TROISIÈME ALGUAZIL
Louis ne pourra pas suivre; il a le bras en mille morceaux, et tombe en défaillance, par la perte de son sang.
LE JUGE
Laissez-le reprendre haleine un moment; découvrez-lui la figure.
PÈDRE
C’est lui! c’est à ce point que le sort me poursuit. Pour le coup il met à bout ma patience. Vous verrez comment cela finira : on nous mettra les mêmes fers, dans la même prison ; on dressera
ur nous deux une belle potence, où l’on nous pendra à la même corde, pour nous enterrer dans la même fosse. .
LOUIS
Qui est là qui se plaint ?
PÈDRE
Ce n’est personne.
LOUIS. '
Ne crains plus, Pèdre; tu n'as maintenant rien à redonter. Le temps change : hier était le jour de tuer; aujourd'hui, le jour de mourir. Tous nos projets finissent par.s'évanouir en fumée.
LE JUGE
Qui donc vient avea des armes pour nous fermer les passages ? A (Isabelle entre avec Jeanne, Léonor et des domestiques de celle-ci armés. ) *
LÉONOR
C’est moi qui viens avec ces dames; moiqui, hon-
teuse et afiligée de voir que, trompée par les arti-
fices. d’un traître, je poursuivais une injuste ven-
geance, veux me montrer humaine, et reconnaitre '
mon erreur. Donnez-moi votre prisonnier ; je. lui pardonne comme partie poursuivante.
| ISABELLE, , Ou sinon, nous saurons vous l'enlever. Donneznous le prisonnier à l'instant. . . à PÈDRE.
Ouais! comment finira tout ceci ?
LOUIS
Belle Léonor, cessez de vous exposer.pour.con-. server ma vie.
(Don Alonze entre avec Manuel et une troupe de ses yassaux armés.) . | DON ALONZE. A Écoutez un mot , Seigneur juge.
LE JUGE, “ Autre embarras de ce côté. : ti -*- DON ALONZE.
Je suis don Alonze de Tordoya.,'et c’est ainsi que mon amitié sait.reconnaître..des services. Ma dé-: marche vous dit que nous sommes résolus à tout sa-
crifier ; ainsi vos refus seraient inptiles : : remetteznous votre prisorinier. |
MANUEL
Tous ceux. que voué voyez ici se dévouerott ala mort plutôt que de renoncer à un prójet si glorieux.
Le prisonnier !
ISABELLE
Le prisonnier !
DON ALONZE
Le prisonnier !
LE JUGE
Essayez de l'enlever.
DON ALONZE
Tombons sur eux, point de quartier.
| LÉONOR
Je suis de votre côté, don Alonse; mais souvenezvous que j'aurai toujours á venger ensuite sur vous la mort de mon frère.
DON ALONZE
Ce n'est page moment d'en parler. Je serai toujours prêt à vous offrir toutes les satisfactions pour un malheur que je.déplose.
PÉDRE, à part.
Et tout cela finira par un mariage.
DON ALONZE
Avant d'aller plus loin, seigneur juge, n’y auraitil point quelqueraccommodement possible 2.
| |. LE JUGE
Il n’y a point d'accommodement avec la justice. DON ALONZE.
Eh: bien! coùrage! et combattons. Allons, mes amis, frappez! frappez! |
(XIs combattent et poursuivent les alguazils; don Alonze rentre avec Louis, Pèdre et autres. ) -
DON ALONZE
Vous voilá libre, Louis Pérez.
LOUIS
Don Alonze, mon digne ami, je suis plus enchaîné que jamais par la reconnaissance, et jusqu'à ce que j'aie pu m'acquitter d'un tel bienfait, toute mon existence est à vous.
DON ALONZE
Laissons là les complimens.
LOUIS
Qu'allons-nous faire ?
PEDRE.
Faites-vous moine, c'est le moyen le plus súr pour conserver la vie et la liberté. Mais dites-moi donc, n'est-il pas temps que vous me pardonniez. La crainte de votre colère m'a déjà fait assez souffrir de misères et de fatigues. Seigneur don Alonze, je vous supplie de ma part de vouloir bien obtenir ma
grâce.
DON ALONZE
Louis Pérez... | LOUIS.
Il suffit, mon ami ; je pardonne à cause de vous. Mais allons rejoindre ma sœur et donne Jeanne qui nous attendent. (4u public.) C'est ainsi que finissent les exploits remarquables de Louis Pérez DE GALIcE (7.
FIN DE LA TROISIÈME ET DERNIÈRE JOURNÉE
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