‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 47 sur 73 · BÉATRIX, LÉONOR · texte numérisé non relu

BÉATRIX, LÉONOR

BÉATRIX

Isabelle^ fais placer des lumières dans l'autre salle ; tu m y attendras , tandis que pour me délasser du travail, je me divertirai un moment à la grille de cette croisée.

LÉONOB.

Je vous ohéirai.Ç Haut. ) Il est fâcheux de servir,

JOURNÉE II, SCÈNE IV. agS

et plus fâcheux encore de servir lorsqu'on n'a point la confiance. Beatrix et Inès se cachent de moi. Celle-ci vient de sortir, l'autre l'attend sans doute. Je yeux leur laisser le champ libre ; je sais comment finissent toutes ces cachoteries. Je me rappelle que chez moi je prenais les mêmes précautions; j'avais confiance dans quelques-unes de mes femmes, j'avais soin d'écarter les autres. Ne me tourmente plus, perfide mémoire; à présent, Léonor, tu sers. Ecoute, regarde et tais-toi.

(£ll«sort.) (Inès entre. )

INÈS

Vous ne| direz pas que je me sois retardée.

BÉATRIX

Je t'attends dans ce salon , pour savoir ce que t'a dit don Diègue. Qu'y a-t-il eu ?

INÈS

J'ai joué mon rôle à merveille. Il vient sur mes pas sans se douter que vous le demandiez. C'est à vous à jouer le vôtre, en vous montrant très en colère, et surtout contre moi.

BEATRIX, très-haut.

Inès , regarde qui entre dans la maison,

INÈS

Âh ! mademoiselle , c'est un homme.

BEATRIX

Qui ose ainsi...

( Doo Diègne «itre. )

DON DIÈGUE

Un infortuné qui ^ prosterné à vos pieds y vous offre mille fois sa vie.

BÉATRIX

Qu'est ceci y Inès?

INÈS

Oh ! j'avais bien fermé la porte.

BÉATRIX

Tu ments ; c'est une de tes fourberies , tu ne resteras pas une heure chez moi.

DON DIÈGUE

Pourquoi gronder Inès^ charmante Béatrix^ si c'est moi qui suis la cause de vos ennuis 7 Épuisez sur moi les traits de votre colère , je serai trop heureux que vous daigniez vous venger.

Vous pouviez , seigneur don Diègue , vous épargner toutes ces folies, en songeant que ce que vous avez osé espérer, est devenu pour jamais impossible,

DON DIÈGUE

Je n'ai jamais cru que mon mérite pût obtenir un tel bonheur.

BÉATRIX

Et vous devez le présumer aujourd'hui moins que jamais.

DON DIÈGUE

Ne puis-je savoir....

BÉATRIX

Ce n'est point par deâ outrages qu'on mérite de l'amoar.

DON DIë6U£.

Je veux dissiper ces soupçons.

BÉÂTRIX.

Gela vous sera difficile.

DON DIÈGUE

Moins peut-être que vous ne le pensez.

BÉATRIX

Don Diègue y l'heure est hasardeuse , cette porte est ouverte ; un malheur peut arriver. Allez-vousen^ ne me perdez pas.

DON DIEGUE

Le sort m'offre cette chance y je ne la dédaignerai pas. Je sortirai, mais lorsque vous m'aurez entendu.

BÉATRIX

Puisqu'il faut que j'achète à ce prix son départ, Inès, veille à cette porte. Je vous écoute.

DON DIÈGUE

Je partis de Valence, belle Béatrix....

INÈS, rcutraut effrayée.

M^heureuse !

BÉATRIX

Qu'y a-t-il ?

INÈS

Mon maître vient.

BÉATRIX

Que je suis à plaindre !

INÈS, ÀdonDîègac.

Allons , qu'attendez-vous ? que l'asile d'hier nous sauve encore aujourd'hui.

DON DIÈGOE.

Mon amour est toujours infortuné !

RÉâTKIX.

Mon e'toile ne cesse de me poursuivre.

INICS.

Qu'avez-vous à vous troubler ainsi? Ne craignez rien. Mon maître n'a aucun soupçon ; il est entré dans son cabinet au lieu de venir dans ce salon.

BÉATRIX

Ah ! Inès y quelle peine !

(Don Juan et don Carlos, celui-ci enveloppe de son manteau, paraissent aa fond du

tbe'&tre. )

DON JUAN

Je rentrais, Carlos, comme je te le disais^ lorsque j'ai vu un homme pénétrer dans la maison; attends-moi dans la rue , et que personne ne sorte ni par la porte ni par les fenêtres.

DON CARLOS

Tu peux être tranquille, j'y veillerai.

(Usort. ) DON JUAN.

Béatrix !

BÉATRIX

Mon frère !

DON JUAN

Que faisais-tu?

BÉATRIX

J'étais ici avec Inè)s.

DON JUAN

C'est fort bien.

BÉATRIX

Où vas-tu?

DON JUAN

Chez moi, ne puis-je aller où il me plaît?

BÉATRIX

Sans doute j mais je m'ëtonnç...

DON JUAN

Écarte-toi.

BEATRIX

• . . Du ton avec lequel tu me parles.

DON JUAN

Ote-toi de là.

( Il entre dans une chambre , en ressort «t ferme la porte. )

BÉATRIX

Etrange douleur !

DON DIÈ6UE, à la porte.

Il vient par-ici , mais cette chambre a une autre issue. Voyons si je trouverai un asile plus sûr.

DON JU A N « mettant Fépëe i la main.

Il faut que d'une fois je sorte de toutes ces peines.

(11 passe dans la chambre où ëtait don Diègue.) BÉATRIX.

11 a mis l'ëpée à la main pour entrer dans cette chambre : que vais-je devenir ?

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