‹ Caldéron (volume 3)Chapitre 45 sur 79 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Une forêt. — La scène est dans la foret. -

BRITO est caché dans le taillis , et ne laisse voir

que la tête.

Depuis Faube du jour jusqu'au coucher du soleil , Gilette me tient ici en plein air comme un linge à sécher ; j'en serai malade. Je meurs de soif et de froid.... Oh! qu'un galant qui se cache en attendant sa belle , fait de tristes calculs ! JPentends du bruit , je crois; serait-ce Gilette? Ma foi non! Si par une métamorphose subite elle n'a pris les traits d'un homme , c'est un chevalier qui s'avance dans le bois;.... que vient-il y chercher? moi, peut-être! Je frémis d'y penser seulement. Cachons - nous davantage.

DON JÉRÔME, arrivant.

Don Pèdre tarde beaucoup. Mais peut-être mon impatience me fait croire qu'il tarde; la colère trouve les heures longues.... En voici la preuve; il an*ive à toute bride; il court encore plus vite que ma pensée.... Cela est clair; le retard ne vient pas de lui; c'est mon inquiétude qui ne lui donnait pas le temps d'arriver. Je vais lui faire signe avec mon mouchoir.

DON PÈDKE. 11 est encore derrière le thë&tre.

Ah! mon Dieu!

36o LE DERMEH DUEL EN ESPAGNE,

3RIT0, deloâ.

Quelle sottise y de laisser reprendre Tépee à celui qui est désarnié! lie vaut-il pas mieux alors lui tomber dessus ?

DON JÉRÔME

Don Pèdre y à quoi pensez-vous ? Reprenez TOtre épëe ; si ce n'est pas pour continuer le combat parce que la force vous manque , que ce soit pour vous retirer chez vous : quand vous serez bien rétabli, nous achèverons de vider notre querelle.

DON PÈDRE

Je suis -double ment confondu par votre grandeur d'âme et par la fatalité qui me poursuit. Don Jerôme , je suis deux fois vaincu. Dans cette complf cation d'accidens extraordinaires^ je ne sais pi quel parti je dois prendre.

Si je reprends mon épée , ce ne doit être que po la remettre dans le fourreau ; puis-je la tirer con celui qui vient de me la rendre? Non , sans dout Eh ! tachons de nous acquitter par un autre sacri fice...

Quoi donc ?

DON PÈDRE

Je me jette à vos pieds; donnez- moi la mort: quon dise que j'ai succombe dans un combatte! non pas que j'ai été désarmé.

DON JÉRÔME

Ainsi, quand c'est vous qui avez été vaincu, yojw voulez que la honte en retombe sur moi ! Comment

JOURNÉE II, SCÈNE II. 36i

seraîs-je assez vil pour assassiner celui qui me demande la mort ?

DON PÈDRE

L'honneur vaut plus que la vie ; il est plus généreux de me tuer que de me laisser une vie dont j'aurais à rougir ; vous me rendrez un plus grand service si vous m'en délivrez. Mourir n'est qu'un malheur ordinaire; vivre déshonoré, c'est un supplice honteux.

BRITO, toujours dans le taillis.

Que de biaux complimens pour se tuer !

DON JÉRÔME

Quand on est fidèle aux sentimens de l'honneur, on aspire toujours à ce qu'il y a de plus généreux. Je ne veux pas vous faire perdre plus que je ne vous donne; prenez votre épée, don Pèdre; mais comme la délicatesse d'un homme tel que vous doit être pleinement rassurée, je vous déclare que ce qui s'est passé entre nous n'ira pas plus loin. Le secret ne sortira jamais de ma bouche ; je vous le promets, j'en donne ici ma parole. Touchez là.

(H lui présente la main. ) DON PÈDRE.

Je vous dois la vie et l'honneur : disposez de moi, vos droits sont absolus. Je suis votre esclave.

DON JÉRÔME

Vous êtes trop bien né pour cela , don Pèdre ; il ne me faut pas tant de reconnaissance.

DON PÈDRE

Enfin, que puis-je faire pour vous?

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