TOUJOURS CAVER AU PIRE
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0) (Litt.) « Comment mon honneur ira-t-il au dedans de moi , puisque, dans ce qu'il jette au dehors , jusqu'aux simples discours contiennent des déclarations ? » |
(2) Valence et le royaume dont cette ville est lacapitale, faisaient partie des états de la couronne d’Aragon, qui, comme la Navarre, et comme aussi les provinces vascongades , étaient parfaite— ment indépendans des états de la couronne de Castille.
G) (Litt.) « Quand , (ó ciel!) je vis, (que ma mémbire me tue! ) que (avec douleur je m'en souviens), un ( avec quelle peine je le dis! ) homme ( ma respiration s'arrête), déguisé (quel malheur ! ) venant vers moi.
(4) On assignait des alimens aux accusés dont les biens étaient saisis.
5) (Litt.) « Faisant comme les potiers, non-seulement des pots , mais des cruches. » Puchero signifie à la fois pot et la grimace que font les enfans quand ils sont prêts à pleurer ; cantarilla est une cruche , et un conduit d’eau ; Horar a cantarillas est pleurer à torrens ou à chaudes larmes.
(6) Dans Poriginal , Béatrix parle à Léonor à la troisième personne , sans ajouter le usted. Cette maniere de s'exprimer - '
344 ” NOTES est une marque de supériorité et presque de dédain ; aussi Léonor répond que j'ai trouvé mal le xx, Vemploi de la troisième personne. Nous n'avons point en français l'équivalent de cette nuance. . |
(7) (Litt.) « Demoiselle de travail. — A la bonne heure , l’autre demoiselléité ( doncelleria , mot fabriqué par Galdéron ) serait une erreur. »
(8) Il m'a fallu marquer ici une distinction de scène qui n’est pas indiquée dans l'original. Les auteurs occupant toujours le théâtre , la décoration est censée changer à mesure qu'ils marchent.
(9) (Litt.) « J'ai un aspic dans le cœur et un cordeau au cou. »
Ge) Je n’ai pu imiter qu’en partie ces allusions aux termes de procedure.
(11) Proverbe qui tire son origine de l’humeur querelleuse des Aragonais.
(2) Je. traduis littéralement. El marquis mi señor est plus - que monsieur le marquis , et moins que le marquis mon maître. Cette expression de courtoisie indique une espèce de patronage, auquel d’ailleurs on wajoute pas plus de sens qu’à la relation de clientèle, exprimée en français comme en castillan , par le mot de votre serviteur.
(9) (Lítt.) « Elle nous vida par le balcon , comme deux serviteurs , vous, de sa maîtresse , etc. Nous avons remarqué ailleurs que servidor veut dire serviteur et vase de nuit.
(4) (Litt.) « Le chou-fleur. »
(15) Proverbe espagnol.
(6) Dans le trouble où est Léonor, on peut supposer, ou qu’elle n’entend pas hien la question, d’ailleurs équivoque, de don Juan , ni la réponse que fait don Dicgue. |
SUR IL NE FAUT PAS TOUJOURS CAVER AU PIRE. 345 C7) On ne peut reprocher ici à Caldéron d'avoir fait écouler ”
un temps trop long entre les deux journées. Cette scène est la suite immédiate de la précédente , qui n’est interrompue que parce que sans doute l’auteur trouvait déjà l’acte trop long. Sous d’autres rapports, la coupure est bien placée , parce qu'un nouveau développement de l’action va commencer.
(8) (Litt.) « La douleur de vivre encore. » °“.
C9) J'avais traduit les trois couplets suivans en prose sans rimes ; ils n’avaient aucun sens , parce que les interjections de Carlos n’ayant aucun rapport avec les plaintes de Léonor , le tout formait un dialogue en amphigouri. J'ai dú mettre des consonnances à ma prose , puisque les rimes sont la seule liaison qu'ait employée mon auteur , qui n'aurait assurément rien . perdu de sa gloire, quand il ne m'aurait pas astreint au plus sot travail dont jamais traducteur ait été affublé.
(29) Allusion à l'épisode d’Abindarraëz , dans la Diane de Montemayor. | |
- SUR
Cerre pièce a deux titres ; ai choisi le second quoiqu'on ne fasse pas ordinairement le siége d'un pays entier : mais le premier , Amar despues de la muerte , aimer après la mort , signifiait dans son sens naturel, aimer aprésqu'on est mort; au lieu qu'il veut dire ici , aimer encore aprés la mort de Pobjet aimé.
Deux actions différentes sont réunies dans cette pièce. La première journée offre les causes de l'insurrection de l’Alpujarra; les deux autres, la prise de Galère, et la pacification qui suivit d’assez près cet événement.
Un intervalle de deux ans sépare ces deux actions ; celle des deux derniers actes est-presque continue, et peut être supposée ne e durer que deux ou trois jours.
La scène est d’abord à Grenade. Dans la suite de la pièce, elle est supposée dans divers lieux du pays soulevé.
350 o. NOTICE
Malgré l’abondance des données historiques, Caldéron n’a pas pu s’émpêcher de céder, au moins dans le premier acte, à son goût pour les imbroglios , et il y a placé une scène de femme voilée, tout-à-fait analogue à celles dont ila tiré tant de parti dans ses autres ouvrages.
Il a assez. bien réussi dans la peinture des caractères; celui du vieux Malech est bien soutenu dans la première journée, où il joue un - rôle important. Celui d’Aben-Huméya est un peu embelli; d’ailleurs il n'est que sur le second plan, ainsi que don Juan d'Autriche , que don Lope de Figueroa , qui estici le même que dans l Alcade de Zalaméa. Clara, ou Maléha, n'est peut-être pas aussi brillante que devrait l'être la principale héroïne ; Isabelle est encore plus négligée. | |
Le rôle de Tuzani est le principal , et a été traité par Caldéron avec un soin particulier. Celui de Garcés, moins important , est aussi fort remarquable. C'est bien le soldat de ces temps-là, brave, grossier , joueur, débauché, -pillard et féroce ;
Au demeurant le meilleur fils du monde.
L'auteur Espagnol a placé un bouffon dans
LE SIÉGE DE L'ALPUJARRA. 351 sa pièce, et, qui pis est, un bouffon tout-à-fait inutile à l’action. Le comique de son rôle consiste dans le jargon morisque qu’il lui fait parler. J’ai pu conserver une partie de cette plaisanterie de mauvais goût, dans ce qui regardait la construction des phrases, en remplaçant par Pinfinitif tous les temps des verbes; quant à celle qui tient à la prononciation, et qui consiste surtout à diviser le son des lettres mouillées, en prononcant senieur pour setgneur , et travalier pour travailler , je n’ai pas cru nécessaire de la copier. J’ai été plus fidèle, et J'ai eu peut-être tort , en imitant des paronomases qui forment sur quelques noms propres, des espèces de jeux de mots.
Caldéron a soigné particulièrement le style de cette pièce; il y a même employé beaucoup trop de son talent pour la versification, en y plaçant de ces tours de force , si bien nommés nuge difficiles. J'ai été obligé, plus souvent encore qu'ailleurs, à renvoyer dans les notes des métaphores qui n'auraient pas été faciles à supporter dans notre langue.
Considérée simplement comme ouvrage de théâtre , cette pièce n’est pas des meilleures de
Caldéron ; mais, sous un autre rapport , elle est peut-être celle qui fait le plus d'honneur à son talent, qui montre le plus combien il avait le véritable génie dramatique, celui de Pobservation. . |
En regardant le Siége de l’Alpujarra comme une pièce-historique, en prenant, pour l’objet principal , la peinture de l’insurrection en général, qui, reléguée dans les seconds plans, ne semble d’abord que l'accessoire , on sera étonné de la profondeur des vues du poëte de Madrid. En retraçant un soulèvement, malgré son inexactitude dans les détails , il en a si habilement choisi les traits, qu’il a fait l’histoire de tous. Ainsi, à l’ouverture de la scène , on voit les Morisques rassemblés, Malech cherchant à les animer contre le gouvernement qui les opprime ; cette démarche semble n'avoir pas de suite, et les scènes suivantes ne sont plus relatives qu’à la vengeance particulière de Poutrage qu'a recu le vieillard. Cette faute contre Part dramatique , si c’en est une , est une forte conception politique. Le soulèvement est le résultat des lois oppressives. Elles en sont les causes ; mais, pour éclater , ila besoin d’une occasion,
- dun prétexte , que les gens peu réfléchis pren- nent ensulte pour le véritable motif.
La même idée se retrouve dans le récit qui commence la seconde journée.
La manière dont la querelle particulière de Malech et de Mendoce devient une guerre ciyile, n’est.pas moins ingénieusemeñt indiquée à la fin de ce premier acte. Au moment où le corrégidor, quittant sa vare pour prendre son épée, soutient, non pas l'action de Poffenseur, mais son opinion, partage avec lui le mépris qu’il affecte pour les Morisques, Valor et Tuzani ne sont plus de simples cavaliers , ils deviennent les représentans de leurs compatriotes., et doivent renoncer à se battre en combat singulier, lorsqu'ils voient tous les Castillans, figurés par le corrégidor , vouloir être solidaires du tort qu'on leur fait. -
On voit ensuite Pinsurrection se fortifier par la guerre, et finir par les divisions intérieures et les amniüsties accordées par le pouvoir. Cette histoire de l’Alpujarra , est celle des Cevennes dans la guerre des Camisards, et celle de la V endée et de tous les mouvemens pareils.
On demandera peut-étre puisque la rigueur
Tom. IT. caldéror. 23
anime le feu des guerres civiles , et que les grâces, les promesses les terminent toujours , pourquoi on ne fait pas, en commençant, ce par quoi il faut immanquablement finir ; pourquoi on n'adopte pas des mesures de douceur. A cela il faut chercher la réponse dans Pexcellent ouvrage du philosophe de Chinon : maître Francois nous montre Perrin Dandin, le grand appointeur de procès , apprenant a son fils Te-. not que pour pouvoir réconcilier des plaideurs, il faut attendre qu’ils soient fatigués de leurs querelles. C’est ce que Tacite a dit avec moins de gaieté et plus d'énergie en ces mots : Et cuncta bellis civilibus Sessa, sub nomine principis accepit. |
Quoique ce sujet fût national et presque contemporain , Caldéron a singulièrement peu ménagé la vérité de l’histoire et de la géographie. J'ai traduit dans sa naïveté et dans sa diffusion le récit de Ginès Pérès de Hita, d’où il a tiré son intrigue principale , et J'ai renvoyé à des notes marquées par des lettrines{ a ) ( b ), les observations sur les faits et les personnages historiques. |
A. La BEAUMELLE.