DON ALONZE, EUGÉNIE, DON TORRIBIO
Qu'as-tu fait , perfide? qu'as-tu fait?
i5b GARDEZ-TOCS DE VEàU QITI DOKT,
Xai Toala oontnuricr les anMiais de ma sœur , et je n^'ai pu réâster a« mien. 1km Faix , tous qui, arec tant de gênârositê* a^cK tovt risqac pour la tirer du péril, tous êtes caTaficr, toss ne m'y labsera pfts eiposée mo i mêm e,
D05 F ÉUl.
Je donnerai mille fiDÎs ma TÎe pomr toss. En ¥M8 aimant • je ne $nb pl«> le rirai de mes amis, et je pnW^ aToner mes finx.
Mdi jakMDHe «était suss fomi ement: toos me Toja i Tœcèti»^
QiMUe anJkKe :
QoBe a"ai^ ici ane Unce. des traâ$qnej''ai laissées
jkc nie&ier cftec m^ !
F^ersiMLsie vse femt ÂdRanir^t ma aile ^^'tl se d»t s«N& ^vrx.
^ «. kX. j^
•^n.- xxri*.: ^'TTt c« U Tihiî> r^sir» :îi fât li |«e-
itt-r; "^raLief o: txntif ?
JOURNÉE III, SCÈNE III. i5i
DON TORRIBIO
Tout le monde. L'eau tranquille est celle dont il faut le plus se défier, et qui cache les plus grands dangers. Aussi le proverbe dit-il : Gardez-vocs de
L EAU QUI DORT
EUGÉNIE
Moi, mon père , je vous le demande à vos pieds, établissez-moi à votre choix; je vous obéirai. Si vous l'exigez , et vous verrez par-là que si ma conduite a été légère , elle a du moins été sans reproches , si vous l'exigez, je suivrai mon cousin à la Montagne.
DON TORRIBIO
A la Montagne! pour cela, non. Je ne veux porter chez moi , ni Je-ne-sais-quoi , ni garde-enfant. Je m'en retournerai garçon dans mon pays , avec mon paquet sous le bras, et ma généalogie pendue à mon cou.
DON ALONZE
Aussi-bien n'aurais-je pas donné une fille qui mérite aussi bien tout mon attachement , à un niais , à un sot comme vous. Elle sera à celui à qui sa mère l'avait destinée en mon absence , à don Juan de Mendoce , lorsqu'il pourra revenir dans sa patrie.
DON JUAN
C'est don Juan de Mendoce lui-même qui , à vos pieds , vous rend grâces de cette faveur.
DON ALONZE
Allons, allons ; il y a eu plus de bruit que de mal.
iS2 GARDE2t.V0US DE VEXU QUI DORT , etc.
DON PÈDRE, au public.
Mon amour n'a plus d'espérance ^ mais je conserve celle que vous excuserez nos fautes.
DON TORRIBIO, aapoblio.
Et c'est ainsi que nous terminons le précepte el l'exemple de Gabdez^vous db l'eau qui dort.
FIN DB LA TROISliMB BT DERJCflÈRB JOURNEE.
NOTES
SUR
GARDEZ-VOUS
DE L'EAU QUI DORT
CO J'ECRIS Otagnhs et non pas Otanèsy et encore moins Otannèsj comme j'ai écrit Nugne d^spres Corneille, comme j'écris Migno et Ocagna.
^*^ ( Littéralement, ) « Ce n'est pas en vain que le cœur est an milieu de la poitrine , pour montrer qu'il peut commun iq^er ses affections dans deux bras. »
(^ ( Lîtt, ) « Pour loger deux soleils , ce doit être un ciel.
(^^ Partie de la Vieille-Castille , entre les Asturies et la Biscaye. On l'appelle aussi les montagnes de Saint-Ander.
C^) Solar I siège d'un majorât , ancienne propriété qui a donné son nom à une famille.
^^ Indiano f lEsfùgaol qui a été aux Indes. C'est ce que les Anglais appellent iVaAad .* les Indiens, naturels du pays se nomment Jndîos.
C7) Voyez les trois xécits à la fin des noteà.
C8) Proverbe espagnol. Caldéron en a fait le titre d'une de ses comédies.
i54 NOTES
^^ Ce quartier est encore assez pea habité.
0») Les rues de Madrid ne furent payées que sons Charles III.
("^ Nonfagadesj {ne faites pas) en espagnol du treîsièiiie siècle.
(**) Les archives du royaume se consenraient dans le 4?Mt4sm de Simancas. Le nom de cette ville vient , dit-on , de oe qa*aa temps oii Maurégat payait un tribut de cent filles au roi maun de Tolède ^ sept vierges , formant le contingent de Simancas , le coupèrent la main droite pour éviter le déshonneur. De side mancas , sept manchottes , on fit Simancas. •
^^ Rue au centre de Madrid , ou jadis étaient réonis presqne tous les marchands d'étoffes , de modes , de bijouterie. Atodba est à une extrémité du Prado , et le palais an delà du point oh finit la calle mayor.
04) Les appartemens des étrangers étaient ordinairement an rez-de-chaussée , et avaient une entrée sous le porche , entre la porte de la rue et celle de l'intérieur y de sorte qu*ik n'avaient point de communication avec le logement de la fiimille. Tolède conserve encore des traces de cette distribution orientale.
0^ Un des cadeaux qu'il était d'usage défaire aux étrangers, ses hôtes , ( xenia des anciens ) , était du linge neuf.
(*^ Au-dessous (Telle ^ sa servante. Pai mieux aimé traduire littéralement.
(^7) Équivoque sur assiento , qui signifie la manière d'être à cheval j et la partie du corps sur laquelle on s'assied.
O^^ Il paraît qu'alors il y avait jusque dans l'intérienr de rEspagnc une police sanitaire.
09) Voyez à la fin des notes le second récit. C*«> ( Liu. ) « Leurs jambes transparentes. »
SDR GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT. i55
(**) {LitL ) Don Torbibio. Je ne veux point être un meuble si sale. ( Setvidor signifie serviteur et vase de nuit ). Don Alonze. Cest une expression courtoise.
Don Torribio. Elle sent plutôt la cour maladei
( Cortesana signifie courtoise , de la cour ; Corte sana veut dire , cour saine : c'est à cela que Torribio oppose cour malade^ en suivant l'analogie du sens qu'il a donné à servidor* )
(*0 (Litt.) « Le mot d'ordre et le ralliement. »•
^*^ Désadorer n'est pas plus français que desadorar n'est espagnol. J'ai imité le néologisme ^e Galdéron , comme plus haut j'ai fabriqué duégnage pour rendre le verbe duehar , créé par mon auteur.
C*4) FîUs. Je l'ai traduit d'autant plus exactement par : Jene^ais^quoi y que je ne saurais comment le traduire sans périphrase. C'est cette grâce , cet agrément , ce charme indéfinissable qui entraîne le cœur sans pouvoir être évalué par les sens. C'est , en amour ; ce que dans les arts mécaniques on appelle \eJion.
C»5) Cétait le nom de l'épée du Cid.
Mas {fèces tuve à mi lado A Tisona que à Ximena.
Elle fut forgée ère io4o, an de J.-C. 1002 ,. c'est-à-dire, long-temps avant la naissance de Rodrigue Diaz de Yivar. Elle avait vingt-sept pouces de long , et trois doigts de large à la poignée. C'était une anchi-corta, courte et large, comme celle de Torribio. La Tisonne faisait, en i6i5, partie du majorât des marquis de Falces.
C^^ Cette phrase conviendrait davantage à la position et au caractère de don Juan.
C*7) J'ai cru. inutile de répéter au commencement de ce couplet les quatre vers qui le terminent , et qui finissent aussi le précédent.
i56 90TES
(**) Jea de moU sur drfettder an çmartOj défendre Feutrée d'on appartement et mardiaiidcr pour vb son. Les calembours ne sont pas de bon gioût ; mais fl est de bon goAt dn mobit de les aroir mis dans la boocbe d'un sol.
C^ {Lût.) m En sortant dans la me. » Caldcroa a oublié tpe ses personnages y étaient dqâ. Les ^adcfcs étant pfcs des mnrs , j'ai cm ponroir faire ce cbangement.
CO Quoique la liaison de bon voisinage entre don FéKz et don Alonze soit à peine commencée , celni-ci était oUigé à seconder le premier dans ses querelles.
C'O Le cbangement de décoration n'est indiqué nulle part par la sortie complète des acteurs; )*ai cm dermr le placer ici , et , malgré mes efforts pour expliquer les positions , fl ne sera pas encore aisé de concOier la Traîsemblance arec les rigles de Fa perspectiTe tbéâtrale.
(^^ Garde-enfant y sorte de rei tug adin {Diei. de Fnretiav.} Vertngadin, corrompu de vertu^-gardicn^ était une sorte dv panier, et un panier était une chose destinée àparer,on plnt^ii déformer les femmes. Pai repris le mot ancien, qui est aussi bon que le plus moderne pour désigner une chose heureusement oubliée , et qui rend exactement l'espagnol ffmardùifanie^
C33) (Un.) « A un traître deux déloyaux » profeihe espagad.
C34) Voyez la fin du récit après les noies.
(^> ( Lia. ) « Entonnant différens modes de danse et dechaat. • En Espagne , la danse est inséparable du chant , et les parole^ de la musique. Il n'est point d'air sur lequel on n'ait £ût une figure , ni de suite de pas qui n'ait un air et des paroles qui loi appartiennent.
C3Q Pour que tout cela se passe devant Eugénie, il faut qu'elle soit sinon endormie , du moins bien occupée de ses réflexions.
SUR GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT. iSy
C37) J'ai donné de la scène ,jft de la position des personnages l'explication qui m'a paru la plus raisonnable. Mais je ne serais pas étonné qu'on accusât Caldéron d'avoir violé la loi sur l'unité de lieu. Je ne parle pas des ordonnances d'Aristote, mais de celles de la nature , qui défendent de supposer que la même décoration représente deux endroits à la fois , et qui sont fondées sur cet article de la loi naturelle qui statue qu'un corps ne peut exister simultanément dans deux lieux différens.
Notes 7, 19 et 34-
Relation du voyage de la reine Marie^Anne d'Autriche^ épouse de Philippe IF",, roi d* Espagne , et de son entrée à Madrid^ insérée par fragmens dans la pièce précédente-
C7) Première ptrtie dans la bouche de don Juan , pag. Sg,
L'Allemagne devait à l'Espagne un trésor inappréciable depuis le jour si heureux pour elle oii notre infante Marie , généreuse dans sa fierté , échangea l'altesse de Castille pour la majesté de Hongrie. L'Autriche avouait cette dette dont elle avait l'obligation à son bonheur (à) , sans oser espérer que sa cour , si glorieuse , p&t s'acquitter par une princesse douée d'un niérite égal , jusqu'à l'époque ou le ciel favorable illustra sa noble maison d'une beauté qui , si elle ne surpassait pas celle que nous lui avions donnée , pouvait tout au moins l'égaler. Elle nous a rendu dans Marie-Anne le portrait de sa mère , ou plutôt sa mère elle-même. C'est dans l'éclat de son printemps qu'elle reçut cette merveille , c'est dans l'éclat de son printemps qu'une merveille nous est rendue. A peine pendant quatorze printemps a^t-^lle vu les pleurs de l'aurore embellir les fleurs. Le sang impérial d'Autriche coule dans ses nobles veines. Si nous avons remis à Vienne la prudence , l'esprit , la vertu , Vienne nous les remet aujourd'hui.
Après le traité de mariage du roi , que le ciel conserve mille
{a) Allusion à ce vers : Tuf dix Austria , nuke.
i58 NOTES
siècles ! les noces furent retardées plus long-temps que ne l'eût désiré r£spagne ; mais le bonheur perdrait un de ses caractères, si le bonheur ne venait lentement. On attendait que l'âge aimable de l'enÊince touchât à celui de la jeunesse. Heureux d^ £iut que ^enfance , qui , soit qu'on le désire ou non , se corrige chaque jour !
Enfin elle arriva l'époque fortunée ou l'aigle générense prit son essor. De Taire impériale qui avait servi d'asile k son enfiuïoe) elle prit son vol pour que le quatrième astre (a) pût jnger de sa noble origine , en voyant ses r^ards fixés sur luL Cependant les pleurs et la joie se combattaient dans le cœur de la jeune héroïne. Dans les noces des princesses , le chagrin et le plaisir se <30iifoii* dent, se succèdent, jusqu'à ce qu'enfin la douleur se revête à lenr mariage des attributs de la félicité.
Ferdinand , roi de Hongrie et de Bohème , jeune héros qui attend le moment ou une élection héréditair^ceindra sob irofit auguste de la couronne des Romains , Ferdinand épousa sa sœur au nom de notre roi , et remplit avec tant de galanterie les oUigations d'un époux , qu'il l'acccMnpagna jusques à Trente y avec la pompe la plus brillante , le faste le plus royal que le soleil ait éclairé de ses regards. Les Espagnols, les Allemands , kg Italiens, excités par sa présence à une glorieuse émulation, disputaient de richesse et d'éi^ance. L'or et l'argent brillaient partout ; on eût dit que les Indes avaient versé tout à la fois les trésors entassés dans le sein de leurs montagnes; et, afin que, soit sur la terre , soit sur les ondes , la reine trouvât toujours qui la servit au nom de son époux , la charge de la mer fut donnée à un seigneur de cette famille de Doria , si illustre » si généreuse , si attachée au trône espagnol; et ce prince y trouva une occasion de montrer de nouveau , par des services récens | la reconnaissance héréditaire de sa célèbre maison.
La reine fut arrêtée plusieurs jours à Milan , parce que la mer resta pendant quelque temps fâcheuse et contraire au passage. Mais qui peut se fier à son inconstance ? qui pourrait attribuer à
(a) Philippe IV. Le soleil est la ({uatrièmc plunète , dans le système dcâ anciens astrouomcs.
la faute ce qui n*est que le malheur ? Enfin les vents , les ondes s'étant calmés , ou plutôt ayant obéi à Tascendant de la nouvelle déesse , le jour de l'embarquement arriva. A peine Thétis la vit sur ses bords, que, convoquant le chœur entier des Néréides y elle leur ordonna de courir la campagne azurée , et de ne laisser aux flots que cette paisible inquiétude qui suffit pour embellir ses ondes sans les rendre dangereuses.
La reine entra dans la réale (a) , dont la poupe dorée semblait étinceler de feux au milieu de l'eau qu'elle sillonnait. La chiourme , toute habillée d'étoffes de soie et d'argent (b) avec des camisoles blanches , étalait son luxe qui est la propreté. Les tendelets , les manœuvres , les voiles brillaient de mille couleurs , irariées encore par les fleurs qui couvraient les gaillards et les flammes que le vent faisait ondoyer au haut des mâts. L'air qui les agitait , l'eau dont les gouttes s'élevaient jusqu'à eux , se vengeaient ainsi de ce que les foudres de l'artillerie leur cachaient, sous de noirs nuages de fumée , la plus pure , la plus belle , la plus noble Vénus qui ait jamais montré ses attraits divins sur récnme des mers.
Enfin , au bruit des canons et de la musique , on donna sur la réale le signal du départ. Il fut obéi aussitôt qu'entendu ; et aux cris de joie de la chiourme , le bâtiment commença à voguer, nous paraissant un printemps qui s'éloignait de nous. Quarante galères suivirent celle de la reine, et après elle embellissaient (c) les ondes plutôt qu'elles ne les rompaient. La flotte traversa le golfe quoiqu'elle ne touchât point aux Baléares : ce n'était point que l'inimité de la Frûice nous obligeât à fuir ses côtes. Malgré la guerre entre les deux nations , la reine aurait pu débarquer dans ses ports. Entre ces deux puissantes couronnes , le cliquetis des armes ne fait pas taire la courtoisie ; aussi non-seulement la France avait donné un sauf-conduit général , mais encore tous les préparatifs étaient faits dans ses ports pour recevoir dignement notre reine. Cest une noble manière de combattre ,
(a) Galère royale.
(b) Je suppose que c'est ce que veut dire, ici naear.
(c) « Frisaient et crêpaient. »
i6o NOTES
que de chercher à vaiacre par la générosité jlns qae par la tail^ lance. Mais je ne puis m'arréter k tocs décrire les ffites qae les Français avaient disposées. La flotte traversa le golle. La fertune, sachantque par ce seul service elle s'acquittait de tontes les peines qu'elle a causées à l'Espagne , la fortune lui donna toajours un vent et une mer favorables. Enfin la cité mouvante, tantôt suivant l'impulsion du vent , tantôt obéissant k la rame , entra dans les mers d'Espagne , et commença k voir ses superbes rivages qui , dans leur empressement , auraient désiré que la mer les reçût dans son sein pour feire briller aux yeux de leur souveraine leurs champs d'éméraude , au milieu de l'acnr des ondes. Déjà la mer salue la terre , déjà la terre s'abaisse sous le trésor que lui porte la mer. Dénia est la première ville ou les pas royaux se soient imprimés. Heureuse , heureuse mille fois Dénia , qui a vu sur ses rivages la perle la plus riche sortir du vaisseau qui la cachait ! Vous dire à présent la majesté des entrevneSi la pompe de la cour, les parures, le faste , et surtout Famour da nouveaux sujets de la reine, peindre l'allégresse de tous ses royaumes , serait une tâche impossible à remplir. Il me suffit d'ajouter avec la voix publique : Puisse ce double noeud qui réunit et resserre les liens du sang par ceux de l'hymen, garantir dans une famille nombreuse et inmiortelle le bonheur de l'Espagne!
^ ('9^ Seconde partie- dans la bouche de don Félix ^ p^^ 79.
Madrid , toujours constant dans sa loyauté et son amour , apprit avec une joie universelle la nouvelle du mariage de son roi ; mais lorsqu'il sut que la divine Marianne avait été l'objet dé son choix , le contentement de tous chercha à se montrer dans des fêtes oii chacun put reconnaître, dans l'allégresse générale, les sentimens dont il était animé. Le bonheur, comme vous nous l'avez dit , marche lentement , le plaisir ne va pas vite. Madrid sut cependant le jour 011 le roi était marié , suivant les pouvoirs qu'il avait transmis à Ferdinand ; à Ferdinand , roi de Hongrie et de Bohême, et qui bientôt verra un choix héréditaire ceindre son front de la couronne sacrée des Romains. Pour mieui représenter notre prince , il déploya les attentions les plus délicates , et , quittant sa capitale , accompagna sa sœur. Il est su->
SUR GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT. i6i
perfla de parler du voyage dont vous avee déjà $i bien décrit la pompe et la grandeur , et revenons k Madrid. Toujours atten-* tive à servir ses rois , qualité dont elle s'enorgaeillit plus que 4'aucune autre, la ville, en attendant le spectacle des combats d'usage dans ces fêtes , invita la noblesse la plus illustre à une mascarade , joignant ainsi , soit à dessein , soit par hasard , les usages Qiodernes aux cérémonies antiques de l'hymen. Jadis ,v en effet , dans des noces bien moins augustes , des troupes couraient avec dès flambeaux allumés , invoquant le dieu de l'hyménée , lui offraient en sacrifice leurs torches enflammées , et (^hantaient des épithalames pour qu'il daignât voir d'un œil favorable l'union de ceux qu'il enlaçait. Madrid, adoptant de ces fêtes antiques ce qu'elles avaient de joyeux , mais purifiant les sentimens de reli^on qui les animaient, alla rendre au Tout-Puissant des grâces unanimes de son bonheur , et fit par ses chants de reconnaissance , que répétait l'Espagne entière , le plus flatteur des épithalames
Jamais on ne vit une troupe plus brillante que la mascarade^ lorsqu'au son des trompettes et dés clairons elle commença k marcher conduite par l'Espagne et par l'Allenaagne, qui, unies par la politique, montrident bien quelle était leur vertu, l'une en nous doniiant un tel gage de son amitié , l'autre en étant seule digne de le recevoir^ Je voudrais vous retracer cette fête, mais cela est aiH dessus de mes forces lors même que la rhétorique me prêterait tous ses omemens (a). Ce qui est au delà du possible ne peut être peint ; il faudra que votre imagination 1.0; forme pour se le représenter. Créez donc dans votre tête une montagne de pourpre qui marche^ tfne fi>rêt d'argent enflaii^mée ; faites de la réunion de deux, idées un prodige qui se change tout entier en feu par nne nouvelle métamorphose , et vous pourrez à peine concevoir comment cette montagne brillait de lumière , d'argent et de pierreries f comment étincelait cette forêt de flammes , dont les plumes étaient les fleurs et les torches les étoiles.
(a) « Hors que la réthorique ne me fournit la figure ditei prosopopëe dont on se sert quand on imagine ce qui n'est pas possible. »
TOM. I. CaUéron. It
i62 NOTES
Tous ceux qai parurent à cette fête étaient si paiement râbles , qu'aucun n'eût trouyé son pareil s'ils n'ayaient tons été aussi brillans les uns que les autres. Lorsqu'ils couraient dans les diyèrses parties de la yille y on aurait cm yoir errer des nnages lumineux , passer de brillantes comètes : la nuit fut si belle, que le jour qui lui succéda se couyrit de sombres nuages (a) , soit par honte , soit par envie : il s'éclaircit enfin pour ^airer de sa lu-* miëre la place disposée pour le combat des taureaux.
Si notre noble cirque a toujours été la honte de tons ces am* phithéâtres que Rome nous montre en mines , jamais il ne dnt mieux montrer sa grandeur par les omemens qui l'enrichirent f parles dames qui le parèrent, puisque jamais plus belle cause n'avait fait ouvrir sa lice : aussi Farène était couverte des troupes brillantes de serviteurs richement vêtus qui accompagnaient, pour embellir leur triomphe , les héros qui ont soumis le sort {b) k la loi de la nécessité : le hasard cesse de l'être pour eux; leur force et leur adresse ont tiré l'avenir de l'incertitude. Je ne vous nontmerai aucun d'eux , tant de plumes célèbres ont déjà peint leurs excellences, que je craindrais qu'aujourd'hui ma voix inhabile ne leur Ht tort. Je vous dirai seulement que de ces monstres de nos montagnes , de ceux dont le front menaçant , la peau tigrée, le large cou , le corps ramassé impriment la terreur , de ceux qui semblent écrire sur le sable qui roule sous leurs pieds vi-* goureux : C'est ici mon tombeau ou le tien , il n'j en ait pas un qui ne fournît un triomphe facile à l'adresse et au courage des illustres cavaliers qui animaient par l'éperon, ou dirigeaient avec le frein l'ardeur impatiente du plus noble des animaux , tantôt obéissant avec fierté , tantôt superbe avec docilité , et toujours méprisant avec courage les menaces de son ennemi. La lance et l'épée , maniées tour à tour avec une égale dextérité , offraient^ dans ce spectacle admirable , et la grâce à la fois et la valenr. - La nuit vint terminer ce jour heureux , et depuis la seule
(à) « Et répandit en pluie ses larmes. »
(b) Les coups portés anx taureaux s'appellent suerte , sort , hasard , «le là un jeu de mots impossible â traduire.
SUR GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT. i63
occupation de Madrid , qui voit s'approcher son bonheur , a été de faire des préparatifs pour l'arrivée de sa souveraine. La capitale devant la posséder toujours , et tant de villes sur le passage lui ayant prodigué des fêtes , il serait honteux pour Madrid que ceux des Espagnols que son séjour rendra les plus heureux" n€ furent pas les plus empressés à lui témoigner leur joie. La présence des étrangers dont la curiosité ou l'envie en attend impatiemment les démonstrations , donnent encore plus d'importance aux dispositions que 'Vit cette noble ville , et que sans doute quelque plume éloquente saura bientôt nous retracer.
J'ajouterai seulement que la Comtesse de Medeillin , de l'illustre famille de Cardone , nommée sa camarera maj-or ^ fut recevoir la reine à Dénia oii elle attendit son arrivée. Aussitôt que S. M. eut débarqué , Tamirante de Castille alla la féliciter de la part du Roi ; quoique le départ de ce seigneur eut été précipité, son voyage se fit avec la grandeur qui lui appartient ^ et s'il n'avait borné le nombre des parens , amis , et serviteurs ^ qui devaient l'accompagner , il n'eût laissé personne en Castille, car est-il quelqu'un qui ne s'honore d'être son parent , son ami ou son serviteur ? Heureuse famille , ou , au milieu de tant de grandeurs , l'affection générale est devenue un patrimoine et la popularité un majorât !
Madrid cependant ne cesse de faire des efforts pour que l'appareil et la majesté de l'entrée de la reine soient dignes d'elle et de celui qui , oncle l'accueille, amant l'adore , époux la miérite, et qui met à ses pieds les deux mondes ; conomie soleil il les éclaire et il assujettit à sa bien-aimée tout ce qu'il dore de ses rayons , la couronnant à la fois commie son épouse , niëce et reine.
Je unis ma relation , puisque c'est demain que brillera le jour heureux oii nous la verrons entrer triomphante dans cette capitale. Espérons qu'elle sera le terme de nos anxiétés , le remède à nos peines , la satisfaction de nos désirs , et qu'une heureuse postérité couronnant nos vœux , la fera revivre pendant une longue suite de générations.
i64 NOTES
f4) Troisième partie dan^ la bouche é^ Eugénie et
Clara j pag. iSg.
Lorsque parut le jour heureux oii la dîviae Marie Anne , deyait édiauger des espérances toujours tardives contre une heureuse possession , les rues et les places de Madrid furent des Taurore ornées de brillans préparatifs y le marbre et le bronze enrichissaient des deux cotés les routes que nous parcourûmes pour aller au %|pdo , oii un arc triomphal s'élevait jusqu'aux cieux.
Là , Madrid , dans l'ancien costume de ses habitansattendait sa nouvelle reine , et pour montrer son affection , pour témoigner avec quel empressement il mettrait le monde aux pieds de sa souveraine , il représenta dans cet arc de triomphe et dans les autres, les différentes couronnes que 9 dans les quatre parties de ïa terre, celui qui l'a méritée comme monarque, lui offre comme son amant. L'Europe étant le siège de son empire , etcommandant aux autres , était retracée sur ce premier arc.
11 nous serait impossible de peindre tout ce qu'il renfermait. Gastille et Léon , statues qui paraissaient animées , y représentaient la presqu'île soumises à sa domination , l'Allemagne .faisait allusion aux lieux qui virent naître Marie Anne; l'Italie rappelait la foi de notre religion. Pour rendre compte de tout le reste , il faut attendre les relations imprimées qui nous expliqueront tout ce que contenaient les inscriptions latines et espagnoles.
Nous dirons seulement que . les quatre parties du monde sur lesquelles la maison d'Autriche étend son empire , correspondent aux quatre élémens ; on donna à l'Europe l'air , parce que c'est la contrée ou sa température est la plus douce , 011 l'on jouit le mieux de ses bénignes influences ; et l'aigle étant le roi des airs , l'aigle couronnait l'arc de triomphe enrichi de divers omemens allégoriques , tous relatifs à cet élément.
Apres que la ville eut achevé la cérémonie du baise-mains , commença la musique , non-seulement celle des clairons et des trompettes , mais celle des acclamations populaires , la plus agréable de toutes. Le cortège de la ville marcha avec le dais ,
SUR GARDEZ- VOUS DE L'EAU QUI DORT. i65
et dans la fierté de son obéissance , on voyait que jamais Madrid n'avait eu d'aussi justes motifs de s'abaisser avec d'aussi justes motifs de s'enorgueillir.
De là on passa à la Carrera S, Géronitno , oii était élevé l'arc de triomphe de l'Asie. Des figures qui rappelaient quelques-unes des soixante et dou2e monarchies des Indes , dont les couronnes vont parer le front de notre reine , semblaient exprimer le désir de la servir avec des dons aussi variés que les pays sur lesquels s'étend , dans l'Orient , hi puissance espagnole.
Gonoune l'Asie est la plus étendue des quatre parties du monde, qu'elle voit couler dans son sein le Gange , le Nil , {a) l'Euphrate et le Tigre , l'élément de la terre lui fut consacré, et la crinière du lion , le roi des animaux terrestres , surmontait ce magnifique édifice.
Le soleil de l'Espagne arriva enfin à la porte du Soleil {b)\ là brillait l'Afrique , dont l'arc était décoré des représentations des plans et des forts que l'Espagne possède depuis que deux reines saintes , l'une habile politique à Madrid , l'autre guerrière victorieuse à Grenade , arrachèrent jusqu'aux racines de la plante vénéneuse qui avait si long-temps infecté noire sol. L'élément du feu correspondait à l'Afrique, et le soleil , planète du feu, placé entre de hautes pyramides , était exalté dans son propre séjour.
Le cortège suivit ensuite la rue de l'orfèvrerie ( c ) ornée de telle manière , qu'il n'y avait qu'un art aussi noble qui put ainsi la parer. De chaque côté des portiques , soutenus par d'élégantes colonnes , étaient d'élégans étalages couverts de diamans , d'argent et d'or.
Le dernier arc de triomphe était consacré à l'Amérique , et situé près de l'église de Sainte-Marie , où de justes actions de grâces furent rendues à la divinité. Les devises ingénieuses qui le décoraient étaient toutes empruntées à l'eau. Aucun sujet ne
(a) Le Kil est en Afrique , mais on peut le remplacer par l^Indus , le Fleuve- Jaune; etc.
{b) La puerta del soi. Place, ou plutôt carrefour de Madrid. (c) La ealle mayor.
i66 NOTES SUR GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT.
pouvait mieux rappeler la puissance divine ; le Manzanarës et le Jarama sont des miracles perpétuels (a).
Sur la place du palais , deux chars de triomphe soutenaient les statues de l'Hyménée et de Mercure. Si je puis les expliquer d'après nos conjectures , elles signifiaient que le messager des dieux avait entièrement rempli sa tâche en arrivant à la porte du palais , et qu'ainsi ce lieu étant le terme de son voyage, il remettait à l'Hyménée le trésor qu'il était chargé de conduire , pour que le culte d'une divinité remplaçât le culte de ] 'autre.
C'est avec ce cortège , au hruit des acclamations populaires qui célébraient à l'envi les louanges et de l'épouse et de Tépoux que , montée sur un coursier généreux et qui semblait dans sa superbe obéissance connaître quel était le poids glorieux dont il était chargé , notre reine adorable arriva aux portes de son palais.
(a) Le Manzanarés n'çst pas tellement perpétuel qu'il ne sèche qucl> quefois. Pour le Jarama , son cours est continuel.
LE PEINTRE
NOTICE
SUR
LE PEINTRE
E SON DÉSHONNEUR
range cette pièce, El pintor de su désira^ au nombre des drames historiques de idéron , non que j'aie aucune raison de pen-
qu'elle soit fondée sur une anecdote vraie , is parce qu'elle se rapproche, par son genre, celles que cet auteur a composées sur des s connus. Je crois que le sujet est de son inition , d autant plus qu'il ne dit point à la fin il soit véritable ; mais il l'avait inventé comme uivelle, avant d'en faire une pièce de théâtre. On pourrait appeler le Peintre de son désnneur une trilogie. La première journée nous fre une jeune femme mariée contre son gré irce qu'elle a cru son amant mort sur mer, et hi sacrifie , après l'avoir retrouvé , sa passion à
»7a NOTICE SUÂ LE PEINTRE DE SON DÉSHONNEUR.
dënoûment et celle du titre, que le poëteen composant cette pièce a voulu faire le pehdarAj
à'el Medico de su honra ( le Médecin de scmj honneur ).
LE PEINTRE
E SON DÉSHONNEUR
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PERSONNAGES
DON JUAN ROCA , cavalier de Barcelone.
SÉRAPHINE , sa femme.
DON PÈDRË , gouverneur du fort Saint-Elme y père de Sera-
phine.
DON LOUIS , gouverneur de Gaëte.
DON ALVAR, son fils.
PORCIE , sa fille.