‹ Caldéron (volume 3)Chapitre 66 sur 79 · NON G · texte numérisé non relu

NON G

Il a de la peine à se tenir.

MENDO.

As -tu dit à mon laquais de le promener un instant ?

NUNO

Voilà une excellente ration !

MENDO.

Il n'y a rien qui délasse autant les animaux.

NDKO.

Je croirais que lavoine a bien aussi son mérite.

JOURNÉE I, St]ÈNE II. 453

MENDO.

As-tu dit qu'on détachât mes lévriers ?

NUNO

Ils en sei^ont très-contens , mais pas le boucher.

MENDO.

Allons j c'est assez. Il est trois heures ; mes gants et un cure-dent.

iîUNO.

Croyez-vous tromper les curieux avec ce cure-dent?

Ci quelqu'un ose penser que je n'aie pas mangé un faisan à mon dîner ^ je suis prêt à lui soutenir ici et partout ailleurs qu'il en a menti.

NUNO

Ne vaudrait-il pas mieux me donner quelque chose pour me soutenir moi-même? car enfin je suis à votre service.

MENDO.

Sottises que tout cela. A propos , il est anûvé des soldats dans le village?

NUNO

Oui , seigneur.

MENDO.

Pauvres roturiers !... toujours des hôtes nouveaux ! que je les plains !

NUNO

Il y en a qui sont plus à plaindre encore , parce qu'ils n'eu ont pas à loger.

MENDO.

Qui donc ?

454 L'ALCADE DE ZAMALÉA,

KCNO.

Les hobereaux ^^^. Pourquoi pensez-vous qu'on ne fait loger personne chez eux "h^

Pourquoi ?

NUNO

Parce qu'on y mourrait de faim.

MENDO.

Dieu fasse paix à l'âme de monsieur mon père ! Du moins il m'a laissé des titres de noblesse avec des armes bien coloriées, qui me garantissent à moi et aux miens le privilège de ne pas être soumis à toutes ces corvées.

NUNO

Il serait mieux qu'il vous eût laissé aussi un peu d'argent comptant.

^ MENDO.

Ma foi , si je voulais penser à cela , et dire toute la vérité, je ne lui ai pas de grandes obligations de m'avoir engendré noble. Je n'aurais pas souffert qu'un autre qu un gentilhomme m'eût engendré dans

le ventre de ma mère.

^'UNo.

Ceci demande une explication.

MENDO.

Elle est toute simple.

NUNO

t)ites, mon maître.

MENDO.

Mais tu ne sais point la philosophie ; tu ne connais pas les principes des choses.

NUNO

Ni la fin ; depuis que je mange chez vous, votre table est toute divine ; elle n'a nj commencement, ni milieu, ni fin ^^K

MENDO.

Ce n'est pas de cela que je parle. Sache que l'être qui naît est la substance des aiimens dont les pères se sont nourris.

NUNO

Vos auteurs mangeaient donc? Vous n'avez pas hérité d'eux cette habitude.

MENDO.

Ces aiimens se convertissent en sang et chair. Si le mien n'eût mangé que de l'ail et des ognons, j'en aurais tout de suite senti l'odeur , et je lui aurais dit : Peu à peu , monsieur , je ne veux pas être le résultat de ces vilenies.

NUNO

Je conviens qu'il n'y a pas de doute...

MENDO.

Sur quoi ?

NUNO

Eh bien , qu'il n'y a pas de doute que la faim rend l'esprit très-subtil.

Sot ! est-ce que j'ai faim , moi ?

NUNO

Ne vous fâchez point , mon maître ; si vous ne l'avez pas , elle peut venir ; il est déjà trois heures , et je crois que notre salive à tous deux pourrait servir pour enlever des taches.

<5G L'ALCADE DE Z AL AME A

MESDO.

Et pour cela , ta crois que j ai faim ? Qne la naiUe éprooTe ce besoin ^ à la bonne heure ; mais nous ne sommes pas tons égaux. Un homme de ma classe peut se passer de diner.

Je Tondrais être noble comme tous.

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