L.AMIRAL
Mais qu' avez-vous donc ?
DON PÈDRE
Je ne sais comment vous dire que la cause de
4i4 LE DERNIER DUEL EN ESPAGNE, tousmeschagrins^de mes malheurs^ demesdangers,.. je n'ai pas la force de m'expliquer,... c'est..*. Seigneur, vous avez déjà une fois e'té mon appui ^^ le soutien de mon honneur : .... voici une autre occasion;.... vous savez garder un secret, que cela vous sufiise....
L'AMIBAL. *
Cela suffit sans doute, vous ne sauriez m'a voir déclaré plus positiveihent que cette cause est Violante ( A part ) Adieu espérance, morte aussitôt
que conçue!
GINÈS
N'y allons-nous pas , seigneur?
L'AMIRAL
Sur mon honneur , si tu me parles jamais de cette dame , si tu as Tinsolence de la nommer seulement devant moi....
( Il menace Ginès. )
Ah ! grands dieux ! le mal de mon maître se communique....
L'AMIRAL
Je te ferai châtier d'une manière exemplaire. Le nom de femmes de cette qualité ne doit jamais sortir d'une bouche aussi impure que la tienne, sr ce n'est pour exprimer une profonde vénération.
( Il s'en va. ) GINÈS.
Jour de Dieu; il parle sérieusement : ceci va de mal en pis. Du moins mon maître, quand il se fâche, s'apaise aussitôt et cherche à vous consoler
JOURNÉE III, SCÈNE IIl 4i5
par de bonnes paroles; mais celui-ci, des coups et, par-dessus, de mauvaises paroles.
GONZALVE, arrivant.
Qui diable a jamais vu choses pareilles?
GINÈS
Quoi donc , Gonzalve? que nous importe-t-il à nous , valets , que nos maîtres se coupent la gorge ? la loi du duel ne nous regarde, pas. Dis-moi franchement ce qui te fait faire tant de signes de croix.
GONZALVE
Suivant tout l'embarras qu'ils font, c'est une grande affaire que de se tuer. A peine le roi est-il arrivé, que le théâtre, la barrière, les préparatifs occupent toute l'attention. Ma foi , je crois qu'il ne manque plus rien ; tout est prêt.
Tu es arrivé plus tôt que moi, qui venais avec des femmes. Raconte-nous quelques particularités....
GONZALVE
Ce que je sais , c'est que l'amiral sert de parrain à ton maître ; qu'il est de plus accompagné des ducs dé Béjar, d'Albuquerque et d'Albe. Mon maître à moi a pour parrain le marquis de Brandebourg, et, comme étranger, celui-ci ne manque pas de seigneurs qui se joignent à lui , tels que les comtes de Benavente, de Naxera et d' Aguilar ; tout le reste de la noblesse de Castille se range autour de ces illustres chefs , comme les planètes inférieures autour des astres supérieurs. (Bruit de tambours et dinstrumens guerriers. ) Que te dirai-je de plus? Ces tambours,
4i8 LE DERNIER DUEL EN ESPAGNE,
mander le duel , par haine ou rancune , mais seulement le juste désir de défendre yotre honueur?
DON PÈDRE
Je le jure.
LE CONNÉTABLE
Vous , don Jérôme de Hansa , tous jurez que vous n'entrez dans la lice que parce que vous y êtes appelé , que pour soutenir votre honneur et ne pu encourir , par un refus , le reproche de lâch^'i| que d'ailleurs tous n'y venez ni par haine ^ ni par' esprit de vengeance ?
don JEROME.
Je le jure.
Or , écoutez à présent ce qui me reste à dire.Vo»! jurez de combattre à armes éjgales , sans rusCij avec franchise et loyauté , sans avantage l'un suri l'autre ?
TOUS DEUiX.
Je le jure.
LE CONNÉTABLE
Je le crois ainsi. Chevaliers , allez vous arni< Voilà des harnais^ des épées , des haches d'armes^ de poids égal , de la même trempe. Que l'un chevaliers de votre suite se charge de les porter aYi un écuyer.
LE MABQUIS, au comte.
Seigneur comte , à vous l'honneur.
L'AMIR AL, au duc cTAlbuquerqae*
Cousin duc , é'est à vous.
LE CONNÉTABLE
Que la trompette sonne pendant que les chevaliers sont dans leurs tentes. ( Musique guerrière. — Les chevaliers entrent dans leurs tentes , chacun avec son parrain et sa suite. Le comte de Bénavente et le duc d'jilbuquerque s'avancent vers la table du conné-* table pour faire enlever les armes par le valet de leur chevalier. ) Seigneur duc d' Albuquerque , que demandez-yous ?
LE DUC D^ALBUQCERQtlE.
Les armes de don Pèdre deTorrellas.
LE CONNÉTABLE
Prenez-les , et restez un moment. ( Au comte de Bénavente. ) Seigneur comte , que demandez- vous ?
LE COMTE
Les armes de don Jérôme de Hansa.
LE CONNÉTABLE
Prenez-les. ( Le comte et le duc font enlever les armes. ) A présent troquez les armes que vous avez prises , et portez-les aux deux chevaliers dont vous êtes les parrains. Qu'ils s'arment sous vos yeux , et non avec d'autres armes que celles-ci. Veillez à ce que sous l'armure il n'y ait pas d'autre défense qui puisse donner le moindre avantagé à qui que ce soit.