LE050K
Âh! malheiireiiâe que je sois !
En passant d^ane chambre à Fautre il a été jii^ ipik celle on était Isabelle , et elle , eflOrajée, vient se réfugier ici. Retirons-nons dans ce coin.
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LÉ050ft.
Homme y ou qui que tu sois, omlune, illusion^ iantôme, que me Teux-tu? iVélait-ce pas assez de me bannir de ma maison , sans nie poursuivre dans celle des autres ?
DON DIÈGUE
Femme , ou plutôt ombre , illusion , fantôme qui me poursuis^ mes malheurs ne te sufEsent-ils pas^ et faut-il que tu me tues une seconde fois? Mais, non... aujourd'hui....
DON JUAN accourant.
Quand tu te cacherais au centre de la terre , tu n'éviteras pas... Don Diègue !
DON DIÈGUE
Don Juan , retenez votre ëpée ; j^ai manqué sans doute de respect à votre maison, mais je ne fais point tort à votre honneur; et si je puis satisfaire à Tos plaintes sans recourir aux armes , ce moyen sera meilleur. La plus honorable de toutes les vengeances est de n'avoir pas à se venger.
DON JUAN, A part.
C'est don Diègue Centeillas ; je le trouve avec Léonor, je ne pouvais être mieux détrompé de mes soupçons. Félicite-toi , mon âme ! quelque grand que soit ce malheur, il est du moins plus tolérable.
BÉATRIX, à Inès.
En le voyant il est resté immobile. Écoutons ce qu'ils disent.
DON DIÈGUE
Don Juan , j'ai été à Madrid amoureux de cette dame , de Léonor, et il m'arriva même dans sa maison une aventure fâcheuse. Je suis revenu à Valence, et sachant qu'elle était chez vous...
3oo IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE ,
LÉONOR
Malheureuse !
DON DIÈGUE
J'ai ose' ce soir entrer pour lui parler.
BÉATRIX^ à Inès.
Quelle excuse ingénieuse , si Isabelle sait répondre d'accord avec lui ! Fais-lui signe de ne pas le démentir.
LÉONOR
Tout ce que vous venez d'entendre est vrai, don Juan. C'est à cause de don Diègue que je me trouve exilée de ma patrie , abhorre'e par mon père , méprisée par mon époux, et sous cet humble vêtement, obligée de servir votre sœur.
INÈS
Elle a compris mes signes.
EÎle joue son rôle avec tant de vérité , que je suis près de m'y tromper moi-même.
LÉONOR
Mais qu'il dise lui-même si , soit ici , soit à Madrid, je lui donnai jamais...
DON JUAN
Taisez-vous, Léonor, taisez-vous.
LÉONOR
Aucune occasion...
DON JUAN
Ne cherchez pas à vous^ disculper. malheureuse femme !
JOURNÉE II, SCÈNE TV. 3oi
INÈS
Vous lui devez bien de la reconnaissaiwîe ^ mademoiselle , puisqu'elle s'accuse pour vous.
BÉATRIX
Il ne nous manque plus rien y sinon que mon frère donne aussi dans le panneau.
DON JUAN, à lui-même.
Que faire? Je suis satisfait , mais Carlos ne l'est pas.
"^ ( Don Carlos psnrait au foml du Ihëâtre. )
DON CAKLOS, à lui-même.
J'ai entendu du bruit, et je viens pour aider.... Mais ils ont arrête leurs armes. J'attendrai ici pour écouter ce qu'ils disent. Peut-être vaudra-t-il mieux pour l'honneur de don Juan que cette malheureuse affaire s'arrange.
DON DIÈGUE
Voilà l'offense dont je me suis rendu coupable , elle ne touche point à votre honneur ; mais c'est à vous à voir s'il vous convient de la remettre ou de la venger.
DON JUAN
Don Diègue , VOS excuses conviennent avec diverses choses que j'ai apprises de Léoiior.
DON CARLOS
Sort cruel ! il parle de Le'onor et de don Diègue.
DON JUAN
Mais j'ai une question à vous faire. Est-ce la première nuit que vous êtes entre pour lui parler ^'^?
3oa IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE,
DON DIÈGUE, à part.
Quel que soit son but ^ je dois toujours sauver Béatrix. {Haut.) La nuit dernière j'entrai aussi ^ et je sortis par le balcon de cette chambre. J'avoue ma faute ; qu'importait cette circonstance ?
DON JUAN
Plus que vous ne le pensez.
C'était donc moi qui devais souffrir de ce qui excitait les soupçons de don Juan ?
BÉATRIX, ilnès.
A présent qu'il est persuadé, à mon tour. (^Haut à don Juan. ) Et voilà donc , mon frère , comment tu te méfiais de moi ! Voilà donc le beau présent que ta dame m'a adressé! {Bas à Léonor. ) Pardonne, ma chère amie , et continue.
LÉONOR, à Béatrix.
Que voulez-vous? Je ne vous comprends pas.
DON JUAN
Il n'est pas question de cela, Béatrix ; car, quoique don Diègue me satisfasse à quelques égards , il suffît que Léonor soit chez moi par la volonté de la personne qui l'y a envoyée , pour que je sois tenu aux obligations que m'impose le sang d'où je suis sorti. Ainsi, quoi que ce soit pour elle et non pour toi qu'il soit venu, je n'en dois pas moins châtier son audace. Défendez-vous.
JOURNÉE II, SCÈNE IV. 3o3
DON CARLOS s*avaocant Tépëe à la main.
C'est moi qui ai droit de me plaindre , c'est à moi seul à me venger.
LÉONOR
Que Yoî^-je , Carlos? Il ne me manquait plus que ce malheur.
DON DIÈGUE
Et qui êtes-vous , vous qui venez à présent prendre cette querelle ?
Vous devriez me reconnaître , vous avez assez de raisons pour cela ; je suis le cavalier qui vous laissa pour mort à Madrid , et qui vient à présent achever ce qu'il avait commencé.
LÉONOR
Hélas !
DON DIÈGUE
Je pense, au contraire, que vous venez pour que je prenne une juste vengeance.
DON JUAN
Carlos , je suis à vos côtés.
DON DIEGUE
L'avantage du nombre ne m'épouvante pas.
( Ils se battent. Ginès entre avec du inonde. )
GINÈS
Entrons, il y a des coups d'épée.
TOUS
Qu est ceci ?
3o4 IL NE FAUT PAS TOUJOURS CAVER AU PIRE ,
BÉATRIX, à Inès.
Éteins la lumière, Inès, pour voir si nous pouvons par ce moyen éviter de plus grands malheurs.
( Inès éteint la lumière* )
Point de coups dans l'obscurité .
DON JUAN
Voyez tous , vous êtes chez moi.
GINÈS
Allumez un flambeau, si vous voulez qu'on le voie.
LÉONOR
Quel malheur !
DON DIÈGUE,ipart.
J'ai rencontré la porte. Ce n'est point fuir le danger, mais c'est renvoyer ma veif^eance à une meilleure occasion.
( Il sort.) BÉATRIX.
Je vais dans mon appartement pleine de trouble • et de crainte.
( Elle sort. ) INÈS.
Nous avons si bien arrangé les choses , qu'à force de bien aller, elles vont horriblement mal.
(Elle sort.) GINÈS.
Seigneur, où êtes-vous donc ? Le chirurgien vous attend.
DON CARLOS
Meurs, traître.
JOURNÉE II, SCÈNE IV. ào5
GIISÈS.
Je suis mort, ( A pari. ) Il suffit que vous me l'ordonniez ; mais au diable qui attendrait que vous me le dissiez plus sérieusement.
(Il ton.) UN HOMME DE LA FOULE.
Il y a un homme mort ; de peur que la j ustice ne nous trouve ici, éloignons-nous.
(Us sortent.) DON JUAN.
Holà! quelqu'un! portez de la lumière, •• Je vais moi-même en chercher.
(H sort.) LÉONOR.
Confuse et troublée , accablée sous le poids de mes malheurs, je ne puis m'éloigner d'ici.
DON CARLOS
Je resterai au poste. En vain je les entends sortir^ je dois demeurer où j'ai tirai l'épéCé
DON JUAN, portant de la lumière.
Nous y verrons.
LÉONOR
Dieux! Carlos, arrête.
DON JUAN
Vous êtes seuls tous les deux?
De quoi t'étonnes-tu ? pouvais-^je fuir devant moii ennemi? l'autre est parti, je suis demeuré. avec le plus acharné ; mais cet ennemi-là , pour le vainci^e , il faut l'éviter.
( n vent s^en allâr, doa Juan le retient. ) TOM. II. Caldérottn 20
DON JUAN
Arrête.
DON CARLOS
Laisse-moi aller , que je puisse du moins y si je fuis celui-ci , atteindre l'autre.
DON JUAN
Ils sont hors d'atteinte.
LÉONOR
Que ne puis-je déchirer mon sein pour que mon cœur se vît à découvert !
DON GARLOS.
Ce cœur est traître, c'est le tien.
LÉONOR
C'est mon cœur, il est loyal*
DON CARLOS
Ce que je viens de voir le prouve bien. Lors même que vous auriez oublié ce que vous me deviez , il fallait vous souvenir au moins que vous étiez chez don Juan.
LÉONOR
Et quelle faute trouves-tu en moi pour les folies de cet insensé ?
DON CARLOS
Aucune : épargnons de vaines paroles. Mon ami? mon cousin , puisque le motif qui t'avait engagé à me faire différer mon voyage n'existe plus , que l'événement a été aussi heureux pour toi que fâcheux pour moi, adieu. Adieu, je sors déshonoré de Valence ; mais il faut que j'en sorte cette nuit. Que
mon ennemi dise que je l'ai fui ^ je n'ai plus de souci d'honneur ni de renommée. Cette femme ^ que j'ai aimëe autrefois^ je te la recommande^ non plus pour que tu la gardes chez toi , mais pour qu'elle puisse aller chez don Diègue , pour que ce rival heureux et cette belle satisfaits... Mais, non... je ne dis rien. Adieu, don Juan.
LÉONOR
ciel ! attends , Carlos.
DON GàRLOS.
Tu oses encore parler ?
■ LÉONOR
Si j'ai su...
Ne continue pas.
LÉONOR
Que don Diègue...
DON CARLOS
Ne me dites rien .
LÉONOR
Et moi, je veux te dire... Mais ma voix s'arrête , ma vue s'éteint... le cœur me manque... Jésus, mîlle fois Jésus ! . . .
( Elle se troave mal. ) DON JUAN.
Elle est tombée évanouie entre mes bras.
DON GARLOS.
Soutiens-la, mon cher ami. Ah! Léonor, tu me tues et je t'adore, et tes malheurs m'affligent encore plus que ta trahison ne m'irrite.
3o8 IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE,
DON JUAN
On n'enleud plus que des sanglots et des gémissemens. Promettez-moi de m'attendre, je vais la conduire à l'appartement de ma sœur.
DON CARLOS
Oui , allez , don Juan ; que Be'atrix lui prodigue tous ses soins. Mais non^ laissez-la mourir, puisque c'est pour un autre amour qu'elle reviendrait à la vie.
Attendez-moi ; nous verrons ce que nous avons à faire.
( II emporte Léonor. ) DON CARLOS, seul.
Malheur sur un dévouement aussi bas, une passion si esclave , un amour si avili que le mien ! Plus on m'offense , plus j'aime ; plus on m'outrage , plus je suisëpris; plus on me trahit, plus j'ai de confiance. Mais de quoi m'étonné-je? Celui qui ne chérit pas les deTauts de celle qu'il aime, ne peut dire qu'il soit vraiment amoureux.
FIN DE LA DEUXIEME JOURNEE
JOURNÉE TROISIÈME