dire pour le succès de l'enti^prîse. Dans Rinconet et Cortadille , nouvelle de Cervantes , un des héros dit à un jeune homme qu'il rencontre : Vous êtes donc voleur ? — Oui , pour servir Dieu et les honnêtes gens. — Peut-on servir Dieu ainsi ? — Seigneur , je ne me mêle point de théologie , mais chacun doit le servir dans l'état auquel il est appelé.
Une bande de voleurs de la Sierra Morena ne prenait à chaque passant que la moitié de son argent. Un paysan tomba dans leurs mains ; il ne portait que sept quartos , le quarto vaut environ trois centimes. N'ayant point d'ochavo à rendre , ( moitié d'un quarto ) le voleur dit au voyageur de garder Fochavo au-delà de la
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moîtië partageable j celui-ci feisant des politesses et l'engageant à le prendre : -— Le ciel m'en préserve , répondit l'autre , Dieu nous Caisse faire bon usage de ce qui nous appartient !
Les autres caractères , moins brillans que celui de Louis y sont en gênerai >bien soutenus, n est surtout remarquable de voir l'habiletë avec laquelle Galdëron a su conserver à son juge assez de force et de dignité, pour ne pas le rendre ridicule et Êiible auprès du hardi coupable quHl poursuit. Le rôle de Pèdre est toujours plaisant , mais indépendamment de ses bouffonneries qui ne sont pas toutes de bon goût , ses continuelles rencontres avec Louis qu^il fuit toujours y sont d'un très-bon comique de situation.
Aucune des intrigues commencées dans cette pièce ne s'y dénoue complètement. L'intention de Galdéron était de faire une. seconde partie. Cependant la fin est une véritable péripétie. Il n'est pas difficile au spectateur de deviner que tous les personnages vont être en sûreté dans les terres que Donne Léonor possède en Portugal.
L'action se passe presque toujours dans les
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éiiVîi:onÈs'cte Sàf^atièrra , "sauf une scène où elle ^ tihaJbspbfi^èèHÎéiàx cehts lietfés de là, a Sati- Iné^ Vfê Èaifamëda.
lii'ÀcJfibh du premier acte est continue. Il y à Ha îtttèrviadlè ïriiléterminé entre la "fin de cehn-lk tet le tîonïiiiéncériienl du second , après quoi il ù'y'èn a d'autre que celui que nécessite le voyage 'de SàMucar à Sàlvàtiefrra.
Le st jrfè ^est , en général , delui qui convient aux personiiagës ; cependant une ou deux fois le ]|[)oète , etftraîné par son talent , a prêté des accens par trop élevés , des pensées par trop fines , à sdïiîiérôs ,'^^il |ièint comtnè Ltusque et parfois nfiëme uh peu'brutàfl.
La vei^feîncation est comme dans les autres pièces de Caldéron, composée de redondilles , et de vers des tnêtrës flè sylve et de romance.
Le ^dialogue entre ^è *jugè etLéotlor est en octaves. Cette 'piè<iè est du petit nombre de celles de Càldéron dii il n'y a point Se moi^ceau de chàiit. Encore itiêhië à-t-il indiqué le lieu où rôti pouvait en intercaler un .
A. La. Beaûmelle.