D05 ALTAR
Les siècles ! Et chaque instant Toit encore changer mes folies ! G>mment osez-vous allc^uor une rigueur â nouTclle ? Hier encore tous m aimics ; ne parlez donc plus du tem])s; il na été, il n^est, il ne sera jamais possible que dans un instant tous ayez changé à ce point. Non , belle Séraphine , je ne puis le croire; et, si tous ne Toulez m'abuser, tous TOUS abusez Tous-méme ^'\
SÉRAPHINE
Si je me trompe , 'don ÂlTar, tous deTCz part<iger mon erreur. DeTcz-Tous douter de ce que je tous affirme? Et c'est votre honneur lui-même que je sollicite aujourd'hui en ma faTeur. Vous connaissez ma force et ma vertu : personne n'a su mieux que TOUS combien ma conduite était pure, mes desseins nobles , mes actions décentes. Examinez-vous pour tous rendre témoignage de moi ; et si vous ne pouvez vous vaincre, ce sera une preuTe qu'oubliant Tous-même ce que vous êtes, vous ne vous rappelez pas non plus qui je suis.
DON ALVAR
Je ne me le rappelle que trop.
DON JUAN, en dehors.
Comment Ik maison n'est-elle pas encore éclairée?
FLORE
C'est mon maître.
SÉRAPHTNE.
Je me meurs !
DON ALVAR
Je suis perdu»
FLORE
Que dans des occasions comme celle-là il ne man que jamais un frère, un père ou un marî^^M
DON ALYAR.
Que dois-je faire ?
SERAPHINE.
Je l'ignore.
FLORE
Moi je le sais.
DON ALVAK.'
Qu'est-ce ?
FLORE
Attendre caché dans ce bureau qu'il soit en dans son appartement.
DON ALVAR
Je m'y soumets , moins pour éviter les dangers me menacent que pour ne pas vous exposer.
SERAPHINE, à part.
Qu'un tel malheur ait pu m'arriver sans qi ait de ma faute ! Juste ciel !
DON JUAN
Gomment n'y a^t-il point ici de lumières ?
SERAPHINE.
C'est le peu de soin des domestiques.
FLORE, apporte des lumières.
Les voilà.
JOURNÉE n, SCÈNE I. aa5
SÉRAPHINS
Je te suis bien obligée (mon cœur, soutiens-toi) , d'être revenu si vite.
DON JUAN
Des parens et des amis m'ont engage à rentrer. Ils m'ont dit qu'il fallait que je vinsse tout de suite... •
SÉRAPHINS, à part.
Ah ! Dieu !
DON JUAN
Pour te prévenir d'une fête qu'on a préparée.
SÉRAPHINS, à part.
Je respire.
DON ALVAR, à part.
Je tremblais.
Us ont fait la partie d'aller demain se mêler aux danses du Clos, avec leurs familles masquées; c'est une liberté permise ici. Tout ce qu'il y a de mieux dans la ville aime à jouir du plaisir des mascarades, des danses et des autres divertissemens , et comme c'est le premier carnaval que tu passes dans cette ville , mes amis ont voulu te faire une galanterie. Je croîs même qu'au retour , un repas sera préparé à la maison de campagne de don Diègue de Cardone , le séjour le plus agréable de cette contrée par sa position aux bords de la mer. Ainsi, je te prie, de leur part et de la mienne, de te joindre à cette mascarade; tu auras d'ici à demain l'habit qu'il te plaira de choisir.
SÉRAPHINS
Ai-je d'autre règle de choix que ton goût ? Ta vo-
ToM. I. Caldéron. l5
236 LE PEINTRE DE SON DËSHOMNEUR, lontë est la loi de la mienne; et, afin que ta Voies avec quel plaisir je fais ce que tu désires. Tiens dans mon appartement : puisque tu me ùis ce cadeau, je Tcux que tu choisisses entre des ëchantillons d'ëtofies que j^aTais fait porter pour un autre usage , ou du moins que tu me conseiller dans mon choix.
DOS JDA^C.
Que ne puis-je aToir des diamans, je ne dis pas pour Rhabiller , mais pour couTrir la terre où tes pas doirent se poser !
SÉRAPHI5C.
& je ne suis pas digne , par mon mérite, de toutes ces attentions, mon coeur du moins saura les reconnaître. Viens.
DOS JGAX.
Que fais-tu?
SÉRAPHIN E
Mon dcToir : je te sers.
DOS JCA5.
Flore, prends cette lumière.
SÉRAPmSE.
Laisse-la ; elle ne doit faire que ce que je loi ordonne : elle est à mes ordres {eUefait des signes à Flore) , et apprend de moi comment il fiiut te
FLORE
Seigneur don Alyar , le chemin est libre ; suiTCzmoi.
DON ÂLVAR.
Je le ferai, encore rempli de crainte
FLORE
De quoi ?
DON ALVAR
D'avoir vu combien un mari est puissant dans, sa maison.
FLORE
Allons ; mais non , arrêtez.
DON ALVAR
Qtt'arrive-t-il?
FLORE
Jeannet vient.
DON ALVAR
Éteins la lumière en faisant un peu de bruit ; je sortirai sans qu'il me voie.
(Flore se laisse tomber, la lumière iVteint, Jeannet entre.) FLORE.
Aussitôt dit, aussitôt fait. (Elle crie.) Ah, mon Dieu !
JEANNET
Que t'arrive-t-il, Flore?
FLORE
Jeannet, je suis tombée
JEANNET
Est*ce en tentation , ou autrement ?
FLORE
Que sais-je , moi? Prends cette bougie, et va vite la rallumer.
23o LE PEINTRE DE SON DÉSHONNEUR, Alvar allait se retirer. Jeannet s'est présenté au même instant : j'ai éteint la lumière ; ils se sont rencontrés. Don Juan est venu, et il a été examiner la maison.
SÉRAPHINS
Sais-tu s'il aura pu sortir ?
( Don Jaan rentre. )
DON JUAN
J'ai tout visité : il n'y a personne. Séraphine^ viens avec moi dans mon appartement ; tu choisiras les bijoux dont tu voudras te parer pour la fête.
SÉRAPHINS
Je n'ai d'autre goût que le tien. {A pari.) Dieu m'assiste ! que de craintes j'ai eues en un seul instant !
DON JUAN, à paru
Dieu m'assiste I que de choses me donnent à penser
FLORE, àJeannet.
A toi est la faute.
JEANNET
Friponne , ce qui est dit est dit.
( Ils sortent.)
JOURNÉE II, SCÈNE II. a3i