‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 36 sur 73 · TROISIÈME ALGUAZIL · texte numérisé non relu

TROISIÈME ALGUAZIL

Louis ne pourra pas suivre; il a le bras en mille morceaux^ et tombe en défaillance^ par la perte de son sang.

LE JUGE

Laissez-le reprendre haleine un moment; découvrez-lui la figure.

PÈDRE

C'est lui ! c'est à ce point que le sort me poursuit. Pour le coup il met à bout ma patience. Vous verrez comment cela finira : on- nous mettra les mêmes fers , dans la même prison ; on dresàera pour nous deux une belle potence, où l'on nous pendra à la même corde, pour nous enterrer dans la même fosse.

Qui est là qui se plaint ?

PÈDRE

Ce n'est personne.

LOUIS

Ne crains plus , Pèdre ; tu n'as maintenant rien à redouter. Le temps change : hier était le jour de tuer; aujourd'hui, le jour de mourir. Tous nos projets finissent par s'évanouir en fumée.

LE JUGE

Qui donc vient avec des armes pour nous fermer les passages ?

( Isabelle eutr* avec Jeanne, Léonor et des domectiqitcs de celle-ci arroc's. )

LEOIÏOR.

C'est moi qui viens avec ces dames; moi qui ^ honteuse et afSigée de voir que , trompée par les artifices d'un traître, je poursuivais une injuste vengeance, veux me montrer humaine , et reconnaître mon erreur. Donnez- moi votre prisonnier;^ je lui pardonne comme partie poursuivante.

ISABELLE

Ou sinon , nous saurons vous l'enlever. Donneznous le prisonnier à l'instant.

PÈDRE

Ouais ! comment finira tout ceci ?

Belle Léonor j cessez de vous exposer pour conserver ma vie.

( Don Alonse entre arec Manuel et une troupe de ses vasMux armés. )

DON ALONZE

Écoutez un mot , seigneur juge.

LE JUGE

Autre embarras de ce côté.

DON ALONZE

Je suis don Alonze deTordoya^ et c'est ainsi que mon amitié sait reconnaître des services. Ma démarche vous dit que nous sommes résolus à tout sacrifier ; ainsi vos refus seraient inutiles : remetteznous votre prisonnier.

MANUEL

Tous ceux que vous voyez ici se dévoueront à la mort plutôt que de renoncer à un projet si {^orieux.

trn LOUIS PÉREZ DE GALICE,

LÉONOR

Le prisonnier !

ISABELLE

Le prisonnier !

DON ALONZE

Le prisonnier !

Essayez de l'enlever.

DON ALONZE

Tombons sur eux , point de quartier»

LÉONOIi.

Je suis de votre côté, don Aldnse; inaîs souvenezvous que j'aurai toujours à venger ensuite sur vous la mort de mon frère é

DON ALONZE

Ce n'est pas le moment d'en parler. Je serai toujours prêt à vous offrir toutes les satisfactions pour un malheur que je déplore. •

PÈDRE, «part.

Et tout cela finira par un mariage.

DON ALONZE

Avant d'aller plus loin, seigneur juge, n'y auraitil point quelque accommodement possible ?

LE JUGE

Il n'y a point d'accommodement avec la justice.

DON ALONZE

Eh bien ! courage ! et combattons. Allons , me& amis, frappez! frappez!

JOURNÉE III, SCÈNE VI. 2i3

(lU combattent «tpounuiTcnt les alguasUs; do» Alonie runire avec Lowif Pedro et

autres. )

DOII ÂLOIfZE«

Vous voilà libre, Louis Përesc.

LOUIS

Don Alonze, mon digne ami, je suis plus enchaîne que jamais par la reconnaissance, et jusqu'à ce que j'aie pu m'acquitter d'un tel bieniait, toutç mon existence est à tous.

DON ALONZE

Laissons là les complimeos.

louis.

Qu'allons-nous faire ?

PÈDRB.

Faites-Yous moine, c'est le moyen le plus sûr pour conserver la vie et la liberté. Mais dites-moi donc , n'est-il pas temps que vous me pardonniez. La crainte de votre colère m'a déjà fait assez souffrir de misères et de fatigues. Seigneur don Alonze , je vous supplie de ma part de vouloir bien obtenir ma grâce.

DON ALONZE

Louis Ferez....

LOUIS

Il suffit, mon ami ; je pardonne à cause de vous. Mais allonf rejoindre ma sœur et donne Jeanne qui nous attendent. {Au public.) C'est ainsi que finissent les exploits remarquables de Louis Ferez de Gauge ^'^^

FIN de la TROISIÈME ET DERNIÈRE JOURNEE.

SUR

J 'ai traduit de Galice , parce que je ne pouvais pas dire GaiU lègue , et que Galicien signifie aussi un habitant de cette partie de la Pologne qu'on a nommée Galicie, à cause de je ne sais quelle principauté d'Halicz , que l'Autriche a réclamée par droit de convenance.

CO Jeu de mots sur guarda pies et guarda manos , impossible à traduire.

(^^ (JjitL) « Je ne connais pas de plus grande vengeance que de forcer un malheureux fils d'Eve à vivre au milieu des nains. >»

^^) j^moureux comme un Portugais y est un proverbe espagnol.

C^) Galdéron a répété ici àevtt vers qu'il a employés aussi dans Le Peintre de son déshonneur.

C^) En la mono el desmajrado acero» Desmajrado , évanoui , tombé en faiblesse , est ici appliqué à l'épée, et non pas à l'homme. Je n'ai pas cru en prose pouvoir me permettre une phrase aussi poétique.

CO La fin de la scène précédente suppose qu'il fait froid , et cependant ici nous nous trouvons en été.

C*) Refrain de la romance dje la Nina de Gomez Arias.

Cd) J'aurais dû traduire littéralement la viande , qui est le mot technique; mais j'ai craint que tous nos lecteurs ne sussent

2i6 NOTES

pas que ce mot ëlait autrefois d'étiquette. La viande que voire mdfeslé a commandée est prête» Telle était la formule qui , à la cour , signifiait : le dîner est servi.

^'°^ Le proverbe espagnol est : mieux vaut saut de haie ^ qu'intercession dhofuiétes gens.

00 (Litt.) <c Qui sera chargé de porter le chat à Feau , » expression proverbiale.

C'O Sanlucar de Barrameda , porf de mer en Andalousie , à l'embouchure du Guadalquivir.

(*^) 11 s'agit de l'expéditiou de la flotte invincible contre l'Angleterre. 11 ne plut pas à Dieu cette fois que les bannières espagnoles flottassent sur la tour de Londres. Ce passage fixe la date de Tactipn de cette pièce à l'année 1 588.

04) Le duc de Médina-Céli .

0^) J'ai tâché de rendre a peu près clair ce uiorceau qui n'e$t certes pas du style ordinaire de Louis Pérès de Galice.

C>6) (Litt.) M Que le sang de son frère, aimant liquide, l'a attirée en vengeance de sa mort. »

(*7) J'ai fait en sorte de désenfler un peu les métaphores qui embellissent ces deux couplets. Ainsi j'ai omis la colère qui est la lumière de la foudre f et que le vent agite en tourbillons ; le soleil qui donne un sépulcre qui n'est pas comme le sien un lit de cristal ( la mer ) , mais qui se forme des cendres dun cœur qui est déjà la prison de V oubli, C'est du style culto dans sa pureté.

('8) Barajas , signifie jeu de cartes et querelles. Suivant Pèdre, les femmes peuvent être les cartes , car elles ne sout entre elles que querelles et disputes.

Os) (Litt.) « Donner des ailes à un Icare. »

0°) (Litt.) « Puisque je suis à côté de la Troiç de cet incen-

die , je dois la délivrer étant, ô ciel , arrivé pour la voir embrasée. »

C^O Une romance espagnole commence par ces vers :

Yo , que salgo de presidio T COQ muchisimo hqnor.

Amis , je 80i*8 des galères , Et j^en sors couvert d'honneur-

(33) Non ignora mali , nùseris succurvere disco. C^ Je n'ai ren^u que le sens de ce passage.

(^) A la fin de la scène précédente , le soleil va se coucher. Ici il est dans sa force ; c'est ce qui m'a engagé à établir une séparation de scène que l'original n'indique pas.

(aS) Déterminé , décidé ^ rendent très-faiblement l'énergie de restadp.

(a6) Me desbocara primero Que el potro se deboscar^.

« Je bavarderais avant que le cheval n'eût pris le mors aux dents. >» Équivoque sur le mot desboçar.

(A7) L'original ajoute : « La seconde partie vous apprendra le reste de sa vie. » Cette seconde partie a été faite ; mais quoiqu'elle soit sous le nom de Caldéron j elle n'est pas de lui.

IL NE FAUT PAS

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