SCÈNE III
lia place du Clos , à Barcelone.
DON ALVAR, FABIO masques.
DON ALVAR
C'est ici la porte du palais , que les' Catalans nomment place du Clos. C'est ici où se réunissent les masques^ oîi les jnusiciens ont établi leurs orchestres. C'est ici ou j'attendrai ma belle, qui, accompagnée de Flore , est sortie sous le masque de chez elle. Je n'ai pu la suivre, parce que j'ai dû aussi me déguiser pour n'être pas reconnu.
FABIO
Vous pourrez lui parler facilement. C'est une faveur qu'on ne refuse à aucun masque, tant que sa figure est couverte et qu'il ne se fait pas reconnaître.
DON ALVAR
C'est un singulier usage, que celui de ces jours de carnaval. Les femmes , même accompagnées de leurs maris ou de leurs pères, peuvent y écouter toutes les galanteries ^^K
FABia
£t malgré tout cela , malgré le caractère bellijoeux des Catalans, jamais ces fêtes n'ont occasioné la mort de personne.
DON ALVAR
J'ai déjà vu entrer plusieurs mascarades.
242 LE PEINTRE DE SON DÉSHONNEURi
DOIf ALVAB.
Pourquoi trop tard ?
SERAPHIUE.
Je ne suis pas en humeur de faire des pas ^"\
DON ALVAR
Ne pourrais-tu point en faire quelques-uns pour moi?
SÉRAPHINS
C'est une vaine espérance.
DON ALVAR
Tu en as fait cependant un^ et bien important...
séraphins:
C'est parce que j'ai fait celui-là que je n'en ferai point d'autres.
DON ALVAR
J'ose encore espérer.
DON JUANjiSéraphine.
Ce masque t'a engagée à danser; tu dois accepter. Le refuser serait une impolitesse s'il te connaît; et serait trop appeler son attention s'il ne te connaît pas.
Je danserai, puisque tu le veux. C'est à cause de toi que je refusais.
DON JUAN
A cause de moi? Pourquoi?
SÉRAPHINE
Parce que je n'ai d'autres de'sirs que les tiens.
JOURNÉE II, SCÈNE lïl. a43
DON JUAN
Ici l'usage le permet. {A part.) Quel peut être cet homme , qui^ parmi tant de femmes, n'a fait attention qu'à la mienne ?
DON ÂLYAR,àSéraphtne.
Tu ne me re'ponds pas , beau masque ?
SÉRAPHINS
Demande la danse que tu voudras ; je ne veux point manquer à la politesse.
DON ALVAR
Jouez le Roger ^"^
SÉRAPHINS
Pourquoi choisir celle-là?
(La muûque joue. Pendant la première moitié de Tair qui forme la ritournelle, don Alvar et ensuite Séraphine cbantent. Les paroles qu'accompagne la seconde moitié de Tair sont chantées par les musiciens. )
DON ALVAR
Cet air vous dira mes vœux.
Oui , c'est moi qui suis , cruelle....
LE CHOEUR
M Des charmes de la plus belle » Ua chevalier amoureux.
DON ALVAR
Bravant les mers et Içs cieux , Je viens revoir l'infidèle....
LE CHOEUR
« Chaque jour plus épris d'elle ; » Chaque jour plus malheureux.
SÉRAPHINE
De ses regrets douloureux On souffre l'inconvenance.
244 ï *^ PEINTRE DE SON DÉSHONNEUR,
LE CHOEUR
« Quand une fausse apparence » Le dérobe à tous les yeux.
SÊRAPIHNE.
Mais qu'il est peu généreux , Quand sa cruelle imprudence....
LE CHOEUR
M Dans l'ivresse de la danse , » Révèle ses tendres feux. »
SÉRAPHINS
Cela sufEt pour la civilité; adieu.
DON ALVAR
A la courte durée de mon bonheur, on reconnaît qu'il était mon partage.
SÉRAPHINS, àdemi-voix.
Souvenez-vous que vous m'offensez ; et, si ce n'est assez y qu'en restant à Barcelone vous exposez ma vie. (Haut.) Venez, mes amies.