HE5DO
Laissons tons ces discours; nous voici dans la me d'Isabelle.
Puisque tous êtes son amant ,. puisque tous Faimez d'une si belle passion , que ne la demandeztous en mariage? De cette manière son père et tous TOUS aurez ce qui tous manque à Tun et à Tantre ; tous , de quoi diner , et lui , des petits-fils gentilshommes.
MENDO.
Ne me parle jamais de cela. Un tîI intérêt aurait tant de pouToir sur moi ! je m'abaisserais a être le gendre d'un plebe'ien !
Mais , au contraire , je m'e'tais imaginé qu'il n'y avait rien de plus commode qu'un beau-père de cette espèce; tandis qu'en général les autres sont difficiles à contenter. Enfin , si tous ne Toulez pas épouser Isabelle , pourquoi tant de démonstrations d'amour?
MENDO.
Et sans l'épouser, n'y a-t-il pas mille couTcns où
on peut la mettre lorsque j'en serai dégoûte'?... Estelle à son balcon ?
NCNO.
Je ne voudrais pas que Pierre Crespo m^aperçût.
MENDO.
Qui oserait te faire la moindre offense? n'es-lu pas à moi? Allons , obe'is à ton maître.
NDNO.
Je fais ce que vous me dites , quoique je ne m^asseye pas avec vous ^^.
MENDO.
Les valets ne manquent jamais de proverbes.
NUNO
Bonne nouvelle ! la voilà au balcon , derrière la jalousie , avec sa cousine Inès.
Dis plutôt que le soleil^ couronne' de diamans , recommence sa carrière, et qu'il se lève aujourd'hui à l'heure où il est ordinairement couché.
(Isabelle, Inès, à la fenêtre.)
INÈS
Viens à la fenêtre , Isabelle ; viens voir les soldats qui arrivent...
IS.\5ELLE
Ne me fais pas venir ici quand cet homme est dans la rue.... Tu sais, ma chère, comme sa vue me de'plaît.
INÈS
Quelle singulière manie de sa part ! il veut absolument te faire la cour.
45tf L'ALCADE DE ZALAMÉA,
ISABELLE
Ce sont là toutes mes bonnes fortunes.
INÈS
Il me semble que tu as tort de t'en inquiéter.
ISABELLE
Que veux-tu que je fasse?
INÈS
Que tu prennes la chose comme un divertissement.
Triste divertissement!
MENDO,àIsal>eUe.
Jusqu'à cet instant^ j'aurais juré, foi de gentilhomme (et ce serment est inviolable), qu'il n'était pas jour encore. Qu'y aurait-il d'étonnant à cela? le jour ne vient que lorsqu'il est annoncé par l'aurore... et je la vois paraître ! deux même à la fois.
ISABELLE, à Mendo.
Seigneur Mendo, je vous l'ai déjà dit plusieurs fois , vous perdez tous les frais de votre galanterie ; ces belles démonstrations d'amour sont superflues. Veuillez bien oublier cette rue et ma maison.
MENDO.
Si les jolies femmes savaient combien les embellit la colère, l'air dédaigneux , la rigueur même, elles ne voudraient jamais d'autre ornement. Vous êtes charmante , sur mon honneur ; continuez à me dire des injures.
ISABELLE
Puisque les paroles ne vous font pas plus d'effet,
seigneur Mendo , les actions peut-être vous toucheront davantage. — Viens, Inès, ferme-lui la fenêtre au nez.
, (Elles s'en vont. )
INES, s'en allant.
Seigneur chevalier errant, qui entrez toujours en lice comme un aventurier , sans titre et sans qualité , que l'amour vous assiste et vous console !
Inès, les beautés font tout ce quelles veulent* — Nuno ?
NUNO
Celui qui est pauvre n'obtient que des me'pris.
( Pierre Grespo arrive. )
CRESPO
Que je n'entre ni ne sorte jamais de chez moi sans voir ce hobereau mesurer gravement la longueur de cette rue !
NUNO, 4 Mendo.
Voilà Pierre Crespo.
MENDO.
Allons de cet autre côté. Ce rustre est plein de malice.
JUâN, sortant de la maison de son père.
Eh quoi ! toujours ce fantôme à notre porte , avec ses plumes et ses gants !
NUNO, à Mendo.
Voilà le fils.
MENDO.
Fais bonne contenance.
CRESPO
Ah ! c'est mon fils.
vlGade de ZALAMÉA,
JUAN
.. pore.
MENDO, à part.
...^,} Dissimulons. (Haut.) Pierre Crespo, . 'JUS i^arde!
( Il s^en Ya arae ton valet. } CRESPO.
'icu VOUS garde ! Il est obstine, notre homme; . a«. ii|ue jour il pourrait lui en mësarriver.
JUAN
.V la fin je me fâcherai.. •. Mon père, d'où venezvous?
GRESPO.
De l'aire, mon fils. Je suis allé voir la moisson. Les gerbes sont magnifiques : de loin, on dirait des montagnes d'or ; et cet or est du plus fin ; tous les astres du ciel l'ont épuré... Le vent est propice : il chasse la paille d'un côté, le grain reste de l'autre; chaque chose prend naturellement sa place, selon sa valeur et son poids. Oh ! fasse le ciel que je Jouisse bientôt recueillir ma richesse dans mes greniers, avant qu'un orage vienne troubler nos travaux et gâter le fruit de nos sueurs ! — Et toi , Juan , qu'as-tu fait ?
JUAN
Mon père, je ne sais trop comment vous le dire; je crains de vous fâcher. J'ai joué deux parties de paume , et les ai perdues toutes deux.
CRESPO
Pas de mal , si tu as paye.
JOURNÉE I, SCÈNE IL ^r 461
JUAN
Mon père, je n'avais pas assez d'argent sur moi, et je viens vous prier de m'en donner.
CRESPO
D'abord , e'coute , mon fils ; il y a deux choses que tu dois toujours éviter : l'une, de ne jamais promettre ce que tu es iïicertain de pouvoir tenir ; l'autre , de ne jamais jouer plus d'argent que tu ne peux en mettre sur jeu; car, si, par un accident quelconque, tu n'es pas en ëtat de faire honneur à ton engagement, adieu la bonne réputation.
JUAN
Mon père , le conseil est digiîe de vous. Permettez que, pour vous prouver combien j'en suis touché, je vous en donne un autre. « N'offrez pas de conseils à celui qui ne demande que de l'argent. «
CRESPO
Mon fils , tu ne t'es pas mal défendu.
( Un sergent arrive , chargé d'un porte-manteau. )
LE SERGENT
Est-ce ici la maison de Pierre Crespo ?
CRESPO
En quoi peut-il vous servir ?
LE SERGENT
J'apporte ici les effets de don Alvar d'Atayde; capitaine de la compagnie, qui est arrivé tout à l'heure , et qui séjourne ici.
CRESPO
Il n'en faut pas davantage; pour servir le roi, dans la personne de ses officiers, ma maison, mon
463 L'ALCADE DE ZALAMÉA,
bien , tout ce que je possède est là ; on va lui préparer un appartement. — Laissez les efTéts, et allez dire qu'il peut venir quand il voudra ; disposez dé nos faculte's.
LE SERGENT
Il ne tardera pas.
( Il gort. ) JUAN.
Mon père, avec le Lien que vous avez, riche comme vous l'êtes, comment pouvez-voiis souffrir toutes ces vexations de logement de gens de guerre?
CRESPO
Mon fils , et le moyen de s'y soustraire ?
JUAN
Mon père , acheter des lettres de noblesse.
CRESPO
Jeune homme, dis, tout le monde ne nous connait-il pas ici? nous sommes d'une race honnête,
pure, mais roturiers Non certes; que gagnerais-
je d'acheter la noblesse, si je n'achète point le sang noble? Après l'avoir achetée, en vaudrai-je mieux? pure sottise. On dirait que je me suis fait noble pour cinq ou six mille re'aux; eh bien ! je ne vois là que la somme d'argent; je n'y vois aucune espèce d'honneur. L'honneur, mon lils, ne s'achète pas.
Veux-tu que je te cite un petit conte, bien qu'il soit un peu trivial; e'coute. Un homme est chauve depuis long-temps; il se détermine enfin et prend une perruque. Crois-tu que dans l'opinion de ceux qui l'ont vu, qui le connaissent, il ait cessé d'être chauve? Alors que dit-on de lui? « Un tel a une
» perruque très-bien faite ; n'importe , on ne voit » plus qu'il est chauve, mais on sait Lien qu il l'est. »
JUAN
Mon père, c'est toujours se délivrer d'une incommodité' , c'est reme'dier à un mal , autant que possible. Cest se garantir du soleil, du yent, du froid.
CRESPO
Mon fils , je né veux pas d'un honneur postiche : mes aïeux était vilains ; mon père le fut aussi , mes enfans doivent l'être comme eux et moi. — Appelle ta sœur.
JUAN
Elle vient.
( Isabelle et Inès entrent.)
GKESPp.
Ma fille, le roi, notre seigneur (que le ciel le conserve longues années) , se rend à Lisbonne , où il va se faire couronner , en sa qualité de maître légitime du Portugal; des troupes marchent de tous côtés pour assister à cette fête. Le vieux Terce^ de Flandre arrive en Castille ; il a pour chef un don Lope de Figueroa , qui , ditron , est le Mars espagnol. Aujourd'hui nous avons des sojidatô dans la maison ; il ne faut pas qu'ils te voient : aipsi j*etiretoi dès à présent là-haut dans l'appartement que j'occupais .
ISABELLE
Je venais vous le demander, mon père; en restant ici, je n'entendrais que des propos déplacés. — Ma cousine et moi, noua serons ensemble, sans que personne nous voie , pas même le soleil.
464 UALCÀDE DE ZALAMÉA,
CRESPO
C'est bien , adieu ; et toi , Juan , tu recevras nos hôtes, tandis que je vais chercher des provisions pour les traiter comme il faut.
ISABELLE
Allons, Inès. '
INÈS
Allons , cousine ; ce n'est pas moins une simplicité' de vouloir garder une femme , si elle ne veut pas se garder elle-même.
( Elles sortent. ) ( Le sergent entre avec le capitaine. )
LE SERGENT
Capitaine, c'est la maison.
LE CAPITAINE
As-tu pris soin de mes effets?
LE SERGENT
Je vais d'abord m'informer de la petite bourgeoise.
C II sort. ) JUAN.
Soyez le bienvenu chez nous , seigneur; nous nous estimons heureux d'avoir un hôte aussi noble que
vous, d'aussi bonne mine Que j'aimerais l'habit
militaire !
LE CAPITAINE
Je suis fort aise de vous voir.
JUAN
Pardonnez si le logement n'est pas plus beau : mon père voudrait que sa maison fût un palais pour vous y mieux recevoir. — Il est sorti pour chercher
des provisions; il désire vous biea traiter, et riloi, je vais préparer votre appartement.
LE CAPITAINE
Je suis très-sensible à votre bon accueil.
JUAi\.
Vous pouvez disposer de voire serviteur.
( Il sort. ) ( L* sergent rentre. )
LE CAPITAINE
Êh bien! sergent, l'as-tu vue?
LE SERGENT
Jour de Dieu ! j'ai tout reconnu, la cuisine, l'appartement; et je ne la vois pas.
LE CAPITAINE
Le vilain la tient à l'écart.
LE SERGENT
J'ai questionné la servante. Elle m'a dit que le père la tenait dans cet appartement d'en haut; qu'elle ne descendrait pas, que le vieux était fort soupçonneux.
LE CAPITAINE
Tous les rustres sont méfians , pleins de malice. Si je voyais sa fille, probablement je n'en ferais aucun cas; mais seulement parce que le vieux la tient cachée, je brûle d'envie d'entrer où elle est.
LE SERGENT
Comment faire pour entrer, sans pourtant exciter de soupçons.
ToM. I. Caldérvn. 3o
466 I/ALCADE DE ZALAMÉA,
LE CAPITAII9E.
C'est un caprice; il faut le satisfaire. Imaginons une ruse.
LE SERGENT
Bien que la ruse ne soit pas très-subtile, il s'agit de venir à ses fins.
Ecoule .
LE SERGENT
Dites?
LE CAPITAINE
Tu feras /Semblant de.... Mais non, voici un soldat qui est plus éveille, il jouera mieux son rôle....
( BeboUedo entrç avec TEtincelIe. )
REBOLLEDO, au fond du théitre.
Je viens en parler au capitaine ; je ne serai peutêtre pas toujours malheureux....
L'ÉTINCELLE
Vois comme tu lui parles ; pas de folies, mesure tes paroles.
REBOLLEDO.
Souffle-moi ta sagesse.
L'ÉTINCELLE
Elle ne te serait pas inutile.
REBOLLEDO.
Reste derrièï'e; attends-moi. ( S^wançcGtit s>ers le capitaine. ) Je viens vous supplier....
LE CAPITAINE
Je suis prêt à faire tout ce que je pourrai pour ReboUedo; j'estime son courage, sa bonne mine....
LE SERGENT
Cest un bon soldat.
LE CAPITAINE
De quoi s agit-il?
REBOLLEDO.
J'ai perdu tout l'argent que j'avais, et que je puis avoir; je me trouve condamné à une misère présente , passée et future : je viens vous supplier de m'accorder, par voie d'indemnité, pour ces jours-ci. . .
LE CAPITAINE
Que veux- tu ?
REBOLLEDO.
Que le sous-lieutenant me donne la préférence pour tenir la petite partie du jeu de la compagnie ^'^. Je suis un homme de bien , et j'ai (montrant VÉtin-celle) des obligations à remplir.
LE CAPITAINE
La chose me par ait juste; le sous-lieutenant saura que je veux que cela soit.
L'ÉTINCELLE
Le capitaine lui donne de bonnes espérât) ces.... Ah! si je viens à me voir....
REBOLLEDO.
Capitaine , je vais le lui dire.
LE CAPITAINE
Auparavant, écoute un mot. J'ai besoin de toi pour certaine opérs^tion que je veux tenter, ^t qui me sera utile^...
REBOLLEDO.
Que tardez-vous à parler? Sitôt dit, sitôt fait.
468 L'ALCADE DE Z AL AME A
LE CAPITAI5E.
Je Yeux monter à cet appartement d'en haut, pour Toir si j'y trouve une personne qui se cache de moi.
REBOLLEDO.
Pourquoi ne montez-rous pas?
LE CAPITAI5K.
Je Tondrais avoir un prétexte plausible. Je vais faire semblant de me fâcher contre toi ; je tirerai Tëpée, tu fuiras de ce côte; tu entreras pour te sauver dans Fappartement ou est la personne en question.
REBOLLEDO.
C'est entendu.
L'ÉTir^CELLE, au fond da théâtre.
ReboUedo cause avec le capitaine, si long-temps... Allons, nous avons notre aliaire.
REBOLLEDO.
Vive Dieu ! Que des larrons , des poules mouillées , de mauvais serviteurs ont obtenu ce que je sollicite, et un homme d'honneur tel que moi n'est pas écouté !
L'ÉTI5CELLE.
La folie le prend...
LE CAPITAINE
Comment, à moi, parler sur ce ton !
REBOLLEDO.
Oui j quand j'ai raison ....
LE CAPITAINE
Non , tu ne l'as pas; abaisse ce ton ; et trop heureux que je veuille bien oublier cette insolence.. •
REBOLLEDO.
Vous êtes le capitaine , je me tais. Mais , jour de Dieu! si j'avais....
LE CAPITAINE
Que ferais-tu ?
L'ÉTINCELLE, accourant.
Seiî^neur, calmez-vous ; je le vois perdu....
REBOLLEDO.
Que vous me parlassiez autrement.
LE CAPITAINE
Qu'attends-je plus? Je veux le tuer, cet* insolent !
REBOLLEDO.
Je fuis ; mais c'est par respect pour les décorations du grade.
LE CAPITAINE, courant après lui.
Tu ne m'e'chapperas pas...
L'ÉTINCELLE
Il a fini par faire des siennes.
LE SERGENT
Seigneur, calmez-vous.
L'ÉTINCELLE
Écoutez.
( Le capitaine poursuit ReboUedo T^pëe à la main ; Juan accourt ausii avec une ëpcc et
Pierre Crespo. ) /
ÏUAN.
Vite, accourez; tout le monde ici.
470 L'ALCADE DE ZALAMÉA,
CRESPO
Qu'est-il arrivé?
JUAN
Qu'est-ce donc ?
L'ÉTINCELLE
Le capitaine vient de tirer Tépée contre un i dat qui fuit et se sauve par cet escalier.
Quelle fatalité !
L'ÉTINCELLE
Courez tous après lui.
JUAN
Peine perdue. On a vainement voulu cacher sœur et ma cousine....
( ReboUedo rentre sur le théâtre de Tantre côté. Isabelle , Inès , sont avec lal
REBOLLEDO.
Mesdames^ tout temple est un lieu d'asile : q»^ soit ici le mien. C'est le temple de l'amour...
ISABELLE
Qui te force à fuir de la sorte ?
JUAN
Comment oses-tu entrer ici ?
ISABELLE
Qui te poursuit ?
( Le capitaine et le sergent arrivent. )
LE CAPITAINE
Moi, qui veux le tuer j ce misérable... Vive Piei si j'en crois..,.
ISABELLE
Calmez-vous, seigneur; ne fût-ce que parce qu'il s'est réfugié auprès de moi. Des hommes tels que vous aiment à respecter les femmes, non pour ce qu'elles sont îndividuellenient , mais comme femmes en général. Cela suffit pour un homme de votre qualité.
LE CAPITAINE
Il a choisi le seul asile qui pût le dérober à ma fureur. Votre beauté, madame, lui sauve la vie. Mais, est-il juste, dans cette occasion, que vous commettiez un homicide sur ma personne , quand vous vous opposez à ce que je le commette moimême sur celle d'un autre?
ISABELLE
Seigneur, nous sentons vivement le prix de votre courtoisie ; ne mettez pas sitôt des conditions à notre intercession. Je vous supplie d'accorder sa grâce à ce pauvre soldat , mais veuillez laisser à notre reconnaissance le soin d'acquitter notre dette envers vous.
LE CAPITAINE
Isabelle , votre esprit égale votre beauté , qui est incomparable; vous réunissez tous les dons de la nature ! *
( Pierre CreapOt Juan ton fik, tous deux l'épée à la main , entrent. )
CRESPO
Comment, chevalier , je croyais vous trouver ici prêt à tuer un homme , et. . . .
ISABELLE
Ah! ciel!
47^ L'ALCADE DE ZALAMÉA,
Vous dites des douceurs à une femuie ; vous êtes très-noble sans doute , puisque la colère fait bientôt place à des sentimens plus doux.
LE CAPITAINE
Celui qui est né gentilhomme a des devoirs dont il ne peut jamais s'écarter ; par égard pour cette dame j'ai dû modérer mes transports.
CRESPO
Isabelle est ma fille, seigneur; elle est une paysanne et non pas une dame.
JUAN, à part.
Vive Dieu! Tout ceci n'a été qu'une ruse pour pénétrer jusque dans cet appartement! Je suis honteux de voir qu'on veut se jouer de nous; il n'en sera pas ainsi ! ( Haut. ) Seigneur capitaine , vous auriez pu mieux apprécier la bonne volonté de mou père, qui ne cherche qu'à vous bien traiter, au lieu de chercher à nous insulter.
CRESPO
Jeune homme, qui vous appelle ici? quelle insulte voulez-vous dire? si le soldat a manqué, ne devait-il pas courir après lui? Ma fille, seigneur, est très-sensible à la générosité que vous avez eue de pardonner à ce malheureux ; et moi je le suis également aux égards que vous avez eus pour ma fille.
LE CAPITAINE, i Juan.
Il est évident que je n'ai pas eu d'autre motif...» Faites plus d'attention à vos paroles.
JUAN
Je ne suis pas aveugle.
LE CAPITAIISE.
Si votre père n'e'tait point là , je vous traiterais utrement.
CRESPO
Doucement, seigneur capitaine; c'est moi qui mis traiter mon fils confme je veux , et non vous.
JUAN
Et moi je souffre tout de la part àe mon père, rien le la part d'un autre.
LF CAPITAINE.
Que feriez-vous ?
JUAN
Je sam^ais défendre mon honneur au péril de ma vie.
LE CAPITAINE
L'honneur d'un vilain !
JUAN
Est le même que le vôtre. S'il n'y avait pas de laboureurs, il n'y aurait pas de capitaines.
LE CAPITAINE
Vive Dieu! C'est trop abuser de ma patience....
GBESPO.
Songez que je suis ici.
(Le capitaine et Juan tirent chacun Tépée. )
Four le coup l'affaire est engagée.
478 L'ALCADE DE ZALAMÉA,
DON LOPE
Et ce lit est-il fait à la diable?
GRESPO.
Peut-être.
DON LOPE
Je vais donc le défaire en m'y couchant, car; \ Dieu ! je suis bien fatigue.
GRESPO.
Allons , vive Dieu ! venez vous reposer.
DON LOPE
Le vilain est têtu y il jure autant que moi.
GRESPO.
Don Lope est mauvais coucheur; je croîs que n ne serons pas très-bien ensemble.
FIN DE LÀ PREMIERE JOURNEE
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