‹ Caldéron (volume 3)Chapitre 36 sur 79 · DON ALVAR , DON LOUIS · texte numérisé non relu

DON ALVAR , DON LOUIS

DON ALVAR

Puisque j'ai obtenu, seigneur, par les instances de Porcie, que vous me parliez avec plus de bonté, accordez-moi une nouvelle favçur. Qu'avez-vous ? quelles douleurs vous tourmentent? on Toit dans vos yeux les peines qui déchirent votre cœur. Comr me j'ai été la cause de vos derniers chagrins, je crains , en voyant votre affliction , que vous n'ayez encore contre moi. ...

DON LOUIS

Alvar, ce n'est point toi qui occasiones ma tristesse. Qu'il te suffise pour le moment d'en être assuré par moi.

DON ALVAR

Vous ne m'avez point encore rendu votre confiance.

DON LOUIS

Ne m'importune pas. Ne m'oblige pas à te dire que c'est le sort de don Juan Roca qui me met dans cet état.

DON ALVAR

Le sort de don Jnan !

iDON LOUIS.

Oui.

DON ALVAR

Que savez-vous de lui ? ( A part. ) Connaissons à la fois tout le danger.

DON LOUIS

Qu'il est mon ami : c'est assez pour être malheureux.

DON ALVAR, à part.

Je suis dans une affreuse incertitude. ( Haut. ) Que lui est-il arrive'?

DON LOUIS

Et que pouvait-il lui arriver de plus horrible

que de voir un infâme^ un traître lui enlever

Je ne devrais pas le dire; je devrais le taire, même à toi ; mais j'achèverai : lui enlever son épouse sans qu'il me soit possible de l'aider à se venger de son ennemi?

DON ALVAR, à part.

Il sait tout, puisqu'il dit qu'il ne peut le venger. Le ciel , dans sa jtistice , n'a que trop de raison de me punir. Infortunes , ne m'abattez pas ! Mon père a commencé à m'en parler Ouvertement; je vais lui tout raconter moi-mêjcne, et tâcher de m'excuser. [Haut.) Seigneur, si....

Ne me dis rien ; tu tenterais en vain de me consoler ; je sais tout ce que tu pourrais me faire observier : que c'est une preuve d'amitié bien inutile

278 LE PEINTRE DE SON DÉSHONNEUR, de m'occuper d'un malheur où il est impossible que je l'aide, puisque l'on n'a rien su delui^ de sa femme, ni de son ravisseur , depuis le temps oii ils ont quitté Barcelone.

DON ALVAR, à part.

Je respire. Heureusement ma crainte était yaine. (Haut,) Si je savais oii est l'infâme qui l'a outragé, j'irais le chercher; vive Dieu! je le tuerais, seulement parce que don Juan a l'honneur d'être votre ami.

DON LOUIS

Que je t'entends avec plaisir, mon fils!

DON ALVAR

Mais, seigneur, puisque vous ne pouvez, comme vous le dites vous-même, y porter remède, faites du moins quelque diversion à vos chagrins.

DON LOUIS

Aucune distraction ne fait oublier de telles peines. Cependant , pour te montrer que ton conseil ne me de'plait pas , j'irai ce soir au château de la forêt; il y a assez long-temps que tu ine privais de ce plaisir; et , puisque la paix est conc^ie , je veux aller m'y promener.

DON ALVAR

Je vais prendre les devans pour que Bëlard s'y trouve à votre arrivée, ( à part) et surtout pour avertir Séraphine de se tenir cachée.

DOK LOUIS.

Tu as raison.

l Don Alvar sort. — Julie entre. )

JOURNÉE m, SCÈNE IV. 279

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